vignette|Constantinople (en marron) et Istanbul (en rouge). La ville d'Istanbul (province d'Istanbul, Turquie) a connu un grand nombre de noms différents suivant les époques. Les plus connus, outre le nom turc moderne, sont Byzance, Constantinople et Stamboul. D'autres noms lui ont été associés à d'autres moments de son histoire et en différentes langues.

Noms historiques Lygos Selon Pline l'Ancien, le premier nom de Byzance est Lygos :

Il pourrait s'agir d'une localité thrace située sur le site où la ville se développa ultérieurement, à l'extrémité de la péninsule (Sarayburnu).

Byzance

(Byzántion), latinisée en , est fondée par des colons grecs de Mégare en 557 av. J.-C.. On suppose que le nom lui-même est d'origine thrace et date d'avant la colonie grecque. Il pourrait dériver d'un nom propre thrace : « Byzas ». Les légendes grecques antiques mettent en scène un roi et fondateur éponyme de la ville, nommé Byzas, chef des colons Mégariotes.

Bien plus tard, le nom Byzantium désigne couramment en Occident l'Empire romain d'Orient, dont Byzance est la capitale. Cet usage fut introduit en 1555 par l'historien allemand Hieronymus Wolf, un siècle après la chute de cet Empire. À l'époque de l'Empire, le terme « Byzantium » ne désigne que la colonie grecque, en tant que souvenir historique. La ville elle-même est appelée « Constantinopolis » (voir plus bas), en abrégé et en langage populaire « ê Pólis » ou « Bolis », tandis que l'Empire qu'elle dirige est appelé « Basileia tôn Romaiôn » (Empire des Romains), en abrégé « Romania »Voir Hélène Ahrweiler, Louis Bréhier, Georg Ostrogorsky et l'article Empire byzantin..

Augusta Antonina est le nom de la ville pendant une courte période au . Il lui est donné par l'empereur romain Septime Sévère (193–211) en l'honneur de son fils Antoninus, le futur empereur Caracalla.

Deuxième Rome Avant de faire de la ville la nouvelle capitale orientale de l'Empire romain le , l'empereur Constantin entreprend un monumental projet de construction, partiellement inspiré de Rome. L'empereur Constantin lui-même donna à la ville nouvelle son nom de Constantinople et la proclama légalement (νόμῳ) la ""L'historien du Socrate de Constantinople écrit dans son Histoire ecclésiastique, I, 16 (circa 439) que l'empereur donna lui-même à la cité le nom de "Constantinople" en proclamant en même temps qu'elle soit désignée légalement sous le nom de "deuxième Rome" : "Κωνσταντινούπολιν μετονομάσας, χρηματίζειν δευτέραν Ῥώμην νόμῳ ἐκύρωσεν"..

Par la suite dans les siècles ultérieurs on trouve chez les auteurs divers noms non officiels en usage : (hê Néa Rhốmê, « la Nouvelle Rome »), , (Byzantiás Rhốmê, « Rome byzantine »), (heốia Rhốmê, « Rome orientale») et Roma Constantinopolitana.

Le terme « Nouvelle Rome » est devenu polémique avec la montée en puissance des royaumes germaniques d'Occident, dont l'Empire Franc qui cherche à reconstituer l'Empire d'Occident à son profit en s'appuyant sur la Papauté, et particulièrement dans le contexte du schisme de 1054 et des Croisades, lorsque les écrivains latins et grecs commencent à revendiquer contradictoirement la légitimité sur l'héritage romainLouis Bréhier, Le Schisme oriental du XIe siècle, Paris, E. Leroux, 1899 et Steven Runciman, The Eastern Schism : a Study of the Papacy and the Eastern Churches Durign the XIth and XIIth Centuries, Oxford, Clarendon Press, 1955, .. Actuellement « Nouvelle Rome » fait toujours partie de la titulature officielle du Patriarche de Constantinople.

Constantinople

Le nom de Constantinople (« ville de Constantin ») est donné à la ville en l'honneur de Constantin (330). Sa forme grecque est (Kônstantinoúpolis), sa forme latine . Son premier usage officiel est attesté sous l'empereur Théodose II (408–450). Il reste le nom officiel de la ville pendant toute la période byzantine, ainsi que son nom courant en Occident jusqu'au début du . Il est également utilisé (avec sa variante « Kostantiniyye ») par l'Empire ottoman avant l'avènement de la Turquie.

En français, la ville est d'abord nommée Coustantinoble, Constantinoble ou Constantinobles, dont l'élément -polis a donné la finale -ble, comme dans Grenoble de Gratianopolis.

Autres noms byzantins À part Constantinople, les Byzantins font référence à la ville par toute une gamme d'appellations honorifiques, comme « Reine des Villes » (, Basilìs tỗn póleôn). Dans la langue populaire, la façon la plus courante de la nommer est simplement « la Ville » (, ê Pólis ; en grec moderne : , i Poli) W. L. Kingsley, New Englander and Yale Review, 1887. Theodore Johannes Haarhoff, South African Institute of International Affairs, 1970. Cet usage, toujours d'actualité en grec et arménien familiers (, Bolis, dans l'arménien occidental, ou encore ), est également à la base du nom turc Istanbul.

Kostantiniyye Kostantiniyye (en arabe : , al-Qusṭanṭiniyah ; en turc ottoman , Kostantiniyye) est le nom par lequel la ville est connue dans la Civilisation islamique. Il s'agit d'un calque arabe de Constantinople, la terminaison arabe -iyah signifiant « lieu de » se substitue à l'appellatif grec -polis. Après la conquête ottomane en 1453, elle est utilisée comme nom officiel le plus protocolaire dans la Turquie ottomane et reste d'actualité jusqu'à la chute de l'empire en 1923. Toutefois, pendant certaines périodes, les autorités ottomanes privilégient d'autres noms. Les publications de l'organisation État islamique retiennent ce terme..

İstanbul

Le nom turc moderne (prononcé ) est attesté (avec des variantes) depuis le , tout d'abord en arménien et en arabe, puis dans des sources turques. Il dérive de l'expression grecque (stên Pólê, prononcé « stimboli »), signifiant « dans la Ville » ou « vers la Ville » et qui rappelle le nom de la ville de Stímboli (actuelle Argyroúpoli) en Crète. La voyelle initiale I(s)- s'explique par la tendance que possède la langue turque à agglutiner un article (ou partie d'article), voire d'autres particules aux noms de lieux grecs. D'autres toponymes turcs d'origine grecque illustrent ce procédé, dont Izmit, ancienne İznikmit (İz-nikmit) du grec Nicomédie ; İznik (İz-nik) du grec Nikea « Nicée » ou encore İstanköy de l'île grecque de Kos. La présence d'un I- initial peut plus rarement refléter une forme ancienne grecque en Is-, mais aussi être la conséquence d'une épenthèse secondaire en turc, résultant de la structure phonotaxique de la langue, épenthèse qui n'est pas sans rappeler celle que l'on rencontre en français ou en espagnol (cf. latin stabula > ancien français estable > étable , > espagnol establo), d'où dans les emprunts du turc à une autre langue par exemple : français station (du latin classique statiō) > turc istasyon ou grec schára > turc ızgara, etc.

En turc, même avant la conquête de 1453, İstanbul est le nom le plus fréquent de la ville dans le langage courant. Dans le langage officiel en revanche, les autorités ottomanes lui préfèrent d'autres termes comme Kostantiniyye. Ainsi, Kostantiniyye est utilisé sur les monnaies jusqu'à la fin du et à nouveau au . La chancellerie et la cour ottomanes utilisent Kostantiniyye comme élément de formules complexes exprimant l'origine de documents officiels, comme be-Makam-ı Darü's-Saltanat-ı Kostantiniyyetü'l-Mahrusâtü'l-Mahmiyye. Au , il est utilisé comme attestation dans l'imprimerie turque, par contraste avec l'usage étranger de « Constantinople ». À cette époque toutefois, « İstanbul » fait partie du langage officiel, par exemple dans les titres du plus haut commandant militaire ottoman () et du plus haut magistrat civil de la ville (). « İstanbul », ainsi que plusieurs variantes, sont également utilisés dans la littérature et la poésie musulmane.

Après la création de la république de Turquie en 1923, les alternatives à İstanbul deviennent obsolètes en turc. Avec la réorganisation du service postal turc, les autorités turques demandent officiellement aux pays étrangers le de cesser de faire référence à la ville par des noms traditionnels non-turcs (Constantinople, Tsargrad, etc.) et d'adopter Istanbul comme unique nom dans leurs langues. Les lettres et colis envoyés à « Constantinople » ou « Tsarigrad » ne sont plus distribués par les postes turques, ce qui accélère l'adoption internationale du nom.

En français, le nom est généralement écrit Istanbul. En turc moderne, il est écrit « » car l'alphabet turc fait une différence entre le i muni d'un point (majuscule İ) et le i sans point ı (majuscule I).

Stamboul Stamboul ou Stambul est un ancien nom de la vieille ville historique, qui était ainsi la seule composante de la ville. Les quartiers nouveaux n'existaient pas encore lors de l'apparition, qu'il est difficile de dater, de cette forme sans i- initial d'Istanbul-même William Chambers, Robert Chambers, Chamber's journal of popular literature, science and arts, vol. XV, 1861.. Des formes sans le i- initial comme Stambul sont attestées assez tôt au Moyen Âge, tout d'abord dans des sources arabes du et des sources arméniennes du .

Stamboul est utilisé en Europe occidentale comme équivalent d'İstanbul, jusqu'à ce que le terme soit remplacé par le nouvel usage officiel turc dans les années 1930. Au et au début du , des sources ouest-européennes et américaines utilisent souvent « Constantinople » pour la métropole dans son entier et Stamboul pour la partie centrale sur la péninsule historique, c'est-à-dire la Constantinople byzantine à l'intérieur des murailles, car jusqu'en 1928, l'agglomération s'appelait officiellement Constantinople, et Stamboul ne désignait que la vieille ville (la péninsule historique).

Ce nom fut étendu à toute la ville sous la forme moderne d'Istanbul à la suite de la réforme de la langue et de l'écriture turque par Atatürk en 1928 (la Révolution des signes).

Islambol Islambol (« là où l'Islam abonde ») ou Islambul (« trouve l'Islam ») sont des adaptations d'Istanbul par étymologie populaire, créées après la conquête ottomane de 1453 pour mettre en avant le nouveau rôle de la ville comme capitale de l'Empire ottoman. Elles sont attestées peu après la conquête, et leur invention est créditée par des écrivains contemporains au sultan Mehmed II lui-même. Certaines sources ottomanes du , comme Evliya Çelebi, décrivent Islambol comme nom turc courant à l'époque. Entre la fin du et celle du , ce nom possède également un usage officiel. La première mention d'« Islambol » sur une pièce de monnaie remonte à 1703 pendant le règne du sultan Ahmet III.

Autres sobriquets ottomans

Les contemporains Ottomans et étrangers font référence au gouvernement impérial par des termes honorifiques particuliers, particulièrement dans les correspondances diplomatiques. On trouve : Dersaadet (, « Porte de la Félicité », der est le terme persan pour « porte ») Derâliye (, « Sublime Porte ») Bâb-ı Âlî (, « Sublime Porte », bab est le terme arabe pour « porte ») Pâyitaht (, « Siège du Trône », nom persan pour « capitale ») Asitane (, du persan pour « le pas de la porte » du sultan, ou « le centre » de l'Empire ; écrit en arabe , Al-Asitana)

La porte de la Félicité et la Sublime Porte sont des lieux du palais de Topkapı, et sont utilisés par métonymie pour faire référence aux autorités qui l'occupent, et donc pour l'administration impériale ottomane.

Noms historiques dans d'autres langues Généralités De nombreux peuples frontaliers de l'Empire byzantin utilisent des noms exprimant des concepts comme « la Grande Ville », « la Ville des Empereurs », « la Capitale des Romains » ou des termes similaires. Du , Constantinople est l'une des deux plus grandes villes du monde, avec Bagdad.

Vieux norrois Les Vikings, qui ont des contacts avec l'Empire byzantin lors de leur expansion en Europe orientale, utilisent en vieux norrois le nom (de , « grand », et , « ville »), plus tard . Ce nom est toujours en usage en islandais () et en féroïen ().

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