Le contexte de l'occupation des pays baltes couvre la période des premières indépendances de 1918, jusqu'aux ultimatums soviétiques de 1939-1940 et à l'occupation soviétique, à partir du . Les pays baltes acquirent leur indépendance pendant et après les révolutions russes de 1917. En difficulté avec ses ennemis intérieurs, le gouvernement de Lénine ne s'y opposa pas. Les trois pays baltes réussirent à conclure des traités de non-agression dans les années 1920 et 1930, qui furent rompus par l'URSS en 1940 à la faveur du pacte germano-soviétique.

Chemin vers l’indépendance droite|vignette|Signature du traité de Tartu par Adolf Joffé (représentant la Russie soviétique, à gauche).

L'Empire russe acquit les provinces suédoises d'Estonie (correspondant au Nord de l'Estonie actuelle) et de Livonie (nord de la Lettonie actuelle avec Riga et Estonie du Sud (Tartu, Viljandi, Pänu) à la suite du traité de Nystad en 1721. Si l'administration suédoise avait cherché à limiter le pouvoir et les privilèges des élites allemandes (grands propriétaires, bourgeoise urbaine), le gouvernement russe les rétablit et à leur laissa de facto l'administration de ces provinces par le biais de diètes provinciales. Le pouvoir russe ne commença à s'affirmer qu'au cours du et surtout à la fin de celui-ci où la politique panslaviste aboutit à de profondes réformes politiques et sociales visant à russifier ces pays. L'influence des élites allemandes restait cependant dominante au sein de l'administration russe, surtout après les craintes générées par la révolution de 1905 et la répression exercée contre les révolutionnaires estoniens et lettons.

Le duché de Courlande et de Sémigalie (sud de la Lettonie actuelle) fut intégré en 1795 selon les mêmes modalités que les autres provinces. La Livonie polonaise (en letton Latgale, détachée en 1629 du reste de la province) fut rattachée en 1772 au moment du premier partage de la Pologne : intégrée dans le gouvernement de Vitebsk, elle perdit son identité politique et connut jusqu'en 1918 un développement différent des autres provinces lettonnes avec notamment une présence plus forte de l'aristocratie polonaise et une colonisation démographique russeHiden & Salmon (1994). .. La Lituanie fut intégrée en 1795 au moment de la disparition définitive de la Pologne-Lituanie : les insurrections de 1830 et 1863 aboutirent à une politique de russification beaucoup plus poussée (interdiction de la littérature en langue latine, disparition du terme Lituanie, persécutions…).

En 1914, la Première Guerre mondiale éclata et, dès 1915, les armées allemandes occupèrent la Lituanie et la Courlande intégrant ces régions dans l'Ober OstHiden & Salmon (1994). .. L'expulsion massive des populations non-germaniques des territoires occupés par l'armée allemande mènera à un exode dramatique à l'intérieur de l'Empire russe mais aussi à la naissance d'organisations de secours de réfugiés qui permirent aux élites nationales baltes de s'affirmer. Les mouvements nationaux avaient surtout jusque là cherché à s'émanciper de la tutelle allemande, à revendiquer des droits politiques et économiques complets et à affirmer leur identité culturelle (enseignement en langue nationale, réunification des territoires lettons ou estoniens en une seule entité, une certaine autonomie intérieure) sans pouvoir rêver d'une indépendance face à la puissance de l'Empire russe. Mais lorsque ce dernier laissa place à une république à vocation démocratique, les revendications indépendantistes commencèrent à s'affirmer en s'appuyant à la fois sur le programme des Alliés (« droit des peuples » et « 14 points » de Wilson) et sur les déclarations de Lénine (la Russie « prison des peuples » et droit de ceux-ci à s'émanciper).

Après la l'accession de Lénine au pouvoir, les dirigeants baltes tentèrent d'affirmer leurs droits mais étant sous occupation allemande depuis 1915, ils durent négocier avec l'Empire allemand qui, après son traité de Brest-Litovsk avec le gouvernement de Lénine, envisageait d'annexer les pays baltes. La Lituanie proclama son indépendance le afin de prendre de vitesse les impérialistes allemands et les obliger à négocier. L'Estonie proclama la sienne le . La Lettonie fut la dernière à proclamer son indépendance le , une semaine après l'armistice du . Le traité de Brest-Litovsk étant caduc du fait de la capitulation allemande, l'Armée rouge tenta, avec l'aide des bolcheviks locaux, de prendre le contrôle des pays baltes, proclamant des républiques soviétiques. La guerre civile russe qui suivit opposa, sur les rives de la Baltique, trois forces : les bolcheviks, les indépendantistes baltes et des corps francs allemands tentant de conserver un contrôle germanique sur la région.

En , l'Armée rouge conquit Narva où les bolcheviks proclamèrent la Commune des travailleurs d'Estonie, mais elle ne tint que six semainesGerner & Hedlund (1993), .. Les troupes estoniennes furent les premières à libérer leur territoire national au printemps 1919 mais leurs combats durèrent jusqu'à la fin de l'année en raison de l'avancée des troupes tsaristes depuis la périphérie de Saint Petersbourg (armée Youdenitch)Gerner & Hedlund (1993), .. En décembre, les bolcheviks lettons contrôlaient Riga et proclamaient la république socialiste soviétique de Lettonie mais en , la ville fut prise conjointement par des corps francs allemands et des détachements lettons (avec l'aide d'un petit groupe de Russes tsaristes, dirigé par le prince Lieven)Gerner & Hedlund (1993), .. Le reste du territoire letton fut finalement libéré en 1919, la Latgale au début de 1920 avec le soutien de l'armée polonaise.

Il fallut donc attendre l'hiver 1919-1920 pour que les trois États puissent prendre le contrôle effectif de leur territoire, une fois éloignées les menaces allemande et russe.

Par la suite, les pays baltes signèrent des traités de paix avec la Russie soviétique. L'Estonie signa le traité de Tartu du , la Lituanie, le traité de paix soviéto-lituanien le et la Lettonie, le traité de paix soviéto-letton le Gerner & Hedlund (1993).. En 1920, les trois États baltes adoptèrent des constitutions, incluant le suffrage universel, le multipartisme et un régime parlementaire avec un président. Mais les bolcheviks locaux refusèrent de reconnaître ces gouvernements démocratiques (auxquels ils déniaient ce caractère : voir « démocratie populaire ») et tentèrent un coup d'État en Estonie en . Les partis communistes furent donc interdits en tant que tels, mais participèrent à la vie politique par le truchement de nouvelles formations d'extrême-gauche ou en infiltrant les partis sociaux-démocrates ou les syndicats, puissants en particulier en Lettonie. Lors des différentes élections démocratiques, ils n'obtinrent toutefois pas plus de 5 à 10 % des voix.

Diplomatie dans les années 1920 et au début des années 1930 Les pays baltes cherchent des garanties de sécurité Les bolcheviks ne purent pas empêcher l'indépendance des pays baltes, et l'Occident finit par l'accepter. En 1921 (), l'Estonie et la Lettonie, obtinrent de jure la reconnaissance diplomatique des principales puissances alliées, puis, par la suite, des autres pays (les États-Unis attendirent 1922). La Lituanie ne fut reconnue qu'en à l'issue du conflit polono-lituanien (annexion polonaise de Vilnius en , Guerre polono-lituanienne et échec d'une nouvelle confédération polono-lituanienne (plan Hymans de 1921)Hiden & Salmon (1994), .. Les trois États rejoignirent alors la Société des NationsHiden & Salmon (1994), ..

Les États baltes cherchèrent des garanties de leur existence, mais n'y parvinrent ni auprès des puissances occidentales (qui, tout en proclamant leur sympathie, ne souhaitaient pas s'engager dans la région après leur défaite en Russie face aux bolcheviks) ni auprès des pays scandinaves (qui, malgré leur soutien culturel et économique, ne souhaitaient pas se départir de leur neutralité). Enfin le projet d'une entente régionale, l'« Entente baltique »Hiden & Salmon (1994). .allant de la Finlande à la Pologne, se concrétisa par l'accord de Varsovie fut ainsi signé en par la Finlande, la Pologne, l'Estonie et la Lettonie, mais cette entente fut fragilisée du fait du conflit polono-lituanien concernant Vilnius, et le parlement finlandais ne le ratifia pas.

Les Estoniens et les Lettons conclurent cependant une convention militaire en 1923, que la Lituanie rejoignit en 1934 (traité d'Entente baltique de Hiden & Salmon (1994). .). Si la coopération diplomatique fut poussée et de nombreux échanges culturels initiés, la coopération militaire resta comme auparavant très faible, car Lettons et Estoniens ne souhaitaient s'impliquant dans le conflit opposant la Lituanie à l'Allemagne nazie (crise de Memel de 1934-1935). Cependant, les Finlandais et les Estoniens effectuaient des exercices militaires secrets au début des années 1930, reconstruisant des batteries navales tsaristes. Enfin, en 1934, les trois pays baltes conclurent l'Entente baltique.

Accords commerciaux et de non-agression germano-soviétiques La conférence de Gênes en entre l’Allemagne démocratique, la Russie soviétique et les puissances alliées était une tentative de stabiliser l’Europe. Mais les Allemands et les Soviétiques se mirent d’accord de leur côté au traité de Rapallo pour liquider leurs dettes mutuelles de guerre et s’entraider (l’Allemagne étant militairement entravée par le Traité de Versailles, son armée s’entraînait en Russie, et celle-ci aida les syndicats allemands à résister à l’occupation de la Ruhr ; une coopération économique directe fut aussi initiée, technologie allemande contre produits agricoles soviétiques bon marchéAlfred Anderle : Die deutsche Rapallo-Politik : Deutsch-sowjetische Beziehungen 1922–1929, Rütten & Loening, Berlin 1962, in : « Veröffentlichungen des Instituts für Geschichte der Völker der UdSSR an der Martin-Luther-Universität Halle-Wittenberg » n°4 : Inhaltsverzeichnis ; Helmuth K. G. Rönnefahrt, Heinrich Euler, Konferenzen und Verträge. Vertrags-Ploetz. Handbuch der geschichtlich bedeutsamen Zusammenkünfte und Vereinbarungen, Teil II.4. Band 2 « Neueste Zeit, 1914–1959 », ed. Ploetz, Würzburg 1959, p. 71–74.). Les dirigeants baltes avaient perdu l’opportunité d’un consortium international, prévu pour commercer avec les SoviétiquesHiden & Salmon (1994). .. Ensuite, les accords de Locarno en 1925 donnèrent un cadre pour la sécurité européenne, garantissant les frontières occidentales de l'Allemagne, mais pas ses frontières orientales, ce qui laissait ouvertes les questions baltes, notamment celle de Memel. Les Allemands et les Soviétiques signèrent le traité de Berlin de 1926, resserrant encore leurs liens : les États baltes furent mis en garde de ne pas devenir des avant-postes militaires de la Grande-Bretagne contre l'Union soviétiqueHiden & Salmon (1994). ..