Édouard Le Danois, né à Brest le et mort à Saint-Germain-en-Laye le , est un biologiste de la mer et océanologue français, pionnier de ce qui deviendra l'IFREMER.

Soucieux de préserver l'économie de la pêche, il est un des premiers hommes de science, dès 1931, à alerter celle-ci sur les enjeux écologiques qui sont les siens, et sur les causes de la raréfaction de la ressource halieutique. Inventeur de la zone benthyale, il est en outre l'auteur de la théorie, aujourd'hui obsolète, des transgressions atlantiques, qui est à l'origine d'une évolution paradigmatique et qui a fait naître, par contre-coup, l'océanographie moderne, dite biologique.

Un savant entre paradigmes Les transgressions atlantiques Édouard Le Danois est l'inventeur en 1933 des transgressions atlantiquesF. J. Meunier, « L’ichtyologue du trimestre », in SFI-Infos, , , Société française d'ichtyologie, Paris, juin 2014., échanges selon une périodicité complexe entre la masse des eaux continentales, abyssales et polaires avec celle des eaux atlantiques et équatoriales mus par les différences de température et de salinité entre les deux. Ce phénomène, décrit dès 1921 par Édouard Le DanoisÉ. Le Danois, « Recherches sur le régime des eaux Atlantiques au large des côtes de France et sur la biologie du thon blanc ou germon » , in Notes et Mémoires de l'Office scientifique et technique des pêches maritimes, , E. Blondel La Rougery , Paris, 1921, 16 p. et démontré pour la première fois par celui ciÉ. Le Danois, « Les Transgressions océaniques », in Bulletin de l'Institut Océanographique, , Institut océanographique, Monaco, 1933, 16 p. pour expliquer le Gulf Stream et la dérive nord atlantique, comprendre les migrations des espèces marinesH. Heldt, « Le Thon commun en mer du Nord », in Notes et mémoires, , "Contributions de l'Office Scientifique et Technique des Pêches au VIIe Congrès national des Pêches et Industries Maritimes, Marseille 1922.", , Office scientifique et technique de pêches maritimes, 1923. et prévoir les saisons de pêche, inaugure une vision écologique associant études biologiques, embryologiques et éthologiques, de la zoocénose marine et compréhension de la thermodynamique et de la chimie du biotope de celle-ci.

Le modèle, basé sur le concept ad hoc d'immixtibilité des masses d'eau, s'avérera réducteur et, la science progressant, la notion de transgression atlantique est désormais révoquéeL. Laubier, « Préface », in M. Glémarec, Qu'est-ce que la biologie marine ? De la biologie marine à l'océanographie biologique., Vuibert, Paris, août 2007 ., mais elle est à l'origine d'une démarche qui associe hydrographie et biologie propre à l'océanographie moderne, l'océanographie biologique, et de l'étude ce qui demeure aujourd'hui un élément essentiel de la climatologie.

Les ponts continentaux Quand en 1929 se répand hors d'Allemagne la théorie du paléoclimatologue Alfred Wegener sur la dérive des continents, les causes de cette dérive ne sont pas connues. La théorie de Wegener, inspirée par Francis Bacon, parait alors séduisante mais les forces de glissement des sols invoquées par son auteur, force des marées et force d'Eötvös, sont infiniment trop faibles pour l'expliquerH. Bouasse, Bibliothèque scientifique de l'ingénieur et du physicien, vol. XLIII "Séismes et Sismographes", Delagrave, Paris, 1927.. Elle laisse en outre sans réponse un grand nombre d'observations telles que les guirlandes insulaires, les chaînes circum-pacifiques, la permanence du Pacifique, la structure générale de l'hémisphère nord avec des axes méridiens pour les chaînes les plus septentrionales et paralléliques dans les zones plus méridionales. Elle est contredite par la résistance du sima. Les arguments avancés par Wegener sont principalement les traces fossiles et phylogénétiques de migrations d'animaux d'un continent à l'autre. Il faudra attendre la publication en 1965 de la découverte faite en 1928 par le géologue Arthur Holmes d'une différence de nature entre d'une part le manteau terrestre et la croûte océanique, basaltiques, et d'autre part la croûte continentale, silicatée et granitique, puis le développement de la théorie des collisions continentales pour comprendre quelles forces ont assez de puissance pour modifier la surface terrestre.

Aussi l'hypothèse de Wegener est elle au début des années trente accueillie en France avec réserve. Le consensus de l'époque est fait autour de la théorie d'Édouard Suess que le relief s'est formé par refroidissement et contraction de la planète au début de sa formation. Édouard Le Danois est de ceux qui, sans attendre des précisions futures et des découvertes complémentaires, soutient une théorie alternative qui explique les migrations d'espèces d'un continent à l'autre par des bandes de terres qui les auraient autrefois reliés. Les reliefs sous-marins, qui ne sont alors pas encore interprétés comme ce qui forme la dorsale médio-atlantique, en seraient les vestigesJ. Gaudant, « Principaux résultats de l'enquête sur la dérive des continents», in Travaux du Comité français d'Histoire de la Géologie, 3ème. série, t. III, , COFRHIGEO, février 1989.. Les deux principales bandes de terre intercontinentales, appelées passerelles gondwaniennes, auraient relié la Guinée au Nordeste de l'actuel Brésil et le Deccan à Madagascar et de là à la côte africaine.

Face à la nouvelle théorie de Wegener, la théorie de la permanence des océans et des continents a l'avantage de ne faire appel qu'au volcanisme et aux forces sismiques, alors les seules connues, pour expliquer l'élévation des montagnes et la submersion de terres. C'est à cette logique de condition suffisante et de moindre postulat qu'Édouard Le Danois, comme de nombreux autres éminents spécialistes, se rallie en déclarant le devant la Société de biogéographie que .

La théorie actuelle de la tectonique des plaques, qui introduit les forces de divergence et subduction et décrit la dynamique de la lithosphère, donnera à la fois tort et raison et à la théorie de Wegener et à la théorie des ponts continentaux en inventant les plaques tectoniques, qui intègrent à chaque plaque continentale la part d'océan qui lui est contigüe. En revanche, elle corroborera les seuls arguments paléontologiques de Wegener, qui restent toutefois entachés de quelques incohérences, et invalidera les contre arguments hydrographiques de Le Danois.

L'Atlantide Dans la même optique, qui ignore ce que l'on sait aujourd'hui de l'orogénèse et de la tectonique, Édouard Le Danois n'hésite pas à affirmer que les îles Canaries sont une preuve de l'existence dans le passé géologique de terres aujourd'hui submergées jusqu'au milieu de l'océanÉ. Le Danois, L'Atlantique, histoire et vie d'un océan, , coll. Sciences d'aujourd'hui, Albin Michel, Paris, 1938. C'est ainsi qu'il situe l'Atlantide, mythe popularisé par le roman de Pierre Benoît, dans l'Atlantique, au large de l'Afrique occidentaleÉ. Le Danois, L'Atlantique, histoire et vie d'un océan, , coll. Sciences d'aujourd'hui, Albin Michel, Paris, 1938, qui se trouve être presque entièrement française.

Vers l'océanographie biologique Dès 1924, Édouard Le Danois publie les résultats de ses explorations menées à bord du navire océanographique la Tanche. Il les obtient en suivant une méthode d'analyse qui répartit la zoocénose selon les prélèvements géologique des sédiments du fond marin et les mesures bathymétriques.

En 1948, il publie trente ans de recherches centrées sur la mer Celtique et le golfe de Gascogne, Les profondeurs de la merÉ. Le Danois, Les profondeurs de la mer, trente ans de recherches sur la faune sous-marine au large des côtes de France., Payot, Paris, 1948, 303 p.. De l'Irlande au Pays basque, il repère les différents biomes par les prélèvements effectués sur le mégabenthosG. Garcia-Castrillo & I. Olaso, « Composition and structure of the invertebrate megabenthos on the shelf of the Cantabrian Sea. », in Marine Science Symposium, n° 199, , CIEM, Copenhague, 1995.. Dans chacun, il spécifie différents faciès selon la prévalence à différentes profondeurs des cœlentérés, des échinodermes ou des gastéropodes. Ces études lui permettent de corréler la domination d'une espèce dans un milieu aux caractéristiques topographiquesG. Garcia-Castrillo & I. Olaso, « Composition and structure of the invertebrate megabenthos on the shelf of the Cantabrian Sea. », in Marine Science Symposium, n° 199, , CIEM, Copenhague, 1995. et hydrographiques de celui-ci.

C'est ainsi qu'il met en évidence le rôle déterminant de la limite de la zone de sédimentation, proche du continent, et l'importance, d'un point de vue biologique, de la profondeur à laquelle elle se situeG. Garcia-Castrillo & I. Olaso, « Composition and structure of the invertebrate megabenthos on the shelf of the Cantabrian Sea. », in Marine Science Symposium, n° 199, , CIEM, Copenhague, 1995.. Il décrit la biodiversité propre à la zone de transition entre la plateforme continentale et le haut du talus continental, leurs pouliers et leurs coraux d'eau froide caractéristiquesG. A. Auffret, Dynamique sédimentaire de la Marge Continentale Celtique : évolution Cénozoïque, spécificité du Pléistocène supérieur et de l'Holocène., , Université Bordeaux-I, Talence, 11 juillet 1983.. Il établit le premier schéma de répartition de ceux-ci sur la pente continentaleB. Guillamont, J. F. Bourillet, S. Arnaud-Haond & A. F. Deton, « Cartographie et caractérisation d'habitats profonds vulnérables : les coraux d’eaux froides de la pente continentale du golfe de Gascogne. Actions en cours et programmées. », in CARHAMB’AR, , Service DYNECO-AG de l'IFREMER & Agence des aires marines protégées, Brest, 3-5 février 2009. et la prolifération au dessus de -2000 mètres du Lophelia pertusaB. T. Cronin, A. M. Akhmetzhanov, A. Mazzini, G. Akhmanov, M. Ivanov, N. H. Kenyon, « Morphology, evolution and fill: Implications for sand and mud distribution in filling deep-water canyons and slope channel complexes », in Sedimentary Geology, n° 179, , 2005 .. Il mesure la biodiversité des éponges favorisées par l'écosystème que créent ces coraux« Summary of new information on sponge distribution in the North Atlantic », in Working Group on Deep-water Ecology Report, , CIEM, Copenhague, mars 2011., malheureusement détruits par les chaluts, tout comme les vastes massifs de corail jaune Dendrophyllia cornigera, dont il découvre, parfois associés au Madrepora oculata et au même Lophelia pertusa, des exemplaires vivants répartis sur le rebord continental du sud ouest de l'Irlande au nord du golfe de Gascogne entre deux cents et deux cent cinquante mètres de profondeurA. Castric Fey, « Le Scléractiniaire Dendrophyllia cornigera en eau peu profonde, à Ouessant (Bretagne, Atlantique N.-E.) en l'absence de barrière thermique. », in Oceanologica acta, vol. XIX, n° 6, , Gauthier-Villars, Paris, 1996.. Il documente le rôle du substrat, dur ou mou, selon que les espèces sur lequel elle vivent sont sessiles, sédentaires ou au contraire vagiles. Il observe dans les zones de transition les faciès , là où la vase s'écoule ou bien remonte sur la rocheG. A. Auffret, Dynamique sédimentaire de la Marge Continentale Celtique : évolution Cénozoïque, spécificité du Pléistocène supérieur et de l'Holocène., , Université Bordeaux-I, Talence, 11 juillet 1983..

Toutes ces constatations l'amènent à proposer, vingt ans avant ceux qui commenceront à s'en faire les spécialistes, de définir une zone biologique intermédiaire entre le plateau continental et les abysses, la zone benthyaleJ. M. Pérès, « Le bathyscaphe français Archimède aux Açores : étude bionomique et écologique du benthos profond », in Açoreana, Supplément, , 1992..

Biographie Marin de la Station biologique de Roscoff (1905-1918)