alt=Il s'agit d'une photo en noir et blanc du visage d'un homme caucasien, cheveux mi-long, barbe un peu ébouriffée, ceux-ci sont grisonnants. Il est de profil et regarde une lumière devant lui, elle n'apparait pas dans le cadre. Mais elle illumine fortement son visage. Il a l'air abasourdi, la bouche grande ouverte, les yeux écarquillés, la tête un peu relevé vers la lumière.|vignette|Photographie d'un derviche extatique pendant un rituel soufi Le terme de spiritisme désigne, par généralisation, l'ensemble des pratiques, anciennes ou actuelles, impliquant des rites de communication avec des êtres non physiques, reconnus ou autodéterminés comme l'âme des défunts, des anges, des saints catholiques, des démons, des divinités, etc.

Il est inventé en 1857 par Hyppolite Léon Denizard Rivail, et publié pour la première fois dans le Livre des Esprits. Il désigne d'abord la « doctrine » spiritualiste qu'il a codifié, désigné plus tard sous le nom de « spiritisme kardéciste », « kardécisme », « kardécianisme ». Il désigne ainsi progressivement l'ensemble des cultes impliquant une communication avec l'au-delà au moyen d'un médium (ex : spiritisme umbandiste, spiritisme chamanique, etc).

Histoire droite|vignette|Ancien papyrus égyptien représentant le voyage après la mort.Historiquement et géographiquement, la croyance en l'intervention d'esprits désincarnés dans notre réalité et la manière de les invoquer ou de les calmer, est certainement l'une des plus anciennes et des plus répandues qui soit dans les civilisations humaines.

Mésopotamie antique Pour les Assyriens et les Babyloniens de Mésopotamie, les morts étaient un souffle, une vapeur. Ils pouvaient hanter les maisons. Le destin des hommes était fixé dans l'autre monde. Les morts connaissaient la destinée des vivants et pouvaient leur donner des conseils. L'auteur cite sa référence : , citant notamment le papyrus du Louvre 3229 () et le papyrus gnostique de Leyde..

Égypte antique Les anciens Égyptiens croyaient en un Ka, auraient relié au périsprit du mort, au sens du terme « périsprit » donné par le spiritisme. C'est ce Ka qu'ils essayaient de retenir dans le tombeau en lui préparant des offrandes. Dans certaines conditions ils invoquaient les morts pour obtenir d'eux des rêves prémonitoires.

Grèce antique Dans la Grèce antique, l'évocation des morts était codifiée : la communication avec les défunts faisait partie intégrante de la religion, disposait de ses prêtres, de ses temples, et même de sa fête annuelle en Europe.

Platon, adepte du culte à mystères d'Eleusis, présente dans certains de ses livres, notamment dans le Phédon, et également le « mythe d'Er le Pamphylien » dans La république, une vision très proche de celle du spiritisme. Socrate, qui était clairaudient, aurait été initié par l'esprit de Pythagore aux mystères, et était guidé par son esprit protecteur qu'il appelait « Dæmon ».

Monde celte préchrétien droite|vignette|Vue d'artiste d'un druide celtique.

En Gaule, les druides, et plus particulièrement les Vates, invoquaient régulièrement les morts dans des enceintes de pierre édifiées en pleine nature. Peuple et souverains les consultaient. Ce fut le cas de Vercingétorix qui, avant de soulever la Gaule contre César, se rendit chez les prêtresses de l'île de Sein pour consulter les âmes des héros morts. À la même époque, les religions nordiques se construisaient autour de la communication permanente entre le clan et ses défunts qui le protégeaient, puisqu'ils étaient détenteurs du plein savoir. Une communication d'autant plus permanente qu'il n'existe pas de frontière réelle entre les deux mondes.

Rome antique Le monde romain, qui s'adonnait volontiers à des pratiques magiques, les réprouva à peu près de tous temps dans ses lois, dès la Loi des Douze Tables mais celle-ci ne semblait pas viser les nécromants. Le régime impérial, autoritaire, n'aimait guère les devins qui, autant que les vendeurs de philtres et de charmes, pouvaient encourager les ambitieux à l'assaut du pouvoir : Tibère, Néron, Claude, Dioclétien sévirent sans succès, comme en témoignent de nombreux procès en sorcellerie.

Par culture et par tradition, les empereurs, les généraux, et tout le peuple de la Rome antique se pressaient chez les sibylles, des prophétesses dont le ministère fondé sur la communication avec l'au-delà s'exerça d'abord en Grèce, avant d'être popularisé dans toutes les contrées du vaste empire. La plus célèbre d'entre elles était la sibylle de Cumes, prêtresse d'Apollon. Elle rendait par écrit les oracles qui lui parvenaient du royaume des morts.

Shintoïsme au Japon vignette|Izanagi (avec la lance), et Inazami, déesse de la création et de la mort, deux des kamis principaux, donnant naissance au Japon. Selon le shintoïsme, religion ancestrale du Japon, un nombre considérable d'esprits invisibles, les kamis, interagissent en permanence avec les humains et dans les évènements terrestres.

Vaudou caribéen Vers 5000 av. J.-C., les Antilles furent colonisées par un peuple venant d'Amérique du Sud : les Tainos du groupe des Arawaks. Ceux-ci croyaient en des dieux artisans et en un monde peuplé d'innombrables « esprits » capables de se métamorphoser à volonté.

À partir du la colonisation européenne débute et un peu plus tard l'importation d'esclaves africains compléta ce métissage, d'où naquit le vaudou à Haïti. Celui-ci combine les croyances issues des Tainos avec celles venus d'Afrique, notamment du golfe du Bénin (Yoruba, Bakongo, Dahomey) avec les rites catholiques des colons français, installés aux Antilles à partir du .

Le vaudou est centré sur le culte d'innombrables « esprits » ou dieux appelés loa qui gouvernent tous les domaines de l'existence : la fertilité, la mort, les animaux, etc. Ancien dieu haïtien de l'amour, de la sexualité et de la fertilité, Guédé apparait dans le vaudou d'Haïti comme un dieu de la mort, qui désigne en plus un ensemble de loa liés simultanément à la fertilité et la mort. Le plus important de ceux-ci est Baron Samedi (ou Baron La Croix ou Baron Cimetière) qui, selon les traditions, est le chef des « esprits », leur père ou l'un des aspects de Guédé. En plus de dessins rituels tracés sur le sol et nommés vévés, des offrandes comme des coqs noirs, des friandises, des cercueils miniatures ou des bouteilles de rhum gainées de sequins sont offertes pour invoquer ces esprits très nombreux, à des fins variées : divination, psychopompe, etc.

Deux synthèses locales comparables au vaudou sont appelées respectivement candomblé au Brésil, et santeria à Cuba..

Animisme des traditions premières vignette|droite|Chaman de l'Amazonie en 1988.

La majorité des traditions animistes, dites premières, entretiennent une communication avec l'au-delà par le biais du chamanisme. Les chamans des premiers peuples d'Amérique, d'Asie, de l'extrême Nord de l'Europe, de l'Afrique et de l'Océanie assurent le lien entre le visible et l'invisible. Les échanges avec les défunts ne représentent qu'une part de leurs fonctions. Le chamanisme se perpétue encore de nos jours.

Tradition hébraïque La loi de Moïse, le Deutéronome, interdit aux hébreux d'interroger les spectres et d'invoquer les morts (). Selon le premier Livre de Samuel, Saül consulta néanmoins la nécromancienne d'Endor pour s'entretenir avec l'esprit de Samuel avant une bataille contre les Philistins (). vignette|William Blake, La Sorcière d'Endor faisant apparaître le fantôme de Samuel (1783)

Tradition des Évangiles Certains auteurs des Évangiles comparent les anges à des esprits et utilisent ces deux mots comme synonymes (, , et ). En Grec ancien, langue des Évangiles, le mot « ange » signifie « messager ». Marie dialogue avec l'Ange Gabriel et Jésus s'entretient avec Moïse et Élie, tous les deux pourtant décédés au moment de cet entretien (). Même s'il s'agit de discussions entre humains et esprits, la nuance avec le spiritisme tient au fait qu'il s'agit d'apparitions et non de venues de morts à la suite d'invocations. L'avenir n'est pas révélé à la demande de l'humain mais au contraire, l'esprit est le messager de Dieu.

Position des religions monothéistes envers le spiritisme au Moyen Âge

Église chrétienne

En l'an 318, l'empereur Constantin, comme plusieurs de ces prédécesseurs non chrétiens, publie un décret interdisant . Certains temples des sibylles sont alors détruits. Durant les siècles suivants le clergé lutte contre cette pratique qui faisait la force des anciennes religions et le pouvoir de leur clergé et l'associe généralement au diable.

La nécromancie devient alors synonyme de magie noire, dans le sens où l'on considère que ce sont des démons qui se manifestent et non plus des esprits. C'est l'avis de Lactance (vers 300) et d'Augustin comme de la plupart des Pères de l'Église au Moyen Âge : Dieu interdisant aux anciennes tribus d'Israël de chercher à communiquer avec les morts (Deutéronome), la réponse à une telle invocation est une désobéissance qui ne peut venir que des démons. Dans l'anthropologie chrétienne, l'homme étant libre, il n'a pas de destin, il est donc impossible de prédire son avenir. Toute parole sur son avenir ne peut être qu'un mensonge .

Église catholique d'Occident Au , par l'intermédiaire de traductions latines de l'arabe, la nécromancie, élevée à la dignité de science, devient quasiment un savoir que l'on traite comme tel. Les expériences « nigromantiques » se retrouvent dans des traités de magie comme le Picatrix, le Liber sacratus ou le Liber vaccae qui circulent dès le et dont il est assuré (qui? Référence?) qu'ils étaient lus avec attention dans les milieux lettrés, les cours royales, princières, et jusqu'à la Curie romaine.

Au , de nombreux procès impliquant de hauts personnages ou des savants comme Cecco d'Ascoli (1327) témoignent de cette effervescence intellectuelle autour de la nigromancie.

Islam (Qu'en dit le Coran?)

Temps modernes

Au , le ton change. De l'idée de commerce avec les démons, on passe à celle de pacte avec le Diable et on pense que les sorciers, et surtout les sorcières, constituent une secte dont l'objectif est de renverser l'ordre chrétien.

L'intérêt pour la nécromancie ne s'éteint pourtant pas et se perpétue même au sein de l'élite ecclésiastique sous des prétextes tolérés. C'est ainsi qu'en France, en 1588, Noël Taillepied (1540-1589), docteur en théologie, publia à Rouen un livre intitulé Psychologie ou traité de l'apparition des Esprits à savoir des âmes séparées, fantosmes, prodiges, accidents merveilleux dans lequel il écrit :

John Dee (1527-1608) est un mathématicien et astrologue qui témoigna de communications avec les anges par le biais de médiums.

vignette|Plaque commémorative sur la façade de la maison d'Emanuel Swedenborg, à Stockholm.

Emmanuel Swedenborg (1688-1772) est le premier scientifique moderne à publier une importante littérature basée sur des visions qu'il prétendait recevoir de l'au-delà et sur des échanges qu'il prétendait avoir avec les anges et les esprits. Ce savant se montre polyvalent, à la fois mathématicien et théologien, physicien et naturaliste. Fort de sa renommée, il décide à l'âge de de se consacrer au « mystère de l'âme ». Il passe les 27 dernières années de sa vie à côtoyer « le monde des esprits », « les bons et les mauvais ». Il produit une dizaine d'ouvrages inspirés de ses visions de l'au-delà. Ses idées encouragent de nouveaux courants de pensée, comme le martinisme ou celui des théosophes.

Justinus Kerner (1786-1862) publie le compte rendu de ses observations sous le titre (« La voyante de Prevorst, considérations inaugurales sur la vie intérieure de l'être humain et l'intervention d'un monde des esprits dans le nôtre »).

À la suite de la découverte du « magnétisme animal », Franz Anton Mesmer élabore une méthode appelée mesmérisme.