Le système éducatif au Cambodge est l'organisation de l'enseignement primaire et secondaire au Cambodge. Il désigne l'ensemble des cours dispensés, dans des établissements de type différent, qui commencent par l'apprentissage de la lecture et du calcul et se terminent soit par l'entrée dans la vie active après, dans le meilleur des cas, une formation professionnelle, soit par l'accès à l'enseignement supérieur.

Son histoire, au cours de la seconde moitié du , hormis les quelques années plutôt favorables qui ont suivi l'accession de ce pays à l'indépendance, sera largement affectée et ce, pendant trois décennies, par un climat quasi permanent d'affrontements violents, d'insécurité et d'instabilité politique dont une période d'horreur absolue générée par l'idéologie mortifère des khmers rouges (1975-1979).

Le , 164 pays dont le Cambodge, conscients du fait que la formation constitue bien un facteur déterminant du développement social et humain, se réunissent à Dakar et confirment leur engagement à réaliser l'éducation pour tous en 2015 au plus tard. Six objectifs clés relevant du domaine éducatif sont définis dont ceux d'universaliser l'enseignement primaire et de réduire massivement l'analphabétisationUnesco. Éducation pour tous (http://www.unesco.org/new/fr/our-priorities/education-for-all/..

Le Cambodge, très largement aidé par la solidarité internationale, inscrit sa politique éducative dans ce cadre de référence tout en s'efforçant de développer sa propre stratégie. À quelques mois de l'échéance de 2015, les données rassemblées plus particulièrement par l'Unesco permettent de dresser un état des lieux de son système d'enseignement scolaire, de présenter de nombreuses données, de faire apparaître les évolutions et de pointer les premiers résultats, tout ceci à la lumière d'une vingtaine d'indicateurs. Des effectifs d'élèves scolarisés aux taux d'alphabétisation des jeunes et des adultes, de l'indice de parité en passant par le ratio élèves- enseignant, des coûts de l'éducation aux taux de redoublement...le système de formation est ainsi systématiquement examiné. L'addition et le croisement de l'ensemble de ces éléments chiffrés permettent de décrire un appareil de formation où les efforts engagés, en voie d'aboutissement en matière de scolarisation dans l'enseignement primaire, de parité filles-garçons, de réussite aux examens ne dissimulent pas pour autant les progrès restant à accomplir en termes de gratuité de l'école, de lutte contre la corruption, de recrutement d'enseignants et de réduction des inégalités de fréquentation et de réussite scolaires liées à l'origine sociale.

Historique Jusqu’à l’instauration du protectorat en 1863, le système éducatif se réduit aux écoles de pagode, institution séculaire au Cambodge. L’enseignement (destiné à une population masculine) porte essentiellement sur l’étude des textes sacrés ainsi que sur les cbap (des sentences morales versifiées destinées à régenter la vie quotidienne), qu'il convient d'apprendre par cœur.Il s’agit ici d’une option éducative sans réelle portée formative en termes d’apprentissage des fondamentaux (lecture, écriture, calcul) : l’école de pagode ne comportant par ailleurs, ni programme, ni emploi du temps, ni inspection, ni examen- L’obligation scolaire au Cambodge, au Laos et au Vietnam : 17/11/1954, Charles Bilodeau http://aefek.free.fr/iso_album/bilodeau.pdf - Kampotmuseum : « L’Éducation au Cambodge, l’angle de l’histoire » (JM Filippi, 18 septembre 2012). https://kampotmuseum.wordpress.com/tag/role-des-ong-dans-leducation-au-cambodge/-Monde diplomatique (octobre 1963) : Un système d’enseignement qui perfectionne ses méthodes dans le respect de la personnalité de l’individu. https://www.monde-diplomatique.fr/1963/10/A/25628.

Au cours du , le paysage éducatif ne subira pas de changements fondamentaux ; l’administration coloniale française ne se montrant guère offensive dans le domaine de la création d’écoles dégagées de toute connotation religieuse et ce, sur l’ensemble du territoire. Ainsi, c’’est le roi Norodom qui, en ouvrant en 1867 une école laïque d’abord réservée aux enfants de la famille royale, initie un processus timide de création d’écoles élémentaires. La première école française (fondée à Phnom Penh) date de 1873. D’autres écoles naissent dans les principales villes, s’adressant principalement aux enfants de l’élite urbaine dans un pays où la population réside très majoritairement dans les campagnes. En 1893, est créé le Collège du protectorat qui deviendra le Lycée Sisowath en 1935-Le Monde diplomatique (octobre 1963)- Charles Bilodeau (1954)-Prigent Steven : La faible scolarisation en milieu rural cambodgien s’explique-t-elle seulement par la pauvreté ? http://journals.openedition.org/cres/212.

Au , quelques mesures fortes, notamment celle concernant la rénovation des écoles de pagode, témoignent de la volonté de la puissance coloniale d’amorcer un développement à la fois qualitatif et quantitatif du système de formation.

Les tableaux suivants traduisent en effet une croissance sensible à la fois des structures et des effectifs-L’obligation scolaire au Cambodge, au Laos et au Vietnam : 17/11/1954, Charles Bilodeau ; ; 23-23; 38; 21 http://aefek.free.fr/iso_album/bilodeau.pdf:

Années Écoles primaires Nombre de maîtres Nombre de classes Elèves par cycle Elèves par sexe Total élèves 1930-1931 89 (E) + 18 (C) 53 (I) + 358 (A) 270 (E) + (C) (G) + (F) 1951-1952 659 (E) + 128 (C) (E) + (C) (G) + (F) E: élémentaires, C: complémentaires, G: garçons, F: filles

Années Écoles de pagode rénovée Nombre de Bonzes Nombre d'élèves 1931 101 111 1952

En 1952, à cet ensemble d’établissements, il convient d’ajouter 185 écoles privées : 156 chinoises (), vingt franco-vietnamiennes () et neuf cambodgiennes (). Soit, à la fin du protectorat, les effectifs estimés des écoles primaires (tout type d’établissements confondu) s’élèvent à ; ceux des rares établissements secondaires (au nombre de 5) à 1796.

Au cours des années qui ont suivi l’indépendance, un effort tout particulier portera sur l’éducation. Les écoles sortiront de terre à un rythme si soutenu que le royaume du Cambodge y gagnera une palme d’or de l’UNESCO, au titre de la lutte contre l'analphabétisme. En 1966-67, à peine après sa création, le Royaume compte ainsi 3612 écoles (dont 342 privées) qui accueillent (dont dans le privé) ; assurent l’enseignement ; sont par ailleurs scolarisés dans l’enseignement secondaire (), encadrés par 3354 enseignants-Annuaire international de l’éducation (volume XXIX ; 1967) http://unesdoc.unesco.org/images/0013/001329/132956fo.pdf. Ce flux de jeunes nouvellement formés ne sera pas sans conséquence négative. Dans un contexte économique très majoritairement agricole, ces jeunes ne peuvent pas trouver d’emploi en adéquation avec leurs attentes, d'où la naissance d'un climat d'insatisfaction et de frustration; - Kampotmuseum : « L’Éducation au Cambodge, l’angle de l’histoire » (JM Filippi, 18 septembre 2012). https://kampotmuseum.wordpress.com/tag/role-des-ong-dans-leducation-au-cambodge/ -« L’Éducation nationale au Cambodge, un enjeu décisif sinon majeur pour l’avenir ». Conférence sur la Réforme du Système éducatif. (24 janvier 2017) http://www.henricapitant-cambodia.org/wp-content/uploads/2017/05/Discours-FR-.pdf Allocution du Hang Chuon Naron, ministre de l’Éducation, de la jeunesse et des sports.

Dans le même temps, face à une guérilla qui, avec l’avènement de la République khmère en 1970 va dégénérer en guerre civile, une partie de plus en plus importante du budget, jusqu’alors consacré à l’éducation, sera réaffectée aux dépenses militaires.

En 1975, l’instauration du Kampuchéa démocratique va mettre à mal le système éducatif cambodgien, accusé d’avoir contribué par ses enseignements à préserver l’ancienne société que les partisans de Pol Pot jugeaient décadente et voulaient éradiquer. Les écoles seront fermées, voire transformées en entrepôts, centres d’interrogatoire… et le seul fait d’avoir été enseignant suffisait à condamner les intéressés à une mort certaine. Dès le milieu de 1976, un plan quadriennal sera élaboré, comprenant la mise en place, une fois toute trace du passé cambodgien effacée, d’un nouveau système éducatif mais il ne sera jamais appliqué.

Lorsqu’au début de 1979 la république populaire du Kampuchéa succède au régime khmer rouge, la situation parait désespérée. Environ 90 % des élites qui auraient pu rebâtir une administration avaient disparu ou avaient émigré alors que plusieurs classes d’âge n’avaient plus été scolarisées, depuis 1970 dans les zones qui à cette époque avaient déjà échappé à tout contrôle gouvernemental. Le seul fait de savoir lire et écrire suffisait alors pour s’improviser enseignant. Malgré ces conditions difficiles et un contexte politique délicat, un système éducatif est restauré dans une ambiance pionnière où le dévouement du personnel compensait le manque de moyens.En 1979, primaires sont dénombrées, fréquentées par et -Destruction et reconstruction de l’éducation au Cambodge (Chap.5, ) ; Pich Sophoan, Directeur, Éducation et formation supérieure technique et professionnelle, Ministère de l’éducation, de la jeunesse et des sports, Phnom Penh http://www.ibe.unesco.org/fileadmin/user_upload/archive/Publications/free_publications/Tawil5f.pdf.

En 1993, quand le pays est mis sous tutelle onusienne (APRONUC), l’enseignement constitue un volet important du projet de reconstruction du pays. Le système prendra alors sa forme actuelle afin de le rendre compatible avec les normes des nouveaux intervenants, organismes internationaux (UNESCO, banque mondiale, BAD…), nationaux (AFD, JICA, USAID…) voire les nombreuses organisations non gouvernementales qui vont œuvrer dans le domaine sans toutes avoir réellement les compétences pour le faire- Kampotmuseum : « L’Éducation au Cambodge, l’angle de l’histoire » (JM Filippi, 18 septembre 2012). https://kampotmuseum.wordpress.com/tag/role-des-ong-dans-leducation-au-cambodge/.

En ce début des années 1990, le système de formation primaire et secondaire, vu sous l’angle quantitatif, se présente ainsi-Reconstruire un système d’enseignement et de formation de qualité au Cambodge. Séminaire national de l’éducation : 24, 26 janvier 1994. http://unesdoc.unesco.org/images/0013/001392/139291fo.pdf:

+ Enseignement primaire Année scolaire Elèves Écoles Classes Personnels 1992-1993

+ Enseignement secondaire Année scolaire Premier cycle Établissements Deuxième cycle Établissements Personnels 1992-1993 407 82

Malgré le climat politique, économique, social et culturel chahuté et très dégradé des années 1970 à 1990, les données portant sur les effectifs d'enfants scolarisés et du personnel éducatif en ce début de décennie attestent clairement du fait que le pays n'est pas demeuré inactif face à l'adversité. Entre 1967 et 1992, le nombre d’élèves accueillis passe ainsi de à , quant au personnel enseignant, leur effectif progresse de à .

Le système de formation poursuivra régulièrement son développement quantitatif. Ainsi quelques années plus tard, au cours de l’année scolaire 1999-2000, d'enfants sont scolarisés dans le cadre de l'enseignement primaire, dans le secondaire (enseignement général), instruits respectivement par et - Recueil de données mondiales sur l’éducation 2003 (, 53, 68, 78) http://unesdoc.unesco.org/images/0013/001319/131941f.pdf.

Présentation générale

En ce début du , marqué par une décennie de stabilité politique, où en est le système scolaire cambodgien? Au-delà d'une approche descriptive, d'un état des lieux portant, pour l'essentiel, sur les années 2010 à 2012 et dégageant quelques caractéristiques majeures, des éléments de compréhension viendront compléter et nuancer le tableau d'ensemble.

La politique du Ministère de l'Éducation, de la Jeunesse et des sports