La (en occitan : carrièra de Guilhèm Unaut de Lanta) est une voie de Toulouse, chef-lieu de la région Occitanie, dans le Midi de la France. Peuplée majoritairement, à partir du , par les membres de l'aristocratie toulousaine – parlementaires et capitouls particulièrement –, elle présente une grande unité, car la plupart des façades ont été élevées au cours du . Les immeubles et les hôtels particuliers, parmi lesquels se distinguent particulièrement l'hôtel de Paulo et l'hôtel de Castanier d'Auriac, offrent des façades d'un style classique ou néo-classique très homogène. La rue abrite également un des plus beaux hôtels particulier de la Renaissance toulousaine, l'hôtel d'Ulmo, construit pour un parlementaire original, Jean d'Ulmo.

Situation et accès Description La rue Ninau est une voie publique. Elle se situe au cœur du quartier Saint-Étienne, dans le secteur 1 - Centre.

Longue de , pratiquement rectiligne et d'orientation sud-est, la rue Ninau naît de la place Saintes-Scarbes. Elle rejoint la place Montoulieu, au croisement de la rue Montoulieu-Saint-Jacques. Elle est prolongée, au-delà, par la rue du Huit-Mai-1945, jusqu'au square Boulingrin.

La chaussée compte une seule voie de circulation automobile en sens unique, de la place Montoulieu vers la place Saintes-Scarbes. Elle appartient à une zone de rencontre et la vitesse y est limitée à 20 km/h. Il n'existe en revanche ni bande, ni de piste cyclable, quoiqu'elle soit à double-sens cyclable.

Voies rencontrées La rue Ninau rencontre les voies suivantes, dans l'ordre des numéros croissants (« g » indique que la rue se situe à gauche, « d » à droite) :

Place Saintes-Scarbes Rue Montoulieu-Saint-Jacques (g) Place Montoulieu (d)

Odonymie Au Moyen Âge, dès le milieu du , la rue portait le nom de Guilhem Unaud (ou Unaut) (carraria Unaud en latin médiéval, 1360). Ce personnage, propriétaire d'une maison dans la rue, était peut-être Guilhem Unaut, seigneur de Lanta, chevalier proche de l'entourage des comtes de Toulouse Raimond VI et Raimond VII, et défenseur de la ville durant le siège de Toulouse en 1219, lors de la guerre des Albigeois. Il mourut en 1235, brûlé pour hérésieGwendoline Hancke, L'hérésie en héritage. Familles de la noblesse occitane dans l'Histoire, du : un destin commun, éditions La Louve, 2006 ..

À partir du , le nom évolua et devint Ninaut – les variantes orthographiques donnent également Nynaut, Ninault ou encore Ninauld. Selon Pierre Salies, c'est le « m » final de Guilhem qui aurait pris la valeur de « n », tandis que le « u » aurait évolué en « i ».. C'est au qu'apparut la forme actuelle, Ninau. Elle changea de nom pendant la période révolutionnaire, en 1794, lorsqu'elle fut connue comme la rue Sans-Culottide, en hommage aux sans-culottesChalande 1925, .Christian Maillebiau, « De Unaud à Ninau », La Dépêche du Midi, 10 mars 2013..

Histoire Moyen Âge et période moderne vignette|gauche|Démolition de la porte Montoulieu, par Félix Saurine (1826, musée des Augustins). Au Moyen Âge, la rue Ninau appartient au capitoulat de Saint-Étienne. Déjà connue en 1360 comme la carraria Guilhermi Unaud, il est probable qu'elle porte depuis le début du le nom d'un de ses propriétaires, Guilhem Unaut ou Unaud. Ce dernier avait été un chevalier toulousain proche des comtes de Toulouse Raimond VI et Raimond VII, à leurs côtés durant la guerre des Albigeois. Il fut d'ailleurs l'un des défenseurs les plus remarquables de la ville durant le siège mené par les croisés de Simon de Montfort en 1219Chalande 1925, .. La rue se trouve face à l'une des entrées de la ville, la porte Montoulieu, et à la place du même nom – c'est pour cette raison qu'elle a porté parfois le nom de rue Montoulieu. La population de la rue est alors principalement composée d'artisans. On trouve également des auberges, qui accueillent les voyageurs qui entrent dans la ville : la présence de l'auberge de l'Écu de Bretagne, au , témoigne de cette activitéChalande 1925, ..

À partir de la fin du , la population de la rue change progressivement, tandis que le quartier de la rue Ninau est progressivement intégré au quartier parlementaire de la ville. Seul subsiste, au milieu du , le boulanger du four des Saintes-Carbes (emplacement de l'actuel ). On ne trouve alors plus que des parlementaires, des avocats et des capitouls, membres de l'élite aristocratique de la ville. Parmi les personnages les plus prestigieux se détache la figure de Jean de Borderia, docteur et avocat à la cour, maître des requêtes de la Reine, juge de Comminges et enfin pas moins de cinq fois capitoul, en 1540-1541, 1552-1553, 1561-1562, 1564-1565 et 1570-1571 (emplacement de l'actuel )Chalande 1925, .. Les aristocrates toulousains font élever des hôtels particuliers qui manifestent leur richesse et leur puissance. L'hôtel d'Ulmo (actuel ), construit entre 1526 et 1536 par Jean d'Ulmo, avocat général au Parlement de Toulouse en 1526, puis président à mortier en 1529, témoigne de ces premiers hôtels du Chalande 1925, ..

Au cours du et du , les membres de la noblesse se font plus nombreux : parlementaires et gens de loi occupent tous les immeubles de la rue. Parmi les personnages remarquables se détachent les figures du premier président au Parlement Gaspard de Fieubet, qui habite l'hôtel d'Ulmo et de François Pagès, baron de Vitrac, seigneur de Maurens et Moncaussan, maître de la Comédie en Languedoc et écuyer de la grande écurie du roi, directeur de l'académie équestre du Languedoc, qui habite un immeuble de la rue (emplacement de l'actuel )Corinne Doucet, Les académies d'art équestre dans la France d'Ancien régime, Edilivre, 2007, et 80-82.. Un autre personnage est le procureur Montilhet, un des derniers « Roi de la Basoche », qui meurt en 1762Michel Cassan, « Basoches et basochiens à Toulouse à l'époque moderne », Annales du Midi : revue archéologique, historique et philologique de la France méridionale, vol. 94, , 1982, .. La rue est remodelée au cours des siècles et des transformations ou des nouvelles constructions : presque tous les immeubles sont reconstruits au . Les constructions de ce siècle sont particulièrement remarquables pour leurs balcons en fer forgé (actuels , 5, 6, 9, 11, 13, 14, 16, 17 et 18). L'hôtel Castanier d'Auriac (actuel ), construit probablement entre 1727 et 1755 pour les frères François II et Guillaume V Castanier d'Auriac (1702-1765), est d'un style classique très sobre : François II (1701-1729), président à mortier au parlement, et son frère Guillaume (1702-1765), conseiller au parlement, puis maître des requêtes, sont les fils de Guillaume IV (1670-1725), riche marchand drapier de Carcassonne, fondateur de la manufacture de draps de la Trivalle, et les neveux de François (1674-1759), homme d'affaires et banquier, directeur de la Compagnie d'Occident et des Indes, « le plus riche coquin de France ». L'hôtel de Paulo (actuel ), élevé vers 1770 pour Marc Antoine de Paulo, est un des beaux hôtels particuliers du style néo-classique Louis XVIChalande 1925, ..

Époque contemporaine Au , une fois passée la tourmente révolutionnaire, la rue conserve son caractère aristocratique. Certains immeubles et hôtels sont dotées de nouvelles façades, à l'alignement, dans certains cas particulièrement originales (actuel ). Dans tous les cas, le quartier ne souffre pas de destructions ou de reconstructions majeures. La rue Ninau conserve en grande partie le caractère qu'elle a depuis le .

Patrimoine et lieux d'intérêt Hôtels particuliers 12 : hôtel de Paulo. En 1768, Marc Antoine de Paulo achète deux parcelles entre la rue Ninau et la rue Neuve. La construction de l'hôtel particulier s'achève probablement deux ans plus tard, en 1770, sous la direction de l'architecte et charpentier Jean Pierre Raymond. L'hôtel est construit entre cour et jardin. Il présente sur la rue Ninau un portail monumental de style néo-classique Louis XVI, percé dans le mur de clôture, sur lequel viennent s'appuyer deux pavillons d'entrée. Le portail est encadré d'un chambranle en relief, surmonté d'une clé ornée d'une feuille d'acanthe et d'une tresse de feuilles de laurier. Deux pilastres à bossages supportent un entablement orné de sept consoles à triglyphes. Le corps de logis principal et les deux ailes en retour s'organisent autour de la cour d'honneur. Les élévations sur la cour se développent sur un étage et comptent six travées pour les ailes, cinq pour le corps principal. La porte d'entrée se situe dans l'aile droite, qui abrite un escalier en pierre desservant les étages. Il est remarquable pour son garde-corps en fer forgé, avec des motifs de courbes dans les panneaux et de flots dans les encadrements. L'élévation sur jardin possède dix travées, avec un avant-corps central de trois travées..

vignette| : façade sur cour de l'hôtel d'Ulmo. vignette| : baldaquin de marbre de l'entrée.