vignette|Ayman Safadi, Chef de la diplomatie jordanienne depuis le 15 janvier 2017 La politique étrangère de la Jordanie désigne l'ensemble des liens diplomatiques entretenus par le Royaume hachémite de Jordanie depuis son indépendance en 1946. Le ministre jordanien des Affaires étrangères est Ayman Safadi depuis le .
Chronologie des relations
Sous le règne du roi Abdallah En 1946, le Royaume hachémite de Transjordanie est admis à l'Organisation des Nations unies et rejoint la Ligue arabe.
Sous le règne du roi Hussein En 1958, le Royaume fusionne avec l'Irak en un seul état fédéral, projet rapidement abandonné à la suite du changement de régime en Irak.
La Jordanie devient membre-fondateur de l'Organisation de la coopération islamique en 1969.
Sous le règne du roi Abdallah II Formé à l’occidentale, plus anglophone qu’arabophone, Abdallah II succède à son père en 1999 en lance la modernisation du royaume, qu'il fait adhérer à l'Organisation mondiale du commerce.et signe en , un traité de libre-échange avec les États-Unis. Les premiers temps s’illustrent par des privatisations massives dans des domaines-clés tels que l’électricité, l’eau ou encore les transports et l’attraction des investisseurs étrangers, dont l’arrivée dans le pays concurrence différentes catégories du secteur privé.
En , le mariage entre le prince héritier de Jordanie Hussein ben Abdallah et de l’architecte saoudienne Rajwa al-Saïf est l'occasion pour le royaume de recevoir des représentants importants de pays alliés : les dauphins d’Abou Dhabi, du Koweït, d'Oman et de Bahreïn, ainsi que cheikha Mozah, la mère de l’émir du Qatar, Jill Biden, épouse du président américain, ou encore Ivanka Trump, fille de son prédécesseur.
Relations avec les pays du Moyen-Orient Relations avec l'Irak La Jordanie et l'Irak partagent un frontière de , ainsi que des liens historiques et culturels forts, les deux pays ayant fait partie de l'Empire ottoman avant son démantèlement après la Première Guerre mondiale. gauche|vignette|Le roi Hussein de Jordanie et son cousin Fayçal II, roi d'Irak de 1939 à 1958 En 1948, la Jordanie et l'Irak ont été avec l'Égypte les principaux contributeurs de la coalition arabe constituée contre Israël lors de la guerre israélo-arabe de 1948-1949
Le , le roi Fayçal II d'Irak et son cousin le roi Hussein de Jordanie, voulurent réunir leurs deux royaumes en un seul État, la Fédération arabe d'Irak et de Jordanie. La fédération fut dissoute le , après seulement cinq mois d'existence, quand l'Irak s'en est retiré après le coup d'État qui a mis fin à la monarchie irakienne. À noter d'ailleurs que c'est à la suite d'une demande d'aide militaire du roi Hussein à son cousin que la révolution a lieu, les unités irakiennes en route vers la Jordanie décidant de faire demi-tour dans la nuit du au et de renverser le monarque irakien..
En 1968, l’arrivée au pouvoir du parti Baas en Irak est suivi d'un rapprochement entre l'Irak et la Jordanie, alors que les affinités entre leurs populations restent fortes. Sous le régime de Saddam Hussein, des dizaines de milliers d'étudiants jordaniens des diplômes dans des universités irakiennes grâce à des bourses offertes par l'Irak. En outre, le soutien de Saddam Hussein à la cause palestinienne est favorablement perçue par la Jordanie qui accueille de très nombreux réfugiés palestinien.
La Jordanie ne s'implique dans aucun des conflits armés de grande ampleur qui touchent l'Irak entre 1980 et 2003, mais accueille d'importantes vagues de réfugiés. En , le président irakien Saddam Hussein se rend à Amman, où il est accueilli par le roi Hussein II. L'année suivant, le roi Hussein II est l'un des rares chefs d'état arabes à ne pas intégrer la coalition internationale contre Saddam Hussein, à qui il fait part de son soutien pendant la guerre du Golfe. Devant le peuple jordanien, il dénonce des objectifs visant à . Sa rhétorique est essentiellement populiste à l'adresse de sa population jordanienne d'origine palestinienne en grande partie acquise à Saddam Hussein et économiquement intéressée en raison de la dépendance jordanienne au pétrole irakien.. Mais sur le fond, l'invasion du Koweït met le roi Hussein très en colère, il ne le pardonnera jamais à Saddam Hussein et leur dégradation se dégrade.
En 2003, son fils Abdallah II, successeur d'Hussein depuis sa mort en 1999, prend la décision contraire de soutenir l’invasion de l’Irak par les États-Unis, qui provoque le renversement et la condamnation à mort de Saddam Hussein. S'agissant de la population jordanienne, les années suivant la chute et l'exécution de Saddam Hussein, l'ancien dictateur irakien continue de susciter l'admiration de nombreux Jordaniens, qui voient en lui un héros des causes arabe et palestinienne. Alors que ses portraits et les symboles associés à son règne disparaissent, de la vie publique en Irak, son visage reste omniprésent en Jordanie, sur les autocollants ornant les vitres des voitures ou les coques de téléphones portables à son effigie.
En 2008 le roi Abdallah II de Jordanie est le premier chef d'État arabe à se rendre à Bagdad depuis la mise en place des nouvelles autorités, dominées par les chiites.
En 2014, Jordanie se joint à la coalition internationale contre l'État islamique lors de la seconde guerre civile irakienne, en mettant des moyens militaires à disposition de l'Irak, et menant une série de frappes aériennes notamment après l'exécution d'un de ses pilotes par le groupe djihadiste. En , La Jordanie et l'Irak annoncent la réouverture leur unique poste-frontière fermé depuis 2014, avoir sécurisé la route qui relie leurs deux capitales.
Le roi Adballah II se rend à nouveau en Irak en pour améliorer la coopération économique et énergétique entre les deux pays. Les livraisons de pétrole d'Irak vers la Jordanie reprennent en après avoir été interrompues par la seconde guerre civile en Irak. Les deux pays concluent un accord en vertu duquel l'Irak fournirait chaque jour de pétrole par camion au royaume jordanien.
En , à la suite d'un complot présumé contre le roi , le Premier ministre irakien Moustafa al-Kazimi affirme , dont il doit rencontrer le souverain prochainement à Bagdad..
Le roi se rend pour la troisième fois à Bagdad le , dans la cadre d'un sommet tripartite entre leurs l'Irak, la Jordanie, et l'Égypte, portant sur la coopération politique et économique, les investissements, et la lutte contre le terrorisme. Une alliance entre l’Égypte qui dispose de capacités militaires importantes, l’Irak qui possède des ressources pétrolières considérables et la Jordanie riche de son capital humain est prometteuse si ces pays capitalisent sur leur complémentarité. Plusieurs accords de coopération ont ainsi été signés dans les secteurs de l’énergie, de la santé et de l’éducation, alors que Bagdad a renouvelé son contrat d’approvisionnement pétrolier à l’Égypte de 12 millions de barils en 2021, et prévoit de construire un oléoduc visant à exporter 1 million de barils par jour de brut depuis la ville irakienne de Bassora vers le port jordanien de Aqaba.
Mais celle-ci est également motivée par des intérêts géopolitiques partagés par les trois pays : contrebalancer l’influence de l’Iran, de la Turquie et des monarchies pro-américaines du Golfe (principalement l'Arabie saoudite) dans les affaires régionales. En effet, ces trois pays ont en commun de vouloir regagner une influence régionale après avoir été mis à l'écart par la politique de Donald Trump au Moyen-Orient, ultra-favorable à Israël, à la Turquie (via l'OTAN et les relations amicales entre Trump et Erdogan) et aux monarchies du Golfe.
Abdel Fattah al Sissi, Moustafa al-Kazimi. et le roi se rencontrent de nouveau à Bagdad en lors d'un sommet élargi au Moyen-Orient incluant la France, axé sur la sécurité et le développement économique régional.
En , Amman accueille la deuxième conférence internationale de Bagdad destinée à soutenir l'Irak et promouvoir le dialogue entre pays de la région. Le roi Abdallah II souligne dans une allocution .
Relations avec l'Égypte La Jordanie et l'Égypte ont été à l'initiative des deux coalitions arabes engagées lors des guerres israélo-arabes de 1948-1949 et de 1967 (guerre des Six Jours). Mais cela n'empêche pas, jusqu'aux années 1960, les deux chefs d'État, le roi Hussein et Gamal Abdel Nasser, d'avoir des relations froides et médiantes en raison de positionnements idéologiques radicalement opposés. Pour Nasser, Hussein est le « valet régional » des Occidentaux en raison de sa politique favorable aux Britanniques qui ont installé son père au pouvoir, tandis que pour Hussein, Nasser est le principal responsable des crises politiques qui ont secoué l'Irak et le Levant en 1958. Cette année-là, inquiets par la diffusion du panarabisme qui menaçait leurs règnes, les rois Hussein et Fayçal unissent leurs pays au sein de la Fédération arabe d’Irak et de Jordanie, en réaction à la République arabe unie intégrant l'Égypte et la Syrie quelques semaines auparavant. Nasser, magnanime envoie un message de félicitation aux deux rois, bien que cette fédération pro-occidentale ait clairement été fondée en rivalité avec la RAU pro-soviétique. Mais ces deux fédérations se disloquent rapidement, et la Jordanie et l'Égypte sont redevenus des pays indépendants lorsqu'en , Hussein et Nasser se rencontrent au domicile du président égyptien à Héliopolis, amorçant un dégel de leurs relations. Après la reprise de leurs relations diplomatiques, les deux États signent un accord de coopération militaire en 1967, plaçant l'armée jordanienne sous commandement égyptien pour lancer une offensive contre Israël. Mais c'est finalement l'État hébreu qui frappe le premier le et détruit les flottes aériennes de ses ennemis arabes lors de la guerre des Six Jours. vignette|Le roi Hussein de Jordanie (à gauche), Nasser (au centre), et le maréchal égyptien Abdel Hakim Amer au quartier général égyptien avant la signature d'un pacte de d'assistance mutuelle le 30 mai 1967.
Paradoxalement, cette défaite aussi humiliante pour les deux États amputés de grandes parts de leurs territoires (Jérusalem Est pour la Jordanie, le Sinaï pour l'Égypte) est un facteur de rapprochement entre eux, pour au moins deux raisons. La principale est que, bien qu'ayant repris leurs relations diplomatiques depuis 1964, la Jordanie et l'Égypte sont engagées dans deux guerres civiles, la guerre du Dhofar (Oman) et la guerre du guerre civile du Yémen du Nord, dans lesquelles chacun soutient un camp opposé. Or, l'anéantissement de leurs armées en leur enlève toute capacité de participer à des conflits extérieurs, supprimant une importante divergence entre eux. La deuxième raison est leur obligation de faire front commun sur la scène internationale pour obtenir par la diplomatie la rétrocession de leurs territoires perdus (n'ayant plus les moyens militaires suffisants), face à la position inflexible de la Syrie rejetant toute négociation avec l'État hébreu.
En 1973 toutefois (trois ans après la mort de Nasser), après avoir de reçu de nouvelles armes soviétiques, l'Égypte attaque Israël provoquant la guerre du Kippour, mais le roi Hussein refuse d'y participer, reconnaissant envers l'État hébreu de l'avoir soutenu pendant une tentative de coup d'État contre lui par l'OLP, connue comme « Septembre noir ». Après l'échec de l'offensive égyptienne, le président égyptien Anouar el-Sadate décide à son tour d'engager des pourparlers avec Israël, et participe aux accords de Camp David en 1978 pour lesquels le prix Nobel de la paix lui est décerné.
Un accord signé en 2002 fait de l’Égypte l'un des principaux fournisseurs de gaz de la Jordanie. En 2012, de mètres cubes de gaz exportés par jour de l'Égypte vers la Jordanie, le gaz égyptien couvrant 80 % des besoins électriques de la Jordanie. Le roi Abdallah II était un proche du président égyptien Hosni Moubarak, avant son renversement lors de la révolution égyptienne de 2011.