Le National socialist black metal (abrégé NS Black Metal, NSBM ou Radical black metal), qui se traduit par , est une étiquette donnée à certains groupes de black metal faisant référence (explicitement ou non) au national-socialisme allemand, ou à des thèmes fortement liés comme le fascisme, le racisme, l'antisémitisme, l'aryanisme, le suprémacisme blanc, le mysticisme nazi, et plus largement le paganisme ou le nationalisme. Ces groupes conservent souvent (mais pas nécessairement) le côté fortement antichrétien, haineux et underground caractérisant le black metal.. Comme le punk nazi, le NSBM n'est pas considéré comme un genre distinct : il se distingue « uniquement par son idéologie, non par son caractère musical » Kirsten Dyck, Reichsrock. The International Web of White-Power and Neo-Nazi Hate Music, Rutgers University Press, 2016.. Les artistes NSBM constituent une minorité au sein du black metal Mattias Gardell, Gods of the Blood: The Pagan Revival and White Separatism, Duke University Press, 2003..
D'abord très nébuleuse au début de la seconde vague du black metal, la scène NSBM connaît une expansion significative à la fin des années 1990, début 2000, notamment via certains groupes pionniers (Absurd, Funeral/Kristallnacht, Der Stürmer), par la diffusion de compilations musicales orientées (The Night and the Fog) ou par l'action de groupuscules ouvertement néo-nazis (Pagan Front).
Histoire Bien que floue, son origine se situe dans la droite lignée de la radicalisation de la scène Black Metal (communément appelée « seconde vague ») au début des années 1990, avec ses nombreux meurtres et ses incendies d'église (par centaines), histoire aujourd'hui largement référencée., ayant même donné lieu à un film grand public en 2019..
L'émergence du NSBM au milieu des années 1990 est étroitement liée au musicien norvégien Varg Vikernes et à son projet Burzum. Après son emprisonnement pour incendie d'église et meurtre, Vikernes développe ses convictions antichrétiens en une forme de paganisme nationaliste blanc de plus en plus marquée, rédigeant en prison un manifeste intitulé Vargsmål — disponible sur Internet à partir de 1996 et publié par un éditeur norvégien en 1997 — dans lequel il attaque le christianisme comme une « religion judéo-chrétienne de mort » et développe un argumentaire antisémite.. Burzum est généralement considéré comme le principal catalyseur du mouvement NSBM, bien que le projet n'ait jamais été explicitement politique sur le plan musical.
À l'époque, quelques éléments montraient une radicalité accrue, comme la première édition de l'album culte de Darkthrone, Transilvanian Hunger, qui contenait au dos l'inscription « norsk arisk black metal » (« black metal norvégien et aryen »)., ou encore certaines déclarations ouvertement racistes du batteur de Mayhem, Hellhammer. Les exemples peuvent se multiplier (la sortie de Nazi Occult Metal de Spear of Longinus en 1995, l'utilisation du terme « Black National Socialist Metal » par le groupe français Funeral en 1996 dans le fanzine Hatemonger), mais restent anecdotiques et sans réelles influences sur le momentMax Ribaric, Davide Maspero, As wolves among sheeps, la saga funeste du NSBM, Camion noir, 2014.. En France, le NSBM se développe surtout dans les années 2000 avec des groupes tels que Seigneur Voland ou Kristallnacht.
Les premiers groupes de black metal à avoir explicitement des paroles et une imagerie néo-nazie sont le groupe allemand Absurd et les groupes polonais Infernum et Graveland. Aux États-Unis, les groupes Grand Belial's Key et Judas Iscariot s'impliquent dans la scène NSBM naissante — ce dernier s'en est depuis distancié.. Le label néo-nazi Resistance Records, lié à la National Alliance et fondé au Canada en 1993, rachète le label de Vikernes, Cymophane Records, principalement pour obtenir les droits de distribution des albums Burzum aux États-Unis..
Ce n'est qu'à partir de 1999, avec la sortie conjointe de l'EP Asgardsrei du groupe Absurd (première édition cassette limitée à 88 copies, EP banni en Allemagne depuis 2010), et de la compilation américaine par le label Dungeons of Darkness que sera « institué » le terme NSBM pour désigner tous les groupes officiant dans cette mouvance..
Si les acteurs de la scène NSBM ont aujourd'hui des motivations divergentes, le mouvement a été, et semble rester un phénomène « réactionnaire » au sens strict puisqu'il vise à restaurer l'aura sulfureuse (et underground) qu'avait le black metal à ses débuts, jusqu'au milieu des années 1990, avant la phase commerciale que des groupes comme Cradle of Filth ou Dimmu Borgir ont initiée. Les groupes étiquetés NSBM restent en effet, à ce jour, les seuls groupes à être bannis des plateformes de vente en ligne comme Discogs., de certains canaux de diffusion comme YouTube (pour )., ou de certaines bases de données musicales comme Spirit of Metal..
Réaction de la scène black metal Le black metal n'est généralement pas une musique politique, et la grande majorité de ses groupes et musiciens désavouent le néo-nazisme et l'idéologie raciste. Selon le sociologue Mattias Gardell, les musiciens NSBM voient leur idéologie comme « une extension logique de la dissidence politique et spirituelle inhérente au black metal ». Si certains fans de black metal boycottent les artistes NSBM, d'autres sont indifférents ou affirment apprécier la musique sans soutenir les musiciens. Au sein de la scène scandinave, plusieurs musiciens ont tenu des propos racistes et utilisé une imagerie nazie — mais le black metal est aussi un genre hautement performatif et transgressif, et certains artistes cultivent une image d'extrême droite comme esthétique sans y adhérer politiquement.
Classification et distribution Bien qu'il existe des marqueurs explicites (symboles, imagerie, thèmes, références historiques, etc.), il est parfois difficile de savoir si un groupe mérite ou non l'appellation NSBM, car certains groupes sont « simplement » racistes, sans être nécessairement NS (Dark Fury, Evil, Nekrokrist SS), et à l'inverse, certains groupes sont explicitement nazis sans être purement Black Metal (Absurd). Sans oublier les groupes souhaitant simplement jouer avec tous les interdits de leur temps. Cette étiquette apparait donc souvent « à l'usage », par la présence de membres en communs, l'existence de splits (Graveland / Honor par exemple), de fréquentations communes sur des affiches de concerts politisés (Asgardsrei, Call of Terror) ou in fine, par des déclarations dans des interviews.
Bien qu'en croissance, cette mouvance reste marginale dans une scène black metal qui l'est de toute façon déjà beaucoup. La distribution des groupes affiliés au mouvement NSBM se structure néanmoins sur des labels dédiés importants, comme : Darker than Black. (créé par Hendrick Möbus, leader d'Absurd), World Terror Committee (créé par Sven Zimper., alias Unhold, ancien chanteur pour Absurd ou Grand Belial's Key), Werewolf Records (créé par Lauri Penttilä, alias Werwolf, leader de Satanic Warmaster), Hassweg Productions. et Lower Silesian Stronghold. (créé par Raborym, leader de Dark Fury). Certains labels aujourd'hui disparus, comme le label anglais Supernal Music, ont édité des groupes tels que Kataxu, Der Stürmer ou encore Fanisk (connu après le remarqué « Noontide » orné d'une croix gammée). Enfin, des labels plus généralistes distribuent (et parfois même rééditent) sporadiquement des sorties NSBM, tels qu'Osmose Productions avec Nokturnal Mortum ou Drakkar Productions avec Gestapo 666 ou Grand Belial's Key.
Impact sur la société Les groupes et événements NSBM sont régulièrement dénoncés par des médias antifascistes et de gauche, ainsi que par des associations antiracistes.
L'exemple le plus récent de « tension » sur le sol français date de 2016. À cette époque, le Ragnard Rock Festival, un festival de heavy metal généraliste avec un fort tropisme païen, se produisant à Simandre-sur-Suran, avait à l'affiche Graveland et Nokturnal Mortum, deux références de la scène NSBM. Le festival n'a pas été annulé mais des saluts nazis ont été observés dans la foule. La plupart des médias locaux comme nationaux se sont emparés de l'affaire, ainsi que SOS Racisme et la LICRA, qui demandera des poursuites en justice. Voici un extrait du communiqué, consultable en ligne :
En Finlande, le Steelfest, festival annuel de black metal tenu depuis 2012 à Hyvinkää, est régulièrement critiqué pour sa programmation de groupes NSBM. Des saluts nazis collectifs y ont été photographiés dès 2013, et plusieurs groupes ont annulé leur participation en protestation lors de l'édition 2022..
D'autres affaires publiques ont également concerné des groupes NSBM, comme les musiciens Black Christ et Xaphan, respectivement membres de Blessed in Sin et Funeral avec la profanation en 1996 de la tombe d'une catholique, Yvonne Foin, affaire qui a mené ses protagonistes en prison. C'est pendant ce temps en prison que Xaphan conceptualisera le projet Seigneur Voland, formé quelques années plus tard en 1999. Plus généralement, chaque concert néo-nazi ou impliquant des formations NSBM est sujet à polémiques dans la presse locale, en France comme à l'étranger. Seuls certains pays échappent à cette règle, comme l'Ukraine où le festival Asgardsrei — créé en 2012 à Moscou avant d'être délocalisé à Kiev en 2014 lorsque son fondateur Alexeï Levkine et d'autres organisateurs ont rejoint le Régiment Azov — se déroule chaque année sans contestation locale.
Certains membres font de la politique : en 2012, Keádas (de son vrai nom Geórgios Germenís) se fait élire au parlement grec comme député du parti d'extrême droite Aube Dorée. Il sera condamné à 15 ans de prison après le procès du parti pour direction d'organisation criminelle.
En France, en 2023, d'après une enquête de Donatien Huet du journal Mediapart, un festival NSBM du nom de Night for the Blood devait avoir lieu le dans les Vosges, près de Saint-Dié-des-Vosges. Comme le rapporte le journaliste, ce type de festival clandestin est courant en France depuis quelques années :
À la suite de l'intervention du ministre de l'intérieur Gerald Darmanin, l'évènement a reçu une très large couverture médiatique. On a par exemple pu lire les explications dans la presse d'antifas connus du milieu comme Alexander Samuel sur le sujet. À la suite d'une mobilisation exceptionnelle de six préfectures du Grand Est, le festival n'a pas pu avoir lieu.
Scène latino-américaine En Amérique latine, une scène NSBM voit le jour à la fin des années 1990 au Mexique via le label Organización Nacional Socialista Pagana. Elle se distingue des scènes NSBM « occidentales » en incluant des éléments de musique autochtone sud-américaine et en incorporant à leurs thèmes les mythologies aztèque, maya et inca. La plupart des artistes de NSBM sud-américain chantent en espagnol, mais certains groupes utilisent des langues indigènes. Parmi leurs idées communes se retrouvent une approche décoloniale et anti-mondialisation du nazisme ainsi que la croyance en un complot juif à l'origine de la colonisation européenne des Amériques.
Notes et références
Voir aussi Articles connexes Black metal National-socialisme Rock anticommuniste Nazisploitation
Bibliographie Kirsten Dyck, Reichsrock. The International Web of White-Power and Neo-Nazi Hate Music, Rutgers University Press, 2016. Mattias Gardell, Gods of the Blood: The Pagan Revival and White Separatism, Duke University Press, 2003. Max Ribaric, Davide Maspero, As wolves among sheeps, la saga funeste du NSBM, Camion noir, 2014. Laurent Beauguitte, Hugues Pecout, Analyse relationnelle d'une scène musicale extrême, le Darah & Maruah movement (Malaisie, Singapour), HAL, 2019.
Liens externes The Pagan Front nsbm.org, site de référence sur le NSBM