(ou Certains byzantinistes comptent Constantin Lascaris dans la liste numérotée des empereurs de ce nom, si bien que Dragasès devient le douzième du nom. D'autres érudits, souvent du , ont même été jusqu'à en faire le quatorzième du nom en incluant des co-empereurs comme Constantin Lécapène dans la numérotation, même si le consensus actuel s'arrête à Constantin XI.) Paléologue, dit Dragasés (en grec : , Dragasēs Palaiologos, en serbe : Dragaš Paleolog), né le ou 1405 à Constantinople, et mort le sur les murailles de la même ville, est le dernier empereur byzantin du au , et par conséquent le dernier empereur romain de l'HistoireL'Histoire a voulu que le dernier empereur d'Occident, Romulus Augustule, porte le nom du fondateur légendaire de Rome et que le dernier empereur byzantin porte le nom du fondateur de Constantinople..

Il est l'un des nombreux fils de et un représentant de la dernière dynastie régnante, au pouvoir depuis 1261. Frère cadet de , il s'illustre par sa fidélité à son frère, servant de régent à plusieurs reprises et l'aidant dans certaines de ses campagnes, notamment dans le despotat de Morée. Il gouverne celui-ci à deux reprises, avec d'autres de ses frères, et tente de renforcer cette province plus florissante que la cité impériale déclinante, mais se heurte inévitablement à la puissance de l'Empire ottoman. À la mort de en 1448, il s'impose comme l'héritier et se rend à Constantinople. Rapidement, il est confronté à la situation dramatique de l'Empire, considérablement affaibli. Il tente de favoriser la politique d'union entre l'église de Constantinople et la papauté, pour susciter une croisade contre les Turcs, d'autant que le nouveau sultan a des ambitions expansionnistes affirmées dès sa prise du pouvoir en 1451. Pour autant, il ne parvient pas à susciter l'unanimité parmi ses sujets sur la question religieuse.

Bientôt, en partie par maladresse, Constantin s'attire l'hostilité du sultan et se retrouve enfermé dans Constantinople, tentant de susciter des renforts en Occident, sans grands succès. En , il subit le dernier siège de la Constantinople byzantine, lors duquel il mène en personne la défense de la cité. Largement inférieurs en nombre malgré quelques renforts extérieurs, les assiégés résistent plusieurs semaines et Constantin refuse de quitter la ville. Finalement, Constantinople tombe le et Constantin périt durant les derniers combats, sans que les circonstances exactes de sa mort soient connues. Par la suite, de nombreuses légendes ont émergé à son propos, qui compliquent parfois l'analyse de son règne, son statut de dernier empereur romano-byzantin et sa mort, souvent décrite comme héroïque, lui ayant conféré une aura presque mystique. À cet égard, les historiens oscillent entre la vision d'un empereur combatif mais dénué de moyens à sa disposition et celle d'un dirigeant sans réelle dimension au regard des enjeux de son temps.

Sources vignette|alt=Peinture en noir et blanc montrant le buste d'un homme barbu.|Peinture florentine représentant Isidore de Kiev, l'un des chroniqueurs et protagonistes du règne de Constantin. Les sources à propos du règne de sont nombreuses et très liées aux récits relatifs à la chute de Constantinople. Son plus proche ami et conseiller, Georges Sphrantzès, est aussi l'un de ses principaux chroniqueurs. Même s'il a tendance à valoriser chacun des actes de Constantin, il livre des détails précieux sur sa biographie et son règne, à l'exception notable de la prise de Constantinople, qui fait l'objet d'un compte-rendu laconique. À ce sujet, les historiens ont longtemps exploité une version aujourd'hui considérée comme frauduleuse de la chronique de Sphrantzès, le ou Chronique majeure, écrit par un certain Pseudo-Sphrantzès, identifié comme étant Macaire Mélissène, un métropolite grec du . Ce texte développe des événements intervenus à l'occasion du siège, notamment les derniers instants de Constantin, qui ne se retrouvent pas dans d'autres sources et sont rejetés par les historiens les plus récents. Parmi les autres chroniqueurs grecs de l'époque, Laonicos Chalcondyle, Doukas et Critobule d'Imbros sont les plus utiles, le dernier étant devenu proche de , ce qui lui a permis d'accéder à des informations supplémentaires. Il a notamment fait un portrait précis, quoique certainement romancé, de Constantin et de ses qualités. Les écrits de , opposant à la politique d'union des Églises et premier patriarche de Constantinople à avoir été nommé par les Ottomans, peuvent aussi être mobilisés.

Tous ces hommes ont écrit sur la chute de Constantinople, mais d'autres textes sont spécifiquement consacrés à cet épisode fondamental et terminal de la vie de Constantin. Beaucoup sont originaires d'Europe de l'Ouest, en particulier d'Italie, à l'image des chroniques de Nicolò Barbaro, de Jacopo Tedaldi ou d'Ubertino Pusculus, parfois issus d'hommes d'Église comme Isidore de Kiev, relativement favorable à l'empereur, ou Léonard de Chio, très critique du manque d'empressement de Constantin à célébrer l'union avec la papauté. Des sources plus rares émanent du monde slave, comme la chronique de Constantin d'Ostrovica, janissaire serbe engagé dans l'armée turqueVoir ., ou celle attribuée à Nestor Iskander, probablement russe, qui fait de Constantin un martyr de la cause orthodoxeLe récit d'Iskander comprend quelques inexactitudes notables, comme la présence d'un patriarche ou d'une impératrice lors du siège de Constantinople ().. Toutes ces sources permettent de croiser certains événements et apportent des perspectives variées sans pour autant lever toutes les incertitudes, en particulier celles qui pèsent sur les derniers instants de Constantin. Certaines sont assez critiques des Byzantins et donc de l'empereur, d'autres plus pondérées. Les sources turques sont plus rares et souvent postérieures à 1453, mais il faut relever les écrits de Tursun Beg ou de Saad ed-Din.

Ascension

Enfance vignette|gauche|alt=Photographie d'une miniature montrant deux personnages adultes entourés de leurs trois enfants.| et sa femme, Hélène Dragaš, entourés de leurs trois premiers fils : le futur , Théodore et Constantin, mort quelque temps avant la naissance de . Miniature conservée au musée du Louvre, issue des Œuvres complètes de saint Denys l'Aréopagite. Constantin est le fils de l'empereur byzantin et d'Hélène Dragaš, fille du prince serbe Constantin Dragaš. Il se marie deux fois : d'abord en 1428 avec Théodora Tocco (morte en 1429), fille de , seigneur de Zante, puis le avec Catherine Gattilusio (morte en 1442), fille de , seigneur de Lesbos. La date de naissance de Constantin n'est pas exactement connue. Georges Sphrantzès écrit qu'il vient au monde en 1405, mais d'autres éléments de sa chronique plaident pour 1404, notamment quand il indique qu'il meurt à , trois mois et vingt jours. Selon Marios Philippides, la date de 1405 serait une erreur de transcription du manuscrit originel de Sphrantzès et l'année 1404 serait donc à retenir. Il est l'un des six enfants de et le deuxième à porter le nom de Constantin, le premier étant mort jeune. Il est particulièrement proche de sa mère, au point de faire figurer son nom, Dragasès, en complément de son patronyme. Ses jeunes années sont mal connues, mais il semble avoir reçu une bonne éducation, prodiguée par la famille Sphrantzès. Gennade Scholarios loue sa culture, mais cela relève peut-être de la flatterie courtisane.

Il ne subsiste aucune description physique précise de Constantin. Les rares pièces de monnaie de son règne qui ont survécu ne livrent pas plus qu'une esquisse de portrait sans grande valeur, de même que l'image figurant dans le manuscrit Mutinensis gr. 122 composé au et conservé à la bibliothèque Estense. De manière générale, il est difficile d'établir le portrait et le caractère de Constantin sur la base des jugements de l'époque, souvent influencés par les circonstances de sa disparition lors de la chute de ConstantinopleVoir à ce sujet .. Constantin montre un intérêt fort pour la chose militaire, s'illustre par ses aptitudes au gouvernement et semble peu intéressé par les affaires culturelles et théologiques, à la différence d'autres empereurs avant lui. Steven Runciman le décrit comme intègre, fidèle à son frère aîné, toujours honorable dans sa conduite et capable de susciter l'affection, voire l'admiration, quand il devient empereur, bien que ses difficultés à assurer la concorde religieuse à Constantinople semblent affaiblir cette affirmation. Dans un discours aux airs d'éloge, Jean Dokeianos, un érudit de Mistra, loue les aptitudes de Constantin au combat et à la chasse, ainsi que son éducation, tout en restant très évasif . Si les qualités de stratège voire de guerrier de Constantin sont régulièrement évoquées, il demeure difficile, sur la base des faits historiques, de déceler un réel talent en la matière, à l'image de son rôle militaire relativement effacé lors du siège de Constantinople.

Jeunes années vignette| Paléologue, enluminure du début du tirée de l’Oraison funèbre de Paléologue, BnF, ms. sup. gr. 309. vignette|alt=Photographie de profil du portrait d'un homme portant un chapeau|, représenté sur un manuscrit du monastère Sainte-Catherine du Sinaï. commence à s'impliquer dans les affaires de l'Empire en 1422, quand les Ottomans mettent le siège devant Constantinople. Il a alors 17 ou et ne semble être qu'un simple observateur des événements, et, s'il a un quelconque rôle militaire, il est certainement limité mais il lui permet d'acquérir de l'expérience. L'assaut est repoussé, mais , vieillissant, souffre d'une attaque et devient hémiplégique. Jusqu'en 1425, la régence est assurée par . Face à la situation de plus en plus précaire de l'Empire, qui doit céder Thessalonique à Venise en 1423 pour la préserver des Ottomans, décide de partir en Europe rechercher des renforts. En , il se rend à Venise et en Hongrie. C'est à Constantin qu'il cède le gouvernement de l'Empire dans l'intervalle, car c'est en lui qu'il a le plus confiance. Constantin se voit conférer la dignité de despote, la plus élevée dans l'ordre byzantin d'alors, mais sa régence semble surtout nominale. Un traité est négocié avec le sultan , qui préserve l'Empire d'un nouvel assaut, tout en cédant plusieurs territoires, en particulier en Thessalie et le long de la mer Noire, et en acceptant le paiement d'un tribut qui ramène l'Empire byzantin à une forme de vassalité, d'autant que rentre en sans avoir pu susciter d'intervention occidentale. L'intermède ouvert par la crise ottomane à la suite de la bataille d'Ankara en est en quelque sorte terminé et les gains obtenus par les Byzantins par l'affaiblissement temporaire des Turcs ont tous été perdus. Le , Manuel meurt et Jean devient seul empereur. Constantin reçoit en apanage une bande de terre au nord de Constantinople, entre Messembria et Derkos, ainsi que le port de Selymbria. Jusqu'à la mort de en 1448, Constantin lui reste loyal et est l'un de ses plus proches conseillers.

Dans le même temps, la situation dans le despotat de Morée, devenue la principale province de l'Empire déclinant, est préoccupante. Son frère se montre fatigué du gouvernement de la province et réfléchit à le remplacer par Constantin, qui lui a prouvé sa loyauté. En 1423, les Ottomans ont brisé le mur de l'Hexamilion pour mettre à sac la péninsule, tandis que le seigneur de Céphalonie, , a des visées sur le littoral du Péloponnèse. En réaction, en 1427, se rend en personne dans le despotat avec Constantin pour remédier à la situation.