La sémiologie grégorienne est une science à la manière de la critique textuelle, intermédiaire entre la paléographie et l'esthétique., qui étudie le chant grégorien avec pour but de rétablir correctement son interprétation.

Cette science fut établie dans la deuxième moitié du par des moines de l'abbaye Saint-Pierre de Solesmes et prétend renouveler entièrement la connaissance de la nature du chant grégorien. upright=1.3|thumb|Abbaye Saint-Pierre de Solesmes. « Rendant hommage aux moines qui, par leurs travaux et la généreuse dispense de leur enseignement, ont participé au rayonnement scientifique de Solesmes, elle (la Paléographie musicale) a plus précisément évoqué les découvertes de dom Eugène Cardine et de dom Jean Claire qui, dans les années 1960 - 90, ont profondément renouvelé la connaissance du chant grégorien, dans le domaine de la sémiologie, de l'interprétation et de l'analyse modale. » (avant-propos des actes du colloque « de chant grégorien » tenu en septembre 2010).

Méthodes Dans son premier livre sur ce sujet, dom Eugène Cardine, moines de l'abbaye Saint-Pierre de Solesmes, précisait les deux principes requis. : Étude paléographique des signes neumatiques et de leur signification mélodique ; Étude sémiologique : où l'on recherche la raison (logos) de la diversité des signes (sémeion), afin d'en déduire les principes fondamentaux pour une interprétation authentique et objective. Cette interprétation, au lieu de s'inspirer de concepts esthétiques ou rythmiques modernes, et donc étrangers à l'époque grégorienne, doit plutôt se laisser guider par les faits que nous révèle l'étude comparative des divers signes : seule base réelle pour l'exécution pratique.

Histoire Auparavant, rythmique grégorienne Si l'abbaye Saint-Pierre de Solesmes s'illustre par sa restauration scientifique du chant grégorien depuis le , ses travaux étaient ambivalents, jusqu'à ce que la sémiologie soit établie. L'équipe de la Paléographie musicale développa en effet une théorie hypothétique sous influence de la musique moderne, rythmique grégorienne. L'origine de cette théorie se trouve dans l'enseignement du chanoine Augustin-Mathurin Gontier de la cathédrale du Mans. Comme le premier abbé dom Prosper Guéranger n'était pas capable d'être maître de chapelle, le chanoine soutenait l'exécution du chant traditionnel des moines.

Parmi les moines de Solesmes, c'était surtout dom André Mocquereau qui sophistiqua cette théorie, avec la revue Paléographie musicale puis ses deux tomes du Nombre musical grégorien ou rythmique grégorienne, théorie et pratique, parus respectivement en 1908 et 1927 : avant-propos « ... Au cours de l'impression de ce volume, nous nous sommes décidés à supprimer, non sans regrets, plusieurs chapitres importants sur les Cursus métrique et tonique, les liquescences, la Psalmodie, l'Hymnodie, etc. ; le développement de tous ces sujets aurait grossi démesurément cet ouvrage. Ce qui nous rassure et nous console, c'est que plusieurs ont été déjà amplement traités dans les volumes parus de la Paléographie musicale, ou même dans la Revue grégorienne, plus à portée de la masse des lecteurs. En outre, les principes rythmiques exposés dans les pages qui vont suivre sont applicables à tous les genres de chants grégoriens : il suffit qu'on s'en serve avec intelligence et goût. ». Sa connaissance de la musique classique était si profonde que la théorie fut effectivement développée. En fait, avant d'arriver à Solesmes en 1875, le jeune André, né dans une famille cultivée dont le père était médecin, avait été un violoncelliste talentueux, jouant la musique de chambre de Joseph Haydn, de Mozart.. C'est vraisemblablement la raison pour laquelle les études de Solesmes demeuraient encore sous influence de la musique classique. Le Nombre musical fut accueilli dans un grand nombre de pays : « Le premier volume de cet ouvrage a paru en 1908... Nous lançons donc ce nouveau volume avec une confiance d'autant plus grande que déjà, avant son apparition, les enseignements qu'il propose ont été consignés dans de nombreuses Méthodes de chant, de toutes langues : française, italienne, espagnole, anglaise, américaine, hollandaise, allemande, et sont répandus dans tous les pays catholiques en Europe, en Amérique, au Canada, etc. », notamment aux États-Unisp. iii ; surtout la publication du tomme II avait été exécutée grâce au soutien de son dernier disciple, Madame Justine Ward ; dans la page de titre, on voit « avec le concours de la Dom Mocquereau fondation de Washington ».

Tournant, édition critique Un personnage en dehors de l'abbaye de Solesmes sollicita le changement de la Paléographie. Il s'agissait de la rédaction d'une édition critique par laquelle les moines retournèrent à nouveau aux manuscrits, au lieu de la théorie : « Nos maîtres nous ont à juste titre enseigné le retour aux sources, principe fondamental des disciplines historiques. Mais il n'est pas seulement nécessité pour la science : il est également occasion de volupté artistique. Non, rien ne saurait remplacer le manuscrit. Quand il s'agit de cet art et de cette science qu'est la musique d'autrefois, le manuscrit nous apporte le seul témoignage qui la fasse revivre à notre temps. L'œil alors enseigne à la bouche, avant que celle-ci ne charme à son tour l'oreille. Savoir lire prépare le plaisir d'entendre. ».

Nommé directeur de l'Institut pontifical de musique sacrée à Rome en 1947, Higino Anglès, musicologue espagnol, décida de remanier le Graduel romain du Vatican en manière de critique textuelle « Fortement influencé dans sa conception de la musicologie par ses maîtres Willibald Gurlitt et Friedrich Ludwig de 1936 à 1939, Higino Anglès tenait beaucoup à une restitution scientifique des livres de chant et non pas à une restauration basée sur des intuitions suscitées par « le bon goût » ou par une idée préconçue de la constitution des « mélodies grégoriennes ». ». Dans cette optique, il visita l'année suivante l'abbaye Saint-Pierre de Solesmes, afin d'y créer une équipe qui serait capable de le réviser.. Après avoir reconstitué, peu de temps auparavant, l'abbaye Notre-Dame de Fontgombault, le monastère manqua de personnel. Néanmoins, l'abbé dom Germain Cozien dut finalement accepter cette proposition, sans que ses photographies de manuscrits ne soient transférés à Rome..

Sans délai, sous la direction officielle de dom Joseph GajardDirecteur de la Paléographie musicale depuis 1930, mais âge avancé., une équipe composée de cinq moines fut établie : dom Eugène Cardine, en tant que directeur technique de l'édition critique ; dom Jacques Froger, comme spécialiste du classement des textes à témoins multiples ; dom Jacques Hourlier, affecté à l'histoire du texte ; dom Pierre Combe, secrétaire de l'atelier ; et dom Michel Huglo « Ainsi dom Cardine était tout préparé à prendre la direction de l'édition critique du Graduel romain commencée en 1948 à Solesmes dans les circonstances, dont je suis maintenant le seul témoin. » ; Dom Eugène Cardine et l'édition critique du Graduel romain dans ce tome XXXIX est un article posthume de ce musicologue, ancien moine de Solesmes. Ce document contient de nombreux et précieux renseignements, en tant que témoin., assigné à l'analyse des graduels et missels notés à dépouiller pour l'édition.

Par conséquent, la méthode critique fut effectivement établie, pour la première fois, auprès de l'atelier de la Paléographie musicale : première opération pour attribuer à 263 graduels et missels notés des sigles de trois lettres, comme Gal 1 (Cantatorium de Saint-Gall), Gal 2, Gal 3; deuxième opération en tant que choix des lieux variants sur les tableaux comparatifs préparés pour l'Édition Vaticane du graduel (1908), en limitant des manuscrits et des neumes impropres ; à la suite de cette tâche, les manuscrits les plus anciens demeuraient toujours pour le nouveau graduel - 299 ; troisième opération afin de relever les variantes, avec des centaines de fiches cartonnés comportant un nombre de cases suffisant, singulièrement fournis. quatrième opération procédant au groupement des manuscrits : préparation des réglettes cartonnées de cinquante cases, relevé statistique des relations de proximité, reporté à l'intérieur de plusieurs cercles de différente épaisseur, en fonction de la distance des manuscrits les uns par rapport aux autres....

C'est à partir de la troisième opération que dom Cardine s'apercut de plus en plus que les neumes anciens, avant l'invention de la notation sur lignes, recelaient quantité de renseignements :

En 1952, l'Institut pontifical nomma dom Cardine professeur de chant grégorien. En profitant de ses vacances universitaires, le nouveau professeur continua à diriger les opérations suivantes, tandis que ses collègues travaillaient sans interruption ; cette navette de Dom Cardine était assurée, car, l'abbé Dom Germain Cozien avait accepté cette nomination, à condition que Dom Cardine puisse retourner à l'abbaye trois fois par an, lors des vacances universitaires, aux frais du Vatican..

Dorénavant, sémiologie grégorienne À nouveau, neume À Rome, une coïncidence attendait le professeur Cardine. Il est normal que le cours grégorien se soit commencé, d'après la volonté de ses étudiants, avec la rythmique grégorienne, théorie traditionnelle de Solesmes. Dom Cardine se souvient : « Or, dans la salle voisine, quelqu'un jouait du piano, ce qui me gênait beaucoup. Mes étudiants m'entourèrent alors pour examiner mon Graduel neumé : ce fut une fascination.. » Dorénavant, l'étude ainsi que la rédaction de nouveau graduel à Solesmes et l'enseignement à l'Institut pontifical de musique sacrée répartissaient le même sujet, neume. Comme, en faveur de ses cours, dom Cardine bénéficiait de précieux matériaux de l'atelier de Paléographie musicale préparés par dom Hourlier et dom Huglo, les étudiants pouvaient connaître les dernières découvertes de Solesmes, vraisemblablement plus tôt que les lecteurs des revues ainsi que les musicologues assistant aux colloques.. L'Institut pontifical connaît aujourd'hui de nombreux musicologues brillants parmi les disciples de dom Cardine.

Première découverte, la coupure neumatique Le professeur se distingua, en 1957, par sa première principale découverte. Il s'agit de la coupure neumatique, qui fit renoncer définitivement les théorie et notation modernes, également l'ancienne rythmique grégorienne de Solesmes, car celle-ci est essentiellement et uniquement un phénomène graphique qui ne se trouve que dans les neumes anciens. :

Avant que la Sémiologie grégorienne ne soit publiée, dom Cardine classa enfin 24 types de neumes sangalliens, mais avec un grand nombre de ses variants pour préciser la finesse d'expression..

Dénomination de la nouvelle science À la suite de nombreuses découvertes, dom Hourlier définit cette nouvelle matière scientifique, comme « science intermédiaire » entre la paléographie et l'esthétique, au début des années 1950. Elle avait également besoin de sa propre dénomination. Pendant quelques années, dom Cardine l'appela « diplomatique grégorienne », ce qui n'exprimait pas proprement la caractéristique scientifique de celle-ci. Enfin, d'après le conseil de dom Guy-Dominique Sixdenier, inspiré par le terme sémiologie médicale en 1954., le professeur Cardine donna le nom sémiologie à cette scienceLa suggestion de Dom Sixdenier était mentionnée dans le testament de Dom Cardine, rédigé à Solesmes le 11 avril 1984 : https://books.google.fr/books?id=-Xlaj4iNuCwC&pg=PR23.

Cependant, il faut admettre que le terme « sémiologie musicale » avait déjà été employé par l'abbé Théodore Nisard, en 1851, dans la préface du Tonaire de Saint-Bénigne de Dijon..

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