La Balagne est une région naturelle de Haute-Corse, située sur la côte nord-ouest de l'île. Elle s'étend de l'embouchure du Regino jusqu'au pied des derniers escarpements septentrionaux du massif du Monte Cinto. Ses villes principales sont L'Île-Rousse et Calvi.
Géographie vignette|upright=2.4|centré|La citadelle de Calvi
La Balagne est à proprement parler la zone littorale s'étendant depuis l'embouchure du Regino jusqu'au golfe de Calvi, remontant dans les terres jusqu'aux premiers sommets de la chaîne centrale (Monte Grosso). Elle comprend notamment la vallée du Regino avec l'agglomération île-roussienne (L'Île-Rousse-Monticello-Santa-Reparata-di-Balagna) et la vallée de la Figarella, avec tous ses villages bâtis en cornicheLa « route corniche » de la Balagne relie Lumio à Belgodère en passant par Lavatoggio, Cateri, Avapessa, Muro, Felicito, Nessa, Speloncato, Ville-di-Paraso, Costa et Occhiatana. À Cateri, une autre route rejoint L'Île-Rousse via Aregno, Sant'Antonino, Pigna, Corbara, Santa-Reparata-di-Balagna et Monticello.. Elle s'étend de Belgodère à Moncale. Ses communes qui couvrent une superficie de , sont :
Algajola Aregno Avapessa Belgodère Calenzana Cateri Corbara Costa Feliceto L'Île-Rousse Lavatoggio Lumio Moncale Montegrosso Monticello Muro Nessa Occhiatana Pigna Sant'Antonino Santa-Reparata-di-Balagna Speloncato Ville-di-Paraso Zilia
Du temps des Génois, avec Calvi, l'une des places principales de la Corse, distincte territorialement et administrativement, la Balagne renfermait cinq pièves Giustiniani in Dialogo nominato Corsica, traduction de l'abbé Letteron in Histoire de la Corse, description de la Corse - Tome I, : Tuani, avec sept villages, parmi lesquels Belgodère, Occhiatana, Speloncato ; Sant'Andréa, qui renferme cinq villages dont Feliceto ; Aregno, qui contient seize villages, dont les principaux sont : Corbara, Monticello, Sant'Antonino et Santa-Reparata. C'est dans cette piève que se trouve l'Algajola, selon d'autres Gabbiola, où habite le lieutenant de l'Office de Saint Georges ; Pino, dans laquelle se trouve Montemaggiore, village riche et bien peuplé ; Olmia, où se trouvent les villages de Calenzana et de Moncale.
vignette|Des parachutistes du de parachutistes de la Légion étrangère française exécutant un saut au-dessus d'une zone de largage près de leur base d'attache dans la ville de Calvi. Dans son Dialogo nominato Corsica, Giustiniani décrit la Balagne de la façon suivante, en suivant la côte :
Parlant de ses habitants, il écrit :
Poursuivant, il dit :
Politique et administration On distingue une région historique (la province génoise de Balagna), d'un pays qui porte le même nom et correspond à peu près au même territoire. Après consultation pour avis du conseil général de la Haute-Corse et de la CTC, l’arrêté de périmètre du « Pays de Balagne » a été signé le 17 novembre 2003.
Pays de Balagne Le Pays de Balagne, premier pays constitué en Corse, est composé de trente-six communes, réunies au sein de deux communautés de communes : Calvi Balagne et L'Île-Rousse Balagne. Ces communes se répartissent ainsi :
L'Île-Rousse Balagne
L'Île-Rousse Balagne (vingt-deux communes): Corbara, L'Île-Rousse, Monticello, Pigna, Santa-Reparata-di-Balagna, Lama, Pietralba, Urtaca, Novella, Palasca, Belgodère, Costa, Feliceto, Occhiatana, Muro, Nessa, Speloncato, Ville-di-Paraso, Mausoléo, Olmi-Cappella, Pioggiola et Vallica.
Calvi Balagne
Calvi Balagne : Algajola, Aregno, Avapessa, Cateri, Lavatoggio, Sant'Antonino, Lumio, Montegrosso, Zilia, Calenzana, Moncale, Calvi, Galéria et Manso.
Démographie En 2008Population 2008 Insee, la Balagne a une population de habitants en incluant Calvi.
Toponymie Palania. Var. : Palanta ; aujourd'hui, la Balagne, était une localité située à l'intérieur des terres.
Étymologie ancienne et fantaisiste :
Histoire Préhistoire C'est un territoire qui a été occupé au Néolithique ancien, comme en témoignent les découvertes effectuées en de nombreux sites de fouilles archéologiques : Porte Vecchio à Lavatoggio, La Pietra à L'Île-Rousse, Monte d'Ortu à Lumio, Mutola à Ville-di-Paraso, etc.
Antiquité Sous l’Empire romain, la Palania (variante « Palanta ») aux coordonnées 30° 20' long. 40° 45' lat. mentionnées sur ses cartes par le géographe alexandrin Ptolémée qui a vécu au de l'ère chrétienne, est bien l'actuelle Balagne, comme l'ont démontré les historiensXavier Poli, La Corse dans l'Antiquité et le Haut Moyen Âge, Librairie A. Fontemoing, Paris 1907, .
Selon Ptolémée, les Cilebenses (ou Nibolensii), l'une des douze nations peuplant la Corse, occupaient l'ancien pays de Nebbio qui s'étendait alors sur la partie orientale de l'actuelle Balagne. Cersunum et Ostricon étaient leurs principales civitatesXavier Poli in La Corse dans l'Antiquité et le Haut Moyen Âge, Librairie A. Fontemoing, Paris 1907.
Ptolémée désignait Calvi comme « le port le plus célèbre de l’île ». Fondée par les Phéniciens avant notre ère, Agilla devint comptoir romain sous le nom de Rubico Rocega.
La Corse fournissait à Rome de nombreux marins qui étaient recrutés spécialement dans les régions de la Balagne, du Cap Corse, de Mariana et d'Aléria.
Les vestiges d'un établissement thermal ont été mis au jour à Speloncato, 1 Calvi, un préside génois en Balagne, p19..
Moyen Âge
Envahie par les Sarrasins vers 860, la Corse n'en sera délivrée qu'en l'an 1030.
Au début du , probablement après la bataille de Luni (1016), des seigneurs toscans ou génois, sans mandat du Saint-Siège, passent en Corse et, aidés par les populations chrétiennes, chassent les musulmans de Nebbio, de Balagne, de Mariana et d'Aléria. Les Sarrasins de Sicile, pressés de toutes parts par les chrétiens, sont obligés d'élever, pour leur sûreté, de nombreuses fortifications, désignées encore aujourd'hui par le nom de Cala ou de CalataCesare Cantù in Historia universal tome IX, . — Cala, d'après Wenrich, , est un mot arabe signifiant baie, port abrité, station navale sûre, « sinus maritimus, locus a ventis tutus, tuta navium statio. ». Il est aussi probable que des colonies sarrasines de Corte ou de la Balagne, harcelées par les patriotes chrétiens, ont été refoulées dans le Niolo où nous trouvons les noms significatifs de Calaguccia et de Calasima appliqués à deux villages.
En 1278, Calvi se confédère avec Gênes. Sa fidélité sera constante.
En août 1324, dans l'inféodation faite par l'Aragon à Enrico et Opicinello de Cinarca, l'expression podesteria di Balagna était employéeM.G. Meloni, "La Corona d'Aragona e la Corsica…", op.cit. , d'après ACA, Cancelleria, Papeles Para Incoporuar, caja 27, doc.97).
En 1366 la podestérie de Balagna comprenait les mêmes pievi que cent ans plus tard en 1454 : Chiomi, Armito, Olmia, Pino, Sant'Andria, Tuani, Giussani et OstriconeU. Assereto, "Genova e la Corsica (1358-1378)", op.cit, puis G. Petti Balbi, ibid., .
Temps modernes Au vers 1520, la province génoise de Balagna était composée des pievi de Tuani, Aregnu, Sant'Andria, Pinu et OlmiaBase Infcor. Tuani, avait pour lieux habités : li Quercioli, Belgoder, Ochiatana, le Ville, la Costa, le Cavalleragie, Speluncato. Aregnu, environ habitants - Les lieux habités étaient : l’Arpagiola (o Gabiola), la Corbaia, lo Monticello, Santo Antonino, Santa Riparata, Piaza, Pragola, le Torre, Regno, li Catari, lo Lavatogio, lacona, Spano, Hogio, Aquapessa. Santo Andrea, environ habitants - Les lieux habités étaient : Muro, Feliceto, Nessa, Iustiniani, Speloncato. Pinu, environ habitants - Les lieux habités étaient : Montemaggiore, li Castiglioni, Profiume, Zilia, Jargia, Cassano, Longhignani. Olmia, environ habitants - Les lieux habités étaient : Calensani, Mucale.
À celles-ci, il faut ajouter Chiomi, une pieve qui vers 1520 était inhabitée sauf le village de lo Cipeo (Luzipeo ou Luzzipeo), ainsi que la pieve d'Armito totalement inhabitée. Ces deux pievi ont disparu de la province de Balagna en 1537 et forment aujourd'hui le Filosorma, territoire extérieur à la Balagne à priori, mais qui lui est administrativement rattaché.
Ces pievi formaient la province de Balagna. (Les provinces avaient à leur tête un lieutenant représentant le pouvoir exécutif).
1540 - Arrivent en Corse des frères mineurs capucins qui fondent six couvents ou monastères à Bastia, Brando, Luri, Balagna, Nebbio e Casinca. La même année, pour lutter contre l'usure « insopportabili e quasi incredibili » pratiquée par les commerçants sur la population de la province de Balagna, l'Office de Saint Georges publie un décret condamnant cette pratique excessive, qui sera très rapidement étendu au reste de l'îleBanchero, in Annales de Banchero publiées par l'abbé Letteron - Imprimerie et librairie Eugène Ollagnier Bastia 1887 . 1541 - Au début de l'année, Dragut rachète au prince Doria sa liberté et celle de son armée capturée à Girolata. Il se venge et pille et brûle de nombreux villages dont Monticello en Balagne. 1643 - le 26 juin, Algajola (Argaiola in Balagna) est attaquée par surprise, par une flotte de neuf galères de Bizerte et d'Alger. Nicolò Raggio le lieutenant et la population se réfugie dans la tour voisine. La cité est pillée, brûlée. Mais les secours arrivent de Calvi, mettant en fuite les Turcs qui perdent 60 hommes et de nombreux blessés. 1664 - en mai, sur ordre de la Signoria de Gênes, Algajola est fortifiée pour se défendre des razzias turquesBanchero, in Annales de Banchero publiées par l'abbé Letteron - Imprimerie et librairie Eugène Ollagnier Bastia 1887 .
Durant la Révolution corse
Au , durant la période 1729 à 1769, de nombreux événements ont précédé la cession de la Corse à la France. La province de Balagna a pris une part importante dans la révolte des Corses contre Gênes, Calvi restant « semper fidelis » à la République.Voici une liste non exhaustive de ces évènements, extraite de la chronologie écrite par Antoine-Dominique Monti, président de l'ADECEC, publiée par celle-ci en 1979La Grande révolte des Corses contre les Génois 1729-1769 A-D Monti ADECEC 1979 :
1731. La province accepte de s'unir au soulèvement général, à l'exception de la pieve d'Olmia (Calenzana) demeurée fidèle aux Génois, sur ordre des généraux de la Nation Luiggi Giafferi, de Talasani, et Andria Ceccaldi, du Viscovato. 5 avril. Les gens de la Balagna, mécontents des tentatives de corruption du lieutenantLe lieutenant était le représentant du pouvoir exécutif à la tête d'une province d'Algaiola, font le siège de la place. Les habitants se réfugient à Calvi et à Gênes sans attendre l'assaut. La tour de L'Île-Rousse est prise par les Corses. La Balagna reçoit des troupes envoyées par l'empereur romain germanique pour aider la république de Gênes à rétablir l'ordre. Après plusieurs actions menées contre les révoltés, parfois désastreuses comme à la bataille de Calenzana, Wachtendonck et les dernières troupes allemandes quittent la Corse en juin 1733. 1734. La Balagna divisée, les uns tenant pour la révolte, les autres pour les Génois, décide toutefois de s'ériger en province confédérée à la République. Au printemps, une partie de la province accepte de faire la guerre aux Génois. S'ensuit une période trouble ; les rebelles corses décident d'offrir la Corse à Philippe V, roi d'Aragon. Mais le roi, qui prépare la conquête du royaume de Naples, refuse d'entamer des négociations à ce sujet.La révolte pourrit. La pieve d'Aregnu qui avait reçu fusils du commissaire de Calvi, est désarmée par Ghjuvan Ghjacumu Castineta. Les Corses reçoivent des armes débarquant de Toscane.