Saint-Christophe est une ancienne colonie française des Antilles, située dans les parties nord et ouest de l'île de Saint-Christophe. Première colonie française aux Antilles, elle est fondée en 1625, puis perdue de fait le , avant d'être officiellement cédée aux Britanniques le , à la suite du traité d'Utrecht. Elle fait désormais partie de l'État de Saint-Christophe-et-Niévès, royaume du Commonwealth depuis 1983.

Histoire

Conquête coloniale

Établissement français accepté par les Anglais Le flibustier Pierre Belain d'Esnambuc, cadet de la maison cauchoise de Vaudrocques-Dyel et lieutenant du corsaire normand Urbain du Roissey, écume la mer des Antilles en tant que capitaine du roi sur les mers du Ponant, sous le nom de capitaine le Nambuc, en faisant la chasse aux navires espagnols de retour vers l'Europe.

En 1625, un jour qu'il a attaqué un galion espagnol de forces supérieures, sa flotte est détruite dans un affrontement avec l'Armada espagnole qui le laisse avec son seul brigantin, La Marquise, avec ses 80 tonneaux et ses 60 hommes. Esnambuc est contraint de relâcher sur l'île de Saint-Christophe, dans la rade de Basse-Terre, pour réparer des avaries subies pendant le combat naval. La position de cette île, son apparente fertilité, les avantages commerciaux qu'il est possible d'en tirer lui suggèrent la pensée de s'y établir. Sur place, 400 colons britanniques, commandés par le flibustier Thomas Warner, et quelques huguenots français, menés par François Levasseur, sont déjà installés depuis l'année précédente. Thomas Warner a pitié des Français et leur permet de s'installer à la pointe ouest de l'île, dans les ruines de la ville abandonnée de « Dieppe », fondée en 1538 par des huguenots français venus de la ville de pêcheurs de Dieppe, mais pillée par les Espagnols quelques mois après sa fondation et abandonnée par ses habitants expulsés. Les Français reconstruisent la ville, faisant de Saint-Christophe le site de la première colonie française permanente dans les Antilles.

Alliance avec les Anglais pour chasser les autochtones Français et Anglais, rivaux dans l'ancien monde, mais trop faibles en nombre sur l'île pour s'évincer l'un l'autre et très menacés par les autochtones caraïbes (Kalinagos), plus nombreux et peu disposés à subir la domination étrangère, décident de s'unir pour se protéger et pour vivre tranquilles comme de loyaux amis. En effet, les Caraïbes de Saint-Christophe avaient juré de ne permettre à personne de les traiter comme les Espagnols l'avaient fait de leurs frères de la Côte Ferme. Estimant que les Anglais ne peuvent s'allier aux Français que pour les exterminer à la première occasion, ils prennent le parti de devancer leurs ennemis en préparant une attaque. Avertis de ce complot par une femme caraïbe qui s'était attachée à un Français, les colons coalisés massacrent une partie des Kalinagos de Saint-Christophe, chassent l'autre et se partagent l’île. Les Français occupent le sud-est (la Basse Terre) et le nord-ouest (la Capesterre), et les Anglais le nord-est et le sud-ouest.

Compagnie de Saint-Christophe

Pendant les huit mois qu'il reste dans l'île, Esnambuc s'occupe à cultiver du tabac et à abattre du bois d'acajou. Mais, craignant qu'une pareille entreprise livrée à ses seules ressources ne vienne à péricliter ou même à périr bientôt, et souhaitant être plus fort que son dangereux voisin anglais, il remonte sur son brigantin qu'il a chargé de ses récoltes, après avoir donné sa parole à ses compagnons de revenir mourir au milieu d'eux, et fait voile pour la France. De retour au Havre, Roissey et Esnambuc sont convoqués à la cour par Richelieu, ministre de Louis XIII, grand maître de la navigation et du commerce. Esnambuc le convainc facilement de l'utilité des colonies d'Amérique pour le développement de la puissance navale et commerciale du royaume. On ne peut mieux entrer dans les vues larges et patriotiques de Richelieu, qu'en lui fournissant l'occasion de s'attaquer aux Espagnols, considérés alors comme les premiers et les plus redoutables ennemis de la France. C'est pourquoi, le , est fondée à Paris la Compagnie de Saint-Christophe, compagnie coloniale de douze associés ayant à sa tête Armand, cardinal de Richelieu, et dotée d'un fonds social de livres, . Esnambuc et son ami Roissey deviennent les agents coloniaux de la compagnie, et le cardinal leur accorde la concession des îles de Saint-Christophe, de Barbuda et de toutes autres îles circonvoisines comprises entre les 11° et 18° degré de latitude septentrionale.

Selon un chroniqueur du temps, l'économie à laquelle vise naturellement la compagnie, la lésinerie habituelle des commis qu'elles emploie, son ignorance des besoins véritables des pionniers de la colonisation et sa rapacité dès que quelque progrès sérieux viennent à s'affirmer, font mourir dans les commencements plus de monde à Saint-Christophe qu'il n'y en a maintenant dans les îles. Les secours qu'apportent de France Esnambuc et Roissey, qui repartent en 1627 pour Saint-Christophe sur deux vaisseaux, périssent en grande partie pendant une longue et affreuse traverséeCharles L. Lambolez (Cœur créole), Saint-Pierre-Martinique, 1635-1902: Annales des Antilles françaises - journal et album de la Martinique, Berger-Levrault & cie, Paris-Nancy, 1905..

Entre 1626 et 1628, un navire corsaire français s’empare de deux caravelles contenant 57 morisques et mulâtres, qui seront débarqués à Saint-Christophe. C'est la première introduction d'esclaves connue dans une colonie française. Le commerce avec des navires négriers étrangers, bien qu’illégal, vient d'être toléré par les autorités coloniales. Au début de 1629, la colonie française de Saint-Christophe compterait 500 colons français et 52 Noirs (40 hommes, 12 femmes).

Partage de l'île et cohabitation vignette|gauche|Carte de l'île de Saint-Christophe avec les quartiers français et anglais en 1650, par Nicolas Sanson. Cependant, Warner étant, lui aussi, de retour d'une expédition en Angleterre dans laquelle il est allé se ravitailler, on songe à établir amiablement, après étude des moindres détails, les limites des deux nations sur l'île. Ce travail est réglé par la signature le du traité dit "du Figuier", parce qu'il est scellé sous un grand figuier des Antilles qui sert de repère pour délimiter la frontière, qui partage l'île de façon assez égale entre Français et Anglais. La pêche, la chasse les salines, les bois, les mines et les ports sont communs aux deux colonies et il est prévu qu'elles puissent se réunir de bonne foi pour se défendre contre toutes sortes d’ennemis. Aux conventions générales du traité s'ajoutent huit autres articles qui regardent la police et le commerce. Un des huit articles porte que Père Jean-Baptiste du Tertre, Histoire Générale des Antilles, p. 7 et suivantes. Jamais union ne fut mieux cimentée.

La colonie française n'ayant éprouvé qu'un maigre soulagement des premiers subsides venus de France, il est décidé que Roissey y retourne afin de dresser le tableau des pertes à la Compagnie. Celle-ci, après avoir consenti une chétive dépense de 3500 livres, expédie Roissey avec un renfort de 150 hommes. L'infortune veut que la traversée, cette fois encore, est des plus malheureuses : une partie des hommes meurt en chemin, le reste n'atteint Saint-Christophe qu'en mauvais état, en .

La colonie française languit donc, tandis que la colonie anglaise, mieux pourvue, prospère et, abusant de sa force, veut déjà empiéter sur le terrain des Français. Esnambuc sait la contenir par la fermeté de son caractère, son courage et sa sagesse. En même temps, il se décide à s'embarquer de nouveau vers la France pour implorer de nouveaux secours, plus abondants et mieux choisis, en faveur d'un établissement dont il se considère comme le père.

À peine Esnambuc est-il parti, qu'il se présente un navire hollandais chargé de toutes sortes de denrées. Le capitaine livre sa cargaison, que les habitants payent par acompte avec le tabac de leur dernière récolte ; le reste leur est généreusement donné à crédit, et le capitaine se trouve si content de son marché qu'il promet à ces malheureux de revenir bientôt. Ainsi, dès les débuts, les colons français, forcés par la faim, doivent désobéir à la Compagnie, à laquelle ils doivent la moitié de leurs produits, et s'adresser à l'étranger pour ne pas mourir. Quelques jours après, arrive de France un flibot expédié avec 150 hommes, à peine en meilleur état que les derniers débarqués.

En France, Esnambuc expose loyalement au cardinal de Richelieu la situation de la colonie et les outrages qu'elle est obligée d'endurer de la part de ses voisins anglais plus nombreux et plus riches. Ce récit touche le ministre jaloux de la gloire de la nation. Après en avoir conféré avec la Compagnie, il décide de joindre les forces de l'État aux ressources de cette dernière pour châtier les Anglais, les faire rentrer dans les limites du traité de 1627 et sauver la colonie de l'anéantissement que médite le gouvernement espagnol. Ayant appris par un avis secret de ses agents qu'une imposante escadre, ayant mission d'aller combattre les Hollandais au Brésil, devait, en passant à Saint-Christophe, en chasser les Français, il fait équiper six vaisseaux, deux pataches et un navire marchand armé en guerre. Cette flotte, dont le commandement est donné à François de Rotondy, seigneur de Cahuzac (ou de Cussac), habile marin, porte 300 hommes levés aux frais de la Compagnie et destinés à porter secours et renforcer la faible population de Saint-Christophe. Elle lève les voiles au mois de et arrive au terme de son voyage à la fin du mois d'août. La flotte française est accueillie avec joie par les pauvres colons français, qui demandent immédiatement raison aux Anglais de leurs usurpations. Cahuzac, profitant de l'ardeur des troupes, envoie un trompette sommer Warner d'avoir à restituer sur-le-champ les terres françaises arbitrairement envahies et occupées contrairement au traité international. Warner exige le temps d'examiner le bien-fondé de la réclamation. L'amiral français, persuadé que ce n'est qu'une ruse pour mieux se préparer à la résistance, lui fait dire qu'il ne lui accorde pas un quart d'heure. N'ayant point obtenu de réponse dans ce court espace, il lève l'ancre, arbore son pavillon de combat et attaque avec furie les navires anglais mouillés dans la rade. Après une lutte de trois heures, l'amiral français sort complètement victorieux. Il s'empare de trois navires anglais, trois autres s'échouent, le reste prend la fuite. Les Anglais, quoiqu'en plus grand nombre encore que les Français, voient cependant que ce qu'il y a de mieux à faire, est d'obéir à ce que les Français réclament d'eux. Leur chef s'empresse d'envoyer son fils déclarer à Cahuzac qu'il est prêt à donner toutes les satisfactions désirées et à rendre à leurs légitimes propriétaires ce qui leur est échu en partage, promettant de ne plus les inquiéter jamais. La restitution est opérée immédiatement, mais l'ennemi ne tarde pas à violer encore le traité et à fouler aux pieds ses promesses. Pendant cette expédition, Cahuzac prend possession de l'île Saint-Eustache, à trois lieues de Saint-Christophe. Cependant, l'amiral, ne voyant pas approcher l'escadre espagnole, croit qu'elle a suivi une autre route et se met à parcourir le golfe du Mexique.

L'attaque espagnole et la dispersion de la colonie