La maladie à virus Ebola, également appelée fièvre hémorragique Ebola ou fièvre d'EbolaDictionnaire de l'Académie de médecine. ( ou EVD), est la maladie provoquée par le virus Ebola, qui touche les primates et d'autres animaux tels que le porc.
Le virus se transmet à l'homme à partir d'animaux sauvages et circule ensuite au sein des populations humaines par contact avec les fluides corporels de personnes présentant les symptômes de la maladie (à l'issue de la période d'incubation), voire par voie entérale., mais pas par aérosols (voie aérienne).. Des chercheurs pensent que des chauves-souris frugivores de la famille des ptéropodidés constituent le réservoir naturel du virus Ebola.., bien que les porcs aient été également impliqués dans la transmission d'un virus de même type..
Il s'agit d'une fièvre hémorragique virale aiguë accompagnée d'une atteinte sévère de l'hémostase et du système immunitaire conduisant à une grave immunodépression... Présentant un tableau clinique identique à celui des affections à virus Marburg, la maladie à virus Ebola est réputée plus grave et le plus souvent mortelle chez l'homme, avec un taux de létalité atteignant parfois 90 % lors des flambées épidémiques. Ces dernières surviennent principalement dans les villages isolés d'Afrique centrale et d'Afrique de l'Ouest, à proximité des forêts de feuillus humides tropicales et subtropicales. Aucun facteur de prédisposition à l'infection n'a été identifié ; toutefois, les personnes de semblent particulièrement sensibles au virus.
Il existe des vaccins et des traitements homologués contre cette maladie. La prise en charge des personnes atteintes repose avant tout sur des soins de support.
Agent infectieux
vignette|gauche|Virus Ebola vu au microscope électronique en transmission Microscopie électronique en transmission d'un virus Ebola sur le site des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies aux États-Unis.. Comme le virus Marburg, le virus Ebola appartient à la famille des Filoviridae (filovirus), de l'ordre des Mononegavirales (mononégavirus). Il a été décrit pour la première fois en 1976 par David FinkesPattyn S., Jacob W., van der Groen G., Piot P., Courteille G., « Isolation of Marburg-like virus from a case of hemorrhagic fever in Zaire » Lancet 1977 ; 309 (8011): 573–574. .. Les Filoviridae sont des virus à ARN de forme filamenteuse, d'où leur nom. Le génome du virus Ebola contient sept gènes qui codent neuf protéines différentes..
Le genre Ebolavirus regroupe cinq espèces différentes. : Ebolavirus Zaïre (EBOV), identifié au Zaïre en 1976 (la souche découverte en 2014 appartient à cette espèce). C'est le plus fréquent et le plus virulent, circule surtout en Afrique centrale et de l'ouest ; Ebolavirus Soudan (SUDV), identifié au Soudan en 1976, circule plutôt en Afrique de l'est ; Ebolavirus Reston (RESTV), identifié dans une animalerie (macaques importés) de Reston aux États-Unis en 1989., provenant des Philippines circulant probablement ailleurs en Asie ; Ebolavirus Forêt de Taï (TAFV, anciennement appelée Ebola-Côte d'Ivoire), identifié dans le parc national de Taï en Côte d'Ivoire en 1994 ; Ebolavirus Bundibugyo (BDBV), identifié à Bundibugyo, en Ouganda en 2007.
Les deux premières (Zaïre et Soudan) sont responsables de la quasi-totalité des cas humains. Le virus philippino-américano-africain (Reston) semble être transmissible aux humains (par contact de fluides, comme les autres souches, et aéroporté) mais sans donner de signes cliniques Miranda ME, Ksiazek TG, Retuya TJ. « Epidemiology of Ebola (subtype Reston) virus in Philippines, 1996 » J Infect Dis. 1999;179(suppl 1):S115-S119..
Le virus Ebola peut être linéaire ou ramifié, long de mais pouvant atteindre . par concatémérisation (formation d'une particule longue par concaténation de particules plus courtes), avec un diamètre constant de . Il possède une capside nucléaire hélicoïdale de de diamètre constituée de nucléoprotéines NP et VP30, elle-même enveloppée d'une matrice hélicoïdale de de diamètre constituée de protéines VP24 et VP40 et comprenant des stries transversales de .
Action pathogène Comme les autres filovirus, le virus Ebola attaque l'ensemble de l'organisme en y provoquant une coagulation intravasculaire disséminée (CIVD) croissante qui dégrade rapidement l'hémostase et le fonctionnement des organes vitaux.. L'infection vise en priorité les cellules endothéliales, les phagocytes mononucléaires — monocytes, macrophages, cellules dendritiques, mastocytes — et les hépatocytes. Elle s'accompagne par ailleurs de la rapide neutralisation de certaines populations de lymphocytes T par un effet superantigène..
L'entrée du virus dans les cellules repose sur la protéine 1.., codée par un gène en 18q11 dont la mutation provoque la maladie de Niemann-Pick type C, une maladie lysosomale caractérisée par l'accumulation de cholestérol non estérifié et de glycolipides dans les lysosomes. Dans les cellules normales, la protéine NPC1 agit avec la protéine NPC2 pour transporter les grosses molécules hydrophobes à travers le système endosome-lysosome ; il a été observé que, lorsque cette protéine n'est pas fonctionnelle, ni le virus Ebola ni le virus Marburg ne peuvent entrer dans la cellule, cette dernière demeurant donc indemne malgré la présence des virus dans son environnement. Une étude complémentaire a montré que le deuxième domaine lysosomal de la protéine NPC1 se lie directement à la glycoprotéine de l'enveloppe virale de ces virus..
Une fois le virus dans la cellule, il sécrète la glycoprotéine soluble sGP et la glycoprotéine structurelle GP. La réplication du virus sature la biosynthèse des protéines dans les cellules infectées et notamment celles du système immunitaire de l'hôte. La glycoprotéine GP forme un complexe trimérique liant le virus aux cellules endothéliales qui tapissent l'intérieur des vaisseaux sanguins, tandis que la glycoprotéine sécrétée sGP forme un dimère qui interfère avec les granulocytes neutrophiles, un type de leucocytes, permettant au virus d'échapper au système immunitaire de l'hôte par inactivation précoce des neutrophiles. Ces leucocytes inactivés servent alors de transporteurs du virus à travers l'ensemble de l'organisme pour notamment contaminer les ganglions lymphatiques, le foie, les poumons et la rate. La présence des particules virales et les dommages causées aux cellules par leur éclosion provoquent la libération de cytokines — TNFα, IL-6, IL-8, etc. — qui sont les molécules de signalisation cellulaire provoquant fièvre et inflammation. L'atteinte des cellules épithéliales par effet cytopathique conduit à la perte de l'intégrité vasculaire, aggravée d'une part par la glycoprotéine virale qui réduit l'efficacité des intégrines responsables de l'adhérence des cellules au sein des structures intercellulaires, et d'autre part par les atteintes hépatiques, responsables de la coagulopathie..
Survie du virus hors d'un hôte Le virus Ebola peut survivre hors d'un hôte et demeurer infectieux pendant plusieurs jours à température ambiante ou à , aussi bien dans un liquide que sur une matière sèche (par exemple sur une couverture, des vêtements). Il peut demeurer infectieux sur une période indéterminée à ainsi que par lyophilisation.
Il peut être inactivé par chauffage à pendant , par ébullition pendant ou par exposition aux rayons γ. ou ultraviolets.. Il est sensible à certains agents chimiques tels que les détergents comme le laurylsulfate de sodium, le paraformaldéhyde, le formaldéhyde, l'acide acétique à 3 % (pH 2,5), l'acide peracétique, la , le à 0,25 %, le glutaraldéhyde 2 %, le désoxycholate de sodium, l'éther diéthylique, le méthanol, les désinfectants phénoliques, les solvants lipidiques et l'hypochlorite de sodium (eau de Javel).. ; doi:10.1002/(SICI)1096-9071(199911)59:3<341::AID-JMV14>3.0.CO;2-C..
Épidémiologie Déclenchement des épidémies Le déclenchement des épidémies n'est pas entièrement compris. Si les chauves-souris frugivores de la famille des ptéropodidés constituent vraisemblablement le réservoir naturel du virus Ebola, on a retrouvé des éléments génétiques de filovirus dans le génome de certains petits rongeurs, de chauves-souris insectivores, de musaraignes, de tenrecidés voire de marsupiaux., ce qui tendrait à prouver une interaction de plusieurs dizaines de millions d'années entre ces animaux et les filovirus. La contamination des primates à partir de ces animaux pourrait survenir par contact ou par consommation d'aliments souillés, et la contamination de l'homme pourrait elle-même résulter de contacts avec des primates contaminés ou par des animaux porteurs du virus.
Transmission interhumaine Au cours d'une épidémie à virus Ebola, la maladie se transmet entre humains par contact direct avec un malade présentant des symptômes, avec ses fluides biologiques (sang, sueur, selles, urine, salive…) ou avec son cadavre (lors d'un rite funéraire). Une transmission indirecte est aussi possible par contact avec des objets contaminés (fomite comme literie, vêtements, instruments médicaux…). Le virus pénètre dans l'organisme par voie muqueuse ou transdermique.
La transmission par voie aérienne directe (aérosols) n'a pas été observée sur le terrain, bien que cette transmission soit expérimentalement réalisable en laboratoire chez le primate non-humain.. Aussi on considère qu'en situation épidémique, la transmission se fait surtout par contact direct, le risque de transmission aéroportée étant faible.
Ceci explique que la transmission s'effectue dans deux situations : une transmission familiale : par contact étroit avec un malade, ou lors de traditions funéraires (laver, toucher le corps…), une transmission aux soignants : par contact avec des produits et fluides biologiques (une contamination par voie respiratoire d'aérosols de liquides biologiques hémorragiques est possible). Le virus Ébola peut être transmis par voie sexuelle (présent dans le sperme plusieurs mois après l'infection), par voie transplacentaire (de la femme enceinte infectée à son foetus) et au cours de l'allaitement (par le lait maternel).
Principales épidémies
vignette|Deux infirmières devant Mayinga N. en 1976 au Zaïre, morte à Kinshasa en des suites de la fièvre hémorragique Ebola Image 7042 sur le site des CDC.. Mayinga a donné son nom à la souche virale identifiée dans son sang. Les deux premières épidémies recensées par l'OMS ont eu lieu en 1976, au Soudan (151 morts pour 284 casD'après l'OMS, également à l'origine des autres données présentes dans cette partie de l'article.) et au Zaïre (280 décès pour 318 cas). Un cas mortel est identifié au Zaïre en 1977. De nouvelles contaminations surviennent au Soudan en 1979 : 22 décès pour 34 cas. Ces épidémies sont liées respectivement à Ebolavirus Soudan et Ebolavirus Zaïre.
En 1989, une épizootie touche les singes d'une animalerie de Reston, États-Unis. D'autres épizooties survenant chez des singes en animalerie sont observées notamment en 1992 en Italie (Sienne) et en 1996 aux États-Unis (Alice). Le virus en cause est Ebola Reston dont la létalité est très élevée chez le macaque Macaca fascicularis mais non pathogène chez l'homme (transmission documentée chez des personnes exposées et infectées, toutes restées sans symptômes).
D'autres épidémies à Ebolavirus Soudan ou Zaïre surviennent dans les années 1990 et 2000, notamment au Gabon, en République du Congo, Soudan, Ouganda et République démocratique du Congo.
Début 2014, l'Afrique de l'Ouest est le théâtre de l'épidémie à virus Ebola la plus meurtrière depuis la découverte des premiers cas en 1976Epidémie d'Ebola : l'inquiétude se propage, www.ladepeche.fr, le 4 avril 2014..
Des épidémies frappent la République démocratique du Congo en 2019, faisant plus de 2 000 morts...
Ces épidémies sont l'occasion de mettre en œuvre les premiers vaccins contre le virus Ebola (Ebolavirus Zaïre et Soudan).