vignette|Une page extraite de La Chronique de Nuremberg, incunable de 1493, avec ses bois gravés coloriés. vignette|Diffusion de l'imprimerie en Europe au cours du .
Dans l'histoire de l'imprimerie, un incunable est un livre imprimé au cours du en Europe. Les incunables ont été produits avant que l'imprimerie ne se répande sur le continent et ne remplace les documents manuscrits des copistes. L'appellation est parfois, improprement, étendue aux post-incunables, imprimés durant le premier quart du .
Environ sont répertoriés, dont les deux tiers en latin. Le plus ancien est la Bible à quarante-deux lignes (dite « B42 »), imprimée par Johannes Gutenberg, Peter Schoffer et Johann Fust en 1454.
Origine du terme
Le mot « incunable » provient du mot latin incunabulaAu singulier : incunabulum., qui signifie « langes » ou « berceau »...
L'utilisation du terme pour désigner les premiers livres imprimés est généralement attribuée à dans son livre publié en 1640.Yann Sordet, « Le baptême inconscient de l'incunable : non pas 1640 mais 1569 au plus tard » in Gutenberg Jahrbuch, (2009), (lire en ligne).L'encyclopédie Britannica donne la date de 1639.. Toutefois, le terme incunabula est explicitement employé dans ce contexte dès 1569 par Hadrianus Junius dans la Batavia.
Définition Un incunable est, par convention, un livre imprimé en Europe avant le Entrée , la banque de données terminologiques et linguistiques du gouvernement du Canada ).Définition d'autorité dans « Incunable » par Denise Hillard in Dictionnaire encyclopédique du livre, , Paris, Cercle de la librairie, 2005, .. Cette définition précisée apparaît pour la première fois dans un catalogue de vente publié en 1688, mais certains supposent qu'elle pourrait remonter à l'époque de Mallinckrodt Jacqueline Glomski, « Incunabula Typographiae: Seventeenth-Century Views on Early Printing » in The Library, , (2001), .. On distingue les incunables xylographiques de ceux issus de presses à imprimer à caractères mobiles.
Les incunables sont répertoriés dans des bases de données internationales (Incunabula Short Title Catalogue, Gesamtkatalog der Wiegendrucke), qui recensent plus de d'incunables... La bibliothèque d'incunables de la British Library possède plus de réparties en , représentant 37 % des éditions connues.. Le deuxième fonds le plus important totalise volumes conservés par la Bayerische Staatsbibliothek de Munich ; la Bibliothèque nationale de France en conserve plus de éditions, constituant ainsi le troisième fonds le plus importantNicolas Petit, « Les essentiels : Les incunables », site de la BnF.. Le quatrième fonds est conservé par la Bibliothèque nationale autrichienne, avec éditions répertoriées Catalogue des incunables de l'ON, en ligne..
L'appellation est parfois improprement étendue aux « post-incunables », livres d'aspect comparable mais imprimés ultérieurement, jusqu'en 1525-1530 voire 1550 pour les pays nordiques.
Certaines autorités englobent les livres de bloc de la même époque dans les incunables, tandis que d'autres limitent le terme aux ouvrages imprimés à l'aide de caractères mobiles.
Histoire et diffusion des incunables Du manuscrit à l'incunable Les incunables, ces livres nés au berceau de l’imprimerie, sont d’abord et avant tout des succédanés des manuscrits. L’écriture sur deux colonnes se maintient d’ailleurs à l’époque de l’imprimerie.. Car Johannes Gutenberg et les premiers promoteurs de l'imprimerie ont cherché, non pas à fabriquer des objets nouveaux, mais bien à reproduire les manuscrits par un procédé mécanique, dans l’espoir de répondre à une demande de plus en plus grande de textes, que les différentes méthodes de reproduction élaborées dans les siècles antérieurs n’ont pas réussi à satisfaire complètement. Les changements qui vont mettre en place les conditions propices à l’invention de l’imprimerie sont visibles dès le par une production plus importante et une diffusion élargie de textes et par un déplacement des curiosités intellectuelles. Ces mutations se combinent à une phase d’essor économique et démographique net qui permettent à l’Europe occidentale de retrouver une certaine expansion démographique..
La transmission du savoir dans le monde médiéval était essentiellement fondée sur les copies manuscrites et confinée aux monastères. Mais le besoin de textes va suivre la renaissance de la civilisation urbaine et l’avènement des premières universités aux . Avec les universités apparaissent aussi les premières grandes bibliothèques organisées hors du monde religieux.. Un problème de diffusion des manuscrits se pose alors, puisque ces derniers cessent d’être confinés au monde des clercs. Or, les étudiants ont un besoin grandissant de livres. Les universités sont les premières à chercher une façon de répondre à cette demande croissante de textes. C'est dans ce contexte que des ateliers de copistes se mettront en place, sur lesquels les universités vont exercer un contrôle avec l’apparition de la pecia, un système efficace de vérification et d’authentification du texte d’enseignement qui sera copié.. D’objet de consultation ou de prêt, le manuscrit devient alors une marchandise, et une économie du livre va pouvoir se développer.. Puis, le verra la multiplication des ateliers d’écriture civils (qui n’arrivent pas à satisfaire la demande toujours croissante) qui produisent « romans », récits historiques et livres d’heures pour le prince, son entourage, mais aussi pour les membres de la petite noblesse et de la bourgeoisie qui sont apparus avec l’essor des villes. Les villes combinant des fonctions de commandement dans les domaines de la politique, de la religion, de la culture et du négoce seront celles où ces changements vont le mieux s’implanter et aussi celles où le rôle de mécène va le mieux se développer..
L’apparition du papier en Occident joue aussi un rôle important dans la multiplication des manuscrits, mais aussi dans leur vulgarisation. Issu de Chine, il est transmis par le biais des civilisations d’Asie centrale, de l’Inde et du monde arabe. Il apparaît à la fin du à la chancellerie normande de Sicile et sa fabrication se répand en Europe au cours du .. Comparé au parchemin, il présentait l’avantage d’un prix inférieur et de plus larges possibilités de fabrication. Tandis que le parchemin s’orientait vers les manuscrits de luxe, le papier servait aux manuscrits plus ordinaires et d’usage courant, tels ceux destinés aux étudiants et à un public plus large, mais qui reste toutefois minoritaire et privilégié.
Cette littérature ne s'adressait pas à des ecclésiastiques, quoiqu'elle fût souvent produite par eux. En effet, le processus de laïcisation de l’écrit, conjointement avec l’élargissement de sa production, va déboucher sur une montée de la langue vernaculaire dans les textes. Les premiers textes conservés en vernaculaire datent du , mais il s’agit de textes brefs. Le va aussi voir la minuscule caroline évoluer vers l’écriture gothique, sous l’influence de la laïcisation, de la banalisation de l’écrit, mais aussi du développement de la pratique notariale et des administrations et enfin d’une tendance de plus en plus forte à la cursivité dans l'écrit. La généralisation de l’écriture gothique à travers l’Europe aux explique qu’une typologie adaptée selon les régions et les usages puisse exister. D’ailleurs, c’est la textura, surtout employée pour les livres d’Église, qui sera prise comme modèle par Johannes Gutenberg pour les caractères de sa Bible à quarante-deux lignes.
C’est dans ces conditions que dans les premières décennies du , de petits groupes d’inventeurs et d’entrepreneurs travaillent à la recherche d’une nouvelle méthode pour multiplier les textes. Il aura fallu la conjonction d’un besoin économique, du capitalisme et de l’assemblage de plusieurs techniques pour permettent de passer de la multiplication manuscrite d'un texte à une reproduction mécanique, qui va permettre la reproduction d'un même texte à quelques dizaines d’exemplaires..
Premiers incunables typographiques vignette|Bible de Gutenberg (exemplaire appartenant à la Bibliothèque du Congrès des États-Unis). Les incunables créés dans les premières années de l'imprimerie sont essentiellement de nouvelles éditions de manuscrits religieux et savants du Moyen Âge. Quelques éditions de textes latins de Cicéron et Virgile sont aussi répertoriées, de même que des éditions en langue de Dante et Pétrarque..
Bible dite « B42 » Le premier incunable typographique répertorié est la Bible à quarante-deux lignes, dite « B42 », imprimée sur les presses de Mayence par Johannes Gutenberg, Peter Schöffer et Johann Fust à la fin de l'année 1454. Elle se compose de pages réparties en deux volumes. La plupart des pages comprennent deux colonnes de quarante-deux lignes, d'où son nom. La Bible à quarante-deux lignes est élaborée graduellement grâce à un processus d'essais et d'erreurs. Les onze premières pages comprennent 40 ou 41 lignes, puis les 42 lignes deviennent standards par la suite. Cela représentait une économie d'environ cinq cents sur le papier et le vélin. Le texte en lettres gothiques est noir et a nécessité la gravure de typographiques et l'emploi de . Les ornementations du rubricateur sont de couleur rouge, nécessitant un deuxième passage en machine. Il était coutume de payer 20 florins pour une copie papier de la Bible et 50 florins pour une copie en vélin. En comparaison, une maison de l'époque coûtait entre 80 et . Sur un tirage estimé de cent quatre-vingts exemplaires, seuls quarante-huit nous sont parvenus. Le premier chercheur à avoir décrit cet ouvrage est Guillaume-François Debure, au « La Bible à 42 lignes, dite Bible de Gutenberg », par René Plisnier, Université de Mons, en ligne..
Psalmorum Codex vignette|Page du Du Psalterium Benedictinum, 1459 : avec une lettrine peinte.
Il faut attendre 1457 pour que Peter Schöffer et Johann FustLa coopération technique de ce dernier n'est pas clairement prouvée. impriment le premier livre en couleurs : le Psalmorum Codex, connu en France sous le nom de psautier de Mayence. Il contient calendrier, litanies, cantiques et prières en latin.
Cet ouvrage est considéré, avec les quatre livres imprimés par Gutenberg, comme l’un des livres les plus précieux de tous les temps pour plusieurs raisons : l'impression à partir d'encres de couleurs noire, rouge et bleue ; sa qualité d’impression, malgré l’utilisation d’un caractère dit « de forme » ; la régularité de la fonte des caractères ; les illustrations, par la précision de la gravure sur bois ; les lettrines ornées filigranées ; un colophon en fin d'ouvrage.
Peter Schöffer a de grand[es difficultés pour imprimer son livre, et aurait dépensé plus de pour l’impression de 12 feuillets.
Le psautier était, à cette époque, le livre le plus recherché pour la dévotion privée : le « Psautier de Mayence » fAlbrecht Pfisterut réimprimé par Fust et Schöffer en 1459.
Premier livre imprimé illustré d'images Le clerc Albrecht Pfister imprime à Bamberg à partir de 1462 des psautiers illustrés de gravures sur bois John Boardley, The First Illustrated Books, I Love Typography, 10 novembre 2015..
La Chronique de Nuremberg vignette|Gravure de La Chronique de Nuremberg. La Chronique de Nuremberg de Hartmann Schedel, livre profane imprimé par Anton Koberger en 1493, est un autre incunable célèbre qui comporte de nombreuses illustrations rehaussées à la main.
Premières impressions en France L'atelier de la Sorbonne