Le ( Dantzig et Prusse-Occidentale) est une circonscription administrative du ReichEntre 1871 et 1945, le nom officiel de l'État national allemand est , simplement désigné par le terme Reich par la suite., constituée du territoire polonais du corridor de Dantzig et de celui de la ville libre de Dantzig.

Créé par le décret du définissant le régime des territoires annexés à la suite de la campagne de Pologne, le est confié à Albert Forster, militant de longue date du NSDAP. Comme dans le Wartheland, les responsables nazis souhaitent la mise en place d'un régime politique et racial conforme aux principes nazis d'organisation de la société allemande. Un nouvel ordre administratif est mis en place, tandis que les personnes jugées indésirables sont évacuées ou exterminées.

Le territoire du est épargné par les combats de la Seconde Guerre mondiale jusqu'au mois de . L'offensive d'hiver soviétique balaie alors le , âprement défendu par la Wehrmacht, tandis que les civils allemands fuient dans la panique l'avance de l'Armée Rouge.

Création d'un Reichsgau

Préparé alors que Hitler semble hésiter sur le devenir des territoires polonais dévolus au Reich à la suite du pacte germano-soviétique, le décret du , destiné à être appliqué le , organise l'administration de ces territoires annexés : sont créés deux , le Gau Wartheland (qui porte, jusqu'au , le nom de Gau de Posnanie), et le de Dantzig-Prusse-Occidentale, tandis que d'autres territoires sont rattachés au de Basse Silésie et au Gau de Prusse-Orientale.

Au sein du centré autour de Dantzig, Albert Forster exerce son autorité à la fois sur le parti, sur les organes administratifs du et sur les services administratifs prussiens territorialement compétents.

Un territoire à part dans le Reich vignette|Ian Kershaw, ici en 2012, définit le droit dans le comme le bon vouloir d'Albert Forster.|redresse=0.8|gauche|alt=Photographie d'un homme en costume

Le décret du définit notamment le statut des territoires annexés et la condition juridique de leurs habitants ; dans cette zone de non droit, , également zone expérimentale de la société nationale-socialiste, les habitants allemands ne bénéficient pas des droits des citoyens de l'. Pour Ian Kershaw, le droit dans le est l'expression du pouvoir discrétionnaire de Forster, véritable , des responsables locaux du NSDAP et des cadres de ses organisations satellites.

De plus, les dispositions légales en vigueur dans le Reich ne s'appliquent pas dans le Reichsgau ; le code pénal en vigueur dans le ne s'y applique pas tandis que les Allemands originaires du voient leur liberté de déplacement dans les autres Gaue du conditionnée à l'obtention d'un laissez-passer délivré par les services du .

De même, les dispositions de la loi de , régissant le droit foncier dans le , ne sont pas applicables dans le . La distribution des propriétés agricoles à des colons allemands relève de la compétence du Commissariat pour le renforcement de la race allemande, placé sous la direction de Himmler. Ces propriétés sont dévolues à titre provisoire, le bénéficiaire contractant en son nom et au nom de sa descendance une dette : s'il se révèle incapable de la rembourser, sa propriété, révocable (s'apparentant à une tenure, à un fief), lui est reprise par le Reichsführer.

Le est également déclaré , zone exclue du champ d'application d'un concordat. En effet, ni le concordat polonais du Ce concordat est déclaré caduc, en raison de la disparition de l'État polonais., ni le concordat du Reich du , ne sont applicables. Cette situation permet à Forster de mener une politique de déchristianisation intensive dans son GauArthur Greiser mène une politique comparable dans le Wartheland..

Enfin, l' favorise la mise en place, sur le territoire du , d'un enchevêtrement de pouvoirs spéciaux et de missions spéciales voulu par Hitler qui s'ajoutent aux organismes exerçant des prérogatives de l'État allemand : le principe de l'unité juridique et administrative du Reich se trouve ainsi durablement remis en cause, si bien que le ministre de l'Intérieur n'a aucune prise sur la politique menée dans le .

Le

vignette|Albert Forster, en uniforme de .|redresse=0.8|gauche|alt=Photographie en noir et blanc d'un homme en uniforme. Nommé lors de la création du , Albert Forster, également , constitue l'archétype du vieux combattant du parti nazi : il est envoyé par Hermann Göring en 1930 à Dantzig, pour y diriger le NSDAP. De plus, sa proximité avec Hitler lui assure une grande liberté d'action face aux autres centres de pouvoir du .

Lors de l'avancée des troupes allemandes en Pologne, en , il est désigné, le , comme responsable de l'administration du district militaire de Dantzig-Prusse-Occidentale, dans l'attente de la réorganisation administrative des territoires conquis. Il est alors placé, comme Arthur Greiser à Posen, sous l'autorité hiérarchique de l'administration militaire, dirigée par Hans Frank ; Forster, nommé directement par Hitler, dépend théoriquement du commandement de Gerd von Rundstedt. Au terme de quelques semaines de cohabitation houleuse avec les militairesForster les accuse d'être imperméable à sa politique raciale., Forster est finalement nommé par Hitler le du district de Dantzig-Prusse-Occidentale, puis, le lendemain, d'un destiné à être mis en place à partir du .

Ne relevant directement et personnellement que de Hitler, Forster dispose, pour réaliser le programme nazi dans sa circonscription, de prérogatives telles qu'aucun autre responsable du ne peut efficacement contrôler son action. La possibilité d'accéder directement au lui permet, jusqu'aux derniers jours du conflit, d'imposer sa vision de la défense militaire de son , même dans les circonstances tragiques de la conquête de Dantzig par l'Armée rouge, parfois contre l'avis des commandants d'unités.

Forster dispose également d'une totale liberté de parole : ses plaintes formulées à l'encontre des militaires peu de temps avant la mise en place du , précipitent la réorganisation des territoires conquis ; il fait aussi part à Josef Goebbels des échecs essuyés par Heinrich Himmler dans la mise en œuvre de la politique raciale de la SS dans les territoires polonais annexés par le .

La mise en place des structures administratives

Rapidement, les structures de l'État allemand se mettent en place selon les modalités spécifiques définies par le décret du fixant le statut des différents territoires polonais dévolus au .

Albert Forster exerce son autorité aussi bien sur le parti en tant que que sur les antennes locales des services administratifs des ministères allemands et prussiens en tant que .

Un est nommé, Richard Hildebrandt. Officiellement subordonné à Forster, Hildebrandt court-circuite, dans de nombreux domaines, le . De plus, Hildebrandt tente également de mener une politique autonome au sein de la SS, appuyé sur les milices de , notamment celle de . Face à ces velléités d'indépendance, le rappelle en à son subordonné leurs prérogatives respectives, notamment en indiquant au qu'il ne peut ouvrir des camps de concentration sans son accord ou mettre en place une milice autonome au sein de la SS.

De plus, une région militaire est créée, le Wehrkreis XX, sous l'autorité du général Max Bock.

Allemands et Polonais dans le Reichsgau

Dès le mois d', affranchi de l'ensemble des cadres légaux de l'État de droit, Hitler définit, le plus souvent oralement, les principes de la politique destinée à être menée dans les territoires contrôlés par le , principes tirés de sa vision du , du combat racial, qu'il souhaite voir appliquer aux territoires polonais contrôlés par le , et les objectifs qu'il assigne à ses représentants en Pologne. Le territoire sous contrôle allemand est divisé en deux sous-ensembles : un territoire à germaniser (auquel appartient le ) et un territoire occupé, le Gouvernement Général. Mais cette dichotomie n'empêche pas la SS de considérer, dans le cadre du décret du , nommant Himmler commissaire du Reich chargé du renforcement de la race allemande, que la politique raciale relève de sa compétence.

Composée de d'Allemands, de de cachoubes, la population est soumise à une germanisation renforcée, régie par les décrets du , du et du , précisés ou amendés par des circulaires de Himmler ou des propos de Hitler. En effet, ayant reçu pour consigne de germaniser son en dix années, Forster, comme Greiser à Posen, n'est entravé dans cette politique radicale par aucune règle juridique, légale ou administrative, donnant aux un caractère expérimental pour l'ordre nouveau national-socialiste.

Appuyés par les conclusions obtenues dans le cadre de l', les concepteurs de la politique ethnique et raciale menée dans les affirment que les territoires immédiatement limitrophes des territoires germaniques ont connu une forte influence culturelle et politique venue des territoires allemands. Ainsi, la ville de Dantzig est destinée, selon le mot de Hitler, à devenir . Cette politique raciale définie par Hitler est menée depuis Gotenhafen par une antenne locale d'une officine spécialisée dans la politique raciale, l', dépendante du RSHA.

Germanisation et colonisation vignette|Les Cachoubes sont germanisés de façon systématique (dessin du ).|redresse=0.8|alt=Cachoubes Reprenant l'idée de Greiser dans le Wartheland, défendant en même temps que lui l'idée qu'on peut capter chez les Polonais des éléments de germanité, qu'il est possible de regermaniser, Forster met en place une Volksliste qui recense et classe les Allemands et les habitants germanisables du en quatre catégories : la catégorie I regroupe les membres du peuple allemand, citoyens de plein droit, la catégorie II les citoyens ne pouvant être membres du NSDAP, la catégorie III est constituée par les et la catégorie IV par les . Cependant, en s'appuyant sur les conclusions d'une étude réalisée par Hans GüntherCelui-ci défend l'idée d'une germanisation rapide des populations non allemandes du . et portant sur la population de son , notamment sur les Cachoubes, rendue publique au mois de , Forster défend la mise en œuvre d'une politique raciale assimilatrice, à l'antipode de son collègue du Wartheland. Dans ce cadre, le ne mène pas de politique restrictive d'inscription sur la , à la grande colère de Himmler.

Cette politique visant à intégrer certaines populations à la est rendue possible par l'attribution au NSDAP, et non à la SS, de la politique raciale dans le ; dans les faits, Forster, en tant que , n'encourage aucune sélection raciale systématique dans une région anciennement peuplée de Goths et de Vikings. Contre l'avis de Himmler, mais avec l'appui de Hitler, plus pragmatique, de la Wehrmacht, qui se trouve ainsi en mesure d'incorporer ainsi davantage d'hommes dans ses effectifs, de l'anthropologue Hans Günther et de Richard Darré, ministre de l'agriculture jusqu'en 1942, Forster parvient à inscrire sur la jusqu'au , dont près de sont issus des catégories III et IV. Pour Forster, ses soutiens au sein du parti et au sein des milieux de la recherche nazie, cette politique d'inscription sur la se veut la matérialisation d'un encouragement au métissage racial d'un peuple en manque d'hommes, à l'opposé de ce que souhaitent les intellectuels SS.

Menée conjointement avec cette politique raciale, la politique coloniale dans le , que les concepteurs du schéma général de l'Est souhaitent intensive suppose non seulement l'installation de venus de toute l'Europe, mais aussi une appétence des Allemands pour la colonisation et l'installation dans la région de Dantzig. Pour cela, s'organise un office cadastral à Dantzig contrôlé par le RuSHA.

Himmler propose, pour mettre en application les multiples projets qui fleurissent, d'utiliser les rapatriés des pays baltes et dûment soumis à un examen racial, pour peupler d'Allemands le port de Gotenhafen.