Chroniques du menteur est un recueil de textes écrits par Boris Vian pour la revue Les Temps modernes de 1946- 1947 à 1948, réunis et complétés d'inédits par Noël Arnaud en 1974 aux éditions Christian Bourgois, complétés encore et publiés de nouveau au Livre de poche en 2006. Le recueil comprend des Chroniques de menteur telles que Boris Vian les avaient intitulées, ainsi que les Chroniques du menteur engagé, impressions d'Amérique, également destinées aux Temps modernes, mais non publiées.

Ces chroniques sont caractéristiques de l'humour de Boris Vian tel que le définit Marc Lapprand :

En manière d'avertissement, Noël Arnaud prévient les jeunes et moins jeunes lecteurs les plus zélés qui chercheraient à savoir si Maurice Schumann portait ou non un pantalon sous sa soutane et qui pour cette raison, le biographe leur a épargné « tout apparat, appareil, parade, ou parure critique, voire la moindre apostille explicatoires. »

Historique des chroniques Pour la raison, également, qu'elle mettait en scène Alexandre Astruc qualifié dans le texte de « cette andouille d'Alexandre Astruc » qui était abondamment ridiculisé.

La revue Les Temps modernes, créée par Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, amis très fidèles de Vian, était prête à accueillir autant de chroniques que Boris voulait en produire. Ce fut l'auteur lui-même qui décida de mettre fin à ces écrits parce qu'il trouvait que cela devenait un système.

Il s'agit de parodies de critiques, en réalité des textes délirants ressemblant davantage à des récits qu'à de critiques analytiques puisque Vian détestait la critique ou « analyse » ainsi qu'il l'écrit plus tard, en 1951 :

La présentation des Chroniques par Noël Arnaud résume cet esprit-là :

Plan de rénovation des Temps modernes Un projet de chronique, illustré par Vian et manuscrit, le Plan de rénovation des Temps moderne, est un projet qui parut effectivement dans Les Temps modernes en octobre 1946. L'article est repris dans France Dimanche le 19 janvier 1947. Il annonce que ainsi que d'autres Maries plus choquantes.

À cette époque, Max Corre, directeur de France Dimanche, habitué de Saint-Germain-des-prés et ami des célébrités de ce « chaudron », avait compris tout le parti qu'il pouvait tirer de ce petit monde littéraire. Il sera doublé « sur le terrain de l'existentialisme » par un autre organe de presse people : Samedi Soir, qui, avec la complicité d'Anne-Marie Cazalis, et de « journalistes impécunieux », inventent des existentialistesBoris Vian collabore à ces deux hebdomadaires dès 1948 et aussi au Midi libre, Cinémonde, Combat, Dans le train, La Parisienne, ce qui amène le petit monde intellectuel à se demander : Vian est-il de droite ? (puisqu'il n'a pas la carte du P.C.) Boggio p.150. Ceci amène Vian à leur répondre avec colère, voir supra : réponse dans Les morts ont tous la même peau.

De toute manière les suggestions de Vian ne furent pas écoutées et la première chronique du menteur parut dans le n° 9 de la revue.

Échantillons de textes

Le Pays sans étoiles, film de Georges Lacombe Les premières lignes de la chronique prétendent faire une analyse du film de Georges Lacombe. Le résumé présente une action se passe en Vendée selon Vian, alors que c'est en Espagne qu'elle a lieu. Et L'article dévie ensuite sur la grand-mère de Georges Lacombe avant de terminer sur cette phrase :. (Il n'y a pas de corps de ballet.)

Étoile sans lumière d'Édith Piaf Ce film de Marcel Blistène est attribué à Édith Piaf, qui « vient d'être anoblie par le pape » : pour avoir chanté Minuit chrétien accompagnée d Alix Combelle, et qui pallie le manque de réalisateurs français (« puisque Marcel Carné est américain »). La « duchesse de Piaf » « dont le physique appelle aux titres de noblesse », y chante également Près de la cascade (chanson de Tino Rossi). Le reste de l'article est à l'avenant, son auteur se désignant lui-même comme "Le Menteur" : Une idée qu'il trouve bonne et

Lumière sans pays d'Eisenstein Eisentein n'a jamais écrit un livre pareil. Cette chronique est un pur canular destiné à imiter un langage abscons des critiques hautement intellectuelles que Boris Vian déteste ainsi qu'il l'a déjà expliqué. Boris Vian s'emploie à multiplier les tournures incompréhensibles comme celle-ci : ou encore . Il s'ensuit un long discours comparatif que s'achève sur cette chute :

Le reste du sommaire Suite des chroniques du menteur Quelques révélations sur des gens connus, Comment meurent les grands de ce monde, Un peu de critique littéraire sont trois chroniques très courtes publiées dans le numéro 10 de juillet 1946. Elles sont dans l'esprit de l'humour Vian tout en restant assez provocatrices, notamment la première qui présente Le Monde comme un journal communiste et prétend que Marcel Cachin habite rue d'Enghien à l'Huma .

Les suivantes, publiées dans le numéro 13 d'octobre 1946 montent d'un cran en vacherie et en insolence. Il fallait toute la protection de Sartre. pour que Vian puisse se permettre d'écrire Pour une rénovation des Temps modernes avec notamment comme proposition :

Les trois suivantes publiées dans le numéro 21 de juin 1947 ne portent pas de titre individuellement. La première met en scène Marcel Duhamel, ainsi que son « père » Georges Duhamel qui n'est pas du tout son père.

La deuxième est une parodie de critique de théâtre et concerne Jean Cocteau pour sa pièce L'Aigle à deux têtes, jouée au théâtre Hébertot, qui aurait dû être présentée plutôt au théâtre des Deux Ânes, et dont la chorégraphie bondissante est due à la plume de Fernand Léger. Cette dernière chronique est représentative du « système » employé par Vian. Il se fonde sur un fait vrai : la pièce de Jean Cocteau, le lieu où elle est donnée, puis il lui attribue un ballet fictif à Fernand Léger.

Vian se sent très à l'aise dans cette revue où Sartre le laisse cabrioler, restant sourd aux grognements des lecteurs et de la rédaction.Il est vrai qu'il n'y a rien de très violent dans ces textes, sauf dans le texte refusé Impressions d'Amérique, qui décrit un voyage aux États-Unis avec Astruc et qui contient des remarques comme : Cette chronique est beaucoup plus longue et plus embarrassante pour les personnes citées à l'époque. Notamment pour les compétences des Américains concernant les choses du sexe, ce qui expliquerait la venue de Henry Miller en France.

Chroniques de menteur engagé Écrite en 1948, cette chronique fort violente a été refusée. Il faut entendre le mot engagé dans les deux sens : engagé de nouveau au Temps modernes, et engagé contre les militaires. L'introduction présente Le Menteur

Le texte en deux parties décrit les diverses méthodes de destruction des militaires, proposant dans une première partie Pas de crédits pour les militaires et dans une deuxième partie Un petit manuel d'anéantissement du militaire.

Avant-propos Le texte se présente comme un avant-propos au livre de James Agee et Walker Evans, Let us now praise famous men sur lequel Michèle Léglise a travaillé, qui est paru ensuite sous le titre Louons maintenant les grands hommes. Le sujet étant la condition des pauvres blancs dans le sud de l'Alabama pendant la Grande Dépression, et l'Alabama une région à fort pourcentage raciste, (un des lieux les plus actifs du Ku Klux Klan), Boris est indigné qu'on ne parle pas de la condition des noirs. Son avant-propos, très violent, est refusé . Il comporte des passages durs, des références au camp de Buchenwald. Prétendant que les Américains n'ont pas l'habitude de travailler, il préconise pour eux un séjour dans des camps ou dans des mines de diamants d'Afrique du Sud. Il propose notamment de pendre régulièrement Monsieur Agee devant un public de nègres.

Les premiers pas du menteur Boris avait commencé sa carrière de chroniqueur au début 1945. Sous le pseudonyme de Hugo Hachebuisson (traduction littérale de docteur Hackenbush, personnage du film de Groucho Marx, Un jour aux courses, 1937 selon Marc Lapprand, ou du film des Marx Brothers La Soupe au canard selon Noël Arnaud), dans le bulletin bimensuel Les Amis des arts, une « feuille de chou » où il tenait la rubrique littéraire, et Michèle Vian la rubrique cinéma. Il quitte L'Ami des arts après s'être fâché avec le directeur, parce qu'il était mal payé. Mais aussi parce qu'il n'avait aucun goût pour la critique littéraire. Toute sa vie, il se tiendra à l'écart des débats littéraires, et surtout de la critique qu'il dénigre en termes assez violents en 1951, (On ne peut pas faire un article formidable sur ce qu'un autre a créé etc..) Et qu'il a prise à partie au moment de la sortie de Les morts ont tous la même peau dans la postface :

Humour potache, refus d'embrigadement

Les Chroniques du menteur témoignent d'un humour que Bernard Morlino définit comme celui d'un héritier d'Alfred Jarry et d'un adepte de Marcel Aymé, qu'il n'a jamais pu rencontrer malgré ses efforts « Boris a cherché à connaître Marcel Aymé, qu’il aimait beaucoup, mais ça n’a pas marché. Marcel Aymé ne voulait voir personne. Boris avait un petit espoir parce que Delaunay, du Hot Club de France, connaissait le tailleur de Marcel Aymé (...). [Boris] allait chez ce tailleur, du côté de Montmartre. Et il y allait d’autant plus que c’était celui de Marcel Aymé. Je crois qu’il lui a écrit, l’autre ne lui a jamais répondu Michèle Vian, ma vie avec Boris Vian »..

Dans la chronique du menteur intitulée Quelques révélations sur des gens connus, Boris Vian se demande ce qu'il lui arriverait s'il tuait Marcel Cachin , ce dont il se défend :

C'est le brouillage de piste . Frédéric Maget, professeur de lettres modernes à l'Institut français et écrivainnotes sur Frédéric Maget sur l'encyclopédia universalis souligne encore que

Bibliographie première édition en 1970 par Ursula Vian-Kübler

Copyright Cohérie Boris Vian.

Notes et références Notes

Références

Catégorie:Œuvre de Boris Vian