Durand de Troarn est un moine bénédictin du , premier abbé de Saint-Martin de Troarn en 1059, mort le Orderic Vital, Histoire ecclésiastique, III partie, livre VIII, § 7 (PL, vol. 188, col. 577).. Comme théologien, il défendit le dogme de la transsubstantiation.
Biographie Les seules informations qu'on possède sur son origine familialeNormanniæ nova chronica, éd. Chéruel, Caen et Paris, 1850, 5. sont qu'il était neveu de Gérard ou Giraud, important abbé de Saint-Wandrille (abbé en 1008-assassiné avec une hache par un de ses moines le ou 1031), lequel était fils d'hommes libres de la région de Mantes, son père s'appelant Fulbert et sa mère AilendisChronicon Fontanellense, dans Luc d'Achéry, Spicilegium, t. II, 289 : « Exstitit religiosus idem pater origine carnis ingenuus ex pago Medantensi et patrimonio Jelia oriundus, cujus pater Fulbertus, mater vero Ailendis dicti sunt ». Le « patrimonium Jelia » n'est pas localisé.. Ces derniers seraient donc aussi les grands-parents de Durand. C'était sûrement une famille d'un rang social élevé : Gérard fit des études à Chartres auprès d'Herbert, un savant moine de Saint-Père-en-Vallée qui était un Juif converti, le suivit quand il fut chargé de relever l'abbaye Saint-Pierre de Lagny, fut lui-même envoyé fonder Saint-Arnoul de Crépy-en-ValoisÀ l'initiative de Gautier le Blanc, comte de Valois, de Vexin et de Mantes., puis se vit confier Saint-Wandrille par le duc de Normandie Richard II ; il y fut un grand réformateur et le constructeur d'une église abbatiale.
Né à une date indéterminée sans doute située entre 1005 et 1020, Durand devint dès son plus jeune âge« A pueritia » selon la Normanniæ nova chronica, « ab infantia » selon Orderic Vital. moine à Saint-Wandrille, donc très probablement sous l'abbatiat de son oncle Gérard. Dans les années 1030, il fut envoyé à l'abbaye Sainte-Catherine du Mont, nouvellement fondéeCette abbaye s'appelait à l'origine La Sainte-Trinité du Mont., pour y suivre les leçons d'Isembert le Teutonique († 1050 ou 1051)Sainte-Catherine du Mont, fondée à l'initiative de Goscelin, vicomte de Rouen, et dédicacée en 1030 ou 1031, avait été construite sous la direction de Gradulphe, doyen de Saint-Wandrille, et successeur de l'abbé Gérard à la tête de ce dernier établissement. Le moine allemand Isembert, écolâtre fort renommé, fut le premier abbé de Sainte-Catherine.. Il fut ensuite un temps à l'abbaye de la Trinité de Fécamp, où il fut porte-crosse de l'abbé Jean d'AllieEugène Paul Marie Sauvage (éd.), « Des miracles advenus en l'église de Fécamp », dans les Mélanges publiés par la Société d'histoire de Normandie, , Rouen, 1893, 9-49 (« Alio tempore D. Durandus, abbas postea, sed tunc D. abbatis Joannis bajulus, in ipsius abbatiæ camera meridie jacebat et dormiebat [...] »).. Il fut désigné par le duc Guillaume le Bâtard comme premier abbé de Saint-Martin de Troarn, lequel établissement fut dédicacé le , fête de l'Ascension.
Comme abbé, il fit reconstruire l'église du monastère vers 1082, on ne sait pas pourquoi. Il resta proche du baron Roger II de Montgommery, fondateur de l'établissement ; quand sa femme Mabile de Bellême fut assassinée (un deux décembreGeorg Edward Cockayne, The Complete Peerage, or A History of the House of Lords and All Its Members from the Earliest Times, vol. XI, Londres, 1949, 686-687., probablement en 1077J. F. A. Mason, « Montgomery, Roger de, first earl of Shrewsbury (d. 1094) », Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, 2004.), elle fut enterrée dans le chœur de l'église de Troarn le suivant« Nonas decembris », PL, vol. 188, col. 421. et Durand lui composa une épitaphePL, vol. 149, col. 1424, et vol. 188, col. 421.. Il eut aussi des relations suivies avec le duc Guillaume, qui fit un séjour à Troarn entre 1066 et 1068. En 1081, le nom de Durand figure dans une liste des membres de la cour de justice du duc. Selon Orderic Vital, faisant le bilan de son règne dans les derniers jours avant sa mort, Guillaume citait l'abbé Durand parmi les ecclésiastiques qui lui avaient fait le plus honneur, preuves vivantes du soin désintéressé avec lequel il avait su choisir les dignitairesVerba Willelmi Conquestoris in extremis positi (PL, vol. 149, col. 1283-90) : (col. 1288) « Hoc nimirum probari potest veraciter in Lanfranco Cantuariensium archipræsule, hoc in Anselmo Beccensium abbate, hoc in Gerberto Fontanellense et Durando Troarnense, et in aliis multis regni mei doctoribus, quorum celebris laus personat in ultimis, ut credo, terræ finibus ». Durand est donc cité auprès de Lanfranc, d'Anselme et de Gerbert de Saint-Wandrille..
Durand est surtout connu pour son traité De corpore et sanguine Domini, contra Berengarium et ejus sectatores, qu'il écrivit d'abord en prose vers 1053/54, et qu'il convertit en un poème de 900 vers entre 1055 et 1058. Il y défend, contre Bérenger de Tours, le dogme de la transsubstantiation, en s'appuyant sur le Nouveau Testament, les Pères, et Paschase Radbert. Ce traité est conservé dans un seul manuscrit ancien (BnF lat. 2720). Élève d'Isembert le Teutonique, célèbre pour avoir composé un très populaire office de saint Nicolas, Durand composa lui aussi plusieurs offices liturgiques (sanctorum historiæ)Aucune composition liturgique conservée ne lui est explicitement attribuée, mais R. Heurtevent formule la possibilité que l'office de saint Wandrille, composé à son époque, soit de lui.. Orderic Vital le qualifie d'« ecclesiastici cantus et divini dogmatis doctor peritissimus ».
Édition Patrologia Latina, vol. 149, col. 1375-1424.
Notes et références
Annexes Bibliographie Raoul Heurtevent, Durand de Troarn et les origines de l'hérésie bérengarienne, Paris, G. Beauchesne, 1912.
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