Christian Ferras, né au (France) le et mort à Paris le , est un violoniste français.

Biographie 1940-1944 Enfance à Nice Né au le , Christian Ferras est le troisième enfant d'Antoinette et Robert Ferras, hôteliers qui exercent durant la saison propice dans le Pas-de-Calais, et vivent le reste de l'année à Nice. C’est à l’âge de sept ans que Christian Ferras reçoit comme cadeau un petit violon, offert par son père pour le distraire d’une maladie qui le tient alité. Après quelques jours seulement, passionné par son « nouveau jouet », le jeune enfant le pratique déjà trois heures par jour. Ce n'est pas pour déplaire au père de Christian, un ex-violoniste anciennement élève de Marcel Chailley, qui ne s'était pas lancé dans une carrière, non par faute de talent, d’après son propre fils, mais à cause d’une grave blessure reçue à la paume de la main. Le jeune Christian est admis au conservatoire de Nice en 1941, dans la classe de Charles Bistesi, ancien élève du violoniste belge César Thomson qui fut contemporain et collègue du grand violoniste et compositeur Eugène Ysaÿe. Les 5 et , Christian Ferras, bientôt âgé de onze ans, remporte à l'unanimité le prix d'excellence de violon du Conservatoire municipal de Nice en jouant le Concerto de Saint-Saëns, le de musique de chambre avec la Sonate « Le Printemps » de Beethoven et, après avoir joué à la Préfecture, devant le Préfet et un parterre d'élus, le prix d'honneur de la Ville de Nice.

1944-1946 Le Conservatoire de Paris Immédiatement après les prix obtenus à Nice, dès le mois de , Christian Ferras et sa famille entreprennent un voyage épique à travers la France encore occupée, pour se rendre à Paris. Ils n'y arrivent qu'au mois d'octobre, car ils ont été retenus à Mâcon par les événements de la guerre, notamment les répercussions des débarquements de Normandie et de Provence, le retrait des Allemands, la jonction des armées de libération. À l'âge de 11 ans, Christian Ferras entre au Conservatoire national supérieur de musique de Paris, dans la classe de René Benedetti en violon et dans celle de Joseph Calvet en musique de chambre.

À 13 ans, le , après une pièce de déchiffrage écrite pour la circonstance par Henri Martelli, le Grave de la Sonate en la mineur pour violon seul de Jean-Sébastien Bach et Farandoleurs, pièce pour violon et piano commandée pour l'occasion à Darius Milhaud, Ferras remporte, avec le Concerto de Johannes Brahms, à l'unanimité et premier nommé, le Prix de violon. Les jours précédents, il avait conquis le Prix et la Première médaille de musique de chambre en jouant la Sonate en la majeur pour violon et piano de Mozart. La jeune pianiste qui l'accompagne est Odette Decaux. Elle passe, elle aussi, le concours du Conservatoire de Paris et, comme il est d'usage, Ferras lui « fait la réplique » dans le Trio de Mendelssohn. Odette Decaux deviendra la première accompagnatrice attitrée des débuts de la carrière de Ferras. Après la proclamation des prix, sur le trottoir de la rue du Conservatoire, le grand violoniste Jacques Thibaud vient féliciter Christian. Une photo immortalise le moment, et montre le maître qui se penche affectueusement vers le jeune primé en le prenant par l'épaule. Sur cette photo du mois de Thibaud appose une dédicace : .

1946-1949 Les premiers concerts, Georges Enesco et les concours Il donne quelques concerts et effectue une tournée de quinze jours en AllemagneCurieusement appelée Du Classique au Jazz. Cf. Thierry de Choudens Christian Ferras Le violon d'Icare, éditions Papillon, 2004, p. 67.. En , à l'âge de 13 ans, ce sont ses grands débuts à Paris. Avec l'orchestre Pasdeloup sous la direction d'Albert Wolff, il joue la Symphonie espagnole de Lalole 13 octobre 1946.. Après ce concert, Bernard GavotyQui signe ses articles du pseudonyme de Clarendon. écrit dans le Figaro : La semaine suivante, il joue le Concerto de Beethoven le . En 1947, toujours à Paris, avec les mêmes musiciens il joue le Concerto de Brahms. Quelque temps après, c'est avec le concerto de Beethoven et Paul Paray à la direction de l'orchestre Colonne que le jeune prodige enchante la capitale.

Son succès ne l'empêche pas de poursuivre sa formation. Il s'imprègne de l'enseignement, hérité de la vieille Russie, prodigué par Boris Kamenski. Ce violoniste à la cour du tsar s'est installé à Paris après la révolution de 1917. Mais, en 1947, Ferras fait une rencontre déterminante : il commence à travailler avec Georges Enesco, éminent violoniste et compositeur roumain pétri d'humanité : écrira-t-il plus tardPropos recueillis par Jean-Michel Molkhou, Ina mémoire vive, 2004.. Antoinette Ferras, mère de Christian, écrit le à Charles Bistesi :

Tout va très vite pour le jeune prodige. Le , à 14 ans, il réalise son premier enregistrement à Londres, dans les studios de la firme Decca : le Concerto de Federico Elizalde, avec le London Symphony Orchestra sous la direction de Gaston Poulet. C'est aussi une création mondiale au disque, détail peu banal pour un novice, si jeune de surcroîtLe Concerto d'Elizalde avait été créé en 1944 par Ginette Neveu, cf. Thierry de Choudens, Christian Ferras Le violon d'Icare, éditions Papillon, 2004, p. 74, 75 et addenda..

Au mois de , le jury du Concours international de Schéveningue, présidé par Yehudi Menuhin, décerne deux premiers prix. L'un à Christian Ferras, plus jeune concurrent de l'épreuve, l'autre à Michel Schwalbé, violoniste déjà chevronné. Le jeune Christian se fait remarquer pour son talent et ses extraordinaires facilités. Menuhin déclare : C'est lors de ce concours que Ferras rencontre le pianiste Pierre Barbizet, son aîné de onze ans, lui aussi concurrent, avec qui il va former l'un des plus fameux tandems de l'histoire des duos violon-piano.

Le à la salle Gaveau, Christian Ferras donne en première audition française la Sonate pour violon seul d'Arthur Honegger. Dans un texte de présentation de ce concert, Honegger décrit son œuvre et se montre enchanté qu'elle ait retenu l'intérêt d'un des plus grands jeunes violonistes. En état de grâce, en 1949 (soit à l'âge de seize ans) Ferras remporte le prestigieux Concours international Marguerite-Long-Jacques-Thibaud, avec un second prix (le premier prix n'étant pas attribué). Il y retrouve... Pierre Barbizet.

1950-1969 La maturité En 1950, il enregistre un disque avec notamment Jean-Pierre Rampal et Georges Enesco. Mais sa carrière prend une nouvelle dimension lorsqu'il est appelé par Karl Böhm à l'Orchestre philharmonique de Berlin en . Avec lui, il y joue notamment le concerto de Beethoven au Titania Palast de Berlin. Cette même année est marquée par un enregistrement pour le moins étonnant, puisqu'il réunit deux créations mondiales au disque : le concerto double d', avec le compositeur au pupitre et Pierre Barbizet au piano, et le Concerto de Estio de Joaquín Rodrigo sous la direction de Georges Enesco, après une première audition française en concert avec le chef Ataúlfo Argenta.

Commence ensuite une tournée de concerts. Ferras donne de très nombreux concerts dans le monde, notamment au Japon, en Amérique du Sud, en Afrique et en Europe.

En , il enregistre le Concerto de Brahms, avec Carl Schuricht et l'Orchestre Philharmonique de Vienne : c'est son premier enregistrement rencontrant un réel succès. Cette année 1954, grâce au luthier Étienne Vatelot, Christian Ferras fait l'acquisition du violon « Le Président », un magnifique Stradivarius de 1721.

En 1955 paraît un coffret microsillon de Decca, Hommage à J.-S. Bach, les Concertos pour piano(s ), Georges Enesco dirige. Parmi les instrumentistes, on trouve au piano, Jean-Pierre Rampal à la flûte et Christian Ferras. La parution de ce disque est aussi une manière d'honorer le grand musicien roumain, décédé le à Paris.

1956 est l'année d'une rencontre majeure, celle que le jeune artiste de 23 ans fait avec Herbert von Karajan, pour exécuter le concerto de Brahms le à Vienne. Le mois précédent, c'est avec Ernest Ansermet, à la tête de son Orchestre de la Suisse romande, que Ferras a commencé une autre collaboration nouvelle.

Il quitte la maison de disque Decca, et au mois de il commence les enregistrements chez EMI par les concertos de Felix Mendelssohn et de Tchaïkovski avec Constantin Silvestri et l'Orchestre Philharmonia.

En 1958, outre le concerto hongrois de Gyula Bando qu’il crée, Ferras enregistre avec Pierre Barbizet l'intégrale des Sonates de Beethoven, disque dont la renommée n'a pas décliné.

L'année 1959 est une année faste pour Christian Ferras : il fait ses grands débuts aux États-Unis en jouant le concerto de Brahms sous la direction de Charles Munch, puis il enregistre le Double concerto de Bach avec Yehudi Menuhin pour EMI. En été, il est un partenaire radieux de Pablo Casals et de Wilhelm Kempff au Festival de Prades. Le , il épouse à Paris Béatrice Martellière, ex-femme du chef d'orchestre Georges Sébastian.

Bien qu'il soit jeune, c'est en artiste accompli qu'il entre dans la décennie 1960, celle de sa gloire. Le , il crée le concerto de Serge Nigg, qu'il décrit « pour et non contre le violon », et trois jours plus tard, en concert au théâtre des Champs-Élysées, fête les dix ans du duo Ferras-Barbizet.

Les tournées, les émissions de radio et de télévision, les concerts, les enregistrements, les voyages, les récitals se succèdent. Il est reparti aux États-Unis où il a triomphé. Il grave un émouvant double concerto de Brahms avec le violoncelliste Paul Tortelier et Paul Kletzki à la baguette. Le festival de Prades a retrouvé son plus distingué représentant de l'école française de violon, tout s'enchaîne à un rythme effréné.

En 1963, Pierre Barbizet ralentit son activité de pianiste après sa nomination à la direction du conservatoire de Marseille. Ferras en prend un peu ombrage : , proteste-t-il. Malgré cet inconvénient, il vit une année exceptionnelle. À Rome, le , il joue devant le pape Jean XXIII. Il y ressent l'une des plus fortes émotions de sa vie, à la fois d'homme et d'artiste.

En , à l'Odéon d'Hérode Atticus lors du Festival d'Athènes, avec Karajan et le violoncelliste Pierre Fournier, il joue le double concerto de Brahms, qui n'a malheureusement pas été enregistré. En décembre, il est l'invité de Bernard Gavoty pour l'émission de la télévision française Les grands interprètes. C'est aussi durant cette année qu'il grave le Concerto à la mémoire d'un ange d'Alban Berg, œuvre qu'il défend avec passion.

En 1964, sa collaboration discographique chez Deutsche Grammophon avec Herbert von Karajan et l'Orchestre philharmonique de Berlin commence avec les enregistrements du concerto de Brahms, de Sibelius, de Tchaikovsky, de Beethoven, ainsi que ceux de Bach, qui deviennent rapidement des référencesVingt concertos sont prévus. Seuls six sont réalisés : Brahms, Sibelius, Tchaïkovski, Beethoven, et les trois de Bach. Sa profondeur de son et sa grande musicalité valent à Christian Ferras d'être le violoniste soliste préféré du chef d'orchestre autrichien, qui dira de lui : Il enregistre, toujours chez DG, des sonates avec Pierre Barbizet (les Sonates de Brahms, de Schumann, de Franck et de Lekeu). Ce sera l’apogée de sa carrière : il est invité par les plus grands orchestres et les plus grands chefs.

Dès 1966, par l'intermédiaire encore d'Étienne Vatelot, Christian Ferras acquiert un autre violon de légende : le « Milanollo - Teresa », un Stradivarius de 1728.