La campagne de ChattanoogaLa commission du National Park Service responsable des sites de la guerre de Sécession Civil War Sites Advisory Commission la divise en deux phases : la réouverture de la rivière Tennessee (bataille de Wauhatchie) et Chattanooga-Ringgold (troisième bataille de Chattanooga, également connue sous le nom de « combats pour Chattanooga », et la bataille de Ringgold Gap). rassemble les opérations militaires et les combats qui se déroulèrent en octobre et , sur le théâtre occidental de la guerre de Sécession.

Après la défaite de l'armée du Cumberland, conduite par le major-général nordiste William Starke Rosecrans, à la Bataille de Chickamauga (), les Confédérés de l'armée du Tennessee emmenés par le général Braxton Bragg assiègent Rosecrans et ses hommes en occupant les hauteurs qui surplombent Chattanooga. Le major-général Ulysses S. Grant, ayant reçu le commandement des forces de l'Union dans l'ouest, des renforts commencent à arriver avec lui à Chattanooga depuis le Mississippi et le théâtre oriental.

Après avoir ouvert une ligne de ravitaillement (la « Cracker Line ») pour nourrir ses troupes affamées et leurs montures, Grant repousse une contre-attaque confédérée à Wauhatchie, les 28 et .

Le , l'armée du Cumberland, commandée par le major-général George Henry Thomas, laissant derrière elle les fortifications qui entourent Chattanooga, s'avance pour s'emparer d'Orchard Knob, tandis que des éléments de l'armée nordiste du Tennessee commandée par le major-général William Tecumseh Sherman manœuvrent pour lancer une attaque surprise sur le flanc droit de Bragg à Missionary Ridge.

Le , des troupes venues du théâtre oriental et emmenées par le major-général Joseph Hooker battent les Confédérés lors de la Bataille de Lookout Mountain et lancent un mouvement sur le flanc gauche de Bragg à Rossville.

Le , l'assaut de Sherman sur le flanc droit de Bragg fait peu de progrès. Espérant détourner l'attention de ce dernier, Grant autorise l'armée de Thomas à s'avancer depuis le centre de sa ligne jusqu'au pied de Missionary Ridge. À la suite de d'une erreur de transmission et dans le feu de l'action, les hommes de Thomas continuent jusqu'au sommet, emportent la crête et mettent en déroute l'armée du Tennessee, qui bat en retraite jusqu'à Dalton (Géorgie), parvenant finalement à arrêter les Nordistes lancés à sa poursuite à la Bataille de Ringgold Gap.

La défaite de Bragg fait sauter le dernier point de contrôle confédéré au Tennessee et ouvre la porte à l'invasion du Sud profond, qui conduira à la campagne d'Atlanta menée par Sherman en 1864.

Contexte

vignette|Carte schématique de Chattanooga réalisée pendant la campagne de 1863.

Située à l'extrême sud-est du Tennessee, à la frontière avec la Géorgie, la ville de Chattanooga est logée dans une plaine étroite orientée nord-est/sud-ouest, formée par un méandre du cours navigable du Tennessee. La ville, adossée à la rive sud du Tennessee, est surplombée au sud-ouest par un relief en proue de navire (Lookout Mountain), et bordée à l'est par un contrefort escarpé de plusieurs kilomètres de long (Missionary Ridge). C'était, à l'époque de la guerre de Sécession, un nœud ferroviaire vital, avec des lignes partant vers le nord en direction de Nashville et de Knoxville et une autre se dirigeant vers le sud en direction d'Atlanta. C'était aussi une cité industrielle d'importance, fournissant du charbon et de l'acier. En , l'armée nordiste du Cumberland commandée par le major-général William Starke Rosecrans avait forcé l'armée confédérée du Tennessee, commandée par le général Braxton Bragg, à quitter Chattanooga pour se retirer dans le nord de la Géorgie. Rosecrans avait poursuivi Bragg, et les deux armées s'étaient affrontées, les 19 et , à la Bataille de Chickamauga. Bragg y avait remporté une victoire majeure : profitant d'une brèche dans les rangs adverses, une colonne sudiste emmenée par le lieutenant-général James Longstreet s'y était engagée et avait mis en déroute l'armée nordiste. Cette dernière avait été sauvée de l'anéantissement grâce à la résistance acharnée du major-général George Henry Thomas (lui gagnant ainsi le surnom de Rock of Chickamauga), dont l'action d'arrière-garde à Snodgrass Hill avait permis au gros de l'armée de Rosecrans de se replier sur Chattanooga. Bragg n'avait pas coupé la retraite des Nordistes et ne s'était pas lancé à leur poursuite à temps pour les empêcher de se regrouper et de préparer la défense de la ville. Les forces de l'Union tirèrent parti des fortifications édifiées par leurs adversaires et établirent une forte position défensive sur un demi-cercle de 5 kilomètres autour de la ville.

Bragg avait trois possibilités : déborder Rosecrans en franchissant le Tennessee en aval ou en amont de la ville, attaquer frontalement les fortifications des troupes de l'Union, ou affamer les Fédéraux en organisant un siège. L'attaque de flanc semblait impraticable : Bragg manquait de munitions, il n'avait pas de ponts flottants pour franchir la rivière et le corps d'armée de Longstreet, venu de Virginie, était arrivé à Chickamauga sans son train de ravitaillement. L'assaut frontal pouvait être très coûteux face à des positions retranchées. Ayant été informé que les hommes de Rosecrans ne disposaient que de six jours de rations, Bragg choisit l'option du siège, tout en essayant de réunir la logistique nécessaire à une traversée du Tennessee.

vignette|400px|Lignes de ravitaillement des Fédéraux et raid de Wheeler (octobre 1863).

Bragg assiégea la ville, décidé à affamer les forces de l'Union jusqu'à ce qu'elles se rendent. Les Confédérés s'établirent sur une crête appelée Missionary Ridge et sur Lookout Mountain, qui surplombaient idéalement Chattanooga, la boucle du Tennessee qui longeait la ville, ainsi que les lignes de ravitaillement des Fédéraux. Bragg était d'autant moins disposé à monter une offensive qu'il était occupé à résoudre des problèmes de commandement dans son armée. Le , il avait relevé de leurs fonctions deux subordonnés qui l'avaient déçu à Chickamauga : le major-général Thomas C. Hindman (qui n'avait pas su écraser les corps de l'Union à McLemore's Cove) et le lieutenant-général Leonidas Polk (qui avait tardé, le , à Chickamauga). Le , douze de ses généraux les plus titrés envoyèrent une pétition à Jefferson Davis, le président confédéré, exigeant que Bragg soit démis. Davis fit le voyage de Chattanooga pour entendre personnellement les plaignants, et trancha finalement en faveur de Bragg, qui se vengea immédiatement en limogeant le lieutenant-général Daniel Harvey Hill et le major-général Simon B. Buckner.

Jamais, dans l'histoire de l'armée du Cumberland, le moral des officiers et des hommes n'avait été aussi bas. Non seulement la bataille de Chickamauga avait été livrée et perdue, mais nous avions perdu bien plus qu'une bataille. Nous avions perdu confiance en notre commandant. — Capt. George Lewis, 124th Ohio.

Enfermé dans Chattanooga, Rosecrans, encore sous le choc de la défaite, était hors d'état de prendre les décisions qui auraient permis de lever le siège. Le président Abraham Lincoln nota qu'il paraissait « confus et étourdi comme un canard qui aurait reçu un coup sur la tête ». Les soldats de l'Union commençaient à souffrir de la faim et les chevaux et les mules à mourir en masse. La seule ligne de ravitaillement encore ouverte était un sentier tortueux venant de Bridgeport, Alabama, à près de 90 kilomètres l'ouest, par les montagnes de Walden's Ridge. Fin septembre, de fortes pluies provoquèrent de graves éboulements sur les routes de montagne. Le , la cavalerie confédérée du major-général Joseph Wheeler lança un raid contre les lignes de ravitaillement de Rosecrans au Tennessee et intercepta un convoi de ravitaillement de 800 chariots, en incendia une grande partie et fit abattre des centaines de mules. Vers la fin du mois d'octobre, les rations des Fédéraux étaient tombées à « quatre gâteaux de pain dur et un quart de livre de porc » tous les trois jours.

Le haut commandement nordiste entreprit immédiatement de venir au secours des assiégés. Quelques heures après la défaite de Chickamauga, le secrétaire à la Guerre Edwin M. Stanton dépêcha le major-général Joseph Hooker à Chattanooga avec hommes, détachés en deux corps de l'armée du Potomac, stationnée en Virginie. On ordonna au major-général Ulysses S. Grant d'envoyer de ses hommes basés à Vicksburg (Mississippi), sous le commandement de son principal subordonné, le major-général William Tecumseh Sherman. Le , Stanton ordonna à Grant de se rendre en personne à ChattanoogaLes ordres, rédigés par le général en chef Henry W. Halleck, demandaient à Grant de se rendre à Memphis, Tennessee. Il y arriva le 16 octobre et y reçut de nouvelles indications lui demandant de se diriger sur Louisville, Kentucky. Là, il rencontra Stanton en personne, le 17 octobre, qui lui apprit sa nomination., comme commandant de la nouvelle Division militaire du Mississippi, qui regroupait sous le même commandement, pour la première fois, tous les territoires allant des Appalaches au Mississippi (et la plus grande partie de l'Arkansas). Grant se vit offrir le choix de remplacer un Rosecrans abattu par Thomas. Malgré les mauvaises relations qu'il entretenait avec les deux généraux, il choisit Thomas pour commander l'armée du Cumberland. Sur la foi d'un rapport erroné qui indiquait que Rosecrans se préparait à abandonner Chattanooga, Grant télégraphia à Thomas : « Tenez Chattanooga à tout prix. J'arrive aussi vite que possible ». Le « Roc de Chickamauga » répondit immédiatement : « Nous tiendrons la ville jusqu'à ce que nous mourrions de faim ». Grant, empruntant les sentiers de montagne utilisés pour le ravitaillement, arriva à Chattanooga le .

Forces en présence

Commandants de l'Union

La Division militaire du Mississippi de Grant regroupait, à Chattanooga, les forces suivantesEicher, . : L'Armée du Tennessee (Union), commandée par le major-général William T. Sherman, et composée du corps sous le major-général Francis Preston Blair, Jr., et de la division du corps sous le brigadier-général John E. Smith ; L'Armée du Cumberland, commandée par le major-général George Henry Thomas, et composée du corps sous le major-général Gordon Granger, et du corps sous le major-général John M. Palmer ; Les unités commandées par le major-général Joseph Hooker et composées du corps sous le major-général Oliver Otis Howard et la Division du corps sous le brigadier-général John White Geary (pendant la bataille de Lookout Mountain, Hooker commandait également des divisions détachées des et corps).

Commandants confédérés

L'Armée du Tennessee (Confédérée) de Bragg disposait, à Chattanooga, des forces suivantes : Le corps d'armée de Longstreet, commandé par le lieutenant-général James Longstreet et composé des divisions du major-général Lafayette McLaws et du brigadier-général Micah Jenkins (en remplacement de John Bell Hood, blessé à Chickamauga). Le corps de Longstreet fut dépêché à Knoxville le ; Le corps d'armée de Hardee, commandé par le lieutenant-général William Joseph Hardee et composé des divisions du brigadier-général John K. Jackson (division Cheatham), du brigadier-général J. Patton Anderson (division Hindman), du brigadier-général States Rights Gist (division Walker), et du major-général Simon B. Buckner (dépêché le sur Knoxville) ; Le corps d'armée de Breckinridge, commandé par le major-général John Cabell Breckinridge et composé des divisions des majors-généraux Patrick Cleburne, Alexander P. Stewart, Carter L. Stevenson, et du brigadier-général William B. Bate (division Breckinridge).

Le , Bragg affaiblit sérieusement ses forces en dépêchant le corps d'armée de Longstreet pour affronter le major-général Ambrose Burnside à proximité de Knoxville. Le Bragg récidiva en dépêchant à Knoxville la division commandée par le major-général Simon B. Buckner en renfort à Longstreet.

Ouverture de la « Cracker Line »