Les Livres des Rois sont deux livres bibliques qui font partie du canon reconnu par les Juifs et toutes les Églises chrétiennes. Dans la Bible juive ils font partie du groupe des prophètes antérieurs qui comprend les livres de Josué, Juges, Samuel et Rois. Dans la Bible catholique les livres des Rois font partie des textes historiques. À l'origine, ils ne formaient qu'un seul livre qui dans la Septante étaient nommés Règnes 3 et 4 et faisaient suite aux Livres de Samuel nommés Règnes 1 et 2. Excepté chez les orthodoxes qui suivent la Septante, ils sont maintenant divisés en Premier Livre des Rois (1R) et Deuxième Livre des Rois (2R). Ils viennent après les Livres de Samuel et racontent l'histoire d'Israël de la fin du règne de David à la chute du royaume d'Israël et celui de Juda en Longtemps considérés comme écrits par le prophète Jérémie, ils sont maintenant le plus souvent considérés comme ayant été écrits par des rédacteurs de l'histoire deutéronomiste après la chute de Jérusalem en -586. Le livre est d'une structure complexe et reprend des thèmes, des formules, des constructions de récit d'une partie à l'autre. Cette écriture a plusieurs fins qui sont d'expliquer pourquoi YHWH a abandonné son peuple malgré ses promesses, de montrer qu'il faut adorer seulement YHWH et que le seul temple accepté par lui est à Jérusalem.
Titre En hébreu, les Livres des Rois sont appelés Melakhim [מלכים]. À l'origine les deux Livres des Rois n'en forment qu'un. C'est lors de la traduction de la Septante que ce livre est rattaché à celui de Samuel sous le titre générique de Règnes et divisés en quatre parties qui correspondent donc à (), (), Premier Livre des Rois () et Second Livre des Rois (). Le regroupement opéré par la Septante est plus tard abandonné et Samuel et le Livre des Rois retrouvent leur indépendance mais la scission en deux livres à chaque fois persiste. La division en deux parties n'a d'autres causes que des considérations physiques, à savoir la longueur des rouleaux. En effet le texte en grec prend plus de place que le même en hébreu et lors de la traduction, il s'est avéré préférable de mettre le livre sur deux rouleaux. L'Église orthodoxe, cependant, garde toujours comme texte de référence la version de la Septante ; le regroupement en 4 livres Règnes continue donc à être utilisé. La division en deux livres apparaît dans les manuscrits juifs à partir du .
Plan Place dans les canons Dans la Bible juive, les Rois sont la dernière partie des Prophètes antérieurs (Neviim Rishonim [] qui comprennent aussi le Livre de Josué, le Livre des Juges et Samuel. Le livre précède la partie des Neviim aharonim (Livre d'Isaïe, Livre de Jérémie et Livre d'Ézéchiel). Dans la tradition chrétienne cette distinction a été supprimée. Les livres des rois appartiennent aux livres historiques (qui intercalent le Livre de Ruth entre les Juges et Samuel) et sont suivis des Livres des Chroniques.
Une partie de la critique biblique, suppose que les livres des Rois faisaient à l'origine partie d'un vaste ensemble dénommé Ennéateuque qui aurait compris les cinq livres du Pentateuque et les quatre livres des Prophètes antérieurs. Cependant, même si des indices montrent que des liens existent entre les neuf premiers livres de la Bible (récit unique partant de la création du monde à la prise de Jérusalem et quelques éléments qui se répondent d'un livre à l'autre), cette hypothèse tient difficilement. En effet il n'a jamais été retrouvé de recueils de rouleaux comprenant tout cet ensemble et trop de différences stylistiques existent pour supposer une écriture unique.
Récit
Après le récit de la mort du roi David vers -970, le livre des Rois retrace l'histoire du règne de Salomon jusqu'à sa mort (1 Rois 1-11). Puis vient la partie qui va de la scission en deux royaumes en 1 Rois 12 jusqu'à la chute du royaume d'Israël (2 Rois 17). Enfin les derniers chapitres (2 Rois 18 à 25) racontent la vie des derniers rois de Juda jusqu'à la chute de Jérusalem. Ces deux dernières parties sont donc des successions de rois dans deux royaumes contigus. Le début et la fin de chaque règne sont décrits avec des formules récurrentes. Tout d'abord se trouve ce que Knauf appelle le synchronisme, c'est-à-dire l'âge qu'avait le roi du royaume voisin lors de l'accession au trône. Viennent ensuite la durée du règne et un jugement sur le roi. La notice finale donne les sources consultables pour vérifier la biographie achevée puis s'attarde sur la mort du roi et donne le nom de son successeur. Ces informations se retrouvent pour les rois des deux royaumes, mais des informations supplémentaires sur les rois de Juda sont ajoutées : l'âge lors du couronnement, le nom de la mère dans l'introduction et une information sur l'ensevelissement dans la conclusion. Lorsque le récit de l'accession au trône est plus développé, la notice introductive est abandonnée. C'est ainsi le cas pour Salomon. Parallèlement, la conclusion n'apparaît pas si les rois ont été déportés (roi d'Israël en 2R 17,4 ; roi de Juda en 2R 25,30).
Ce plan régulier est souvent interrompu par des passages consacrés aux prophètes qui annoncent la chute d'Israël et de Juda causées par l'iniquité des rois et du peuple qui délaissent Dieu et ses commandements pour se tourner vers les idoles des autres peuples. Ces passages, en particulier ceux consacrés à Élie et à Élisée (1R 11,29-40 ; 14,1-18 ; 17-19 ; 22,5-28 et 2R 1-9 ; 13, 14-21), pourraient avoir une source différente de celles utilisées pour la chronologie royale. Ils permettent d'intégrer ces livres historiques à l'ensemble des Prophètes antérieurs d'autant que les chapitres 18 à 20 du deuxième livre des Rois reprend sous forme abrégée le texte des chapitres 36 à 39 du Livre d'Isaïe.
Structure L'apparente simplicité de la construction du livre qui ne serait qu'une succession de biographies royales masque une structure plus profonde qui prend la forme d'un chiasme. Cette théorie établie par George Savran et reprise par Jerôme T. Walsh montre qu'à une première partie montrant l'histoire de Salomon, l'unité du royaume et la construction du temple (1R 1-11) répond un final décrivant la chute de Juda, dernier vestige du royaume unifié de Salomon, et la destruction du temple (2R 18-25). Entre ces deux parties s'insèrent l'histoire de Jéroboam qui crée le royaume de Samarie et pousse le peuple hébreu à l'idolâtrie (1R 11-14) et le récit de la chute de Samarie causée par l'apostasie continue des rois d'Israël (2R 17). Entre ces deux évènements s’enchâssent deux ensembles de textes relatant les vies des rois d'Israël et de Juda (1R 15-16 et 2R 13-16) ; ces deux groupes sont séparés par le récit de la dynastie des Omrides (1R 16-2R 12). Au cœur de cette partie centrale se trouve le départ d'Élie et son remplacement par Élisée.
Par ailleurs le livre des rois n'est pas seulement une chronologie des règnes. C'est aussi une succession de prophéties qui se réalisent par la suite. Il semble que deux groupes de textes, ceux des rois et ceux des prophètes sont en concurrence. Ceci est corroboré par une étude linguistique du texte puisque le récit royal est fait dans un hébreu du alors que celui des prophètes Élie et d'Élisée est plutôt daté de la fin du . Les récits prophétiques auraient été ajoutés, en une ou plusieurs fois, à une histoire royale déjà constituée. Les passages d'un royaume à l'autre, les retours en arrière lorsque le regard se porte sur l'autre royaume entraînent un enchevêtrement des récits concurrents semblables à des tapisseries. Tout le récit est ainsi lié mais d'autres éléments renforcent cet effet. Ainsi des répétitions de formules sont utilisées lors de l'accession au trône d'un nouveau roi, des formules se font échos d'un roi à l'autre, des scènes se retrouvent comme la mort de Jézabel et celle d'Athalie ou bien le ministère d'Élie et celui d'Élisée. Une analyse plus générale montre aussi que des thèmes importants sont au cœur du message de l'auteur : la promesse de Yahvé et sa rupture face à l'apostasie presque continue des rois, les menaces que font peser les peuples étrangers, et particulièrement les femmes qui mènent à l'idolâtrie, l'importance du temple.
Auteur et datation Une tradition juive, qui se retrouve dans le Talmud de Babylone, attribuait l'écriture de ces livres au prophète Jérémie mais l'exégèse a battu en brèche cette hypothèse et suppose une écriture complexe qui selon les auteurs aurait été étalée sur une longue période et aurait eu plusieurs auteurs. La théorie dominante est d'attribuer à un groupe de scribes exilés à Babylone, donc après -586, la responsabilité de ce texte qui aurait fait partie d'une histoire deutéronomiste. Toutefois, ce quasi-consensus masque une pluralité importante de propositions pour rendre compte de cette écriture.
Auteurs Hypothèse de l'histoire deutéronomiste Une fois que la paternité de l'ouvrage a été ôtée à Jérémie, les commentateurs ont cherché à retrouver l'auteur véritable. Dès 1574, Andreas Masius suppose que les livres des Rois, tout comme ceux de Josué et des Juges ont été rédigés par Esdras. Cette théorie est reprise et amplifiée par Baruch Spinoza qui pense qu'Esdras est l'auteur des livres de la Torah et des prophètes antérieurs. À partir du la recherche biblique se développe et d'autres théories vont être développées pour expliquer les différences textuelles et les contradictions que l'on trouve dans la Bible. Une hypothèse importante veut que plusieurs livres de la Bible aient fait partie d'un ensemble appelé histoire deutéronomiste. Un groupe d'auteurs auraient raconté l'histoire d'Israël qui va des livres du Deutéronome jusqu'aux livres des Rois.
Dans le cas précis de ces livres plusieurs théories s'affrontent. Tout d'abord se trouvent ceux qui voient dans ces livres deux blocs : à un premier récit écrit à l'époque du roi Josias (ou selon certains du roi Ézéchias) se serait greffé un second bloc rédigé après l'exil comprenant les chapitres 24 et 25 de 2 R. D'autres chercheurs penchent pour une écriture en trois couches nommées DtrH, DtrP, DtrN quoique certains complexifient encore ce modèle en subdivisant ces couches en DtrH1, DtrH2, DtrS, etc.). Les positions les plus récentes des adeptes d'une histoire deutéronomiste suggèrent un texte bref qui aurait été peu à peu développé.
Une écriture de l'exil L'hypothèse deutéronomiste n'est pas la seule à tenter de rendre compte de l'écriture des textes historiques de la Bible. Ainsi Konrad Schmidt suppose qu'à une histoire retraçant la période de Moïse et de Josué et datant d'avant l'exil aurait été ajoutée pendant l'exil une histoire de la royauté reprise dans les livres de Samuel et ceux des Rois. Lorsque le Pentateuque aurait été constitué, un second groupe de textes, celui des Prophètes Antérieurs, aurait été rassemblé pour retracer l'histoire du peuple hébreu à l'époque de la royauté. Néanmoins, cela ne signifie pas que le texte reste figé à partir du Deux versions du livre des Rois auraient cohabité et l'édition finale date des années -200.
Datation