Jean de Gand, duc de LancastreJean de Gand sur le site de la Fondation pour la généalogie médiévale. (Simon Walker, « John, duke of Aquitaine and duke of Lancaster, styled king of Castile and León (1340–1399) », Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, édition en ligne, mai 2008. – ), est un prince anglais membre de la maison Plantagenêt. Il est le troisième fils du roi et de la reine Philippa de Hainaut. Il est appelé au cours de sa vie Jean de Gand car il est né à Gand, alors en Flandre. Lorsqu’il devint plus tard impopulaire pendant les années 1370, des rumeurs circulèrent qu’il était en fait le fils d’un boucher de Gand, peut-être parce qu’ n’était pas présent à sa naissance..
Jean exerce une grande influence politique au moment où son neveu accède au trône d’Angleterre et ce durant toute sa minorité. Gand est un acteur des tensions politiques qui marquent l’Angleterre à cette époque. Ayant reçu de son père de nombreuses terres, il devient l’un des hommes les plus riches de son époque. Il revendique sans succès la couronne de Castille au nom de sa seconde épouse Constance.
Jean de Gand a notamment pour descendants les rois de la maison de Lancastre, qui sont , et . On compte également parmi ses descendants légitimes ses filles Philippa, reine de Portugal, Élisabeth, duchesse d'Exeter et Catherine, reine de Castille. Jean de Gand est de plus le père de quatre enfants illégitimes par sa maîtresse Katherine Swynford, qu’il épouse en 1396. Il légitime ses enfants par des décrets royal et papal l’année suivante. De ce troisième et dernier mariage descendent Jeanne Beaufort, grand-mère des futurs rois et ; Jean Beaufort, arrière-grand-père d' ; et Jeanne Beaufort, de qui descendent tous les rois d'Écosse à partir de 1437 et d'Angleterre à partir de 1603. Les trois maisons royales qui règnent sur l’Angleterre après 1399 descendent respectivement d’, de Jeanne Beaufort et de Jean Beaufort. De plus, la fille de Jean de Gand, Catherine de Lancastre, épouse , ce qui fait de Jean de Gand, l’ancêtre de tous les rois de Castille à partir de 1406. Par sa fille Philippa de Lancastre, il est aussi l’ancêtre de tous les rois de Portugal à partir de 1433.
Le fils aîné et héritier de Jean de Gand, Henri Bolingbroke, est exilé pour dix ans par le roi en 1398. Lorsque Jean de Gand mourut en 1399, ses vastes états furent confisqués par la couronne, après quoi Richard déclara Bolingbroke traître et l’exila à vie. Bolingbroke revint d’exil pour reprendre son héritage et déposa Richard. Bolingbroke régna alors sous le nom d’ jusqu’à sa mort en 1413. Il est le premier des descendants de Jean de Gand à régner sur l’Angleterre.
Biographie Jeunesse Il est le troisième fils ayant atteint l'âge adulte du roi et de Philippa de Hainaut. Il a pour frères le prince de Galles Édouard de Woodstock dit le Prince Noir, le duc de Clarence Lionel d'Anvers, le comte de Cambridge Edmond de Langley et Thomas de Woodstock. Il est créé comte de Richmond en . Il rend le titre en 1372.
Marié à Blanche de Lancastre le Jean Froissart, Le joli buisson de jonece, Librairie Droz, 1977., héritière du palatinat du Lancashire, il hérite à la mort de son beau-père Henry de Grosmont en 1361, des titres de ce dernier : comte de Lancastre, Derby, Lincoln et Leicester.
Jean de Gand reçoit le titre de duc de Lancastre de son père le . Il possède alors une trentaine de châteaux et établit sa propre cour, comparable à celle du roi à Londres. Il possède des terres dans chaque comté du royaume et son revenu annuel s'élève à .
Carrière militaire en France Au printemps 1369, la guerre reprend entre la France et l'Angleterre. La France est cette fois-ci dirigée par un juriste habile, . Au cours des années qui suivent, il reprend petit à petit les territoires aux mains des Anglais et les chevauchées qu' ordonne ne résolvent rien.
upright=2.0|vignette|La reconquête par des territoires concédés au traité de Brétigny.
En 1369, Lancastre est envoyé à Calais avec le comte de Hereford mener une chevauchée en France. Le , il est poursuivi par Philippe le Hardi. Lancastre n'ose pas attaquer et les deux armées se font face pendant plusieurs semaines jusqu'à ce que les Anglais soient renforcés par le comte de Warwick. Les Français se retirent alors sans livrer bataille. Lancastre et Warwick décident alors de s'emparer de Harfleur. Renforcée par des mercenaires allemands, l'armée anglaise marche sur Harfleur, mais est ralentie par les opérations de guérilla des Français pendant que Harfleur se prépare à un siège. Lancastre s'empare provisoirement de la ville en octobre, mais ses hommes étaient si affaiblis par la dysenterie et la peste bubonique qu'il décida de repartir pour Calais. L'armée anglaise affronte les Français qui veulent les empêcher de traverser la Somme. En novembre, Lancastre est à Calais mais a perdu beaucoup d'hommes. Par son acharnement, Lancastre a ainsi découragé d'envahir l'Angleterre.
En 1370, les Anglais tentent de se ressaisir et font un exemple de Limoges qui a osé tourner française et que le duc de Berry a laissée peu défendue. Le prince de Galles fait payer très cher leur ralliement aux Limougeaux : le , après 5 jours de siège pendant lesquels les murailles sont sapées et minées, il reprend la ville, épaulé par les ducs de Lancastre et de Cambridge, et fait massacrer la population puis incendier la cité. L'objectif est de faire un exemple dissuasif pour arrêter l'hémorragie de villes tournant françaises, mais c'est l'effet inverse qui se produit : cette conduite encourage l'anglophobie et renforce le sentiment national naissant.
En 1371, Lancastre essaie sans succès avec son père d'envahir la France mais l'invasion est annulée à cause des tempêtes qui ne lui permettent pas de traverser la Manche.
tente une chevauchée censée ruiner la France dans ses forces vives. Le , il institue Jean de Gand lieutenant spécial et capitaine général dans le royaume de France. Accompagné de , il conduit à travers la France une chevauchée des plus dévastatrices à partir d'. Mais celle-ci reste sous contrôle : Philippe le Hardi tient les ponts et les châteaux sur son aile droite, Bertrand du Guesclin la suit et empêche tout repli vers Calais. Elle traverse la Picardie et le Vermandois mais, ne pouvant aller vers l’ouest, elle se dirige vers Reims, puis Troyes où elle trouve portes closes. Battu par Olivier de Clisson à Sens, le duc de Lancastre ne peut rejoindre la Bretagne, il tente donc de rallier la Guyenne en traversant le Limousin. Ses hommes sont affamés, les chevaux épuisés (ou mangés), la fin de l’expédition se fait à pied et perd la moitié de ses effectifs (les défections sont nombreuses). Trop lourdes, les armures ont été jetées. La chevauchée est sauvée d’un désastre plus complet par les villes de Tulle, Martel et Brive qui ouvrent leurs portes sans coup férir. Mais le moral n’y est plus, la zizanie gagne les chefs. L’arrivée piteuse du résidu des troupes de Jean de Lancastre à Bordeaux le brise le moral des fidèles au roi d’Angleterre : les Français avancent nettement, reprenant Tulle, Martel et Brive, mais surtout en entrant dans La Réole qui verrouille le Bordelais et dont les bourgeois savent ne plus pouvoir compter sur aucun secours. Sans espoir, Lancastre rentre en Angleterre en .
La guerre étant arrivée à un statu quo où il devient difficile de faire bouger les lignes, les deux partis sont réunis à Bruges. Mais ils n’arrivent pas à trouver un point d’accord. Sous l'influence de , les belligérants signent le une trêve qui dure jusqu'en . À la signature de la trêve de Bruges, les Anglais ne possèdent plus en France qu'une Guyenne étriquée et Calais ; la France récupère le duché de Bretagne à l'exception de quelques villes.
La dernière campagne militaire de Lancastre en France a lieu en 1378. Il prévoit une grande invasion navale de la Bretagne, aux mains de depuis 1373, en débarquant à Brest. Finalement, le nombre de navires est insuffisant pour débarquer à Brest et Lancastre décide alors de s'emparer de Saint-Malo. Les Anglais détruisent la flotte de Saint-Malo le , mais son armée, trop importante, est harcelée par Clisson et du Guesclin. L'avancée anglaise est ainsi contenue. En septembre, le siège est abandonné et les Anglais rentrent piteusement en Angleterre. Lancastre est critiqué par ses opposants pour cette débâcle.
L'influence de Lancastre à la fin du règne d' Les déboires militaires à l’étranger et la pression fiscale associée aux campagnes mènent à un mécontentement politique à l’intérieur. Les problèmes arrivent à leur apogée au parlement de 1376, surnommé le Bon Parlement. Le parlement a été rassemblé pour définir l’imposition mais la Chambre des communes saisit cette occasion pour présenter des revendications spécifiques. Les critiques sont en particulier dirigées à l’encontre des plus proches conseillers du roi.
Les pétitions de la Chambre des communes sont soutenues par le chancelier William de Wykeham mais irritent Jean de Gand, qui y voit une menace pour la monarchie. En ce temps-là, le roi et le prince de Galles sont tous deux affaiblis par la maladie, laissant à Jean de Gand les rênes du gouvernement. Celui-ci est forcé d’accepter les demandes du Parlement mais, à la convocation du Mauvais Parlement en , la plupart des réalisations du Bon Parlement sont annulées.
L'avènement de Le prince de Galles meurt le . Avant de succomber à la maladie, il a fait promettre à et à Lancastre d'assurer la succession sur le trône de son fils unique, le jeune Richard de Bordeaux, qui n'a que neuf ans. Les membres de la Chambre des communes craignent alors que Lancastre veuille usurper le trône. C’est pour cette raison que Richard est investi des titres de son père dont celui de prince de Galles, dès le .
Le , meurt à son tour, et Richard est couronné roi d’Angleterre le à l’âge de dix ans. Encore une fois, la crainte de Lancastre et de ses ambitions sur le pouvoir orientent les responsables politiques dans leur décision, et l’idée d’une régence dirigée par l’oncle du roi est refoulée. Plutôt que de laisser le jeune roi exercer ses pouvoirs, on choisit d’instaurer une série de « conseils continus » desquels Lancastre est exclu. Ce dernier garde, avec son frère cadet Thomas de Woodstock, créé comte de Buckingham, une grande influence informelle sur les décisions du gouvernement. Les conseils prennent fin en , lorsque Richard a treize ans.
La révolte des paysans
Bien que la poll tax de 1381 soit la cause directe de la révolte des paysans, ce conflit trouve sa véritable origine dans les tensions profondes qui existent à l’époque entre propriétaires et paysans. Ces tensions sont principalement liées aux conséquences démographiques de la peste qui a frappé le pays à plusieurs reprises. À cette époque de discrédit de l’Église due au grand schisme d'Occident, des prédicateurs lollards sillonnent les campagnes en diffusant les idées égalitaires du théologien John Wyclif qui y trouvent un large écho. Lancastre semble même avoir été quelque temps influencé par la doctrine de Wyclif. Étant donné que depuis , la population est massivement entraînée au maniement de l’arc long, elle a les moyens d’entreprendre des actions militaires.
La rébellion commence fin mai dans l'Essex, puis dans le Kent. Le 1381, des paysans s’attroupent à Blackheath près de Londres, menés par Wat Tyler, John Ball et Jack Straw. Ils finissent par entrer dans Londres, où certains habitants de la ville adhérent à leurs idées. L’hôtel de Savoie de Jean de Gand est réduit en cendres, et de nombreux juristes sont tués. Les rebelles réclament la totale abolition de la servitude, ce qui serait une véritable révolution. Le roi se réfugie dans la tour de Londres avec ses conseillers. Ils s’accordent pour avouer l’incapacité du gouvernement à maîtriser la rébellion par la force, et s’apprêtent à négocier.
vignette|Lancastre dînant avec le roi du Portugal.