vignette|droite|Le Christ mort au tombeau soutenu par deux anges, par Carlo Crivelli en 1477. L'Homme de douleurs est une représentation de l'iconographie chrétienne du Christ entre sa mort et sa Résurrection. L'expression vient d'un verset des Cantiques du Serviteur dans le Livre d'Isaïe : « Objet de mépris, abandonné des hommes, homme de douleurs, familier de la souffranceIs 53:3.... ». Le mot « douleurs » est toujours au pluriel : אִישׁ מַכְאֹבוֹת (ish makh'ovot) dans la Bible hébraïque et vir dolorum dans la Vulgate.
Ce motif correspond en général à une image de dévotion (qui renvoie à un usage, émotionnel, en soutien à la prière contemplative), et qui prend la forme d'une Andachtsbild (terme qui renvoie, quant à lui, à la forme et à l'iconographie). Les images de dévotion étant souvent d'un format adapté à un usage individuel ou pour de petites communautés, tout support, à plat ou en relief, et tout matériau peut être utilisé.
Origine du thème La représentation qui est à l'origine de ce thème est développée à partir de l'image de l'épitaphios byzantin (), une icône byzantine en mosaïque réputée miraculeuse sous le nom de Imago pietatis, une image de dévotion qui parvient en Occident vers le où elle est reprise en sculptureSculptures allemandes de la fin du Moyen Âge : dans les collections publiques françaises : 1400-1530, Musée du Louvre, Réunion des musées nationaux (France), RMN, 1991, en peinture et en enluminure dans les manuscrits.
En Italie elle renouvelle la représentation ancienneLouis Réau, Iconographie de l'art chrétien : Iconographie des saints, Presses universitaires de France, 1959 du Christ « triomphant » « en gloireChrist pantocrator » ou « en majesté », en le transformant (puis pour la supplanterMélanges : Moyen âge; temps modernes, Volume 96, 2, éditions E. de Boccard, 1985, .), en le montrant, en « homme de douleurs », dans l'intention manifeste de la pré-Renaissance d'humaniser le propos religieux, comme la « Vierge de l'humilité » et la « Vierge de maternité » versus la « Vierge en majesté »Jacques Le Goff, Saint François d'Assise, Gallimard, , ..
Les Primitifs flamands et allemands (qui le nomme du nom précis de Schmerzensmann ) reprendront également cette iconographie nouvelleDe Sikkel, Les Primitifs flamands : Corpus de la peinture des anciens Pays-Bas méridionaux au quinzième siècle, 1986..
Cette forme particulière laissera, au , la place aux représentations plus plastiques du ChristIconographie et histoire des mentalités, Centre méridional d'histoire sociale des mentalités et des cultures, Centre national de la recherche scientifique, 1979..
Représentation Attributs Le Christ, entre mort et Résurrection, est représenté debout, ressuscité, sortant de la cuve du sarcophage de son tombeau, et seul le haut de son corps est visibleSimona Boscani Leoni, Essor et fonctions des images religieuses dans les Alpes : l'exemple de l'ancien diocèse de Coire (1150-1530 env.), Peter Lang, 2008., blessures bien en évidence (ostentatio vulnerum, « ostentation des blessures ») sur le flanc et les mains, couronne d'épines sur la tête, le plus souvent les bras croisés sur l'abdomen, portant le périzonium.
Auréolé, il peut être entouré de figures saintes (assistant anachroniquement à la Résurrection, comme Jean le Baptiste, déjà mort avant la Crucifixion de Jésus) ou célestes (anges, le soutenant ou non), la croix de la Crucifixion peut apparaître en fond centrée sur sa tête, avec ou non en présence des Arma Christi.
Il peut porter une tunique rouge reposant sur ses épaules.
Cette représentation existe en peinture et enluminure, en sculpture. Certaines représentations picturales sont des éléments de polyptyque surmontant les autres panneaux (ex : Jacopo Bellini, Triptyque de la Vierge).
Précisions iconographiques On ne le confondra pas avec : Le Christ aux plaies ou Christ mort soutenu par deux anges, très similaire mais apparu plus récemment (, la représentation accentuée sur les cinq plaies du Christ n'est pas seulement en buste et un paysage est souvent présent (Andrea del Castagno). Le Christ de pitié ou Christ aux liens, une des figures du Christ souffrant attendant la mort pendant sa Passion. Le Christ aux outrages, portant des attributs de roi avec des soldats se moquant de lui, pendant sa condamnation (Fra Angelico, fresque de la cellule 7 du dortoir des moines au couvent San Marco). Le Christ à la colonne, attaché et flagellé (Fra Angelico, armoire des ex-voto d'argent) Le Christ au sarcophage, mort mais ressuscité triomphant, entouré des soldats endormis et de détails nombreux rappelant le sommet du Golgotha ou d'un paysage symbolique entre vie et mort (Piero della Francesca).
Galerie
Peintres usant de cette iconographie
Pietro Lorenzetti (vers 1330), tempera sur panneau de bois, , , Altenbourg Benedetto Rusconi, musée Correr, Venise Miniature dans Les Très Belles Heures de Notre-Dame, BnF (NAL 3093, f.84r) Peinture au musée de Brou de Bourg-en-Bresse. Luca Antonio Busati, attribution. Lorenzo Monaco (vers 1415), collection particulière. Carlo Crivelli (1468), Massa Fermana. Niccoló Gerini, fresque de l'église Santa Felicita, Florence. Giovanni Toscani, fresque des moines vallombrosains, basilique Santa Trinita, Florence Petrus Christus (vers 1450), musée et galerie d'art de Birmingham Giovanni Bellini (1460), museo Poldi Pezzoli, Milan. Jacopo Bellini, haut cintré du Triptyque de la Vierge, Gallerie dell'Academia, Venise Sandro Botticelli, Homme de douleurs (vers 1495) Albrecht Dürer : L'Homme de douleurs Gérard de Saint-Jean, L'Homme de douleurs ...
Sculpteurs
Donatello, bas-relief du maître-autel de la basilique Saint-Antoine (Padoue).
Notes et références
Voir aussi Bibliographie Audrey Rieber, Art, histoire et signification : un essai d'épistémologie d'histoire de l'art autour de l'iconologie d'Erwin Panofsky, Harmattan, 2012, . Iconographie et histoire des mentalités, Centre méridional d'histoire sociale des mentalités et des cultures, Centre national de la recherche scientifique, 1979. G. Schiller, Iconography of Christian Art, Vol. II, 1972 (traduction de l'allemand), Lund Humphries, Londres, figures 471 à 475 Pierre Gibert, Quand les peintres lisaient la Bible, Bayard culture, 2015
Articles liés
Plaies du Christ Christ aux plaies Christ aux liens Ostentatio vulnerum Ecce homo Cantiques du Serviteur Mater Dolorosa Notre-Dame des Douleurs
Articles connexes Représentation de Jésus-Christ dans l'art chrétien Messe de saint Grégoire
Liens externes
Catégorie:Représentation artistique de Jésus-Christ par thème Catégorie:Iconographie chrétienne Catégorie:Livre d'Isaïe