L'enceinte de Châteauneuf est une muraille entourant la ville de Châteauneuf de Saint-Martin (une partie de l'actuelle ville de Tours, dans le département français d'Indre-et-Loire en région Centre-Val de Loire). Elle est aussi dénommée « enceinte de la Martinopole ».
Elle est construite dans le double but d'assurer la protection physique de la basilique Saint-Martin et d'affirmer l'existence politique de la ville qui s'est peu à peu développée autour du sanctuaire et se pose en concurrente de la vieille cité gallo-romaine. Entourée d'un fossé défensif, percée de portes et jalonnée de tours, elle est sans doute érigée au début du . Devenue inutile après la construction d'une nouvelle enceinte englobant le périmètre qu'elle défendait, elle est progressivement détruite ou démontée pour que ses matériaux soient réutilisés. Ses derniers vestiges importants sont détruits au moment de la Seconde Guerre mondiale et de la reconstruction du quartier qui s'ensuit. Deux tours, remaniées, sont encore visibles en élévation, à l'est et au sud-ouest mais d'autres vestiges subsistent en sous-sol.
La ville protégée par cette enceinte abrite deux communautés bien distinctes. Au sud, les chanoines de la collégiale Saint-Martin vivent dans le quartier canonial tandis que la partie nord est réservée aux laïcs. Aucune clôture ne semble toutefois matérialiser la séparation entre les territoires de ces deux communautés qui cohabitent de part et d'autre d'une rue.
L'enceinte de Châteauneuf est inscrite à l'inventaire national des monuments historiques depuis 1940, 1941 ou 1950 selon les portions considérées.
Contexte historique et politique Ville en voie de bipolarisation vignette|gauche|redresse=1.2|alt=Limite d'une urbanisation ancienne reportée sur le plan moderne d'une ville.|OpenStreetMap Tours au . En tant qu'entité unique, telle qu'elle se présente au et au , la ville de Tours n'existe pas au début du .
Deux noyaux urbains bien distincts coexistent, éloignés de plus d'un kilomètre, possédant leurs propres caractéristiques.
À l'est, la « Cité » de Tours, lointaine héritière de la ville antique de Caesarodunum, regroupe, à l'intérieur des murailles de son castrum du , les autorités comtale (administrative) et épiscopale (religieuse), mais elle n'est pas porteuse d'un fort dynamisme économique.
À l'ouest, une ville de pèlerinage s'édifie autour du tombeau de saint Martin. Son expansion territoriale et son essor commercial se font au fur et à mesure que le nombre de pèlerins augmente et que les donations foncières se multiplient ; la protection royale accordée au sanctuaire est un gage de renom. À partir de la basilique du , construite sur le tombeau du saint et érigée en collégiale peu après le cinquième concile d'Aix-la-Chapelle en 817., elle s'étend vers le nord avec constitution d'un (faubourg) et un probable embarcadère sur la rive gauche de la Loire ; elle ne dispose pas encore d'enceinte défensive.
Entre les deux, l'urbanisation est beaucoup moins dense, le seul élément important étant le monastère Saint-Julien, délaissé, mais que l'archevêque Téotolon va refonder.
Ouvrage défensif mais surtout symbolique vignette|alt=Gravure en noir et blanc représentant une armée fuyant au pied d'un muraille au sommet de laquelle des hommes portent un reliquaire sur leurs épaules.|Les Normands mis en fuite sous les murs de la Cité de Tours en 903 par la présentation de la châsse de saint Martin. La notoriété et la richesse du bourg de Saint-Martin, tant des commerçants que du chapitre de la collégiale Saint-Martin de Tours, suscitent bien des convoitises. Les raids normands se succèdent entre le et le . Ils se traduisent par des pillages et des incendies, contraignant l'évacuation, à plusieurs reprises, des reliques de saint Martin vers des lieux plus sûrs (abbaye Saint-Paul de Cormery, collégiale de Léré, villa martinienne à Chablis puis Cité de Tours)., même si l'impact réel de ces incursions est manifestement exagéré dans les chroniques de l'époque.. Cette insécurité chronique conduit les chanoines de Saint-Martin, les marchands et les bourgeois du bourg à unir leurs efforts financiers pour ériger une enceinte défensive centrée sur la basilique de Saint-Martin. Cet argument sécuritaire n'est à l'évidence pas le seul à avoir conduit à l'édification d'une enceinte, mais il est clairement mis en avant par les constructeurs, à l'évidence pour masquer une autre raison, d'ordre politico-religieux.
La construction s'inscrit en effet dans le cadre d'une lutte d'influence qui oppose les différentes autorités locales : il s'agit d'affirmer l'identité de la nouvelle ville martinienne face à l'ancienne cité, les relations entre le chapitre de la basilique et le comte, mais surtout l'évêque, étant souvent difficiles. Cet antagonisme devient de plus en plus marqué à partir de la fin de . Le parti pris d'une enceinte à l'architecture comparable à celle du antique, encore très visible au , montre aussi que Châteauneuf veut se poser en égal de la cité. Cette édification matérialise définitivement la bipolarisation de la ville à la fin du haut Moyen Âge. et elle est d'autant plus importante que l'influence épiscopale se manifeste à l'est comme à l'ouest de Châteauneuf, qui se trouve de la sorte « prise en étau » entre les possessions et les zones d'influence de sa rivale. En outre, en rassemblant dans un même périmètre espace religieux et espace laïc, l'enceinte affirme le caractère mixte et durable de l'agglomération.
Chronologie incertaine de la construction vignette|gauche|redresse|alt=Enluminure représentant un personnage debout, coiffé d'une couronne, avec la mention CHARLES LE SIMPLE.| (Recueil des rois de France de Jean du Tillet (BNF), ). Jusqu'au milieu des années 2000, la plupart des historiens pensent, comme Charles Lelong en 1970, que la fortification de Châteauneuf a connu deux états. Au début du , une première enceinte est composée d'une palissade en bois et d'une fossé extérieur. Elle est remplacée, à la fin du ou au début du , par une fortification maçonnée qui reprend sensiblement le même tracé. Ce sentiment est renforcé par l'appellation , où l'adjectif semble indiquer qu'une « nouvelle » enceinte en a remplacé une plus ancienne.
Depuis 2007, le réexamen des sources écrites et la réinterprétation des résultats des observations de terrain tendent à remettre en cause cette chronologie. La première enceinte en matériaux périssables, dont aucune trace n'a pu être observée, pourrait n'avoir jamais existé et la fortification unique de Châteauneuf aurait été édifiée entre 903 et 918, directement « en dur », après que Charles III le Simple a autorisé sa construction dans une charte, sur une demande conjointe de Robert (comte de Tours, fils de Robert le Fort, abbé laïc de Saint-Martin de 888 à 902) et des bourgeois.
Le terme de « Châteauneuf » apparaît plutôt comme une mention péjorative employée par les moines de Marmoutier qui tiennent ainsi à souligner l'ancienneté de leur propre établissement martinien par rapport à ce nouveau quartier ; c'est d'ailleurs dans les chartes et documents de Marmoutier que la dénomination est la plus précocement apparue et la plus répandue. Le terme de ne figure pas dans les documents du chapitre de Saint-Martin, qui font état, dès le , du ou du , pour désigner plus précisément l'enclos canonial. Quant au nom de « Martinopole », il n'est mentionné que de manière passagère à la fin du , peut-être sous l'impulsion de Bérenger de Tours., qui souhaite, mais sans succès, voir se constituer un vaste secteur où dominerait l'influence spirituelle de saint Martin.
Dispositions générales et tracé vignette|redresse|gauche|alt=Photographie en couleurs d'une rue pavée, vue en enfilade entre deux deux rangées de façades.|Rue du Petit Soleil. vignette|alt=Tracé d'une enceinte urbaine reportée sur un fond de carte moderne.|OpenStreetMap Tracé de l'enceinte. Le tracé de cette enceinte est approximativement circonscrit à l'intérieur de l’îlot constitué par la rue Néricault-Destouches au sud, la place Gaston-Paillhou et la place du Grand-Marché à l'ouest, la rue de la Rôtisserie et la rue du Petit-Soleil au nord, la rue du Président-Merville et la rue de Jérusalem à l'est. Ces rues existaient déjà au Moyen Âge. D'abord interprétées comme des chemins de desserte qui longeaient extérieurement le fossé, elles semblent plutôt occuper son emplacement. Le tracé de l'enceinte paraît être largement déterminé par une organisation spatiale (voies, parcellaire) antérieure, mais il est impossible de l'affirmer. L'aménagement de la voie nord-sud, déjà présente dès le ou le entre l'enceinte et la Loire, est peut-être dû à Téotolon au début du pour faciliter les liaisons entre l'enceinte et le fleuve : elle se divise alors en plusieurs « rameaux » à sa sortie de l'enceinte vers le nord.
En 1888, Casimir Chevalier indique qu'un rempart intérieur, inscrit dans l'enceinte et resserré autour de la basilique, a pour fonction de procurer une protection supplémentaire au sanctuaire martinien. Cette affirmation, qui semble reposer sur l'interprétation erronée de vestiges archéologiques, paraît devoir être définitivement écartée, aucune chronique de l'époque ne mentionnant cette fortification et les textes relatant l'assaut donné par Jean sans Peur à Châteauneuf en 1417 montrant qu'elle n'existe pas.
La partie orientale est assez bien connue en raison des recherches plus nombreuses faites dans ce secteur après les sinistres de la seconde Guerre mondiale. Le tracé de sa face nord peut être retrouvé d'après les limites parcellaires du cadastre napoléonien. Le flanc ouest a déjà pratiquement disparu au et le parcellaire, remanié avant l'établissement du cadastre napoléonien, ne permet pas une identification aisée. Le sud de la muraille, assez longtemps conservé et entretenu, n'est plus présent que par quelques éléments attestés sur des plans ou préservés, mais ces vestiges permettent de le restituer sur toute sa longueur.
Architecture de l'enceinte vignette|alt=Photographie en couleurs d'un arc de fenêtre associant pierre et briques|Détail de l'arc d'une baie de la tour de la rue Baleschoux (). L'architecture générale de cette enceinte, avec courtine et tours, suggère que les constructeurs ont pris modèle sur l'enceinte gallo-romaine de Tours (), avec des tours régulièrement espacées tout au long d'une courtine haute et épaisse, et l’inclusion de briques ou de terres cuites dans certains éléments architecturaux comme les cintres de plusieurs ouvertures.
Courtine Sa construction fait appel à des murs parementés de petit appareil. assez irrégulier, où le silex domine lié avec un mortier rose, le tout enduit d'un autre type de mortier rose ou rougeâtre. Cet enduit qualifié d'alvéolé, qui laisse par endroits apparaître la pointe blanche des moellons, témoigne peut-être d'une certaine recherche esthétique. Les parements enserrent un noyau en blocage, la largeur totale du mur avoisinant et sa hauteur pouvant atteindre au-dessus du niveau du sol médiéval. Ses fondations, difficilement accessibles, semblent constituées de blocs de grand appareil. Une fouille effectuée en 1889 montre que le niveau du sol est rehaussé d'environ entre le et la fin du .. La question d'un chemin de ronde couronnant l'enceinte semble n'avoir jamais été posée, mais Henry Auvray, en 1941, évoque .. vignette|gauche|alt=Peinture en couleurs du plan d'une ville.|Plan de Tours vers 1670.