Le symbolisme russe est un mouvement littéraire et pictural qui s'est développé dans l'Empire russe, comme l'ensemble du mouvement symboliste dans la plupart des pays d'Europe, après être apparu en France et en Belgique durant la dernière partie du .

Les précurseurs européens

Après la France et la Belgique, c'est surtout en Russie que le symbolisme se réalise de la manière la plus originale et significative comme mouvement culturel. Il y est plus tardif, mais s'y développe plus rapidement et avec plus d'énergie. La situation politique et économique y était plus tendue que dans n'importe quel autre pays d'Europe. La société avait soif de changements. Les artistes russes sentent qu'ils sont une des forces principales de la vie et se chargent de transformer la réalité par la beauté et l'esprit Ida Hoffman : Le symbolisme russe, la rose bleue. Europalia Russia. 2005. Europalia, fonds Mercatorida. p. 13. Beaucoup de représentants du symbolisme russe apportent du nouveau à ce mouvement qui n'a, pour partie, rien à voir avec l'apport des précurseurs français. Le symbolisme devint le premier mouvement significatif moderne en Russie. La seconde vague à partir du mouvement de la Rose bleue et de l'exposition du même nom en 1907 tenta d'unifier davantage les principes communs qui rassemblaient les artistes.

Le symbolisme russe en peinture La revue Mir Iskousstva (le monde des arts), sous la conduite de Serge de Diaghilev, devient, non seulement la revue des arts en Russie, mais un puissant communicateur de diffusion de la culture russe en Europe grâce à l'organisation d'expositions dont il se fait le relais et par la diffusion de reproductions de l'art russe dans la presse européenneCamilla Gray : L'avant-garde russe dans l'art moderne (1863-1922). Thames et Hudson 2003 . p. 48..

Cette revue est fondée par un groupe de jeunes artistes parmi lesquels : Alexandre Nikolaïevitch Benois, Léon Bakst, Mstislav Doboujinski. Outre ces fondateurs Victor Borissov-Moussatov (décédé en 1905), Mikhaïl Vroubel, collaboraient à cette revue. C'est un mouvement qui est comparable en France à celui des NabisCamilla Gray : L'avant-garde russe dans l'art moderne (1863-1922). Thames et Hudson 2003. p. 37..

vignette|droite|Portrait de Zinaïda Hippius théoricienne du symbolisme russe par Léon Bakst en 1906

vignette|180px|gauche|Nadejda Zabela-Vroubel dans La Princesse cygne (1900) par Mikhaïl Vroubel L'école française était représentée dans cette revue par des illustrations de toiles de Puvis de Chavannes, de Monet, de Degas. Chaque représentant de la tendance symboliste s'est créé sa propre voie et l'œuvre de chacun ne peut être réunie par un trait caractéristique. Dans leurs œuvres, les symbolistes tendent de résoudre la difficulté de la création, en associant les métaphores, les abstractions et l'irrationnel. Les symbolistes donnent une définition de symbole comme étant ce signe qui relie deux réalités : celle du ciel et de la terre, dont le lien est établi par les sens, l'intuition et l'irrationnel. Le symbolisme s'efforce de détourner l'attention des hommes du quotidien, d'une vision empirique du monde pour les tourner vers des idéaux, vers l'essence de l'univers. Ce courant s'est développé avec plus d'énergie en Russie qu'en Occident, sans doute parce que la société russe avait soif de changement et les années qui suivirent en témoignent. La situation économique, politique et sociale était tendue et allait basculer. La révolution russe de 1905 et la révolution russe de 1917 étaient présentes ou proches. Les artistes se dotent d'une mission de transformation de la réalité environnante, par la recherche de la beauté suprême et de l'espritIda Hoffman : Le Symbolisme russe, la rose bleue. Europalia russia. 2005. Europalia, fonds Mercator. p. 19..

Deux étapes peuvent être distinguées dans l'histoire du symbolisme russe. La première apparaît vers les années 1880-1890. La seconde apparaît avec la figure de Victor Borissov-Moussatov, à la charnière du ( et du ) dont les tableaux étaient parmi les figures centrales de l'exposition de la Rose bleue en 1907 (il était décédé en 1905). Mais déjà il était apparu comme une des figures les plus importantes du symbolisme lors de l'exposition de 1905, la Rose écarlate à Saratov.

La première vague était plus spontanée et peut être qualifiée de réaction néoromantique spontanée. Chacun cherche sa voie : les uns se tournent vers les personnages de la littérature romantique (Le Démon assis de Mikhaïl Vroubel), d'autres vers l'histoire ancienne (Nicolas Roerich et ses antiques slaves), d'autres encore vers des idéaux religieux (Mikhaïl Nesterov) ou éthiques. Ils ont cependant en commun le désir de changer le monde qui les entoure pour créer un monde nouveau selon les lois de l'artIda Hoffman : Le symbolisme russe, la rose bleue. Europalia Russia. 2005. Europalia, fonds Mercator. p. 13.. La seconde vague du symbolisme russe, contrairement à la première, acquiert les caractéristiques d'un véritable système esthétique. L'activité des jeunes symbolistes est à la recherche de principes artistiques généraux, d'un langage pictural particulier propre à ce seul courant.

Les décors du monde du théâtre occupent une place importante dans le symbolisme russe. Ils représentent un des chemins les plus naturels pour surmonter la banalité de l'art réaliste et l'ennui qu'il engendre. Ces décors offrent la possibilité d'aborder des toiles de très grande dimension et de libérer l'artiste de l'étroitesse du tableau de chevalet.

C'est aux environs de 1910 que débute la décadence du symbolisme comme courant. Tous ses représentants continuèrent à s'exprimer dans ce style avec succès, à créer, mais leurs voies commencèrent à bifurquer : ils s'orientèrent vers des œuvres plus personnelles. Cela ne fut pas la mort du symbolisme pour autant, comme certains le prétendirent. Le symbolisme exerça une influence importante sur la littérature et la peinture des dernières générations et resta la base d'une tradition artistique qui se poursuit encore aujourd'hui.

Peintres russes symbolistes Parmi les artistes ayant eu une période symboliste :

D'autres noms figurent dans divers groupes et lors d'expositions : Mir iskousstva (1898), Rose écarlate (1904, Saratov), Rose bleue (1907, Moscou), Les Quatre Arts (Moscou et Léningrad, 1924-1931).

Le symbolisme russe en littérature À la même époque, où débute le symbolisme en Russie, la littérature y connaît l'âge d'argent (en - Sieriébriany vek). C'est à cette époque que naissent plusieurs nouvelles écoles poétiques et qu'apparaissent des novateurs en littérature qui, pour partie, sont des représentants du symbolisme ou sous son influence : Viatcheslav Ivanovitch Ivanov, Andreï Biély, Alexandre Blok, Constantin Balmont.

Toutefois, dans le symbolisme russe, il n'y avait pas d'unité de conception, pas d'unité de style ni d'école unique. En tout cas pas dans la première vague de ce mouvement. La seconde vague, à partir du mouvement de la Rose bleue et de l'exposition du même nom en 1907, tenta d'unifier davantage les principes communs qui rassemblaient les artistes.

Le poète, dramaturge Valéri Brioussov qualifiait le symbolisme de . Le symbolisme peut être perçu de manière plus large comme modus cogitandi et modus vivendi, c'est-à-dire comme une véritable compréhension du monde. Les représentants de cette conception considèrent que seul l'art permet d'atteindre l'idéal, d'accéder au règne du divin, de l'âme. Le rôle du poète symboliste est d'être l'inspirateur d'une nouvelle vie, le prophète qui aide à la création d'un nouvel homme. L'esprit du poète symboliste est ce qu'il y a de plus grand sur terre, et l'art qu'il inspire se trouve dans les sphères les plus élevées de la nature humaine.

À partir de 1910, l'esthétique de l'acméisme de Nikolaï Goumilev s'oppose au symbolisme alors dominant dans la poésie russe. Les acméistes revendiquent l'utilisation d'un langage simple et concret pour porter à son apogée la dimension poétique du quotidien. Ils critiquent l'occultisme et l'aspect religieux du symbolisme et rejettent son aspiration à la connaissance des vérités cachées et de l'au-delà.

Poètes symbolistes russes

Les précurseurs du symbolisme russe Le symbolisme russe avait d'abord les mêmes prémisses que le symbolisme en Occident : une crise de la conception positive du monde et de la morale (en Russie, dans un contexte de crise de la tradition culturelle populiste). Le principe premier des précurseurs du symbolisme russe est le pan-esthétisme : l'esthétisation de la vie et le désir de substitution de la logique et de la morale par l'esthétique. La maxime « La beauté sauvera le monde » reçoit un éclairage nouveau. Le symbolisme russe absorbe activement la littérature de l'Occident et tente d'inclure dans le cercle de ses thèmes et centres d'intérêt tous les phénomènes de la culture mondiale qui répondent au principe de pureté de l'art libre. L'antiquité classique, la renaissance, le romantisme sont des époques dans lesquelles Valéri Brioussov, Dimitri Merejkovski, Nikolaï Minski et d'autres trouvent des artistes et poètes symbolistes. L'art lui-même commence à être compris comme la thésaurisation, la conservation de la beauté (expérience pure et vrai connaissance). « La nature crée des monstres inachevés, un magicien achève son œuvre et donne à la vie son beau visage » (Constantin Balmont). Mais dans la littérature russe de la seconde moitié du , des principes précis imposaient à l'art des liens indispensables avec la terre, avec le peuple, avec le pouvoir. C'est pourquoi les premières publications des symbolistes russes n'étaient pas encore adaptées à l'âme russe et reçurent un accueil vraiment très froid. La génération qui suit a travaillé intensément sur l'interprétation du pan-esthétisme, mais en les mêlant à des recherches philosophiques, religieuses et mythologiques. Les symbolistes russes les plus âgés (1890) ont été confrontés, au début, dans la critique et les lectures publiques, au rejet et aux moqueries. Comme mouvement convaincant et original, le symbolisme russe n'apparaît qu'au début du avec l'arrivée d'une nouvelle génération, qui s'intéresse au peuple, à la chanson russe, et est dotée d'un grand intérêt pour les traditions littéraires russes.

En imitant en grande partie des maîtres occidentaux, la jeune génération de symbolistes ouvre toutes les voies nationales russes. Beaucoup d'œuvres d'Alexandre Pouchkine (Le Prophète, Le Poète, etc.), de Fiodor Tiouttchev (en premier lieu Silentium!lire en ligne: http://www.ruthenia.ru/tiutcheviana/publications/trans/silentium.html#5), reçoivent de nouvelles interprétations et deviennent d'une certaine manière des manifestations du symbolisme russe. De même pour les Nouvelles de Pétersbourg de Nicolas Gogol. Mais le plus profond, le plus ambitieux héritage symbolique c'est celui de Fiodor Dostoïevski. Andreï Biély voit dans le symbolisme russe un élan prophétique. Cette attente d'un grand bouleversement, Biély la perçoit avant tout dans l'œuvre de Gogol et de Dostoïevski.

Avant lui, Constantin Batiouchkov (1787-1855) est un représentant encore plus précoce du symbolisme. Mais il a perdu la raison encore jeune et a cessé d'écrire.

Parmi d'autres précurseurs incontestables du symbolisme, on trouve encore des poètes russes du , représentants de la poésie pure, comme Afanassi Fet, Iakov Polonski, Apollon Maïkov, Ievgueni Baratynski.