Solomon Ioudovine (en russe : Шлойме Борухович Юдовин Фотографии Шлойме Юдовина. Соломон Юдовин. ; né en 1892 à Bechenkovitchi, district de Lepiel, gouvernement de Vitebsk, mort à Leningrad en 1954) est un graphiste, peintre, graveur, photographe, illustrateur, ethnographe, biélorusse puis soviétique, représentant de la « renaissance juive » et de l'art moderne Электронная еврейская энциклопедия (ЭЕЭ). Юдовин Соломон..
Biographie
Enfance et adolescence En 1906, à l'âge de 14 ans, Solomon Ioudovine entre à l'école de dessin et de peinture d'Iouri Pen à Vitebsk Российская еврейская энциклопедия, sur rujen.ru.
En 1910, grâce à l'aide de son oncle Shalom Anski il part pour Saint-Pétersbourg où il étudie à la " Société d'encouragement des arts " (dirigée à cette époque par Nicolas Roerich, et en même temps de 1911 à 1913 dans les ateliers de Bernchtein et de Mstislav Doboujinski.
Il est membre de la société juive pétersbourgeoise d'encouragement des arts de 1915 à 1919 Еврейское общество поощрения художеств. Юдовин Соломон Борисович..
Participation aux expéditions de Shalom Anski vignette|gauche|Shalom Anski 1910. Durant sa jeunesse, Ioudovine s'intéresse au mouvement « Renaissance européenne », qui était une section du mouvement artistique de l'avant-garde russe. C'est au sein de ce mouvement que se forment ses intérêts et ses tendances artistiques personnelles. Quant aux membres de « Renaissance européenne », ils voient l'intérêt d'Ioudovine pour l'étude et l'interprétation du style de vie juif, des coutumes nationales de cette population. Il partage entièrement les vues et les objectifs du mouvement et c'est pourquoi il prend part avec enthousiasme à une expédition ethnographique et d'étude du folklore, dans les villages et hameaux de la Zone de résidence de l'ouest de l'Ukraine (en Podolie en Volhynie et dans le gouvernement de Kiev) durant les années 1912 à 1914 ВТ-ЕЭБЕ|Еврейское историко-этнографическое общество О «Еврейской энциклопедии» Брокгауза-Ефрона, издававшейся в 1908—1913 годах, sur brockhaus-efron-jewish-encyclopedia.ru. ЕИЭО, sur eleven.co.il.. Cette expédition est organisée par une société juive d'histoire et d'ethnographie sous la direction de Shalom Anski grâce au mécénat de Vladimir Günzburg Семья Гинцбургов, sur eleven.co.il. — fils du baron Horace Günzburg. vignette|redresse|Talmudiste. Photo réalisée par S. Ioudovine 1912-14.
La préservation de l'art populaire juif dans l'empire russe est le but premier de ces expéditions, dans lesquelles Ioudovine remplit les fonctions de secrétaire, de peintre et de photographe. Il prend des croquis et photographie tout ce qui a trait au judaïsme : des objets de la vie courante, des rituels, des pierres tombales, des fresques dans les synagogues, des ornements juifs. Il étudie les particularités artistiques de la liturgie juive et des arts décoratifs. Comme photographe, Ioudovine utilise la technique du pictorialisme et tente de donner à ses photos un caractère artistique en travaillant ses prises de vue et ses développements Старые фотографии, sur mishpoha.org..
La valeur à la fois historique et artistique des photos d'Ioudovine transparaît dans ses représentations de travailleurs juifs, d'artisans et encore des différentes formes de travaux collectifs tels que les artels des cordeliers, des fabricants de cigarettes, des tisseurs, des fabricants d'allumettes et d'autres encore Братья и сестры во имя труда!, sur jew.spb.ru.. L'importance des travaux d'Ioudovine lors de cette expédition vient du fait que ses photos sont les dernières qui montrent la vie traditionnelle des Juifs dans la zone de résidence qui disparaîtra bientôt durant la Première Guerre mondiale, sous le régime soviétique et puis définitivement après la Shoah Котляр Е. Р. Образы жителей еврейского местечка в гравюрах Соломона Юдовина и Моисея Фрадкина // Харьковская государственная академия дизайна и искусств, sur pv-gallery.ru.. Il expose à Petrograd en 1917 des travaux graphiques inspirés des expéditions ethnographiques. En 1920, sur base des matériaux rassemblés par Ioudovine, il édite un album intitulé « Ornements populaires juifs » composé de 26 linogravures.
Retour à Vitebsk En 1918, Ioudovine revient à Vitebsk, à l'École artistique de Vitebsk, et en 1922, il est choisi comme pro-recteur pour la partie économat. C'est l'époque où Vera Ermolaeva remplace Marc Chagall comme rectrice de l'école de 1921 à 1922. Ioudovine a toutefois été peu influencé par son contact avec l'art avant-gardiste. Il est resté artiste figuratif, plus attiré par le passé que par le futur.
De à , Ioudovine enseigne surtout les disciplines graphiques à l'école artistique de Vitebsk, et à l'école populaire artistique de Vitebsk et encore au « Tekhnikoum pédagogique juif ».
Pendant toute la période d'existence de l'école artistique de Vitebsk, un grand éventail de cours fut proposé, car les professeurs étaient de différentes tendances : le réalisme (Mstislav Doboujinski, Iouri Pen, Solomon Ioudovine), l'impressionnisme, l'expressionnisme (Chagall), le cézannisme Robert Falk, le cubo-futurisme (Vera Ermolaeva), le suprématisme (Kasimir Malevitch), le constructivisme (Jean Pougny, Lazar Lissitzky). Dans son autobiographie Ma vie, Marc Chagall écrit : « Il suffisait que quelqu'un en exprimât le désir, je l'invitais aussitôt ; ayant pitié de lui, à être professeur dans mon école. Car je voulais que toutes les tendances de l'art y fussent représentées »Marc Chagall, Ma Vie, Paris, édition Stock, 2003, .
vignette|gauche|redresse|Iouri Pen Autoportrait. 1922. Ioudovine dirige aussi le cercle artistique Isaac Leib Peretz, fréquenté par des intellectuels yiddishistes Витебск моей юности, sur nasledie-rus.ru. à Vitebsk. Ensemble avec Marc Chagall, Iouri Pen et Abram Brazer, Ioudovin prend part à l'« Exposition des artistes juifs », et entre à la commission artistique pour l'embellissement de Vitebsk lors des fêtes organisées pour les anniversaires de la révolution d'octobre 1917 М. Цыбульский (M Tsyboulski), Трагическая судьба Абрама Бразера, sur kurier.me.. En 1918, un jury composé entre autres de Chagall et Mstislav Doboujinski organise un concours d'esquisses d'enseignes pour l'école de Vitbebsk et d'autres institutions de la ville pour son embellissement. Il retint trois esquisses dont une d'Ioudovine.
En août-, l'Institut pratique des arts de Vitebsk est réorganisé et son statut diminué en celui d'un simple Tekhnikoum artistique (collège). Cela entraîne un conflit entre les enseignants et la direction. En premier lieu, la commission des enseignants, dont Ioudovine fait partie, ne réussit pas à empêcher le transfert de l'établissement de l'hôtel de maître (« La maison Vichniaka») situé dans la rue Boukharinsha vers un bâtiment tout à fait inadapté, une ancienne synagogue hassidique située au 15 rue Volodarsky. Puis le nouveau directeur prend la décision de faire repasser des examens de contrôle à tous les étudiants. Il décide ensuite, sans consultation avec les professeurs, de réorganiser l'enseignement. Iouri Pen (le pro-recteur pour les travaux pratiques), S. Ioudovine et Efim Minine trouvent ce comportement insultant et, ensemble avec 23 étudiants, font une déclaration publique commune pour faire part de leur décision de quitter l'institut vu le comportement autoritaire du nouveau directeur Г. П. Исаков, Формирование и становление художественных школ на витебщине в конце XIX в. — 1941 г. Витебск, УО «ВГУ», 2009., p. 49-54 .. L'ambiance post-révolutionnaire et démocratique avait disparu au niveau de l'organisation des écoles et le bolchévisme instaurait petit à petit ses règles nouvelles et contraignantes.
À Leningrad avant la guerre En 1923, Ioudovine est invité à Petrograd pour occuper les fonctions de secrétaire des études et de conservateur du Musée de Petrograd d'histoire et d'ethnographie de la « Société juive historique et ethnographique », situé dans le bâtiment de l'hospice juif « A. M. Günzburg » М. Безер, «Дом на Пятой линии», sur jhist.org.. vignette|redresse|S.Ioudovine. Vitebsk. 1926. Cette invitation n'était pas due au hasard. Le musée avait été créé pour l'étude et la recherche systématique des documents ramenés par l'expédition Shalom Anski auquel Ioudovine avait pris part de manière significative. L'artiste travailla au musée jusqu'à sa fermeture en 1928.
Avant la Grande Guerre patriotique, quand il vivait à Leningrad, Ioudovine créa une série de gravures intitulées « Guerre civile » (1928) et « Défense de Pétrograd pendant l'offensive d'Ioudenitch » (1933) Юдовин, Соломон Борисович (1892—1954), sur art-100.ru..
Période de guerre et décès À l'époque de la Seconde Guerre mondiale et jusqu'à la mi-1942, il vécut le siège de Leningrad et ses conditions extrêmement difficiles et reproduit des vues de la ville assiégée et de ses défenseurs Художники осажденного Ленинграда, sur chernorukov.ru.. Finalement, il est évacué vers le village de Karabikha près d'Iaroslavl avant la fin du siège.
Dans ce village, il travaille au musée-réserve « Nikolaï Nekrassov », sur une série de gravures de la série « Nekrassov », puis en 1944, il retourne à Leningrad et termine sa série de gravures sur le thème « Leningrad durant la Seconde Guerre mondiale » qui furent regroupées en album en 1948. La plupart de ces œuvres sont réalisées dans le style généralement adopté à cette époque pour des commandes officielles. Mais Ioudovine parvient malgré tout à rendre dans ses représentations de Leningrad la tristesse qui se dégage à la suite du destin tragique de la ville линогравюра «На улицах Ленинграда зимой 1941—1942», sur virtualrm.spb.ru.. La série « Leningrad pendant la Grande Guerre patriotique » est pour beaucoup de peintres le sommet de l'œuvre d'Ioudovine Журнал «Мишпоха», «Ленинград на открытках Юдовина», sur mishpoha.org..
Pendant toutes les années de guerre, même pendant le blocus de la ville de Leningrad, furent éditées des cartes-vues. En tout, entre 1941 et 1945, près de 400 cartes furent éditées, parmi lesquelles 26 avec des gravures d'Ioudovine. La série des cartes-vues de la période de guerre avec l'indication de la provenance par l'oblitération est devenue une rareté pour les philatélistes.
En 1945, Ioudovine édite un album de lithographies intitulé Leningrad Ленинград. С. Б. Юдовин. Автолитографии. 1945, sur gallery.ru..
Après la guerre parut encore une série de cartes-vues Vues de Leningrad (1946) et Leningrad aujourd'hui (1949).
Solomon Ioudovine est décédé le à Leningrad, à l'âge de 63 ans.
Œuvres
Formation de son style
L'orientation artistique et le style d'Ioudovine se sont formés en grande partie grâce à sa participation active à l'expédition Anski en Volhynie. Également sous l'influence de l'avant-garde russo-juive de l'École artistique de Vitebsk. Dans une moindre mesure, par ses contacts avec l'école artistique de Kiev. Avec Marc Chagall, Lazar Lissitzky Natan Altman, il a participé au rêve de création d'un nouveau style artistique juif réunissant l'avant-garde en peinture et l'art populaire juif. Dans chaque nouveauté des mains de ces artistes, en ce compris celles d'Ioudovine, apparaît toujours clairement la symbolique liée au monde du shtetl qui commence à disparaître et qui était et restait pour eux la principale source d'inspiration.
L'œuvre d'Ioudovine elle-même a influencé l'école artistique de Vitebsk. La combinaison ingénieuse de sujets d'ordre général avec des détails documentaires très concrets est poussée très loin chez Ioudovine et ces détails ajoutent à ses œuvres un symbolisme profond. À la fin des années 1930, Ioudovine s'est converti au réalisme socialiste, s'intéressant au sort des Juifs prolétaires, ouvriers et paysans.
Graphisme d'illustration vignette|redresse|Timbre-poste avec le tableau de Ioudovine « Vitebsk. Église Saint-Antoine ». Biélorussie. 1999.