Une organisation de façade, ou groupe paravent, est une organisation généralement secrète et souvent illégale, créée pour que le responsable d'une opération ou d’une bande organisée n'apparaisse pas, ou pour donner l'impression que l'opération est conduite par une autre entité qu'on veut injustement désigner comme « coupable » ou responsable.
Dans le monde économique, ces organisations dont l'activité Champeyrache C (2005) L'infiltration mafieuse dans l'économie légale. Éditions L'Harmattan ( avec Google Livre, sont source de concurrence déloyale et d'activités parfois criminelles, et pour cette raison activement recherchées, et plus ou moins bien contrées à échelle internationale. Dans le cadre de conventions (ex : Convention de Palerme) les services chargés de lutter contre ces organisations doivent coopérer pour mieux détecter et traiter la Criminalité transnationale dont les revenus sont souvent protégés par les Paradis fiscaux.
Selon Interpol, ce type d'organisation est aussi l'une des premiers modes de financement du terrorisme, consistant dans Interpol, The links between Intellectual Property crime and Terrorist Financing, cité par le Centre d’études internationales de la propriété industrielle -CEIPI (2004) Impacts de la contrefaçon et de la piraterie en Europe (Rapport final), Université Robert Schuman, 9 juillet 2004 PDF, 184 pages.
Typologies L'« organisation-paravent » peut être d’apparence neutre, ou être une organisation officielle et légale infiltrée, ou être une organisation politique, sectaire, commerciale ou encore un groupe de lobbying industriel ou financier, une entité militaire ou religieuse, etc. qui dans tous les cas cache tout ou partie de ses véritables objectifs.
Il s’agit parfois d'une entreprise totalement fictive qui n’a qu’un nom et une adresse.
Pour garder sa fausse identité ou cacher ses vrais objectifs, l’entité-mère qui crée anonymement l’organisation paravent s'appuie souvent sur des hommes de paille, une entreprise légale qu’elle infiltreChampeyrache, C. (2004) Entreprise légale, propriétaire mafieux: comment la mafia infiltre l'économie légale. CNRS. ou un prête-nom qui peut être légal (dans le cadre d’un Contrat par représentation ou illégal (on parle alors en droit d’une « représentation imparfaite »).
Elle peut aussi se cacher derrière une chaine complexe d’intermédiaires, éventuellement intégrés dans des réseaux internationaux ou économiques. Elle peut aussi s’appuyer sur le secret bancaire, le secret commercial, la menace et la corruption, la production et l'usage de faux documents ou témoignages, et divers et réseaux de collusion et/ou de trafics d'influence, de biens et personnes et sur des institutions financières installées dans des paradis fiscaux.
Histoire En contexte de guerre (dont guerre froide) et en pays « ennemi », l'entité qui crée ou organise une organisation de façade cherche à rester totalement non identifiable, en brouillant les cartes en général. Elle peut aussi n'être qu'à demi cachée (par exemple, en faisant discrètement jouer à une agence, une ONG ou une ambassade officielle un rôle qu'elle ne devrait pas jouer).
L'histoire du renseignement, de l'espionnage, de l'intelligence économique et du contre-espionnage sont riches d'exemples de manipulations de ce type, dont il est parfois difficile d'être certain qu'il ne s'agisse pas de leurres ou de contre-leurres destinés à en cacher d'autres ; alimentant des discours et des suspicions qui peuvent longtemps perdurer, notamment via la « théorie du complot ». Il est parfois difficile de savoir si c'est le trafic d'armes, d'influence ou de drogue qui alimente certains extrémismes religieux, fondamentalismes ou dictatures politiques, ou si c'est l'inverse ; les extrémismes et leur prosélytisme semblent parfois pouvoir être à la fois une réalité, une chimère ou un paravent profitant à d'autres entitésEtchevery P (2013) L'extrémisme religieux en Asie centrale : réalité, chimère ou paravent ?. Monde chinois, (4), 117-124..
Depuis plusieurs siècles, des ONG confessionnelles sont géopolitiquement actives et de nouvelles entités apparaissent périodiquement (télévangélisme, théologie de la libération...) pendant que des mouvements soutenus par de grandes Églises et des prédicateurs médiatiques continuent à promouvoir un islam jihadiste, une rechristianisation, etc.). Ces ONG peuvent aussi être des « organisations de façade » cachant d'autres intérêts, peut être même parfois sans le savoirMasson, N. (2007). Une dimension géopolitique des fondamentalismes. Le cas des Ong confessionnelles. Esprit, (3), 219-221., elles ont contribué à la colonisation et certains jugent qu'elles contribuent à diverses formes de néocolonialismeHours B & Selim M (2000). Pratiques et axiologies de l’anthropologie face à la domination politique. Anthropologie et sociétés, 24(2), 111-127.
À certaines époques et dans certains pays, en raison d’un contexte politique qui leur est favorable, des « organisations-paravents » peuvent se développer en se cachant à peine, voire avec le soutien de l'État (quand elles sont par exemple chargées de faire de la propagande ou un prosélytisme idéologique que souhaite le gouvernement lui-même, ou quand elles œuvrent pour des groupes de pression fortement implantés), ou encore - dans le domaine commercial - parce que le gouvernement du pays ne respecte pas certains principes ou accords internationaux soutenant l'économie de marché (le droit de la propriété intellectuelle et/ou commerciale par exemple). Le CEIPI en donne comme exemple récent Union des fabricants, contrefaçon et criminalité organisée , 2003, p. 21 ; et en 2002, 3 suspects arrêtés pour contrefaçon de vêtements avaient déjà été condamnés pour faits de terrorisme et avaient appartenu au Groupe salafiste pour la prédication et le combat Trois islamistes présumés interpellés dans une affaire de contrefaçon de vêtements, dépêche AFP, 17 octobre 2002 , dans un autre cas, c’est l’organisation Hajira (qui prône un djihad total, déjà impliquée dans des trafics d’armes et de faux papiers) qui a été trouvée en possession de 60 mètres cubes de marchandises (milliers de T-shirts, survêtements et maillots de rugby Eden Park, Serge Blanco, Ralph Lauren et Nike Coup de filet en région parisienne, RTL.fr Infos : http://www.rti.fr /rtlinfo/article.asp?dicid=158391 .
Le trafic de drogue, d’armes, d’alcool (durant la prohibition aux États-Unis notamment) et de cigarette., de vêtements ou de divers produits de consommation se cache très souvent derrière des organisations de façade ou est soutenu par de telles organisations.
Enjeux Ces organisations par définition opaques et souvent mafieuses perturbent le fonctionnement normal du commerce et peuvent être source de pertes commerciales important pour les organisations et personnes qui en sont victimes, notamment quand les moyens d'actions et de pression sont de nature violentes et criminels.
Cas particulier des « entreprises-paravent » L'« entreprise paravent » est l'un des trois types d'entreprises légales liées à la mafia selon une typologie établie par le juge Costantino en 1986.
Des organisations légales ou mafieuses peuvent se cacher derrière de fausses entreprises (« entreprise fantôme ») créées de toutes pièces pour leurs besoins, mais aussi derrière de vraies entreprises légales, éventuellement multinationales et à tendance monopolistique, utilisées comme façade ou paravent et notait en 1991 le juge Falcone se développant d’autant mieux que le mafioso devenu chef d’entreprise est Giovanni Falcone, marcelle Povani, Cosa Nostra (1991). Le juge et les « hommes d'honneur », page 135.. De telles entreprises peuvent facilement fausser la concurrence en répondant par exemple à bas prix aux appels d'offres et appels à projets publics, et une fois qu'elles ont ainsi éliminé tous leurs concurrents potentiels exiger plus d'argent. Quand elles dominent un marché, elles peuvent aussi plus facilement s'entendre sur les prix.
Ce phénomène mis en évidence lors des procès anti-mafia en Italie a notamment été étudié et dénoncé par Catanzaro en Italie dans les années 1980-1990 Catanzaro, R., (1988) Delitto come impresa. Storia sociale delta mafia, Padova, Liviana. Catanzaro R (1989) Economia criminale e inquinamento della politica, Critica Marxista, 4, 199-212. et divers observateurs ont noté l’apparition de nombreuses entreprises-paravent qui ont uni des mafieux, des entrepreneurs et des hommes politiques, en formant de nouveaux groupes de pouvoir et de contrôle social Assante G & Mattone S, La camorra tra vecchie e nuove povertà materiali e politiche, in ASSANTE, G. et al, Nuovepovertà e controllo sociale, Roma, Sapere 2000, 1991, 15-29., plus ou moins protégés par le statut d’acteur économique de l’entreprise (créatrice d’emploi dans un monde en crise). Les relations entre mafia et entreprises et politique qui étaient antérieurement basées sur des rapports de force et d’extorsion se sont alors adoucis pour devenir selon Centorrino, 1990 et Santino (1990) de collusion ou d’échanges de services mutuelsSantino U & La Fiura G (1990), L'impresa mafiosa. DaW Italia agli Stati Uniti, Milano, Franco Angeli. voir p.374 , ce qui a aussi permis à la mafia italienne Arlacchi P (1983) La mafia imprenditrice, Bologna, II Mulino ; traduit en français en 1986 sous le nom « Mafia et compagnies », Grenoble, P.U.G.., en Italie notammentCesoni Maria Luisa (1995) L'économie mafieuse en Italie: à la recherche d'un paradigme. In: Déviance et société. Vol. 19 - .. .
Pour mieux s’infiltrer dans l’économie légale ; comme l’ont montré les procès anti-mafia italiens, les organisations criminelles mafieuses ont notamment appris à exploiter à leur profit la théorie économique des droits de propriété et en particulier le droit de propriété mutuelle Champeyrche, C. (2012). La force des entreprises légales-mafieuses. Une explication par la stratégie des droits de propriété mutuelle. Revue française de gestion, (2), 33-45 ( résumé) qui a permis à des organisations criminelles de créer et verrouiller ce que Champeyrche nomme des « entreprises légales-mafieuses », avec des .
Objectifs et motivations sous-jacentes Les motivations présidant à la création ou utilisation d'une « organisation de façade » peuvent être diverses, dont notamment : motifs militaires (par exemple, pour le renseignement et la Guerre de l'information, voire pour monter un putsch ou pour préparer et mener de véritables opérations dites sous « fausse bannière », destinées à tromper l'adversaire sans attirer l'attention d'autres pays ou de l'opinion publique) ; motifs politiques (il s'agit alors souvent d'étendre le pouvoir ou l'emprise d'un homme politique, de sa famille, de son parti, ou d'intérêts économiques qui le soutiennent) ; le commanditaire peut être étranger au pays, et même agir sans en informer le bénéficiaire ; motifs idéologiques et/ou religieux (prosélytisme...) ; de spéculation commerciale et politico-financière (dans le domaine de l’immobilier par exemple) ;