La Nouvelle route du Littoral ou NRL est une voie rapide de La Réunion, département d'outre-mer français du sud-ouest de l'océan Indien, ouverte à partir de 2022.
Portée par un ensemble de viaducs et de digues, cette route gagnée sur la mer d'une douzaine de kilomètres relie Saint-Denis à La Possession en remplaçant l'ancienne route du Littoral, trop exposée aux éboulis de la falaise au pied de laquelle elle se trouve et aux houles cycloniques et australes. Ce faisant, elle constitue une partie de la route nationale 1.
Dans sa phase projet et de construction, cette route a soulevé de nombreux problèmes techniques, écologiques et financiers, et l'attribution de certains des marchés fait l'objet d'une enquête judiciaire....
Histoire
La route nationale 1 et La Réunion
La route nationale 1 est l’axe routier le plus important de La Réunion. Partant du quartier du Barachois à Saint-Denis, elle relie la préfecture de l’île à Saint-Pierre, troisième ville de l’île, en passant par Saint-Paul, deuxième ville de l’île, et Le Port, abritant le seul port de marchandise de l’île, en passant par l’Ouest, première zone touristique.
Elle dessert les Hauts de l’Ouest et ainsi que toutes les stations balnéaires de l’Ouest.
Son tronçon le plus dangereux, la route du Littoral, se situe entre Saint-Denis et La Possession et voit passer, en , plus de chaque jour. Construit en contre-bas d’une falaise et légèrement au-dessus du niveau de la mer, son trafic est très fréquemment perturbé en cas de fortes pluies ou houles. Il est néanmoins primordial au transport de marchandises dans l’île du Port vers la « capitale », la seule alternative pour les camions étant la route nationale 2 en cas d’interruption du traficLa route départementale 41, dite route de La Montagne, est interdite aux poids-lourds., parcours environ 10 fois plus long.
Vingt-et-un ans d'études et de concertation
1991 - 2008 : sous l'égide de l'État Dès , la Région Réunion, face à l'utilisation de plus en plus intense de la route du Littoral, lance une étude globale des déplacements au sein de l'île. Une réflexion s'engage alors sur la nécessité d'un nouvel itinéraire reliant Saint-Denis à l'Ouest.
Les premières études préliminaires ont lieu entre et afin de déterminer quelle solution apporter. Des études complémentaires sont lancées par la DDE et le Sétra entre et .
En , la commission Süter publie un rapport affirmant que la route du Littoral ne peut être satisfaisamment sécurisée et doit donc être abandonnée.
En a lieu un débat public conjoint pour la Nouvelle route du Littoral et le Tram-train de La Réunion. L'année suivante, l’État confirme l'opportunité du projet et lance une étude préliminaire le .
4 tracés initiaux et leurs variantes sont proposés : 2 par les Hauts (H1 et H2), un tracé B1 combinant tunnel, viaduc et digue et un dernier tracé B2 entièrement en tunnel.
Suite à une concertation avec des experts et la région, l’État annonce le retenir le tracé B1 composé d'un tunnel sous La Montagne de entre Saint-Denis et la Grande Ravine puis d'une digue jusqu'à La Possession. Ce tracé sera à 2 x 2 voies pour un usage routier uniquement et à péage. Une solution entièrement en mer reste néanmoins à l'étude afin d'éviter les inconvénients posés par les tunnels.
Le est signé le Protocole de Matignon I par Paul Vergès et Dominique de Villepin prévoyant la création de la Nouvelle route du Littoral pour ( pour la digue et pour le tunnel) et du Tram-train de La Réunion pour . En juin de la même année, les premiers avant-projet sommaires et études préliminaires d'ouvrages d'arts sont lancées pour l'étude du tracé B1 (désormais V1) et d'une variante entièrement maritime (V2).
2008 - 2012 : sous l'égide de la Région Le , dans le cadre de la Loi de décentralisation de , la Région Réunion se voit transférer par l’État les compétences relatives à la gestion du réseau routier national sur son territoire et devient donc maître d’œuvre du projet. Après des consultations publiques menées à Saint-Denis et à La Possession en fin d'année, les solutions faisant appel à un tunnel sont écartées, ainsi que celle du tout-digue. Des études complémentaires afin d'étudier différents combinaisons de digues et viaducs sont lancées, aboutissant aux variantes V2.2 (deux viaducs) et V3.2 (un viaduc). Une campagne de reconnaissances géotechniques au large de la route actuelle est lancée, à l'aide d'une plateforme offshore, et durera jusqu'en .
Le , après un changement de l'exécutif régional et face au coût de la route des Tamarins, le projet de tram-train est abandonné et celui de la Nouvelle route du Littoral modifié pour inclure une troisième voie réservée à un futur transport collectif en site propre (TCSP) pouvant être ferré ainsi que l'abandon du péage. Un nouvel avant-projet sommaire est produit avec de nouvelles variantes V2.2bis et V3.2bis.
Une dernière consultation publique a lieu en avril et permettant de choisir la solution V3.2bis, impactant plus l'environnement de par la longueur plus important de digue mais permettant plus de créations d'emplois locaux et néanmoins moins coûteuse de 140 à par rapport à la solution V2.2bis. L'avant-projet sommaire est approuvé le pour un coût du projet de (base ), soit par kilomètre, à comparer aux que nécessitent en moyenne un kilomètre d'autoroute en rase campagneVoir liste comparative des coûts de construction entre différents pays à Autoroute#Coûts; la construction en site très difficile, comme en Suisse, revient à d'euros par kilomètre... Ce coût élevé vaut à la Nouvelle route du Littoral le surnom de ..
Le projet a fait l'objet d'un avis de l'Autorité environnementale repris à son compte par la ministre de l'environnement et du développement durable en , et d'un avis du Conseil national de la protection de la nature (CNPN)..
Le maître d’œuvre, Egis, est désigné courant et démarre les études de conception dès septembre de la même année. L'avant-projet est remis à la Région en et le projet définitif en .
La Nouvelle route du Littoral est déclarée d'utilité publique le et les premiers appels d'offres lancés le pour des travaux devant démarrer en .
Financement du projet Dans le cadre du Protocole de Matignon I signé le entre la Région et l'État, celui-ci s'engage à financer les projets, alors conjoints, de la NRL et du tram-train à hauteur de et respectivement. La Région finance de la nouvelle route et du projet de tramway. Des financements européens sont obtenus dans le cadre du programme FEDER à hauteur de ( pour la NRL et pour le tram-train). Reste à charge du futur concessionnaire de l'ouvrage un montant de , à récupérer grâce au péage prévu.
En , l'exécutif régional passe de l'extrême gauche à la droite, réorientant ses priorités en termes de déplacements vers la mobilité individuelle. Changement qui est acté le avec l'abandon du projet de tram-train et la modification du projet de Nouvelle route du Littoral afin de créer une troisième voie dans chaque sens de l'ouvrage, réservée aux transports en commun, initialement routier mais pouvant devenir ferré. La route du Littoral devant être fermée au terme de la réalisation du projet, plus aucun itinéraire alternatif n'existe, imposant le retrait du péage initialement prévu sur la Nouvelle route du Littoral.
Le Protocole de Matignon II est signé dans la foulée le par Didier Robert et François Fillon pour une Nouvelle route du Littoral sans péage, avec une voie réservée aux TCSP ainsi qu'une piste cyclable, le Trans Éco Express et des fonds pour le développement des aéroports de Roland Garros et Pierrefonds pour un total de . L’État participe au financement du projet directement avec une subvention de et indirectement via le Fonds de compensation pour la TVA (FCTVA) pour . Le projet bénéficie aussi de financements européens à hauteur de .
+Répartition des participations financières aux projets couverts par le Protocole de Matignon IIEn millions d'euros "courants"Nouvelle route du Littoral%Trans Éco ExpressAéroportsTotalRégion66941,8110110780État français53233,253020582FCTVA24815,5039287Union Européenne1519,4480100331Société Aéroportuaire220220Total1 6001002503502 200 La Région et Egis estiment que la NRL coûterait (valeur ), pouvant atteindre à l'horizon .
Le , le budget annoncé en n'ayant permis que la réalisation de la phase 1 du projet, un Protocole de Matignon III est signé par Huguette Bello et Jean Castex afin de pouvoir compléter la Nouvelle route du Littoral. Un surcoût de est annoncé, réparti quasiment à égalité entre la Région et l'État ( pour la Région et pour l'État), étalant le financement du projet dans le plan pluriannuel d'investissement 2023-2028. Le coût final du projet est alors estimé à , portant la participation totale de la Région à , soit 70 % de plus qu'initialement prévu dans le Protocole de Matignon II.
Lots et attributions Le projet de Nouvelle route du Littoral est divisés en plusieurs lots, attribués par marchés publics, correspondants aux différents ouvrages à réaliser :
+Liste des différents marchés attribués pour la réalisation de la phase 1 de la NRLMarché de Travaux (MT)Objet du lotAttribution du lotEntreprise(s) lauréate(s)MontantMT1Travaux d'accès au chantier à Saint-Denis (a), La Grande Chaloupe (b) et La Possession (c) et réalisation d'un pont provisoire entre la RD41 et la RN1 à La Possession (d)SASSociété d'Aménagement Salinoise (a, b, c) et SBTPCSociété Bourbonnaise de Travaux Publics et Construction (d)MT2Réalisation de l'échangeur de La PossessionGTOIGrands Travaux de l'Océan Indien, SBTPC et Vinci Construction TerrassementMT3Réalisation du Viaduc en mer de Fin Vinci Construction Grands Projets, Bouygues Travaux Publics, Dodin Campenon-Bernard et Demathieu BardMT4Réalisation du Viaduc de la Grande ChaloupeEiffage, Saipem et NGEMT5.1Réalisation de de digue (D1 à D4)Digue D1 : 1460 mètres entre l'échangeur de Saint-Denis et le Viaduc en mer / Digue D2 : 600 mètres entre le Viaduc en mer et le Viaduc de la Grande Chaloupe / Digue D3 : 910 mètres entre le Viaduc de la Grande Chaloupe et la digue D5 / Digue D4 : 400 mètres entre l'échangeur de La Possession et la digue D5Fin GTOI, SBTPC et Vinci Construction TerrassementMT5.2Réalisation de de digue (D5)Digue D5 : 2 700 mètres entre les digues D3 et D4Fin GTOI, SBTPC et Vinci Construction TerrassementMT5.3Aménagement de l'extrémité de D3 suite au rephasage du projetPICO, Law Yat et ETPOEntreprise de Travaux Publics de l'Ouest RéunionMT5.4Sécurisation du musoir de la digue D5 suite au rephasage du projetGTOIMT6.1Réalisation de la chaussée et intégration des réseaux sur les digues GTOI et SBTPCMT6.2Réalisation de la couche de roulement BBTMBéton Bitumineux Très Mince sur le viaduc en merGTOI et SBTPCMT6.3Installation des dispositifs de retenue, séparateurs de voies et dispositifs de protection des usagers et des équipementsGTOIMT6.4Réalisation des bassins de rétention des eaux d’assainissement des plateformes au droit des diguesRazel Bec, A3TN et GEObioMT6.5Raccordement provisoire entre la route du Littoral et la digue D3 suite au rephasage du projetGTOI et SBTPCMT7Réalisation de l'échangeur de Saint-Denis PICO Océan Indien, ETPO Réunion et ROCSMT9Installation des équipements de gestion du trafic et énergie HT-BT SPIE CityNetworks, Satelec et Graniou OIMT10.1Installation de la signalisation verticale sur la phase 1 Signature OIMT11.1Réalisation de la signalisation horizontale sur la phase 1ncncncMT12.1Réalisation de clôtures pare-éclats sur le mur en gabion des digues côté terre InexenceMT12.3Pose d'une barrière mixte BN1 sur le viaduc en merPICO OI et ETPO RéunionMT15.1Remblaiement du piège à cailloux de D1 SAS Ces lots ne couvrent que la phase 1 du projet. D'autres marchés publics ont été lancés pour la réalisation de la phase 2 :