vignette|Couverture de l'édition originale de l'œuvre, 1964.

La Rose de personne (Die Niemandsrose en langue originale) est un recueil poétique de Paul Celan, et son œuvre la plus célèbre ., souvent considérée comme un des sommets de la poésie allemande du Le grand critique George Steiner disait de lui : , dans : . Réédité en collection de poche : .. « Poète juif de langue allemande et de nationalité française, Paul Celan, très peu d'années après sa mort, occupe déjà une place de tout premier plan dans la littérature mondiale. Issue de l'après-Auschwitz, son œuvre pose quelques-unes des questions majeures de notre temps » selon sa traductrice Martine BrodaArticle Paul Celan dans Le Dictionnaire universel des littératures sous la direction de Béatrice Didier, éd. PUF, Paris 1994, tome A à F, 634.. Cet ouvrage est d'après sa dédicace, et selon sa traductrice, « une des références majeures de Celan à propos de la question de l'interlocuteur. » La question de l'Interlocuteur(Le dialogisme de l'œuvre célanienne) « À l'encontre de toute la tradition lyrique allemande, qui se veut monologique, Celan a fait le choix d'une poétique du dialogue, comme une main tendue vers l'autre, dans l'espoir de l'Interlocuteur. Malgré la complexité de son langage, il reste un anti-formaliste. Affirmant très haut le primat des valeurs d'existence et de destin, il repose la question des fins de la poésie en de nouveaux temps de détresse : visée de vérité et visée éthique. Les poèmes, ce sont des cadeaux. Destinés à ceux qui sont attentifs. Des cadeaux qui transportent du destin.» (Martine Broda, op. cit. 635.) renvoie ici au poète Ievgueni Baratynski et à sa fameuse bouteille jetée à la mer, reprise à la fois par Mandelstam, puis par Celan lui-même dans son Discours de BrêmeCf. Martine Broda, « Dans la main de personne, Essai sur Paul Celan », chapitre Ossip Mandelstam DE L'INTERLOCUTEUR, coll. La nuit surveillée, éd. du Cerf, Paris 1986, 53. .

Ce livre « sur le destin juif, emblème du tragique de l'histoire contemporaineToujours selon Martine Broda, traductrice de référence pour ce livre La Rose de personne, op. cit. 634. » fut publié pour la première fois en allemand 1963 chez Fischer Verlag à Francfort-sur-le-Main, puis traduit en français par Martine Broda et Marc Petit avant d'être publié en deux temps en 1977 dans la revue Le Nouveau Commerce et en 1979 aux éditions José CortiPaul Celan, La Rose de personne, Paris, Points, 2007, page 188..

Selon le philologue Jean Bollack, ami de Paul Celan, « le recueil est dédié à la mémoire de Mandelstam, plutôt à ce qui a pu lui être prêté, a posteriori, en fait de mémoire. Le poète russe sera lui-même devenu un autre, revivifié à la hâte par la magie d'un exploit ultime, par un souffle qui parvient à intégrer l'essoufflementTrad. la revue Le Nouveau Commerce, 1979, cité dans le Nouveau dictionnaire des Œuvres, tome V, éd. Laffont-Bompiani, article La Rose de personne, 6458, Paris 1994.. »

Outre ses qualités littéraires, cet ouvrage est reconnu pour sa poésie philosophique, comme le montrent par exemple les commentaires que Jacques Derrida a faits de certains de ses extraits (notamment dans les premières pages de Schibboleth : pour Paul Celan). En outre, comme le reste de l’œuvre de Paul Celan, ce recueil trouve une grande partie de son inspiration dans la Shoah, et a ainsi pu être interprété comme un possible élément de dialogue avec Vladimir Jankélévitch, ou encore comme un défi à Theodor W. Adorno, d'après qui « écrire un poème après Auschwitz est barbare, car toute culture consécutive à Auschwitz n'est qu'un tas d'ordures », et aux conférences parisiennes duquel a assisté Paul Celan.

Structure

Le recueil est divisé en quatre parties de taille équivalente n'ayant pas d'autre titre qu'un numéro en chiffres romains.

Les références à la culture juive y sont nombreuses, dès la première partie. Par exemple, le premier poème du recueil, Il y avait de la terre en eux, et ils creusaient, évoque par plusieurs aspects le mythe de la Tour de Babel. Le poème L'Écluse, quant à lui, compte deux mots en yiddish : Kaddish et Yizkor. Le poème Zurich, zum Storchen, enfin, commence ainsi : « Nous avons parlé du Trop et du Trop-peu. Du Toi et du Non-toi, de la clarté qui trouble, de choses juives, de ton Dieu. » Outre la référence directe au judaïsme, on peut y deviner une éventuelle référence au philosophe juif Martin Buber et à son ouvrage Je et Tu. Ces quelques exemples, bien sûr non exhaustifs, montrent déjà tant l'inspiration juive du recueil que son aspect philosophique.

La Rose La Rose de personne tire son nom du poème le plus connu du recueil, intitulé Psaume :

Ce poème peut rappeler par certains aspects les fameux vers d'Angelus Silesius dans Le Pèlerin Chérubinique (I, 289), commentés par Martin Heidegger en particulier, que Paul Celan rencontra en 1967 mais à la pensée duquel il s'intéressait depuis bien plus longtemps. :

Il marque aussi un contraste peut-être pas anodin avec le concept chrétien de Rosa Mystica.

Notes et références

Articles connexes Paul Celan Angelus Silesius

Catégorie:Recueil de poèmes en allemand Catégorie:Œuvre philosophique