Le Robuste était un vaisseau de 74 canons à deux ponts de la Marine française. Il fut construit à Lorient en 1757 et lancé en 1758 par Antoine Groignard. Entré en service pendant la guerre de Sept Ans, il participa à plusieurs opérations dont la bataille des Cardinaux. Sa carrière se poursuivit pendant la guerre d'Indépendance américaine, sur les côtes atlantiques européennes et dans les Antilles. Il servit plusieurs fois de navire-amiral pour des petites escadres et fut commandé à maintes reprises par deux des meilleurs marins français lors de la guerre d'Indépendance américaine : De Grasse et La Motte-Picquet. Il fait aussi partie du petit nombre d'unités de guerre construites à Lorient – port de la Compagnie des Indes – alors qu'au la Marine royale lançait traditionnellement ses vaisseaux à Brest, Rochefort ou Toulon. Il fut retiré du service en 1784.
Caractéristiques générales Le Robuste était un vaisseau de force de 74 canons lancé selon les normes définies dans les années 1740 par les constructeurs français pour obtenir un bon rapport coût/manœuvrabilité/armement afin de pouvoir tenir tête à la marine anglaise qui disposait de beaucoup plus de vaisseaux depuis la fin des guerres de Louis XIV.. Sans être standardisé, le Robuste, partageait les caractéristiques communes de tous les « » construits à des dizaines d’exemplaires jusqu’au début du et qui répondait à la volonté des responsables navals d’exploiter au mieux cette excellente catégorie de navire de guerreJacques Gay dans et Jean Meyer dans ..
Sa coque était en chêne. Son gréement, (mâts et vergues) était en pin.. Il y avait aussi de l’orme, du tilleul, du peuplier et du noyer pour les affûts des canons, les sculptures des gaillards et les menuiseries intérieures. Les cordages () et les voiles (à peu près ) étaient en chanvre. Un deuxième jeu de voiles et de cordages était tenu en réserve en soute. Prévu pour pouvoir opérer pendant des semaines très loin de ses bases européennes s’il le fallait, ses capacités de transport étaient considérables. Il emportait pour trois mois de consommation d’eau, complétée par six mois de vin. S’y ajoutait pour cinq à six mois de vivres, soit plusieurs dizaines de tonnes de biscuits, farine, légumes secs et frais, viande et poisson salé, fromage, huile, vinaigre, sel, sans compter du bétail sur pied qui devait être abattu au fur et à mesure de la campagne.
Le bâtiment portait l'armement habituel des « 74 canons », soit.. : 28 canons de 36 livres dans sa première batterie ; 30 canons de 18 livres dans sa seconde batterie ; 16 canons de 8 livres sur ses gaillards.
Cette artillerie en fer pesait . Lorsqu'elle tirait, elle pouvait délivrer une bordée pesant 838 livres (soit à peu près 420 kg) et le double si le navire faisait feu simultanément sur les deux bordsSelon les normes du temps, le navire, en combattant en ligne de file, ne tirait que sur un seul bord. Il ne tirait sur les deux bords que s'il était encerclé ou s'il cherchait à traverser le dispositif ennemi, ce qui était rare.. Le vaisseau embarquait près de pesants au total . Ils étaient stockés dans des puits à boulets autour des mâts. S’y ajoutait des boulets ramés, chaînés et beaucoup de mitraille (8 tonnes). Il y avait de poudre noire, stockée sous forme de gargousses ou en vrac dans les profondeurs du vaisseau. En moyenne, chaque canon disposait de 50 à 60 boulets.
La carrière du vaisseau Guerre de Sept Ans Lorsqu’il fut mis à l'eau, la guerre avec l'Angleterre durait depuis déjà trois ans. Armé au printemps 1759, son premier commandant était Fragnier de Vienne. Il fut engagé dans l'escadre de Conflans qui devait escorter une importante flotte de débarquement en Angleterre. Le , il prit part à la bataille des Cardinaux dans l'escadre blanche, c'est-à-dire le corps de bataille, mais sans s’y faire remarquer car il n'était pas situé dans le groupe de vaisseaux sur lequel se concentra l'attaque anglaise. Après la défaite et la dislocation de l'escadre de Conflans il se réfugia dans la Vilaine avec six autres vaisseaux deux frégates et deux corvettes pour échapper à la capture ou à la destruction. À son bord se trouvait aussi le futur navigateur des mers du sud Julien Crozet. Il y resta bloqué des mois et dû être désarmé sur place pour s'alléger..
Sous les ordres du comte d'Hector, le Robuste ne réussit à sortir de la Vilaine que le en compagnie d'un autre navire et grâce à un orage. Malgré tout repéré par les Anglais qui lancèrent à leur poursuite huit vaisseaux, il dut aussi affronter une tempête avant de se réfugier en Espagne à La Corogne jusqu'à la fin de l'année. Il ne réussit à gagner Brest que le .. Peu après, il reprit du service pour servir de navire-amiral à la petite flotte de Ternay (deux vaisseaux, une frégate, deux flûtes) lors de l'attaque française contre Terre-NeuveLes autres navires étaient le vaisseau l’Eveillé (64 canons), la frégate la Licorne suivis des flûtes la Garonne et la Biche pour le transport des troupes (570 hommes). .. Cette ultime tentative de reprendre pied en Amérique du Nord ayant échoué, il prit le chemin du retour avec les autres navires de l'expédition, mais fut poursuivi près des côtes françaises par deux divisions anglaises et dû se mettre à l'abri encore une fois à La Corogne. Il réussit à en sortir puis à rentrer à Brest le en capturant au passage une frégate anglaise.
Galerie : le Robuste dans la guerre de Sept Ans
Guerre d'Indépendance Américaine En 1777, le Robuste, sous les ordres de La Motte-Picquet fit plusieurs croisières pour purger le golfe de Gascogne des corsaires anglais qui l'infestaient. En 1778, lorsque la France entra dans la guerre d'Indépendance américaine, on le retrouva dans l'escadre bleue (l'arrière-garde) de l'armée navale de d'Orvilliers (trente-deux vaisseaux) qui sortit de Brest le pour affronter les forces de Keppel.. Sous les ordres du comte de Grasse il participa à la bataille d'Ouessant le .
En 1779, toujours sous le commandement de De Grasse, le Robuste fut placé à la tête d'une division de quatre vaisseaux et un cotre qui partit en janvier renforcer l'escadre de d'Estaing aux AntillesLes autres navires étaient le Magnifique (74 canons), le Dauphin royal (70), le (64) et le cotre l’Alerte. .. Il participa, le , à la bataille victorieuse de la Grenade, au centre du dispositif français, en matelot arrière du vaisseau-amiral.. En aout, il appareillait avec toute l’escadre des Antilles pour répondre à une demande d'aide américaine. Celle-ci mit à l'ancre le 31 devant Savannah. Après l'échec de la tentative de conquête de la ville en octobre, le Robuste, toujours à la tête d'une division commandée par De Grasse, prit le chemin des Antilles pour y ramener des troupesLes autres vaisseaux étaient le Fendant, le Diadème, le Sceptre, avec les frégates l’Iphigénie et l’Alceste. ..
Le Robuste passa l'hiver 1779-1780 aux Antilles avec De Grasse qui avait reçu le commandement des forces restées sur place. En , il intégra l'armée navale de Guichen qui arrivait de France avec seize vaisseaux. Il participa aux Trois combats de Monsieur de Guichen contre les forces de Rodney, le 17 avril, le et le . À l'issue de ces engagements indécis, il rentra en Europe en août avec le gros de la flotte qui escortait en même temps un important convoi commercial. Il fit escale à Cadix en et entra à Brest en .
Au début de 1782, le Robuste repassa sous le commandement de La Motte-Picquet. Il prit la tête d'une division de quatre vaisseaux de 74 canonsLes autres navires étaient le Pégase, l’Actif et le Zodiaque. chargée de faire une croisière sur les côtes sud de l’Angleterre et de l’Irlande. Il sortit de Brest le et débuta sa mission le 15. La division fit quelques prises, mais le 23, une violente tempête se leva. Elle rendit la mer intenable et obligea les navires à rentrer sur Brest où ils arrivèrent trois jours après.. À l'issue de cette mission, le Robuste du être radoubé.
A la fin du printemps, le vaisseau passa sous le commandement du marquis de Nieuil et reprit la mer. Il faisait partie d'une forte division de huit vaisseaux (deux 110 canons, six 74 canons) commandée par La Motte-PicquetLes autres vaisseaux étaient l’Invincible (110 canons) , le Bretagne (110), le Protecteur (74), l’Actif (74), le Zodiaque (74), le Bien-Aimé (74) et le Guerrier (74). . Voir aussi .. Elle fit sa jonction le devant Brest avec l’armée navale franco-espagnole de Guichen et Cordoba (trente-deux vaisseaux) qui faisait voile vers la Manche.. Le 11, elle aperçut l’escadre anglaise de Howe forte de vingt-deux vaisseaux, mais celle-ci, plus rapide, évita le combat malgré une tentative de poursuite de La Motte-Picquet. Après une croisière devant le cap Lizard puis entre Ouessant et Belle-Isle, l’escadre regagna les eaux espagnoles et entra le dans Cadix.
La dernière mission du Robuste fut de participer au siège de Gibraltar. Le , il assista, avec les quarante-neuf vaisseaux franco-espagnols, à la tentative d'assaut naval contre la forteresse anglaise. Il participa ensuite au blocus de la place, et était présent le à l’engagement du cap Spartel dans la tentative d'interception de la flotte anglaise qui venait de réussir à ravitailler Gibraltar. Le , il rentrait à Cadix et devait être engagé en 1783 dans l'attaque prévue contre la Jamaïque, mais la publication des préliminaires de paix, en , ne le permit pas. Le il était de retour sur Brest avec le reste des vaisseaux français qui avaient fait campagne sur les côtes d'Espagne. Il fut rayé des effectifs en 1784 après vingt-cinq ans de service. Galerie : le Robuste dans la guerre d'Indépendance américaine
Notes et références Notes
Références
Bibliographie
Articles connexes Royaume de France Histoire de la marine française Liste des vaisseaux français Blocus de la Vilaine Liens externes French Third Rate ship of the line Le Robuste (1758), article du site anglophone Three Decks - Warships in the Age of Sail Vaisseaux de ligne français de 1682 à 1780, liste tenue par Ronald Deschênes sur le site agh
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