thumb|Signature de Rousseau.

Les Rêveries du promeneur solitaire est un ouvrage inachevé de Jean-Jacques Rousseau rédigé entre 1776 et 1778, en France, à Paris puis chez René-Louis de Girardin au château d'Ermenonville.

Dans cet ouvrage, Rousseau décrit les persécutions secrètes qu'il prétend avoir subies pendant plusieurs décennies. Il confesse ne pas savoir si sa situation d’homme persécuté, isolé, seul contre tous, est le fruit d’une machination politique ou d’un de « ces secrets du ciel impénétrables à la raison humaine ». Certains commentateurs ont parlé de paranoïa. D’autres à l’instar de Musset-Pathay ou de G. H. Morin, ont défendu l’hypothèse d’un complot généralisé, fomenté par le pouvoir en place.

Ce livre annonce, à la manière des Nuits d'Edward Young (1742-1745) ou des Souffrances du jeune Werther de Goethe (1774-1787), la naissance du romantisme européen.

Historique

Les Rêveries du promeneur solitaire est une publication posthume de l'écrivain et philosophe genevois Jean-Jacques Rousseau. Il constitue le dernier de ses écrits, la partie finale ayant vraisemblablement été conçue quelques semaines avant sa mort, et l'œuvre étant inachevée.

Sa rédaction s'est établie tout au long des deux dernières années de sa vie, jusqu'à son refuge au château d'Ermenonville : les avanies subies pendant ses années d'errance l'ont contraint à cet exil après l'accueil de ses Dialogues, et peut-être également la mort de Louis François de Bourbon (dit le Prince de Conti) durant l'été 1776.

Présentation générale

Les Rêveries du promeneur solitaire tiennent à la fois de l'autobiographie et de la réflexion philosophique : elles constituent un ensemble d'une centaine de pages, l'auteur employant très généralement la première personne du singulier et apportant par digressions quelques détails sur sa vie.

Le livre, qui se présente comme de Rousseau, est composé de dix sections inégales, appelées promenades, qui sont des réflexions sur la nature de l'Homme et son Esprit. Rousseau, à travers cet ouvrage, présente une vision philosophique du bonheur, proche de la contemplation, de l'état ataraxique, à travers un isolement relatif, une vie paisible, et surtout, une relation fusionnelle avec la nature, développée par la marche, la contemplation, l'herborisation que Rousseau pratique.

Ces Rêveries cherchent à produire chez le lecteur un sentiment d'empathie qui lui permettrait à travers l'auteur de mieux se saisir lui-même.

Avec les Confessions, Jean-Jacques voulait d'abord faire la lumière sur le citoyen Rousseau et sur sa vie ; cette œuvre postérieure est davantage une invitation au voyage et une réflexion générale sur son mode de pensée.

Nouveauté du projet

L'exploration que Rousseau a fait de lui-même a créé une véritable révolution. Depuis le romantisme, écrire sur soi, l'introspection, l'intérêt qui s'attache à ce qu'un individu a de particulier, n'a rien de révolutionnaire. À l'époque de Rousseau, la sphère des lettres n'était pas propice à l'introspection. L'individu ne se définissait pas par son existence propre, mais à travers son groupe social. Rousseau participe à la genèse de l'individualisme.

Cette œuvre est inclassable, à la croisée de plusieurs formes littéraires : mémoire, confession religieuse et essai — tout en les dépassant. Rousseau inscrit ces derniers écrits autobiographiques dans cette triple dimension. L'écriture du « moi » n'est plus spécifiquement chrétienne ni aristocratique.

Les mémoires

Les mémorialistes écrivent pour illustrer leur fonction dans le monde. Cependant, Rousseau s'en distancie. Rousseau ne laisse aucune place à la généalogie. Il se limite à dire qui sont ses parents. Les confessions constituent une véritable coupure avec le style mémorialiste. Rousseau s'y introduit lui-même comme un être à la fois différent et ordinaire. Chose inconcevable pour la noblesse d'alors, Rousseau ne se définit plus par son nom. Avant Rousseau, les mémoires n'étaient pas le lieu de démarches introspectives mais se voulaient témoignant de l'histoire. Rousseau veut quant à lui présenter sa propre personnalité et son évolution au lecteur.

Les confessions religieuses : examens de conscience faits à Dieu

Dans son caractère apologétique, l'œuvre ressemble à des confessions religieuses, comme celles de Saint AugustinAttention, ne pas confondre notre sens du mot avec son sens plus ancien : le mot « apologie » indique une défense — Pascal, par exemple, fait une apologie de la religion chrétienne..

Cependant, Rousseau se distingue d'autres confessions religieuses. Rousseau se laisse aller au plaisir de l'écriture et au plaisir de la remémoration. L'écriture seule entretient les rêveries et souvenirs. Dans les Rêveries, Rousseau a ouvert la porte à la lecture et à l'écriture moderne.

Les essais

Rousseau cherche à se distancier, pourtant, de ce qui avait déjà été fait, car il écrit pour lui et non pour le monde. Il abandonne l'explication ou la volonté de s'expliquer au monde. Rousseau a déjà prouvé qu'il était innocent. Les Confessions sont un récit complet, à la différence d'autres essais.

Première promenade

Résumé

Insulté et blessé par ses contemporains depuis plus de 15 ans, Jean-Jacques Rousseau s'est débattu pendant 10 ans avant de cesser toute résistance, pour parvenir enfin à la tranquillité. Cette nouvelle attitude est le fruit d'une réflexion : sentant qu'il a toujours le dessous face à ses ennemis, il préserve ainsi son énergie ; de plus, devenu incapable d'imaginer pire que ce qu'il endure, il ne craint plus rien. Il lui est également impossible d'envisager une meilleure situation, et il préfère maintenant sa solitude. Il a enfin perdu l'espoir d'une reconnaissance posthume, avec lequel il vient d'écrire ses Dialogues : ses ennemis comptant parmi eux des corps collectifs, notamment les médecins et les oratoriens, ils se renouvelleront à chaque génération et tourmenteront sa mémoire après sa mort.

Dans cet état, Rousseau décide d'écrire, exclusivement sur lui et ses idées, et prend le parti d'écarter ce qui lui déplaît. Cet examen de sa personne, comme celui qu'il avait mené auparavant dans les Confessions, lui permettra de mieux se connaître et peut-être de s'améliorer. Mais il ne s'agit plus de confessions car il ne fait plus rien, ni de bien ni de mal, et ne vit qu'intérieurement. De plus, cette fois il écrira ses pensées dans l'ordre où elles lui viennent et, seul point qui distingue son entreprise de celle de Michel de Montaigne lorsqu'il rédigeait ses Essais, il ne le fera que pour lui-même, pour le plaisir de les écrire et plus tard de les relire. Alors qu'il se cachait pour écrire Confessions et Dialogues, il ne craint plus qu'on lui vole ou falsifie son texte, et personne ne peut troubler son bonheur.

Analyse

Ainsi débute le texte des Rêveries. Jean-Jacques Rousseau interpelle directement le lecteur, lui faisant part de sa retraite et de sa condition, se posant lui-même comme un vieil homme sans illusion.

Rousseau pose le texte des Rêveries comme celui d'un homme apaisé.

Jugeant l'œuvre des Rêveries comme une thérapie personnelle, il les considère également implicitement comme ses dernières lignes, sans escompter ni désirer de lecteursÉmission du 25 novembre 2012, avec Raymond Trousson en invité.Extraits : « J'aurais aimé les hommes en dépit d'eux-mêmes. » « Mais moi, détaché d'eux et de tout, que suis-je moi-même ? Voilà ce qui me reste à chercher. » « Ces feuilles ne seront proprement qu'un informe journal de mes rêveries. » « Je fais la même entreprise que Montaigne, mais avec un but tout contraire au sien : car il n'écrivait ses Essais que pour les autres, et je n'écris mes rêveries que pour moi. ».

Deuxième promenade

Dans cette seconde promenade, Rousseau explique son approche particulière de ses rêveries : il ne fait pas que les décrire, il les revit à chaque fois qu'il se les remémore.

Pour appuyer son explication, il fait part d'un exemple concret : son accident survenu le sur le chemin de retour d'une promenade à travers les vignes et les prairies entre Ménilmontant et le bourg de Charonne dans le Nord-Est de Paris. Il raconte avec précision comment les gens ont cru à sa mort bien qu'il ne souffrît que de quelques blessures. Cet instant de sa vie représente un moment-clé pour lui, puisqu'à cause de cet accident il perd la conscience de son identité pendant quelques minutes et se retrouve comme Le Voyageur sans bagage de Jean Anouilh, au plus proche de sa nature originelle d'homme. Cette expérience le porte à croire toujours plus que l'homme serait davantage heureux dans un état de nature puisque ces quelques minutes d'errance sont le plus bel instant de sa vie d'homme. Pour lui le bonheur est dans l'ignorance. Par ailleurs, la violence du choc de l'accident est paradoxale avec le calme et l'extase ressentis par Rousseau.

C'est aussi lors de cette promenade que Rousseau découvre l'incroyable comportement des gens. Au contraire d'hommages « posthumes », on porta outrages et indignités à sa mémoire ; la vénalité des hommes fit qu'ils avaient déjà souscrit une impression des ouvrages que l'on pourrait retrouver chez lui après sa mort. Rousseau condamne ces actes mais se sent impuissant à modifier les choses. On le retrouve blessé et son dégoût vis-à-vis des hommes n'est alors qu'amplifié. Il parle de « complot universel ». Cependant, la « vérification » que Rousseau donne de l'existence du complot est parfois expérimentale.

Rousseau regarde son sort comme voulu par Dieu et s'aperçoit que la méchanceté des hommes est trop parfaite, trop absolue, pour être chose humaine : elle résulte donc d'une volonté divine : .

Rousseau s'en remet au jugement divin, sans toutefois laisser de côté le fait de cultiver la vertu théologique de l'espérance puisque sa volonté est voulue par Dieu, c'est de la Volonté de Dieu qu'il espère une certaine réhabilitation. Cette dernière réflexion de la seconde promenade introduit la troisième.

Troisième promenade

La citation qui inspire le chapitre vient d'un vers de Solon :

Rousseau entre dans sa troisième réflexion en parlant de l'expérience : . Ici, la citation s'inspire d'un proverbe de Bias de Priène : . Il emmène une question d'ordre purement philosophique, à savoir si aux moments qui rapprochent l'homme de la mort, il est temps pour lui d'apprendre comment il aurait dû vivre ? Il répond peu après : Cette métaphore traditionnelle du cours de la vie donne espoir à Rousseau et le pousse à réfléchir sur la morale métaphysique.

Dans cette troisième promenade, Rousseau examine les dispositions de son âme en ce qui touche ses sentiments religieux. Il remonte ainsi le chemin qui l'a conduit à écrire Profession de foi du vicaire savoyard. Le thème de la morale est également évoqué comme étant dépendante de la métaphysique, car ce qu'on doit faire dépend de ce qu'on doit croire.

Rousseau présente sa première réflexion sous forme de discours qui est une présentation vivante de ses opinions révélées dans toute la promenade :

La dernière phrase est très éloquente :

Quatrième promenade

Rousseau explique et justifie sa devise sur la vérité.

Pour lui, il existe deux catégories de mensonges :

Les mensonges condamnables : le mensonge qui cause le renvoi de la servante ; Les mensonges innocents : la deuxième catégorie englobe une autre sorte de mensonges, qui portent sur des choses indifférentes. Il se retrouve lui-même souvent confronté à l'utilisation de ces mensonges. Il éprouve facilement de la honte dans certaines situations, il ment alors par réflexe ou par embarras, mais sans préméditation. Il n'ose pas se rattraper par la suite et avouer qu'il a menti, de peur de se faire un nouvel affront. Il se repent de celui-ci sans oser le réparer.

Mentir dans la littérature :

Il explique que la fiction à objet moral sont des fables ou des apologues, qui traitent des valeurs morales de façon sensible et agréable. Dans ce cas-ci le mensonge ne sert qu'à habiller la vérité.