Œcumenius (en grec Οἰκουμένιος) est un nom sous lequel ont été transmis plusieurs commentaires en langue grecque de textes du Nouveau Testament. Il apparaît aujourd'hui qu'ils ne sont pas tous du même auteur ni de la même époque.

Commentaires anciennement connus En février 1532, l'helléniste de Vérone Bernardino Donato publia un volume dédié au pape Clément VII contenant des compilations de commentaires de textes du Nouveau Testament : sur le Livre des Actes, les Épîtres de saint Paul et les Épîtres catholiques, les trois compilations attribuées à « Œcumenius » ; sur le Livre de l'Apocalypse, compilation d'Aréthas de CésaréeExpositiones antiquæ ac valde utiles... ex diversis sanctorum Patrum commentariis ab Œcumenio et Aretha collectæ in hosce Novi Testamenti tractatus : Œcumenii quidem in Acta Apostolorum, in septem Epistolas quæ catholicæ dicuntur, in Pauli omnes, Arethæ vero in Johannis Apocalypsin, Vérone, Stefano Nicolini da Sabbio, 1532. Donato se servit d'un manuscrit que Janus Lascaris avait donné à Gian Matteo Giberti, évêque de Vérone.. Il y en eut rapidement plusieurs traductions latines imprimées : du dominicain wallon Jean Henten (Hentenius)Commentaria luculentissima vetustissimorum Græcorum theologorum in omnes D. Pauli Epistolas ab Œcumenio & magna cura ad compendium collecta, interprete vero Johanne Hentenio Nechliniensi Hieronymiano, Anvers, 1545, puis Paris, chez J. Foucher, 1547. ; du Vénitien Giovanni Bernardo FelicianoCatena explanationum veterum sanctorum Patrum in Acta Apostolorum et Epistolas catholicas, Johanne Bernardo Feliciano interprete, Bâle, M. Isengrin, 1552, puis Venise, 1556.. Une édition bilingue de l'ensemble des commentaires d'Œcumenius et d'Aréthas fut publiée à Paris chez Frédéric Morel en 1631Œcumenii operum et Arethæ in Apocalypsin tomi duo Græc. Lat., Paris, 1631, 2 vol. in-folio..

Les commentaires sur le Livre des Actes et sur les Épîtres catholiques sont presque identiques à ceux qui sont attribués à Théophylacte d'Ohrid (sauf quelques additions, omissions ou transpositions de peu d'importance), mais on en conserve des manuscrits plus anciens que l'époque de Théophylacte, ce qui exclut une mauvaise attribution d'œuvres de ce dernier. Le commentaire des Épîtres pauliniennes offre également des ressemblances avec l'ouvrage correspondant de Théophylacte, mais se présente sous une forme essentiellement différente, intermédiaire entre la chaîne exégétique et le commentaire proprement dit. La plupart des interprétations sont anonymes, mais d'autres sont référées à des auteurs assez nombreux, parmi lesquels Photius et Œcumenius lui-mêmeLes auteurs cités nommément sont notamment: Papias, Justin le Martyr, Irénée de Lyon, Hippolyte de Rome, Clément d'Alexandrie, Origène, Méthode d'Olympe, Denis d'Alexandrie, Athanase d'Alexandrie, Eusèbe de Césarée, Grégoire de Nazianze, Grégoire de Nysse, Basile de Césarée, Jean Chrysostome, Sévérien de Gabala, Épiphane de Salamine, Cyrille d'Alexandrie, Théodoret de Cyr, Isidore de Péluse, Photius, Œcumenius.. L'attribution des trois ensembles à un même auteur est arbitraire ; ils sont l'œuvre de compilateurs anonymes à situer vers le .

En 1715, dans sa Bibliotheca Coislinina (277-279), Bernard de Montfaucon publia le texte d'un synopsis d'un commentaire de l'Apocalypse se trouvant dans le cod. Coislin. 224 ; la première phrase l'attribue au « bienheureux Œcumenius, évêque de Tricca en Thessalie » (Tricca est l'ancien nom de la ville de Trikala). Ainsi apparut le nom d'« Œcumenius de Tricca », un évêque dont d'ailleurs on ne sait rien d'autreIl a existé dans l'Église orthodoxe grecque un culte de « saint » Œcumenius de Tricca qui, selon Sophrone Pétridès, aurait commencé à la fin du à l'initiative d'un archiprêtre Constantin de Tricca.. John Antony Cramer a publié en 1844 le commentaire qui se trouve à la suite de ce synopsisCatenæ Græcorum Patrum in Novum Testamentum, vol. 8, Oxford, 1844. ; il s'agit en fait d'un simple abrégé de celui d'André de Césarée.

Le Commentaire sur l'Apocalypse En 1901, le théologien allemand Franz Diekamp a découvert dans la bibliothèque régionale universitaire de Messine le véritable Commentaire sur l'Apocalypse d'« Œcumenius », un auteur, non pas du : il se trouve dans le cod. Mess. S. Salvatore 99, c'est-à-dire qu'il vient de l'ancien monastère basilien Saint-Sauveur de la ville. Ce manuscrit de 139 feuillets à deux colonnes (0,265 x 0,196) ne contient que le commentaire, sous le titre : Ἑρμηνεία τῆς Ἀποκαλύψεως τοῦ θεσπεσίου καὶ εὐαγγελιστοῦ καὶ θεολόγου Ἰωάννου ἡ συγγραφεῖσα παρὰ Οἰκουμενίου. Des versions très incomplètes de ce texte se trouvent également dans le cod. Vatic. gr. 1426 (fol. 131-159v) et dans le cod. Taurin. gr. 84 de Turin (fol. 1-27)Franz Diekamp a relaté sa découverte dans une séance de l'Académie royale des sciences de Berlin : Mittheilungen über den neuaufgefundenen Kommentar des Œcumenius zur Apocalypse, Berlin, 1901, 11 pages in-8.. Le texte a été édité en 1928 par Herman C. HoskierThe Complete Commentary of Œcumenius on the Apocalypse, University of Michigan Studies, vol. 23, Ann Arbor, 1928., et plus récemment en 1999 par Marc De GrooteŒcumenii Commentarius in Apocalypsin, Traditio Exegetica Græca 8, Louvain, Peeters Publishers, 1999..

Il s'agit du plus ancien commentaire du Livre de l'Apocalypse conservé en langue grecque. En 1.3.6 (in Ap. 1.1), l'auteur écrit qu' « un très long laps de temps, plus de cinq cents ans, s'est écoulé depuis que ces propos ont été tenus », et d'autre part il situe ailleurs la rédaction du livre à la fin du règne de Domitien (vers 95, quand saint Jean était exilé à Patmos), ce qui semble le placer lui-même vers l'an 600. Cependant, on sait qu'il est antérieur à André de Césarée, qui l'utilise. D'autre part, on connaît deux lettres de Sévère d'Antioche († 538) adressées à un « comte Œcumenius »L'une fut citée au concile du Latran de 649 (Mansi, Conciliorum amplissima collectio, t. X, col. 1116), l'autre à la du concile de Constantinople de 680 (Ibid., t. XI, col. 444). ; l'identité de ce correspondant avec l'auteur du commentaire paraît être confirmée par une note insérée dans une chaîne exégétique monophysite (« [Œcumenius], un homme prudent, très orthodoxe [c'est-à-dire monophysite]L'auteur du commentaire semble admettre la formule du concile de Chalcédoine (cf. 12.13.6), mais il accorde surtout une place centrale à Cyrille d'Alexandrie (cf. « Cyrille notre père béni » en 12.13.6), ce qui le rapproche certainement des monophysites « sévériens »., comme le montrent les lettres que lui a envoyées saint Sévère, d'après le sixième des discours qu'il a composés sur l'Apocalypse de Jean »J.-C. Lamoreaux, art. cit., 92.). Mais faire de l'auteur un contemporain de Sévère d'Antioche suppose que la formule « plus de cinq cents ans » soit vraiment très peu rigoureuse, ou qu'elle renvoie à l'époque de la crucifixion du Christ plutôt qu'à celle de la rédaction du Livre de l'ApocalypseJ.-C. Lamoreaux pense que l'auteur du commentaire est bien le correspondant de Sévère d'Antioche, M. De Groote ne le pense pas..

Si l'auteur du commentaire est bien le correspondant de Sévère, c'était un laïc marié, qui portait le titre de comte (κόμης) renvoyant alors à une haute position militaire, qui vivait en Isaurie (dans le sud-est de l'Asie mineure), et qui était intéressé par la théologie sans bien maîtriser les subtilités des doctrines christologique et trinitaire. Il n'était donc pas du tout un évêque de Tricca. D'autre part, on relève en 6.3.12 qu'il fait l'éloge de la haute compétence théologique d'Évagre le Pontique (« τὰ γνωστικὰ μέγας »), lequel fut condamné avec Origène par le second concile de Constantinople en 553On note également dans le commentaire un penchant pour la doctrine de l'apocatastase.. C'est peut-être une indication que le texte est antérieur à 553.

Bibliographie PG, vol. 118 en entier, et 119, col. 1-726 (commentaires du Livre des Actes et des Épîtres pauliniennes et catholiques, et synopsis publié par le père de Montfaucon en 1715). Sophrone Pétridès, « Œcumenius de Tricca, ses œuvres, son culte », Échos d'Orient, vol. 6, n° 42, 1903, 307-310. John C. Lamoreaux, « The Provenance of Ecumenius' Commentary on the Apocalypse », Vigiliæ Christianæ, vol. 52, n° 1, février 1998, 88-108. John N. Suggit, Œcumenius. Commentary on the Apocalypse (introduction et traduction anglaise), Washington, Catholic University of America Press, 2006.

Notes et références

Catégorie:Théologien chrétien