Christa Päffgen, dite Nico, née le à Cologne et morte le à Ibiza, est une chanteuse, compositrice, actrice et mannequin allemande.
Principalement connue comme chanteuse dans le premier album du Velvet Underground, The Velvet Underground and Nico (1967), Nico a pourtant enregistré pas moins de six albums en solo et s'est produite en concert pendant les vingt années suivantes. Elle a joué au cinéma avec Federico Fellini et, surtout, Philippe Garrel, et
Biographie Famille vignette|redresse|Nico en 1959 à Rome. Nico, née Christa Päffgen, est la fille de Wilhelm Päffgen et de Margarete « Grete » Schulz (1910-1970). Son père serait issu de la dynastie de brasseurs de Cologne Voir sur express.de. et était catholique, tandis que sa mère venait d'un milieu modeste et était protestante.
Son père, enrôlé dans la Wehrmacht, peu de temps après la naissance de sa fille, meurt en 1942. Sa mère déménage avec elle à Berlin et puis chez ses grands-parents qui vivaient à Lübbenau, au sud-est de Berlin. Après la guerre, Christa et sa mère retournent à Berlin, où, après avoir abandonné l'école à l'âge de treize ans, Christa travaille d'abord dans le grand magasin KaDeWe où sa mère, couturière, a des relations. La jeune fille rêve d'être découverte ; elle passe, au grand dam de sa mère, un certain temps dans les centres commerciaux et les boutiques berlinoises dans ce but. Elle gagnera son pari en s'y faisant finalement remarquerRichard Witts, Nico: The Life and Lies of an Icon, Londres, Virgin Books, 1995, 334 p. ..
Mannequinat Christa Päffgen commence une carrière de mannequin à l'âge de 15 ans, pour diverses publicités, et acquiert une certaine notoriété par sa présence dans de nombreuses revues. Paris étant la capitale de la mode et des maisons de couture, elle vient s'y installer et travaille dans l'agence de Dorian Leigh. Là, elle est présentée au photographe star de Dior Willy Maywald qui la photographie et la considère comme une amie importante..
Elle devient la maîtresse du réalisateur grec Nikos Papatakis qui tient le cabaret La Rose rouge.. Le photographe allemand Herbert Tobias lui fait comprendre qu'il vaudrait mieux qu'elle se trouve un nom de scène plus commercial que Christa Päffgen, elle choisit Nico, le prénom de son ancien amant Papatakis, après avoir essayé les noms de Christa Nico et Nico Otzak..
Elle travaille, avant d'être connue, pour le photographe français Jeanloup Sieff., pour les magazines Vogue, Jardin des modes (1956), Tempo, Vie Nuove, Mascotte Spettacolo, Camera, Elle, et pour la créatrice de mode Coco Chanel.
La dolce vita vignette|Tournage de La dolce vita en 1959 à Rome, avec Audrey McDonald, Carlo Di Maggio, Nico, Doria Pignatelli et Marcello Mastroianni. Après être apparue dans plusieurs publicités, Nico joue en 1958 un petit rôle dans le film La Tempête d'Alberto Lattuada, puis, à la fin de cette même année, apparaît dans For the First Time de Rudolph Maté avec Mario Lanza, et dans le court métrage documentaire de dix minutes sur Montparnasse (35 mm couleur) du photographe Willy Maywald, avec les peintres Maria Helena Vieira da Silva, Árpád Szenes, Pierre Soulages, Francis BottDossier de presse de l'exposition du musée Carnavalet de 2007 en hommage au photographe Willy Maywald..
En 1959, Federico Fellini lui fait jouer son propre rôle, celui d'une devenue chanteuse, dans La dolce vita, qui reçoit la Palme d'or au Festival de Cannes l'année suivante. Elle joue une scène tournée la nuit sur la via Veneto, où elle rencontre le héros du film joué par Marcello Mastroianni, qui, avec d'autres amis, l'invite à se rendre à Les Six Jeûnes de L'Auto-Ontologisme, par Materne Pendoue, en 2019 chez l'éditeur Lulu Press.. Elle est l'une des deux filles assises sur les genoux du personnage principal pendant le trajet en BugattiSimonetta Greggio, Dolce vita 1959-1979, éditions Stock, 2010..
À cette époque, Nico partage son temps entre Paris et New York, où elle a déménagé pour prendre des cours avec Lee Strasberg afin de devenir actrice. En 1961, elle est inscrite à l'école de théâtre de Lee Strasberg dans la même classe que Marilyn MonroeRichard Witts, , Évelyne Bloch-Dano, La Biographe, éditions Grasset, 2007..
À New York, Nico rencontre pour la première fois un cinéaste grec Nikos Papatakis, dont elle a adopté le nom de scène plusieurs années plus tôt. Les deux ont vécu ensemble entre 1959 et 1961.. Après l'avoir entendue chanter dans l'appartement, il lui demande si elle a envisagé une carrière dans la musique et finit par l'inscrire à ses premiers cours de chant.
Elle obtient en 1963 le rôle principal dans Strip-Tease de Jacques Poitrenaud et, à cette occasion, enregistre une chanson produite par Serge Gainsbourg. Son fort accent allemand est critiqué, mais sa prestation bien accueillie par la critique, ce qui l'encourage à poursuivre les cours de théâtre, tandis que le musicien de jazz Victor Brox l'initie au monde de la musiqueAxel von Cossart, Kult um Nico: (Model, Aktrice, Chanteuse), BookRix, 2015..
Le , elle donne naissance à un fils, Aaron, dont le père est, selon elle, Alain Delon, alors fiancé à Romy Schneider.. Elle espère de lui une reconnaissance en paternité, mais ne l'obtiendra jamaisMartine de Rabaudy, « Ari, fils de personne », L'Express, 24 mai 2001... L'enfant est d'abord confié à sa grand-mère maternelle, mais au motif que cette dernière est atteinte de la maladie de Parkinson, il est emmené en France par Édith Boulogne, la propre mère de Delon, ce que Nico interpréta comme un enlèvement, tandis qu'Alain Delon exigea de sa mère de choisir entre lui et cet enfant. À six ans, il est mis en pension pendant neuf ans (tout comme l'avait été Alain Delon) puis placé en apprentissage en pâtisserie, avant de devenir photographe sous le nom de Christian Aaron Boulogne..
Premiers films avec Andy Warhol En 1965, Nico s'installe à Londres pour sa carrière car, en mai, elle enregistre son premier titre en anglais, I'm Not Sayin, reprise par Jimmy Page du compositeur Gordon Lightfoot, sur un single produit par Brian Jones pour le label Immediate d'Andrew Loog Oldham, manager des Rolling Stones. C'est ensuite qu'elle démarre une liaison d'environ trois mois avec Brian JonesNico Before The Velvet Underground | Relationship with Brian Jones., dont elle restera l'amie, chantant avec lui au festival international de musique pop de Monterey qui se déroule du 16 au .
Pendant l'été 1965, l'acteur Ben Carruthers la présente à Bob Dylan à qui elle inspire la chanson I'll Keep It With Mine..
En 1966, elle est si connue qu'elle est élue « Popgirl '66 ». et elle signe un contrat avec l'agence de mannequinat Ford de New York.. À cette époque, elle commence à travailler pour Andy Warhol et Paul Morrissey dans leurs films expérimentaux, Chelsea Girls (1966)., The Closet, Sunset (1966), I, a Man et Imitation of Christ (1967).
Nico et The Velvet Underground vignette|redresse|Nico en 1985. Après l'avoir fait jouer dans ses films, Warhol impose Nico au Velvet Underground, qui joue à l'époque pour la performance de Warhol, Exploding Plastic Inevitable, associant à la fois film, musique, lumières et danseurs pour une expérience théâtrale « totale ». Chanteuse à la voix grave, intense et sépulcrale, Nico travaille ainsi sur quatre chansons de leur premier album The Velvet Underground and Nico. L'album sort en 1967 et devient une des grandes références du rock. Nico a une brève relation avec Lou Reed (comme elle en aura avec d'autres musiciens tels que John Cale, Jim Morrison, Iggy Pop, Jackson Browne, Brian Jones et Tim Buckley).
Cependant, elle quitte assez rapidement le Velvet Underground pour des raisons incertaines, la plus vraisemblable étant le peu de place que Lou Reed lui laissait au sein du groupe. Elle commence alors une carrière solo, et enregistre dans les deux décennies suivantes une série d'albums acclamés aujourd'hui par les critiques, avec notamment Brian Eno et Phil Manzanera. John Cale surtout s'est particulièrement impliqué : il l'a encouragée à écrire et à composer, a produit quatre de ses albums, tout en s'occupant des arrangements et en jouant de plusieurs instruments.
En solo Premiers albums solo En 1967, Nico sort son premier album solo, Chelsea Girl, dont certaines chansons sont composées par Bob Dylan, Tim Hardin, Jackson Browne et Hugues Aufray, ainsi que Lou Reed et John Cale, deux amis qu'elle a conservés du Velvet Underground.
Cet album un peu folk contient des arrangements de cordes et de flûtes ajoutés par son producteur Tom Wilson sans concertation avec Nico, arrangements dont elle semble ne pas avoir été du tout satisfaite, jugeant l'ensemble trop glamour.
Pour son second album, The Marble Index, sorti en 1968, et très attendu par son admirateur John Cale, Nico écrit toutes les paroles et la musique. Ce dernier considère que c'est le premier album de rock à abandonner les instrumentations et structures traditionnelles.
C'est le chanteur des Doors, Jim Morrison, qui l'a encouragée à écrire ses propres chansonsStephen Davis, Jim Morrison – Life, Death, Legend. Gotham, New York 2004, S. 192.. Interrogé à propos de l'échec commercial de cet album, Cale soulignera qu'il s'agit avant tout d'« un produit artistique »Dave Thompson, Schattenwelt. Helden und Legenden des Gothic Rock, Hannibal, Höfen, 2004 , S. 70..
Pour la chanson Evening of Light, elle tourne un clip réalisé par François De Menil, avec Iggy Pop et son groupe The Stooges.. Nico y joue de l'harmonium, instrument qui deviendra le sien pour le reste de sa carrière. L'album est influencé par la musique classique et les chansons traditionnelles européennes, incluant des contes gothico-romantiques sur inspirée par
Retour en France en 1969 Après avoir rencontré le réalisateur Philippe Garrel en 1969, Nico déménage en France au cours de l'hiver 1969-1970 pour préparer la conception de son album Desertshore, qui sort en , produit par Cale, avec une synthèse des références rock de ses amis Brian Jones et Jim Morrison, reprenant les légendes celtes, l’imagerie germanique et les contes orientaux. Son fils Ari Boulogne y chante en français une ritournelle, Le Petit Chevalier. Le titre Janitor of Lunacy commémore son ami Brian Jones, mort en 1969.
Les années 1970 vignette|redresse|Nico jouant de l'harmonium (1974). Pendant cette décennie, Nico partage son temps entre les films de Philippe Garrel, son compagnon, les concerts, et son fils Ari. Elle devient peu à peu héroïnomane. On a longtemps attribué son comportement idiosyncratique à cette dépendance, mais ce comportement était antérieur à sa consommation d'héroïne.
Nico reforme, avec Lou Reed et John Cale, le Velvet Underground pour un concert au Bataclan le .. À cette occasion le réalisateur Claude Ventura tourne un documentaire pour le magazine Pop 2 présenté par Patrice Blanc-Francard.
Cale produit aussi l'album The End (1974) : Nico est à l'harmonium, les arrangements glissent du néoclassique à l'avant-gardisme, les textes parlent de solitude, de pouvoir, d'héroïsme, de l'oscillation entre désir et détresse.
gauche|vignette|Nico, concert à Hyde Park (1974). Le , elle chante The End, reprise des Doors, et morceau-titre de son album, aux côtés de Brian Eno, Kevin Ayers et John Cale, lors d'un concert de promotion des artistes du label Island, au Rainbow Theatre de Londres, enregistré dans le 33 tours June 1, 1974. La même année, elle chante sur l'album d'Ayers The Confessions of Dr. Dream and Other Stories.
Lors d'une représentation, elle dédie la chanson au terroriste emprisonné de la Fraction armée rouge, Andreas Baader, ce qui provoque alors un scandale, des spectateurs indignés lançant des bouteilles et des détritus sur les musiciensDana Horáková, Starke Frauen, Bastei Lübbe, 2011 , S. 163...
Le , elle se produit en concert avec le groupe Tangerine Dream à la cathédrale de Reims devant plus de .