La Comisión Nacional sobre la Desaparición de Personas (CONADEP, Commission nationale sur la disparition de personnes) est une commission consultative que le président de l'Argentine Raúl Alfonsín créa le pour la réalisation d'une enquête sur les graves violations répétées et planifiées des droits de l'homme que la dictature militaire, qui s'était donné le nom de Processus de réorganisation nationale, avait commises de 1976 à 1983. Elle ne fut pas instituée pour juger, mais pour enquêter sur le sort des disparus. Elle reçut des milliers de plaintes et de témoignages et vérifia l'existence de centaines de lieux de détention clandestins dans tout le pays.
Contexte Le , le politique radical Raúl Alfonsín assuma la présidence de l'Argentine après que la dictature militaire, qui s'était donné le nom de Processus de réorganisation nationale, eut interrompu la démocratie durant sept ans. Sous le prétexte de combattre les groupes de guérilleros (qui avaient intensifié les attentats dans les villes, mais qui étaient politiquement morts après l'éloignement et la mort de Perón), cette dictature mit à exécution un plan systématique d'enlèvement des personnes considérées comme « subversives », critère appliqué en pratique dans un sens très large et ambigu. En général, des commandos entraient chez elles pour les kidnapper. Les autorités niaient ensuite connaître le lieu où ces personnes se trouvaient.
Création Afin d'enquêter sur ces crimes, le président Alfonsín décréta le procès des juntes militaires et des organisations de guerrilleros seulement cinq jours après son accession à la présidence. Pour compléter cette enquête, il expédia divers projets de réforme de la À l'origine, les militaires eux-mêmes devaient être ceux qui allaient condamner les dictateurs dans un geste de réparation et une autocritique devant la société, mais peu de mois après, il fallut recourir à la justice civile à cause de la lenteur et de l'ambiguïté de la justice militaire. et créa par décret la (CONADEP, Commission nationale sur la disparition de personnes). Elle devait enquêter pour « éclaircir les faits relatifs à la disparition de personnes survenus au pays » et organiser les preuves que l'État déposerait au procès. Aux termes du décret, ses fonctions particulières et précises étaient les suivantes :
Composition Membres La Commission devait se composer de seize membres, soit dix nommés dans le décret et six choisis par les deux chambres du Congrès national. Le décret nommait les personnalités suivantes du pays : Ernesto Sábato, écrivain et physicien progressiste reconnu, qui fut élu président de la Commission à l'unanimité des autres membres le ; , avocat et ex-recteur de l'université de Buenos Aires ; René Favaloro, médecin et créateur de la technique du pontage aorto-coronarien. Il renonça à en faire partie parce qu'il n'approuvait pas que la Commission ne fût pas habilitée à enquêter sur les crimes de l'Alliance anticommuniste argentine ; , professeur et ingénieur. Doyen de la faculté d'ingénierie, il devint recteur de l'UBA ; , évêque de l'Église méthodiste argentine qui participa activement à des mouvements en faveur des droits de la personne ; , mathématicien et philosophe, considéré comme l'un des plus grands spécialistes de l'épistémologie ; , rabbin américain, citoyen argentin, fondateur du , militant actif des droits de la personne et fondateur du ; , évêque et défenseur actif des droits de la personne et de l'État de droit ; , philosophe radical et militant actif des droits de la personne ; , journaliste reconnue et la première qui ait fait entendre les Mères de la place de Mai dans un programme de radio.
Seule la Chambre des députés se fit représenter en y nommant les députés radicaux Santiago Marcelino López, Hugo Diógenes Piucill et Horacio Hugo Huarte.
Les membres du parti Peroniste ont décliné l'invitation à y participer.
Secrétariats La Commission se dota de cinq secrétariats et nomma les personnes suivantes à leur tête : (Secrétariat de la réception des plaintes), Daniel Salvador (Secrétariat de la documentation et du traitement des données), Raúl Aragón (Secrétariat des procedimientos (procédures, méthodes)), Alberto Mansur (Secrétariat des Affaires juridiques) et Leopoldo Silgueira (Secrétariat administratif).
devint plus tard l'un des dirigeants du (FREPASO) et fut, en , candidate de l' au poste de gouverneur de la province de Buenos Aires.
Enquête Pendant 280 jours, la Commission parcourut tout le pays à la recherche des témoignages de survivants, de membres de leurs familles et d'oppresseurs, ainsi que des bâtiments qui avaient servi de centres de détention (ou de leurs ruines). Elle dressa l'inventaire de toutes les disparitions dénoncées et de tous les centres clandestins après avoir comparé les récits à l'architecture de bâtiments, tâche qui fut souvent accomplie en compagnie des survivants eux-mêmes. Avec ces renseignements, elle traça des cartes, classifia les récits et fit une analyse afin de reconstituer le modus operandi du terrorisme d'État. Pour recueillir des renseignements, elle employa les méthodes suivantes : la reconnaissance sur place de centres de détention clandestins avec le concours des personnes libérées de ces camps ; la visite des morgues pour recueillir des renseignements sur les admissions atypiques ; les démarches nécessaires dans des voisinages et des lieux de travail pour déterminer l'emplacement des centres de détention clandestins et les méthodes employées pour kidnapper les personnes ; la réception de témoignages de membres en activité ou à la retraite des forces armées et des forces de sécurité ; l'étude des dossiers de prison ; l'étude des dossiers de police ; la recherche des délits commis contre les biens des disparus.
Rapport final Le fruit de toute cette enquête fut remis le jeudi au président Alfonsín après un discours d'Ernesto Sábato. Ce rapport final volumineux faisait état de disparus et de 380 centres de détention clandestins. Le chiffre est largement sous-estimé, notamment en raison de la suppression des archives par les militaires et de la crainte ayant poussé de nombreuses familles à ne pas porter plainte pour les personnes séquestrées et assassinées. Les historiens estiment aujourd'hui que le nombre total de desaparecidos s'élève à environ 30 000 ; des archives déclassifiées et mises en ligne par l'Université de Georgetown montrent que mi-1978, bien avant la fin de la dictature, il y avait 22 000 fiches de personnes disparues et detenues ON 30th ANNIVERSARY OF ARGENTINE COUP, NEW DECLASSIFIED DETAILS ON REPRESSION AND U.S. SUPPORT FOR MILITARY DICTATORSHIP, National Security Archive, Université de Georgetown, 23 mars 2006 ; Uki Goñi, Blaming the victims: dictatorship denialism is on the rise in Argentina, The Guardian, 29 août 2016 .
La description détaillée qu'on y retrouve permit aussi de prouver l'existence d'un plan systématique du gouvernement lui-même, ce qui fut un élément clé pour le jugement des juntes. Le rapport fut publié sous forme de livre sous le titre (Jamais Plus). Ce titre, traduction de la devise utilisée à l'origine par les survivants du ghetto de Varsovie pour condamner les atrocités nazies, fut choisi sur la proposition du rabbin Marshall Meyer.. .
Notes et références
Annexes
Bibliographie . . Articles connexes (BNDG, Argentine, 1987) Le roman noir Mapuche (2012) du romancier français Caryl Férey est basé sur des enfants disparus non répertoriés au BNDG Mères de la place de Mai, Grands-mères de la place de Mai Affaire des enfants volés sous la dictature argentine (EAAF)
Liens externes Nunca más, version espagnole. Traduction en anglais du rapport Nunca Más de la CONADEP.
Catégorie:Desaparecido de la dictature argentine Catégorie:Commission de vérité et de réconciliation