La mafia américaine ou mafia italo-américaine désigne une société criminelle italo-américaine hautement organisée. L'organisation est souvent désignée par ses membres comme « Cosa nostra » ( qui se traduit en français par « notre chose ») ou « La Cosa nostra » (LCN). La mafia émerge à New York dans les quartiers pauvres des immigrants italiens catholiques : East Harlem, le Lower East Side et Brooklyn. Elle apparaît aussi vers 1870 dans d'autres grandes métropoles de la côte Est et du pays en général suivant les vagues d'immigration en provenance de Sicile et d'autres régions du sud de l'Italie. Cosa nostra a ses racines dans la mafia sicilienne. Mais d'autres organisations distinctes aux États-Unis comme la Camorra napolitaine, la 'Ndrangheta calabraise, d'autres groupes criminels italiens aux États-Unis, ainsi que des criminels d'autres ethnies indépendantes, ont par la suite fusionné avec la mafia sicilienne pour créer la mafia italo-américaine moderne en Amérique du Nord. La structure qui unifie de manière la plus importante la mafia américaine est une « famille »Malgré le fait qu'elle se fasse appeler « famille », ses membres n'ont aucun lien familiaux., laquelle est une organisation structurée de manière pyramidale.
La mafia est la plus active dans les régions du nord-est des États-Unis, spécialement à New York, Philadelphie, dans la région du New Jersey et en Nouvelle-Angleterre (spécialement à Boston et à Providence) mais elle est aussi activement présente à Chicago et en Floride. Au sommet de son expansion, la mafia américaine comptait un réseau de vingt-six familles du crime organisé aux États-Unis. Il existe cinq familles du crime à New York, la famille Gambino, la famille Genovese, la famille Lucchese, la famille Bonanno et la famille Colombo. Avec la famille de Chicago (Chicago Crime Family ; officiellement Chicago Outfit), ces cinq familles dominent la Cosa Nostra américaine. À son apogée, la mafia américaine dominait le crime organisé au niveau national. Chaque famille du crime a son propre territoire (excepté celles de New York) et opère indépendamment. Les familles sont dirigées par un organe supra-national, La Commission, où siègent les principaux parrains des familles du crime les plus puissantes.
De nos jours, la mafia italo-américaine est principalement présente dans le nord-est des États-Unis et à Chicago où elle continue à dominer le crime organisé malgré la montée d'autres organisations criminelles.
Historique de la mafia américaine Origines : La « Main noire » (La Mano Nera) thumb|Schéma retraçant l'origine da la Cosa Nostra américaine et ses principaux événements chronologiques. L'existence de gangs plus ou moins organisés est avérée aux États-Unis depuis le début du et leurs liens avec l'immigration sont, comme pour de nombreux éléments sociaux en ce pays, essentiels. L'identité d'un gang est à la fois territoriale (un quartier) et ethnique. Les immigrés récents étaient à la fois protégés et le plus souvent exploités par des compatriotes installés depuis plus longtemps tandis que les Américains de souche WASP rejetaient ces immigrants pauvres, non anglophones et aux coutumes considérées comme « barbares ». Regroupés dans les quartiers les plus miséreux, ils tombaient plus facilement sous la coupe de ces gangs, qui embrigadaient leurs enfants peu désireux de devoir se contenter, comme leurs aînés, des emplois les plus ingrats. Ceux-ci apprenaient très tôt les leçons de la rue ; ils en tirèrent de la ruse et une grande dureté. Par ailleurs, l'essor économique et démographique rapide des États-Unis au cours du offrait de nombreuses occasions de trafic et l'étendue du territoire et des libertés offrait une plus grande marge de manœuvre et de meilleures espoirs de gain que le Vieux continent. .
Au début du , les plus importants de ces gangsCependant, un gang est, selon la classification de la criminologie, une organisation de rang inférieur à celle d'une mafia, avec des activités plus réduites, des liens entre membres moins solides et une pérennité dépendant surtout de la personnalité du meneur. opéraient dans les grandes villes telles que Chicago, La Nouvelle-Orléans et surtout New York. Ils étaient essentiellement composés d'immigrés ou fils d'immigrés italiens, irlandais ou juifs ashkénazes (d'Europe centrale ou orientale).
Ces gangs utilisaient initialement comme armes le couteau, le fusil à canon scié (connu sous le nom de mafia gun). et le revolver plutôt que le pistolet (armes à feu qui n'éjectent pas de douilles, ce qui empêche de déterminer leur empreinte balistique) avant de passer aux armes plus meurtrières (le fusil à canon rayé, la mitraillette Thompson devenue célèbre au cinéma).
La Nouvelle-Orléans Les vagues d'immigrants italiens, succédant à celles des immigrants anglo-écossais et contemporaines de celles des immigrants allemands, irlandais et scandinaves, débutèrent dès le milieu du siècle. Les Siciliens furent particulièrement nombreux dans l'État de Louisiane, une région traditionnellement rétive vis-à-vis des institutions centrales (du fait de la colonisation française au ), de corruption endémique, et parsemée de bayous, marécages habités par les Cadiens et riches de nombreuses cachettes.
Parmi ces Siciliens, certains étaient déjà affiliés à la Cosa nostra et renouèrent, sur le sol américain, le même type de liens que ceux prévalant en Sicile. Dédaignés par les natifs franco-anglais bien établis, ils ne tardèrent en effet pas à s'organiser en bandes et il est communément admis, bien que ce soit difficile à prouver, que ce fut à La Nouvelle-Orléans que la Mafia sicilienne s'implanta pour la première fois aux États-Unis, avant d'essaimer dans les autres grandes villes à la fin du siècle. La presse locale, The New Orleans Time faisait état, dès le printemps 1869, de l'agissement de bandits, cambrioleurs ou faux-monnayeurs siciliens dans le deuxième District de la ville qui, durant le mois précédent avait formé une sorte d'entraide et d'entreprise pour perturber l'ordre de la ville. Entre 1870 et 1890, la police de La Nouvelle-Orléans imputa plus d'une centaine de meurtres à la Mafia sicilienne. À la fin du siècle, celle-ci dominait les activités du port (rackettant les navires en transit vers le Brésil et l'Argentine) et le commerce des fruits et légumes, sous la férule des frères Matranga.
Les ressentiments xénophobes anti-italiens s'avivèrent avec le développement du crime organisé sicilien, ce qui aboutit, en 1891, à l'un des lynchages les plus sanglants de l'histoire des États-Unis. Onze Italiens furent tués par une foule en colère, à la suite de l'assassinat non résolu du chef de la police, David Hennessey. Des centaines de Siciliens furent arrêtés, la plupart sans aucune preuve et dix-neuf furent accusés pour le meurtre. Tous furent acquittés, avec des rumeurs de corruption et d'intimidation de témoins. Le , des citoyens de la Nouvelle-Orléans organisent un lynchage collectif en tuant onze des dix-neuf relaxés. Deux furent pendus et neuf abattus, les huit derniers réussissant à s'échapper. Toutefois, la communauté italienne était la première victime de la Mafia sicilienne dont certains membres pratiquaient l'extorsion à l'encontre de leurs compatriotes par des opérations connues sous le nom de la Mano Nera, dénomination rappelant la main noire dessinée sur les lettres de menaces adressées aux cibles du racket. Si la somme demandée n'était pas laissée sur le pas de la porte de la victime, celle-ci avait de grandes chances d'être assassinée..
New York
Des groupes mafieux deviennent influents à New York en progressant d'abord graduellement dans les quartiers pauvres italiens. La Main Noire (La Mano Nera) est une méthode d'extorsion utilisée dans les quartiers italiens au tournant du . Elle est souvent confondue avec la mafia elle-même, ce qu'elle n'est pas. La Main Noire est d'abord une société secrète et, davantage encore, une pratique de nombreux petits gangs. L'activité de la Main Noire est souvent vue, mais à tort, comme étant l'activité d'une seule et même organisation parce que les criminels de la Main Noire utilisaient la même méthode à travers tous les États-Unis auprès de la communauté italienne.
Dès les années 1820, un quartier du sud de Manhattan appelé Five Points (car cinq rues s'y rejoignaient), devint l'endroit le plus mal famé de New York, par sa concentration de repaires de brigands, de coupe-gorges et de maisons de passe. Au cours du siècle, les quartiers environnants étaient un assemblage de taudis reliés par des rues boueuses dans lesquels les enfants d'immigrés, au lieu de rester dans des appartements trop exigus, apprenaient la loi de la rue. Cet endroit compose le décor (à la sauce hollywoodienne) du film de Martin Scorsese, Gangs of New York, qui représente certains des gangs dominant Manhattan dans les années 1850 et 1860, tels que les Plug Uglies, les Roach Guards, les Dead Rabbits ou les Whyos, ces deux derniers étant majoritairement irlandais et liés à la Mafia irlandaise.
À partir des années 1870, les immigrants juifs et italiens arrivèrent en masse à New York et s'installèrent au sud de Manhattan, en particulier à Mulberry Street, qui devint plus tard le cœur du quartier italien appelé Little Italy, dans le Lower East Side. La physionomie des gangs se modifia en conséquence, les immigrés formant leurs propres gangs pour résister à ceux qui tenaient la place. Giuseppe Morello est le premier membre de la mafia connu à avoir immigré aux États-Unis. Lui et ses six frères ont assassiné 11 riches propriétaires terriens, le gouverneur de Sicile et un vice-gouverneur d'une province de Sicile. Il est arrêté en 1881 et extradé vers l'Italie. La Mafia sicilienne s'installe réellement vers les années 1890, avec l'arrivée du parrain Antonio Morello. Il s'associe avec un Sicilien immigré en 1898, Ignazio Saietta, surnommé « Lupo » (le Loup) pour sa cruauté dans la pratique de l'extorsion envers ses concitoyens. On le soupçonna d'une soixantaine d'affaires de meurtres commis par la torture (souvent par la brûlure). La famille Morello devint le groupe criminel dominant dans les années 1910.
Entre-temps, au tournant du siècle, le gang de Monk Eastman (un juif massif et bardé de cicatrices, né Edward Osterman en 1873 à Brooklyn) se disputait le territoire du Lower East Side avec un gang majoritairement composé d'Italiens connu sous le nom de Five Points Gang, création de Paul Kelly (un ancien boxeur très cultivé né Paolo Antonio Vaccarelli en 1875 en Sicile). Chaque gang comptait alors plus d'un millier de gangsters qui tiraient leurs revenus du jeu, de la prostitution, du pickpocketing, du cambriolage ou de l'assassinat commandité. Ils étaient également en affaire avec les hommes politiques de Tammany Hall, l'organisation du Parti démocrate à New York (au pouvoir dans la ville depuis les années 1850), pour bourrer les urnes lors des élections ou prêter main-forte pour influencer une décision. En contrepartie, les politiciens faisaient jouer leurs relations dans les milieux judiciaires afin de réduire les effets des arrestations. La lutte entre le Monk Eastman's Gang et le Five Points Gang culmina en 1903 avec une véritable bataille rangée en pleine rue, que la police eut le plus grand mal à contenir.
Les règnes de ces gangs déclinèrent au cours des années 1910, notamment à la suite de plusieurs arrestations, en particulier celle de Monk Eastman. Le Five Points Gang a fait la transition entre les gangs du siècle et les organisations criminelles contemporaines nées de la prohibition. De ses rangs furent notamment issus Johnny Torrio, Al Capone et Lucky Luciano. Quant à Monk Eastman (qui fut abattu en 1920 après être revenu de la guerre de 1914-18), il avait parrainé la carrière d'Arnold Rothstein, grand joueur professionnel, ami des politiciens et financier de la pègre.