Benito Juárez García, né le à San Pablo de Guelatao, Intendance de Antequera de Oaxaca (actuellement Guelatao de Juárez) en Nouvelle-Espagne et mort le . à Mexico., est un homme politique mexicain qui fut président de la république du Mexique à plusieurs reprises entre 1858 et 1871.
Orphelin issu d'une famille indigène zapotèque pauvre et rurale, il se rend à douze ans dans la ville d'Oaxaca pour étudier. Il s'élève socialement en devenant séminariste, étudiant en droit, puis juge. Il épouse une femme issue de la bourgeoisie d'Oaxaca, .. Il se considère avant tout comme un libéral et n'écrit que brièvement sur son ascendance autochtone.
En 1858, à la tête de la Cour suprême, il soutient le parti libéral à la suite de la succession prévue par la Constitution de 1857, lorsque le président modéré Ignacio Comonfort est contraint de démissionner par les conservateurs. Juárez prend la tête du camp libéral et est élu président du gouvernement. Les conservateurs, opposés à la réforme libérale, font sécession après le départ de Comonfort et élisent un autre président du gouvernement en opposition à Juárez et au camp libéral, déclenchant ainsi la guerre civile de la réforme (1858 – 1860). Juárez remporte finalement la lutte entre libéraux et conservateurs, et est reconnu comme président du pays tout entier après la déposition du président conservateur José Ignacio Pavón, en .
Après cette victoire, il assiste à l'expédition française (1862-1867)., soutenue par les conservateurs mexicains qui désirent prendre leur revanche. N'abandonnant jamais ses fonctions bien que contraint à l'exil dans des zones du Mexique non contrôlées par les Français, Juárez lie le libéralisme au nationalisme mexicain et affirme qu'il est le chef légitime de l'État, même après son renversement en tant que président de la République par les conservateurs en , au profit du général Almonte, qui exerce la régence du Mexique jusqu'à l'instauration du Second Empire mexicain (1864–1867). Juárez prend les armes et refuse de reconnaître Maximilien comme empereur du Mexique.
Durant le second Empire mexicain – soutenu par les Français –, la République mexicaine et ses institutions n'ont jamais cessé d'exister, Juárez et son gouvernement n'ont jamais quitté le pays..
Après la chute de l'Empire, Juárez conserve les pouvoirs de la Nation et la République sur le territoire national durant cette période et emploie des mesures libérales pour moderniser le pays.
Devenu « un symbole éminent du nationalisme mexicain et de sa résistance à l'intervention étrangère », Juárez fut un politicien pragmatique et compétent, controversé de son vivant et au-delà. Comprenant l’importance d’une relation de travail avec les États-Unis, il s’était assuré de la reconnaissance de son gouvernement libéral pendant la guerre de la réforme. Bien que beaucoup de ses positions aient changé au cours de sa vie politique, il s'est tenu à plusieurs principes, notamment la suprématie du pouvoir civil sur l’Église catholique et une partie de l’armée, ainsi que le respect de la loi et la dépersonnalisation de la vie politique. De son vivant, il a cherché à renforcer le gouvernement national et à affirmer la suprématie du pouvoir central sur les États, une position à laquelle s'opposaient les libéraux radicaux et provinciaux. Benito Juárez a fait l’objet d’attaques polémiques de son vivant et au-delà. Cependant, la mémoire historique mexicaine le reconnaît comme un héros national majeurCharles A. Weeks, The Juárez Myth in Mexico, Tuscaloosa, University of Alabama Press, 1987..
Son anniversaire, le , est un jour férié au Mexique. Il est le seul Mexicain à être honoré de cette façon.
Biographie Premières années alt=|gauche|vignette|Juárez avec sa sœur (à gauche) et sa femme Margarita. Indigène zapotèque, Benito Juárez est né au village de San Pablo de Guelatao renommé en son honneur Guelatao de Juárez, dans la région connue aujourd'hui sous le nom de Sierra Juárez, dans l'État de Oaxaca.
Ses parents étaient paysans et moururent lorsqu'il était âgé de trois ans. Il fut ensuite ouvrier agricole et berger jusqu'à douze ans, quand il partit le à Oaxaca dans le but d'étudier et d'obtenir un meilleur niveau de vie, alors qu'il ne savait ni lire, ni écrire et qu'il ne parlait pas le castillan mais uniquement le zapotèque.
À Oaxaca, il avait une sœur qui travaillait comme cuisinière, qui le reçut et lui trouva un travail de domestique. Un prêtre franciscain, nommé Antonio Salanueva, fut impressionné par l'intelligence du jeune garçon et sa facilité d'apprentissage. Il l'aida à intégrer le séminaire de la ville, dans laquelle il commença ses études et se dédia plus au droit qu'à la théologie.
En 1843, alors qu'il était dans la trentaine, Benito épousa Margarita Maza, fille du protecteur de sa sœur. La famille était d'origine européenne et faisait partie de la société respectable d'Oaxaca. Avec son mariage, Juárez acquit un statut social. Margarita Maza accepta sa proposition et déclara à propos de Juárez : « Il est très simple, mais très bon. »Ralph Roeder, Juárez and His Mexico, New York, The Viking Press, 1947, . Leur mariage ethnique mixte était historiquement inhabituel, mais n'était pas souvent mentionné dans les biographies standard. Leur mariage dura jusqu'à sa mort par cancer en 1871. Juárez et Maza ont eu douze enfants ensemble, dont cinq sont décédés dans leur petite enfance. Juárez a également eu deux enfants avec Juana Rosa Chagoya avant son mariage : Tereso, qui était proche de Juárez pendant son expatriation et a combattu pendant la guerre de Réforme, et Susana, qui a été adoptée et qui a assisté à la mort de sa belle-mère.. Les restes de sa femme sont enterrés dans le mausolée de Juárez à Mexico.
Carrière politique vignette|Portrait de Benito Juárez en 1852. Gouverneur de l'État d'Oaxaca en 1847, Juárez se distingua pour ses mesures progressistes : reconstruction du palais du gouvernement, amélioration des routes, établissement d'une carte de l'État et d'un plan de la ville d'Oaxaca, réorganisation de la garde nationale et rétablissement des finances publiques. Avec le retour au pouvoir d'Antonio López de Santa Anna, de nombreux libéraux furent exilés, lui-même s'enfuit à La Nouvelle-Orléans. À la chute de Santa Anna, et pendant le gouvernement de Juan Álvarez, Juárez fut nommé ministre de la Justice et de l'Instruction publique. Il fit proclamer les lois sur l'administration de la justice et de l'organisation de tribunaux de la nation, du district et territoires (loi Juárez) qui abolissait les fueros, privilèges qu'avaient les militaires et le clergé sur les autres citoyens. Nommé à nouveau gouverneur d'Oaxaca, il convoqua des élections et fut réélu.
Juárez proclama à Oaxaca la Constitution de 1857 ; il fut nommé la même année ministro de Gobernacion et plus tard président de la Cour suprême de justice pendant le gouvernement de Comonfort. Le , Juárez arriva à Veracruz, où le gouvernement de Manuel Gutiérrez Zamora était affecté au général Ignacio de la Llave. Sa femme et ses enfants l'attendaient sur le quai du port de Veracruz, ainsi qu'une grande partie de la population qui avait inondé la jetée pour le saluer. Juárez vécut plusieurs mois sans incident inattendu, jusqu'à l'attaque de Miguel Miramón, général conservateur, qui retrouva finalement le port et se dirigea vers celui-ci le . Le , Juárez reçoit un représentant diplomatique du gouvernement des États-Unis, Robert Milligan McLane.
Un traité entre les gouvernements conservateur et libéral, le traité McLane-Ocampo, fut signé en , bien que le président américain James Buchanan n'ait pas été en mesure d'obtenir la ratification du traité par le Congrès américain. Néanmoins, l'aide reçue permit aux libéraux de vaincre l'avantage militaire initial des conservateurs. Le gouvernement de Juárez défendit avec succès deux fois l'assaut de Veracruz. en 1860 et reprit la ville de Mexico le .
Guerre de Réforme vignette|Allégorie de la Constitution de 1857 montre, suspendue dans un ciel intemporel l'incarnation féminine de la Constitution de 1857 portant les Tables de la nouvelle Loihttps://munal.emuseum.com/objects/1964/alegoria-de-la-constitucion-de-1857;jsessionid=2843C886EDB77726A7090F7C4F47AB51?ctx=a201ed71-bd7d-4225-bf66-5518e9c2e1aa&idx=0%5d. Oeuvre de Petronilo Monroy (1869)|gauche
Il accède à la présidence en 1858, mais ne parvient pas à maîtriser la dette extérieure du pays. Une crise politique éclate et divise les classes dirigeantes. De retour au pouvoir en 1861, Juárez suspend les paiements aux créanciers européens de l'État mexicain et harcèle les étrangers qui y résident. Au vu de cette instabilité, Napoléon III décèle l'occasion de mettre en place outre-Atlantique un régime politique qui soit favorable aux intérêts de l'empire français et du catholicisme au moment où les États-Unis d'Amérique sont empêtrés dans la guerre de Sécession. Cela éviterait qu'à terme les États-Unis d'Amérique étendent leur mainmise sur l'isthme de Panama ou qu'à la suite de la ruée vers l'or californien, ils s'intéressent aux gisements d'argent du nord-ouest du Mexique.
L'empereur escompte que grâce à un rapprochement avec ce pays « nous aurons rétabli notre influence bienfaisante au centre de l'Amérique, et cette influence, en créant des débouchés immenses à notre commerce, nous procurera les matières indispensables pour notre industrie ». Le modèle qu'offrirait aux précaires républiques d'Amérique latine une monarchie catholique prospère établie au Mexique les gagnerait bientôt par contagion, créant ainsi un contrepoids à la sphère protestante. Des opposants au régime de Benito Juárez réfugiés en France ont en effet donné à croire au chef de l'État que le peuple mexicain abhorre le régime républicain et appelle un souverain de ses vœux. « Il est contraire à mes intérêts, à mon origine et à mes principes d'imposer un gouvernement quelconque au peuple mexicain, qu'il choisisse en toute liberté la forme qui lui convient, je ne lui demande que la sincérité dans ses relations extérieures, je ne désire qu'une chose, c'est le bonheur et l'indépendance de ce beau pays sous un gouvernement stable et régulier »...
Première présidence (1861-1862)
Fin de la guerre et réunification du Mexique alt=|vignette|Portrait de Benito Juárez. Juárez ne reconnut plus la Constitution de 1857 et, après un coup d'État, ce dernier fut emprisonné avec d'autres libéraux. Il fut libéré le et devint président de la République à Guanajuato. Il expédia alors les lois dites de Réforme qui assuraient l'indépendance de l'État vis-à-vis de l'Église, la loi sur le mariage civil et sur le registre civil, celle des cimetières et la nationalisation des biens de l'ÉgliseJose Luis Melgarejo Vivanco, Breve historia de Veracruz, Universidad Veracruzana, Xalapa-Veracruz, 1960, p. 171-173.
En 1859, son gouvernement signa avec des représentants des États-Unis le traité McLane-Ocampo, concédant des droits de passage perpétuels sur le territoire mexicain en échange de de dollars. Ce traité ne fut jamais avalisé par le Sénat des États-Unis En 1860, Juárez entra dans la ville de Mexico et fut désigné de nouveau président en 1861. Pendant cette période, devant une situation financière grave à cause de la guerre civile, il décida de suspendre le le paiement de la dette extérieure, ce qui causa les protestations de la France, de l'Espagne et du Royaume-Uni. Cette décision entraîna l'invasion française, autrichienne, anglaise et espagnole, avec le soutien des conservateurs et de l'Église catholique, défaits par la guerre de Réforme. S'ensuivit la proclamation de l'archiduc Maximilien d'Autriche (époux de Charlotte de Belgique) comme empereur du Mexique. Juárez est l'auteur de la loi dite « mortuaire » du contre les traîtres à la patrie. Cette loi ne prévoyait que deux peines : huit ans de prison ou la mort ..