L'église Saint-Prix est une église catholique paroissiale située à Saint-Prix, dans le Val-d'Oise, en France. La première église romane, à laquelle appartiennent peut-être les corniches à l'est et à l'ouest de la base du clocher, a été donnée à l'abbaye Saint-Martin de Pontoise vers 1085, et un prieuré a été fondé en même temps. Le patron de la paroisse est alors saint Germain. À partir de la fin du et jusqu'en 1220 environ, l'église est entièrement rebâtie dans le style gothique primitif, et elle conserve de cette époque le plan et l'ordonnancement général, mais très peu d'éléments en élévation : il s'agit essentiellement des chapiteaux au nord de la nef ; des piles orientales du clocher, qui s'élève au-dessus de la croisée du transept ; de l'étage de beffroi du clocher ; et des fenêtres hautes bouchées dans la partie droite du chœur. Au , l'essor du pèlerinage de saint Prix, dont l'église possède sans doute des reliques dès l'origine, fait que ce second patron supplante le premier, qui s'est depuis longtemps effacé. Après la guerre de Cent Ans, l'église est presque entièrement rebâtie pour une seconde fois : d'abord la nef est voûtée d'ogives dans le style gothique flamboyant, à la fin du , puis pendant la seconde moitié du , les grandes arcades sont reprises en sous-œuvre (sauf au nord de la nef), les collatéraux sont presque entièrement reconstruits (sauf au nord de la nef), et une nouvelle abside est construite sur les fondations de l'ancienne. Dès lors, le style dominant de l'église est celui de la Renaissance, même si la structure demeure gothique. Au , une sacristie et des chapelles sont ajoutées devant le bas-côté sud. Les chapelles, ainsi que la première travée de la nef, sont malheureusement en partie démolies vers 1836, et les remaniements à la fin du modifient encore l'aspect extérieur de la nef. L'église Saint-Prix est inscrite au titre des monuments historiques par arrêté du .. Son intérêt réside en grande partie dans sa complexité architecturale, perceptible notamment à l'intérieur, et en son riche mobilier. La ville de Saint-Prix fait aujourd'hui partie d'un regroupement paroissial avec Eaubonne, Montlignon et Margency, et les messes dominicales sont célébrées en l'église Notre-Dame de la Vallée. La vie spirituelle de l'église Saint-Prix s'est appauvrie, et on n'y célèbre plus qu'une messe dominicale anticipée par mois.

Localisation thumb|left|Vue depuis le sud-est.

L'église est située en France, en région Île-de-France et dans le département du Val-d'Oise, sur le versant sud de la forêt de Montmorency, sur la commune de Saint-Prix, en marge du centre-ville actuel, en haut du vieux village. La façade occidentale donne sur la rue de la Croix Saint-Jacques. Il n'y a qu'un étroit parvis. Une ruelle le relie à la rue Auguste-Rey, au sud ; c'est le principal axe est-ouest du vieux village, sur lequel débouche également la rue de la Croix Saint-Jacques. Un jardin étagé en terrasses se situe sur le coteau pentu au sud-est de l'église. Pour renouer avec la tradition viticole de Saint-Prix, on y a replanté un petit vignoble. En bas de ce jardin, de part et d'autre de la rue Auguste-Rey, se situent la fontaine Saint-Pry, qui joue un rôle dans le pèlerinage local, et la fontaine de la place aux Pèlerins. Depuis ces fontaines, de belles perspectives de vue s'offrent sur le chevet de l'église. En revanche, l'étroitesse des chemins et la proximité des autres constructions ne permettent pas de contempler la façade et l'élévation méridionale avec du recul. Il n'y a toutefois pas de constructions contigües et on peut faire le tour de l'église. L'élévation septentrionale donne sur un parking, et plus haut sur la colline se situe le cimetière de Saint-Prix.

Historique Les origines et le vocable thumb|upright|left|Statue de saint Prix à droite du retable du maître-autel du .

Les origines de la paroisse se perdent dans le temps. À la fin du , l'église appartient à Geoffroy de Montmorency, dit le Riche, et sa femme Richilde. Sans doute sous l'impulsion de la Réforme grégorienne, qui incite les seigneurs à restituer les biens ecclésiastiques qu'ils avaient usurpés dans le passé, Geoffroy et Richilde font don de l'église à l'abbaye Saint-Martin de Pontoise, à condition que celle-ci établisse un prieuré à Saint-Prix, dont la direction doit être assurée par saint Gauthier de Pontoise, qui doit aussi pouvoir disposer des revenus. La donation est relatée dans un mémoire rédigé sous la forme d'une charte, qui a été versée au cartulaire de l'abbaye, et qui n'a pas la fiabilité d'un document authentique. Aussi la date n'y est-elle pas précisée, mais l'on suppose que la donation a lieu vers 1085 environ. Sachant que les églises sont fréquemment données à des abbayes alors qu'elles sont encore en construction, la première église de Saint-Prix n'est pas nécessairement beaucoup plus ancienne. Le village porte alors le nom de Tour, Tourn ou Tor, qui demeure encore valable jusqu'au , quand il n'est guère plus utilisé que dans les registres de l'Élection. L'abbaye de Pontoise et son église sont encore placées sous le vocable de saint Germain. Une portion des reliques de l'évêque de Paris est translatée vers l'église de Tour, qui en tient son premier vocable. Dans le mémoire déjà évoqué, saint Priest de Clermont (sancto Projecto en latin), dit saint Prix en Île-de-France, est déjà indiqué comme second patron. L'abbé Lebeuf pense que l'abbaye de Pontoise devait également avoir l'évêque de Clermont comme second patron, et en posséder des reliques. Ultérieurement, le titre de Saint-Prix supplante entièrement celui de Saint-Germain, et avec l'essor du pèlerinage au (voir ci-dessous), le village lui-même n'est plus appelé que Saint-Prix. La donation de la fin du est confirmée plusieurs fois : par Geoffroy de Boulogne, évêque de Paris, vers 1090 ; par Étienne de Senlis, évêque de Paris, en 1124 ; et par Thibaud, évêque de Paris, en 1149. Les biens du prieuré s'enrichissent par des dons de terres et de rentes des seigneurs successifs. Par distinction avec le prieuré Blanc, il est appelé le prieuré Noir. Ses bâtiments se situaient à l'emplacement de l'actuel parking, au nord de l'église. Sous tout l'Ancien Régime, l'église est paroissiale et prieurale à la fois. Du fait de l'importance de l'horticulture à Saint-Prix, un troisième patron est ajouté, sans doute au : saint Fiacre, patron des jardiniers. Selon l'abbé Lebeuf, la population le considère comme le véritable patron de la paroisse.... L'affirmation de Roger Large, que saint Fiacre était le premier patron de l'église, semble résulter d'un malentendu, et a été malheureusement recopiée par Mathieu Lours...

Les campagnes de construction de l'édifice

L'église Saint-Prix a été presque entièrement rebâtie au moins deux fois, et comporte aussi des parties issues d'autres campagnes de reconstruction ou de remaniements. En dépit de son plan assez simple, c'est donc un édifice complexe, qui garde encore des témoins de presque chaque siècle, et dont la genèse ne se comprend pas facilement. Des données historiques ne sont disponibles qu'à partir du , avec des lacunes, et des sondages archéologiques entrepris en 2008 ont donné des indices sur le plan de l'édifice du . Sinon, l'analyse archéologique des éléments conservés en élévation doit suffire pour établir l'historique des campagnes de construction de l'église. Les différents auteurs qui se sont consacrés à la question ne sont pas toujours parvenus aux mêmes conclusions, et aucune étude détaillée n'a encore été publiée à ce jour. L'analyse la plus complète à ce jour est proposée par Gérard DucœurCo-auteur de l'ouvrage . en 2009, en tenant compte des avis de Mathieu Lours, qui en 2008 consacre un court chapitre à l'église de Saint-Prix dans un ouvrage collectif publié par la Société d’histoire et d’archéologie de Gonesse et du Pays de France. Roger LargeDu musée de Saint-Prix ; auteur de a en outre rédigé une fiche de synthèse sur l'église Saint-Prix, qui repose en partie sur les travaux de Gérard Ducœur, mais diffère sur certains aspects. Dans tous les cas, le cadre des publications n'a pas permis d'exposer les arguments qui justifient les différentes affirmations, et l'analyse stylistique reste rudimentaire. thumb|Corniche sur le mur oriental du clocher ; elle date peut-être du .

On ignore presque tout sur l'église qui existe en 1085. Selon Gérard Ducœur, la corniche à la limite entre la base et le premier étage du clocher, visible depuis le chœur (à l'est) et les combles de la nef (à l'ouest), remonterait au . À partir de la fin du , l'église romane est successivement rebâtie selon un plan cruciforme, comme l'ont confirmé les sondages de 2008D'après Roger Large, ils ont démontré que le chœur avait les mêmes dimensions qu'aujourd'hui, en mettant au jour les fondations du des piliers nord-est du chœur.. Après l'achèvement provisoire vers 1220, l'église se compose d'une nef avec bas-côtés ; d'un transept ; d'un clocher s'élevant au-dessus de la croisée du transept ; d'un chœur de deux travées avec bas-côtés ; et d'une abside. De la fin du ou du début du , subsistent les anciennes fenêtres hautes du chœur ; les piles orientales du clocher en partie ; dix chapiteaux ; l'arc triomphal à l'est de la base du clocher ; ainsi que la voûte. Les trois autres arcades de la base du clocher sont de la même époque, mais ont été retaillées à la période flamboyante. Les parties hautes du clocher et les grandes arcades au nord de la nef sont un peu plus récentes. En se basant sur les chapiteaux au nord de la nef, Mathieu Lours évoque une date proche de 1220. De cette période, subsistent les deux grandes arcades au nord de la nef, et les gros chapiteaux des deux piliers au nord de la nef, dont le premier est aujourd'hui à moitié englobé dans le mur qui cloisonne la première travée, transformée en dégagement. — Le délai entre la construction du chœur et de la base du clocher, d'une part, et des parties hautes du clocher et de la nef, d'autre part, est assez bref. On peut donc se poser la question pourquoi l'on aurait repris les piles du clocher en sous-œuvre (ce qui seul expliquerait la survivance de corniches plus anciennes), avant de rebâtir le clocher dix à vingt ans plus tard. thumb|Voûte de la de la nef.