Les Ordres de Sagesse est le nom contemporain donné aux hauts grades maçonniques du Rite français.
Ils se nomment à l'origine Ordres supérieurs et sont publiés en 1801 dans un recueil intitulé : Le Régulateur des Chevaliers maçons ou les Quatre ordres supérieurs, suivant le régime du Grand Orient. Codifiés par la chambre des grades et le Grand Chapitre général de France entre 1783 et 1785 sous l'impulsion d'Alexandre Roëttiers de Montaleau, ils sont intégrés au Grand Orient de France (GODF) le . Les rituels des Ordres de Sagesse s'inscrivent dans la continuité du grade de , prolongeant et approfondissant un parcours symbolique et initiatique débuté en . À l'origine, ils se déclinent en quatre ordres initiatiques et philosophiques et un cinquième ordre administratif et conservatoire.
En , le GODF fonde une ; celle-ci codifie tout d'abord les trois premiers grades symboliques afin d'uniformiser les pratiques des loges maçonnique. Ensuite, il crée le le . Ce grand chapitre se donne rapidement des ainsi que des . Il met en œuvre la codification des ordres en sélectionnant, fusionnant ou supprimant les nombreux rituels de hauts grades pratiqués au , pour aboutir à la fixation des quatre ordres du Rite français entre 1784 et 1785; il organise également la centralisation des chapitres de hauts grades en France. Le Grand Chapitre général, malgré diverses oppositions, est agrégé au Grand Orient de France le , constituant ainsi un symbolique, philosophique et initiatique en sept grades ainsi qu'une obédience centrale porteuse de l'entièreté de la tradition maçonnique des .
La diffusion des ordres est interrompue par la Révolution française ; ils connaissent ensuite leur apogée durant le Premier Empire et se transforment lentement au cours du en se fondant dans la pratique des hauts grades du Rite écossais ancien et accepté. Cette lente transformation aboutit à la mise en sommeil sous leurs formes originelles des trois premiers ordres. Après plus de 100 ans où ils ont sombré dans l'oubli, les ordres dans leur entièreté sont réactivés en France et plus généralement en Europe, à partir de 1963. Ils prennent alors dans cette deuxième moitié du le nom d'« Ordres de Sagesse ».
Histoire
La transformation interne et profonde de la première Grande Loge de France, qui devient en 1773 le Grand Orient de France (GODF), voit l'obédience maçonnique se consacrer à l'organisation des loges symboliques et à leur centralisation, en laissant dans un premier temps en suspens la question des hauts grades et des loges chapitrales les pratiquant. Le Grand Orient constitue toutefois une commission des grades dont la faible activité laisse apparaître en 1780 la nécessité d'une codification propre aux hauts grades. L’obédience fait le choix pour ce faire de la constitution d'une pour accomplir cette tâche. Les membres de la chambre se fixent pour objectif d'examiner les pratiques maçonniques de l'époque dans le but d'établir une version des rituels de hauts grades qui puissent servir de référence commune. Les textes doivent également être fiables, ne pas comporter d'approximation historique et fixer un usage à la généralité des francs-maçons français. Tout en conservant la scénographie et l'iconographie des cérémonies, une volonté de sécularisation des rituels maçonniques du est mise en œuvre pour réduire les connotations religieuses trop marquées contenues dans certains grades.
Chambre des grades vignette|upright|alt=portrait en couleur d'un notable du |Alexandre-Louis Roëttiers de Montaleau. La mise en place de cette chambre est actée lors la assemblée du GODF, le . La chambre est dotée d'un règlement en seize articles qui définit sa mission et son mode de fonctionnement. L'article stipule précisément que la chambre s'occupe de la rédaction des grades au-delà des trois grades symboliques. Aucune autre chambre du GODF n'est habilitée à intercéder dans les affaires relatives aux hauts grades, ce qui impose une stricte séparation entre la gestion des loges symboliques et celle des hauts grades.
La chambre des grades est constituée de trois grands officiers, de trois d'officiers d'honneur, de dix officiers représentant les chambres d'administration de Paris et de Province et de six officiers généraux. Elle se réserve aussi la possibilité d'appeler dans sa composition des vénérables maîtres de loges qui bénéficient d'une voix délibérative. La chambre s'assemble deux fois par mois, par quinzaine le mardi. Le règlement précise que les officiers n'ont aucun rang particulier en dehors de cette chambre, qu'ils reprennent dans leur atelier ou dans une autre chambre les fonctions qui sont les leurs, sans aucune prérogative autre. Cette disposition s'inscrit toujours en 2017, comme une constante de la philosophie des hauts grades du Grand Orient de France. La assemblée du Grand Orient, le , élit les officiers dont font partie notamment Alexandre Roëttiers de Montaleau, le marquis de Savalette de Langes et Bacon de la Chevalerie. Elle tient sa première assemblée le , où il est procédé à la lecture des statuts, à l'exposé de sa composition, à la prestation de serment des membres et à l'élection de son collège dirigeant. Bacon de la Chevalerie est élu président, de Montaleau orateur et Savalette de Langes, surveillant.
Lors de sa seconde séance, la chambre débat et détermine la méthodologie des travaux à venir. Elle suit unanimement en cela les conclusions de l'orateur, Roëttiers de Montaleau, qui préconise d'étudier la réalité maçonnique de l'époque et d'y apporter de l'ordre en premier, l'intention n'étant pas de créer un nouveau système. Pour ce faire, il est décidé de suivre l', qui, dans le grand nombre de grades de toutes sortes de cette époque volubile en la matière, en laisse toutefois apparaître un nombre reconnu par la généralité des francs-maçons. Cette méthode que propose la chambre en sa seconde séance sert de base pour démarrer le travail de codification des hauts grades du rite du Grand Orient de France. Pour faciliter le travail, les membres sont invités à apporter lors des prochaines assemblées et pour commencer tous les rituels des grades d'élus, d'en établir une analyse et d'établir leurs observations sur ceux-ci.
Dans les assemblées suivantes, les grades d'élus et d'écossais sont étudiés ; la assemblée de la chambre entame le travail sur les grades chevaleresques qui se prolonge durant l'été 1782. À la suite de l'étude des grades chevaleresques vient, le , celui du grade de , qui est frappé d'une mesure de rejet. Les membres présents lors de cette assemblée jugent que ses cérémonies sont trop identiques aux cérémonies religieuses. Malgré cette proximité, d'autres rituels du grade de Chevalier Rose-croix seront toutefois retenus.
À partir de fin 1782, le travail sur les hauts grades ralentit, la chambre des grades ayant reçu une nouvelle mission du GODF qui consiste à rédiger une codification pour les trois premiers grades symboliques. Sur les 26 titulaires, seule une dizaine de membres sont très actifs, ils sont dynamisés par Roëttiers de Montaleau, dont les connaissances et l'investissement sont reconnus comme primordiaux par les autres membres. Le travail de la chambre des grades s’arrête le , sans aboutir au résultat concret de codification des hauts grades maçonniques et après avoir retenu et étudié 38 hauts grades. Elle termine toutefois la codification des trois grades symboliques, qui sont définitivement validés lors de la assemblée plénière du Grand Orient de France, les 15 et et le . Cette codification du rite est rendue publique par la divulgation d'un imprimeur en 1801, sous le nom de Régulateur du maçon
Grand Chapitre général de France
La première mention de l'existence d'un au sein de la chambre des grades est faite au travers d'une correspondance traitée lors de la réunion du . Une demande d'information au travers de commissaires chargés d'informer sur la nature de ce chapitre qui apparaît de manière soudaine est actée. Ce grand chapitre naît précédemment d'une circulaire du , qui notifie cette création, par l'association de sept souverains chapitres maçonniques de Rose-Croix. Les chapitres, , , , , , et s'unissent pour former de manière définitive un et s'annoncent comme assemblée générale de tous les chapitres existants en France. L'étude des documents connus en 2017 ne permet pas d'établir toutefois l'historique détaillé des sept chapitres de fondation, ou le parcours de tous les membres fondateurs, qui sont pour la plupart des officiers du Grand Orient de France.
Ce nouveau corps institutionnel, qui annonce la création prochaine de ses statuts et qui confie la mission de leur rédaction à Alexandre Roëttiers de Montaleau, Jean-Pierre Saurine et Louis Georges Salivet (1735-1805), se pose dès lors en organe fédérateur des hauts grades maçonniques en France. Cet organe impose une restriction en ne s'ouvrant qu'aux loges constituées sous l'égide du Grand Orient de France et acte par délibération la rédaction et la codification des hauts grades en vue d'établir, au sein des chapitres sous sa juridiction, une uniformité de pratique.
Les personnalités chargées de la rédaction s'acquittent rapidement de leur tâche, et les statuts sont adoptés le . La nouvelle institution expose clairement, dans son article premier, son projet de fédérer les chapitres de hauts grades des loges du Grand Orient et se constitue comme une seconde chambre des grades. Les motifs qui président à cette constitution, qui remplace sans concertation et rapidement la chambre des grades, ne sont pas clairement élucidés par les historiens en 2017. Les membres du Grand Chapitre général exposent toutefois clairement leur volonté d’intégrer le GODF, une fois conduite à son terme la codification des grades et l'administration des chapitres de France.
Dès sa création, le Grand Chapitre se consacre à la réunion en son sein des loges chapitrales en les intégrant, tout d'abord par de simples lettres d'affiliation puis, dans un second temps, par des qui renforcent son affirmation de corps fédérateur des hauts grades. Entre 1784 et 1788, il réunit à lui soixante souverains chapitres en France et dans les territoires dépendants et apparaît aux regards des historiens comme la première réelle obédience de hauts grades. Malgré sa fonction obédientielle, il continue de pratiquer toutes les fonctions d'une loge chapitrale en recevant dans ses rangs de nouveaux membres et des personnalités de renom de la franc-maçonnerie pour renforcer son authenticité, à l'image de Jean Henry Hengelhart, docteur en médecine et membre de la loge écossaise Mary's Chapel n°1. L'autre tâche du grand chapitre se place dans les travaux de codification des hauts grades, qui vont reprendre ceux de la chambre des grades et travailler à la finalisation de la fixation des ordres du rite. Ils reprennent pour cela les études et l’approche précédemment faites, qui consiste à déterminer que les quatre ordres ne sont pas des grades uniques mais des groupements de grades dépositaires d'une famille de rituels. Il ressort de la documentation historique que le travail du Grand Chapitre met en évidence, comme pour la chambre des grades, la prééminence d'Alexandre Roëttiers de Montaleau dans les travaux de rédaction et de fixation des ordres, mais également sur les orientations du Grand Chapitre.
Réunion du Grand Chapitre et du Grand Orient de France