(en grec médiéval : Μιχαήλ Θ΄ Παλαιολόγος) (en grec médiéval : ; né le à Constantinople, décédé le à Thessalonique), était le fils ainé de l’empereur byzantin Andronic II Paléologue et de sa première épouse, Anne, fille du roi de Hongrie Étienne V. Il régna conjointement avec son père de 1294 à sa mort en 1320.
Premier coempereur à exercer le pouvoir avec les mêmes prérogatives que son collègue, symbolisé par le fait qu’ils portaient tous deux le titre d’ « autokrator », il conduisit dans sa courte carrière quelques campagnes militaires contre les Ottomans, les Bulgares et les mercenaires de la Compagnie catalane, lesquelles se terminèrent soit par des échecs sérieux, soit par des demi-succès, que soit en raison de mauvaise stratégie, de l’état pitoyable de l’armée byzantine, ou simplement par manque de chance.
Après une série de défaites, il fut nommé par son père gouverneur de Thessalonique. C’est là qu’il devait mourir de chagrin, selon les chroniqueurs de l’époque, après la perte de sa fille Anne et de son fils Manuel, ce dernier tué par les soldats de son fils ainé et également coempereur, (r. 1328-1341).
Contexte historique
thumb|right|Fresque représentant (Monastère de Saint-Jean-le-Précurseur près de Serrès).
(r. 1282-1328) était le fils de (coempereur de Nicée de 1258 à 1261 et empereur byzantin de 1261 à 1282). Toutefois, Andronic avait hérité d'un État épuisé par les tentatives de pour rétablir les frontières. En Europe, la majeure partie des Balkans demeurait aux mains des Slaves où Serbes et Bulgares menaçaient tour à tour l’empire. De même la majeure partie du Péloponnèse demeurait sous le contrôle des Francs dont les États s’étaient constitués après la chute de Constantinople en 1204. En Asie mineure, Turcs ottomans et seldjoukides avançaient irrémédiablementOstrogorsky (1983) Bréhier (1969) « Le désarroi de l’empire » .
Les guerres de avaient épuisé le Trésor public alors que l'économie était asphyxiée par les guerres entre Venise et Gênes qui contrôlaient les mers avoisinantesOstrogorsky (1983) . Enfin, les diverses querelles religieuses qui émaillèrent le règne d’ fragilisèrent encore plus un Empire byzantin déclinantBréhier (1969) Ostrogorsky (1983) .
Enfance et mariage
Âgé de vingt-quatre ans à son avènement, chercha à prendre une politique qui fut le contrepied de celle de son père : répudiation de l’Acte d’Union des Églises romaine et orthodoxe, politique de rapprochement avec les villes-États italiennes, tentatives de reprise des villes aux mains des Turcs en Bithynie, Mysie et Phrygie, et remise en état des défenses de celles qui avaient été reconquisesBréhier (1969) .
Politiquement, économiquement et religieusement, l’Empire byzantin faisait face à des difficultés faisant douter de sa survie. Il n’est guère étonnant dans les circonstances que la naissance de Michel un jour de PâquesL’année de sa naissance a porté à confusion. Jean Cantacuzène mentionne seulement que Michel mourut à l’âge de 43 ans; on sait que ce fut le 12 octobre 1320. Mais la fluidité du calendrier byzantin basé sur l’ « indiction » permet à certains auteurs (A. Papadopoulos (1938), B. Ferjančić (1974) et le Oxford Dictionary of Byzantium) de conclure que ce fut l’année 1277, année où Pâques tombait le 28 mars, alors que pour d’autres comme le Prosopographisches Lexikon der Palaiologenzeit (1989), il s’agirait plutôt de 1278 où Pâques était le 17 avril; cette même différence d’interprétation explique que la datation de divers évènements mentionnés dans cet article divergent selon les historiens d’aujourd’hui. ait été saluée par Pachymérès comme un véritable miracle annonçant des jours meilleurs pour le peuple et l’Empire byzantinsPachymère, « Relations historiques », , .
Toujours selon Pachymérès, possiblement en 1281, fut fait « basileus » et second coempereur, son père demeurant premier coempereurRaybaud (1968) . Pendant quelques mois, il y aurait dès lors eu trois empereurs : , et . Ce sera un des traits de la dynastie Paléologue que le rôle croissant joué par l’empereur-associé, titre qui jusque-là servait simplement à assurer la succession dynastiqueOstrogorsky (1983) . Déjà, du temps de , avait été couronné empereur-associé et ses droits fixés par un prostagmaMot signifiant « ordre », « commandement »; document émanant de la chancellerie byzantine portant une décision ou un commandement impérial, généralement d'ordre administratif. de Ostrogorsky (1983) . Dorénavant, et à l’exclusion d’autres empereurs-associés éventuels, il sera seul à pouvoir porter avec l’empereur principal le titre d’ « autocrator ». Comme en conclut très bien l’historien et humaniste byzantin Nicéphore Grégoras (vers 1295 - 1360) on peut voir dans cette idée, celle d’un partage du pouvoir, héritée du concept propre aux Latins d’un partage de l’empire entre les enfants du souverain. C’est du reste ce qu’espérait la deuxième épouse d’Andronic, Yolande de Montferrat, fille de et de Béatrice de Castille, qui aurait voulu que l’empire ne revint pas seulement au fils ainé de l’empereur (donc aux enfants qu’ avait eu de sa première épouse), mais également aux enfants qu’elle avait déjà lors de son second mariageNicéphore Grégoras, Histoire byzantine , 233 et sq.Nicol (2005) . Face au refus catégorique de son époux, l’impératrice quitta Constantinople avec ses fils pour s'établir à Thessalonique d’où elle ne cessa d'intriguer contre son époux et contre , désigné comme seul successeurOstrogorsky (1983) .
Dans les circonstances, le mariage du jeune homme était une affaire d’État et on commença à lui chercher une épouse alors qu’il n’était âgé que de onze ans. Dès 1288 commencèrent des négociations avec la famille de Courtenay, la dernière à avoir régné sur l’Empire latin. Petite-fille de , le dernier empereur latin, et fille de Philippe de Courtenay, Catherine de Courtenay était considérée dans les cours d’Occident comme l’impératrice titulaire de Constantinople. Ce mariage aurait eu comme avantage non seulement de mettre fin aux prétentions de cette famille au trône de Constantinople, mais aussi de s’assurer d’une certaine bienveillance de la part de ces mêmes États face au retour de la menace angevine alors que arrivait sur le trône de Naples. Poursuivi pendant plusieurs années, les négociations n’aboutirent pas, le pape s’opposant à l’union d’une impératrice latine à un empereur « hérétique »Nicol (2005) Ostrogorsky (1983) }Voir à ce sujet G. Bratianu, « Notes sur le projet de mariage entre l’empereur et Catherine de Courtenay », Revue du sud-est européen, (1924) . Le même obstacle devait empêcher le mariage de Michel avec la fille du roi franc de Chypre.
D’autres tentatives, dont celle visant Yolande, sœur de Frédéric, roi de Sicile, n’eurent guère plus de succèsRadivoy (2008) chap. 2. Finalement, on se tourna vers l’Orient où avait déployé une grande activité. En 1295, le roi de la Petite Arménie donna son consentement à ce que sa sœur Rita (appelée Marie à son arrivée à Constantinople) épouse Michel le . Deux fils devaient naitre de cette union : Andronic qui deviendra et Manuel, ainsi que deux filles, Anne et Theodora.
À la même époque, Michel qui avait été proclamé mais non couronné « basileus » le sera le à Sainte-Sophie comme le voulait la coutumeBréhier (1969) .
Une carrière militaire malheureuse
Premiers déboires contre les Ottomans
thumb|right|Les beylicats turcs à la fin du règne d'.
Déjà, en 1290, le jeune Michel s’était vu confié la direction des affaires de l’État alors qu’ était parti en Bithynie où les beylicats turcs empiétaient sur les territoires asiatiques de l'empire. L’empereur devait y rester trois années, inspectant les villes du nord, Nicée, Brousse et Lopadium, vitales pour la sécurité de l’empireNicol (2005) . Cette reconquête de l’Asie mineure devait cependant être remise en question après le départ de Jean Tarchaniotès ; soldat expérimenté, il avait choisi le mauvais parti dans la querelle qui déchirait à ce moment l’Église orthodoxe . Bientôt, l’empereur se trouva à court non seulement d’officiers expérimentés, mais aussi de soldats ; ceux-ci désertaient en masse, leur solde étant payée irrégulièrement, voire pas du toutNicol (2005) .
Michel Paléologue était anxieux de se faire bien voir auprès de son père et de lutter pour l’unité de l’empireSur la difficulté d’établir une chronologie précise de ces évènements, voir Failler (1990) . En 1302, des groupes d’Alains, fuyant les Mongols, demandèrent l’asile sur le territoire byzantin. Andronic s'empressa d’accepter et de les enrôler pour les envoyer sur la frontière orientale, chargeant son fils de reprendre en mains la situation. Michel se trouva ainsi à la tête d’une force de quelque dont AlainsNicéphore Grégoras, Histoire byzantine, , 10..
Toutefois, peu habitués aux usages byzantins, les Alains se mirent à piller avec un même zèle populations turques et grecques. Michel se dirigea avec ces troupes inexpérimentées et indisciplinées vers le fleuve Hermos et la forteresse de Magnésie (aujourd’hui Manisa en Turquie). Soit que ses généraux aient tenté de réprimer l’ardeur d’un jeune chef inexpérimenté, soit que celui-ci ait réalisé que les Turcs occupaient les points culminants des montagnes avoisinantes, Michel laissa l’initiative à ses adversaires qui lors du premier affrontement l’emportèrent facilement. Michel n’eut d’autre choix que de se réfugier dans la citadelle de Magnésie pendant que les Turcs ravageaient la contrée avoisinante. Michel y attendit trois mois que son père puisse réunir les sommes nécessaires pour payer ses soldats, période pendant laquelle nombre de Grecs et d’Alains désertèrent. À bout de ressources, Michel décida de fuir vers la côte, quittant secrètement son camp de nuit pour se réfugier à PergameNicol (2005) .
Pendant ce temps, les Alains déployés en Bithynie sur la frontière du Sangarios furent refoulés par un groupe de Turcs commandés par Otman ou Osman ; ces épisodes constituent la, première mention chez Pachymérès du fondateur des Osmanli. Commandée par le général Mouzalon, l’armée byzantine comptait environ qui durent faire face à Ottomans; la bataille se déroula à Bapheus près de Nicomédie le . Les Alains, vaincus par les Ottomans, se replient dans Nicomédie, laissant les troupes d'Osman ravager les campagnes environnantes.
réussit à tenir Pergame pendant quelques mois, mais finit par rejoindre la côte à Pégai. C’est là que devait avoir lieu une première rencontre entre lui et la Compagnie catalane, embauchée par après avoir été licenciée par . Ayant chassé les Turcs de Cyzique, ils avaient fait tant de dommages dans la cité que leur chef, Roger de FlorDe son vrai nom, Rutger von Blum, celui-ci était le fils d’un fauconnier allemand nommé Richard von Blum ; expulsé de l’ordre les Templiers qui l’accusaient d'avoir détourné une partie de leurs trésors, il fut nommé par capitaine des compagnies d’Almogavres (almogàvers), mercenaires catalano-aragonais qui avaient participé à la conquête de Valence et de Majorque pour le compte de la couronne d'Aragon., avait dû payer une indemnité aux habitants. Leur réputation les précédant, retranché dans la ville refusa de les laisser entrerNicol (2005) Norwich (1996) . Il devait y tomber si gravement malade que son épouse vint l’y rejoindre. Le couple y passa l’hiver, ne retournant à Constantinople qu’en . L’échec de cette première mission militaire devait singulièrement affaiblir son prestigePachymère, Relations historiques, ; Grégoras, , .
Succès mitigés contre les Bulgares
thumb|right|La Bulgarie au début du .