Le nationalisme économique ou patriotisme économique est un ensemble de politiques qui mettent l'accent sur le contrôle interne de l'économie, du travail, et la formation de capital, même si cela nécessite l'imposition de droits de douane et autres restrictions à la circulation de la main-d'œuvre, des biens et des capitaux. Dans de nombreux cas, cette politique s'oppose à la mondialisation en cours ou au moins remet en question les avantages du libre-échange sans restriction. Le patriotisme économique peut utiliser des moyens tels que le protectionnisme et la substitution des importations par des produits locaux.
Cela désigne également un comportement spécifique du consommateur, des entreprises et des pouvoirs publics consistant à favoriser le bien ou le service produit au sein de leur nation ou de leur groupe de nations The Economist, 7 février 2009, et suivantes. Pour les partisans de ce type d'approche, il s'agit de promouvoir l'excellence économique du pays. Il est parfois lié à l'hostilité aux acquisitions par des groupes étrangers d'entreprises considérées comme stratégiques pour l'économie du pays.
. Indépendamment du terme « patriotisme économique » utilisé qui peut être connoté, il est un moyen de se défendre dans les guerres économiques qui se déroulent dans le cadre des mondialisations basées sur le libre-échange. Celles-ci ont lieu, et sont promues par les économies dominantes de chaque époque.
Objectifs vignette|Publicité patriotique ancienne. L'objectif est de soutenir l'activité économique et la cohésion sociale. Les partisans du patriotisme économique l'assimilent à une légitime défense d'intérêts économiques locaux (nationaux ou européens dans le cas des pays de l'union européenne). Certaines des méthodes utilisées visent à bloquer la concurrence externe et sont ainsi considérées comme du protectionnisme. Les actions menées par le gouvernement français sous la bannière du patriotisme économique ont toutefois généralement été peu suivies d'effets mesurables, par exemple dans le dossier emblématique du rachat d'Arcelor par Mittal Steel.
En 2014, selon un sondage CSA pour Les Échos, Radio Classique et l’Institut Montaigne, auprès des Français, le patriotisme économique a du sens. Pas moins de 59 % des personnes interrogées jugent que « le fait de privilégier des produits ou des entreprises françaises dans le contexte actuel de mondialisation » est « efficace pour redresser l’économie française».
Le nouveau défi de transition écologique milite pour une relocalisation de l'économie, allant dans le même sens que le « patriotisme économique », par rapport à la mondialisation libérale poussée à l'extrême dans l'éparpillement des chaînes de valeur.
Intervenants, domaines, critères Les initiatives pour atteindre ces objectifs peuvent être d'origines diverses, publiques ou privées. La forme principale est d'ordre étatique (étatisme) en visant à provoquer les conditions permettant aux autorités politiques et administratives d'intervenir de façon censée plus judicieuse dans les choix économiques selon les critères annoncés (ici la sauvegarde des intérêts de la "patrie").
Ces critères peuvent différer de ceux de la rentabilité financière à court terme qui serait imposée de l'extérieur par une mondialisation non maîtrisée. En ce sens le patriotisme économique rejoint certaines thèses de l'altermondialisme et du souverainisme.
Avec le développement des retraites et du rôle des investisseurs institutionnels sous l'égide d'un gouvernement, les adeptes du nationalisme économique disposent de nouveaux outils pour mettre en place leurs politiques. Au Canada, les deux plus grandes institutions dans ce genre sont le Régime de pensions du Canada ou la Caisse de dépôt et placement du Québec.
Au niveau organisationnel, l'objectif affiché d'accroître la compétitivité de l'économie et la cohésion sociale se traduit par la stimulation du développement économique des territoires, en structurant les relations des organismes territoriaux avec les entreprises qui y sont implantées. Le versant défensif vise à protéger des prises de participation non anticipées de type OPA hostile (Danone, Arcelor...). Le versant offensif a au contraire pour objectif affiché de stimuler l'émulation et la compétitivité en définissant des stratégies d'anticipation structurées et innovantes.
Historique Usage de l'expression
Certaines sources affirment que l'expression a été employée pour la première fois par Leo Pasvolsky dans un livre intitulé , publié en 1928Éric Boulanger, Théorie du nationalisme économique dans L'Économie politique, Quel patriotisme économique?, Altern. économiques, 2006, n 31.. Parmi les premiers facteurs qui ont mené à la popularité des études sur le sujet, on note la montée du nationalisme en Europe, la Grande Dépression, le démembrement de l'Empire austro-hongrois et la création de nouvelles nationsLevi-Faur, David, 1997b, "Economic nationalism : from Friedrich List to Robert Reich", Review of International Studies, vol. 23, n? 3, juillet, p. 359-370. À la suite de la Seconde Guerre mondiale, ces politiques économiques ont inspiré des pays en développement pour provoquer les conditions propices à leur décollage industrielJohnson, Harry G., 1967a, "A theoretical model of economic nationalism in new and developing states", in H. G. Johnson (dir), Economic Nationalism in Old and New States, Chicago, The University of Chicago Press, p. 1-16.. Il faut noter que la rivalité entre l'Ouest capitaliste et l'Est « socialiste » a imposé des barrières énormes à la poursuite du développement théorique du concept et des autres modèles de développement qui ne choisissait pas son camp dans la partition des relations internationales de la guerre froide. Au-delà du socialisme et du capitalisme, il y avait un vide théorique sérieux.
Assez ironiquement, cette expression est attestée chez l'humoriste Alphonse AllaisPatriotisme économique, dans une lettre de fiction datant de 1895 adressée à Paul Déroulède, où il raille en fait l'esprit revanchard de l'époque.
Exemples historiques Les gouvernements ont traditionnellement un fort intérêt à préserver leur force économique et donc politique. Ils ont donc cherché à utiliser les outils dont ils disposent, en particulier la structure fiscale et les dépenses discrétionnaires, pour stimuler la croissance économique. Cela était particulièrement vrai lorsque la guerre était endémique au début de la période moderne : une économie forte signifiait souvent la différence entre l'indépendance politique et la soumission à une puissance étrangère. Cela a abouti à un système économique généralement connu sous le nom de mercantilisme. La république de Venise a conçu toute son économie autour de l'expansion de sa puissance nationale. Par exemple, Venise a ordonné que tous les navires de commerce vénitiens fassent escale à Venise, indépendamment de leur origine et de leur destination. Cela a garanti à Venise une plus grande part des profits réalisés dans le commerce des épices. Bien que cela soit moins efficace économiquement, le coût fut reporté sur les consommateurs, tandis que Venise a bénéficié de sa position d'intermédiaire. Venise a également limité ses importations aux seules matières premières, réservant leur raffinage et leur transformation aux artisans vénitiens. Le succès de cette stratégie a été relevé par un homme d'affaires vénitien de premier plan:
En France, au , Jean-Baptiste Colbert (1619-1683), le contrôleur général des finances de Louis XIV met en œuvre une politique protectionniste ambitieuse. Colbert agit en défenseur du "patriotisme économique", réservant à la métropole l'exclusivité du commerce avec ses colonies et doublant, en , les taxes sur les produits anglais et hollandais. Son but était de « sortir de l'enfance » l'industrie française. Le Royaume-Uni a poursuivi des politiques du nationalisme économique au cours des . Les deux piliers de sa stratégie économique étaient : (1) des taux de droits d’entrée élevés et (2) l'acquisition de nouveaux marchés pour ses produits. Au milieu des années 1700, le taux moyen des droits de douane en Grande-Bretagne était de 30 % ; à la fin des années 1820, il était passé à 57 %. Cela a exclu les produits manufacturés étrangers des marchés britanniques et était l'une des principales conditions permettant la révolution industrielle. Dans les années 1890, par le Merchandise Marks Act 1887, l’Angleterre a imposé aux produits d’origine allemande l’apposition d’un label « Made in Germany ». Sous couvert d'information du consommateur, il s'agissait d'inciter les ménages à soutenir l'industrie nationale par un comportement civique, en préférant l'achat de produits du Commonwealth. Les États-Unis ont également pratiqué le nationalisme économique au cours du et au début du principalement par l'imposition de droit élevés et l'acquisition de marchés en Amérique centrale et en Amérique du Sud. Les tarifs élevés étaient la norme dans la vie économique des États-Unis, et furent des politiques favorisées par les présidents Washington, Lincoln, Grant et Roosevelt.
Au , Friedrich List a mis en lumière la stratégie de « retrait de l'échelle » : . Cette ruse consiste à prôner le libre-échange aux pays européens, cela afin d'écouler plus facilement la production de leur industrie construite à l'abri du système protectionniste.
Le nationalisme économique en Europe précéda la Première Guerre mondiale. De 1875 à 1913, les taux moyens de protection douanière passèrent ainsi de 5 % à 13 % pour l'Allemagne, de 15 % à 20 % pour la France et de 20 % à 85 % pour la Russie. Selon la structure des économies, ils visèrent en priorité les biens manufacturés ou les matières premières.
En France : intelligence économique, compétitivité cohésion sociale
Le sujet est évoqué France, depuis au moins les années 1990Voir par exemple Le patriotisme économique en France, de Jean-Louis Levet, dans Challenges, mars 1992, par le patronat, à l'exemple de la CGPME en 1997Manifeste de la CGPME adressé aux candidats à l'élection présidentielle de 1995, paru dans "PMI France" de mai 1995 et intitulé "Pour l'instauration d'un "libéralisme tempéré" dans l'intérêt national", et communiqué de M. Lucien Rebuffel, président de la CGPME, le 22 juin 1995, sur la politique de l'emploi et les mesures à prendre pour aider les entreprises..
Le monde politique commence à s'investir sur le sujet, le pays ne pouvant rester sans défense dans le domaine économique, à l'instar de Jean Arthuis en 1997Déclaration de M. Jean Arthuis, ministre de l'économie et des finances, sur la notion de défense économique et la politique en matière d'intelligence économique, Paris le 3 février 1997.. La politique d'intelligence économique y a été relancée en 2003 à la suite d'une rumeur d'OPA hostile sur une grande entreprise immatriculée dans ce pays.
Issue du rapport du député UMP Bernard Carayon, Intelligence économique, compétitivité cohésion sociale, l'expression « patriotisme économique » a été employée à cette occasion par le Premier ministre Dominique de Villepin le mercredi au cours d'une conférence de presse à la suite des rumeurs d'OPA hostile sur Danone.
À la suite de ses travaux sur l'intelligence économique, Bernard Carayon a développé le concept de « patriotisme économique »"Patriotisme économique, de la guerre à la paix économique". Il estime que le patriotisme économique se justifie par l'intérêt pour tous de la « protection » d'une industrie spécifique, au nom d'une solidarité d'intérêts : « il n'y a pas d'intelligence économique sans solidarité d'intérêts et d'affection ». Il estime que « le patriotisme économique n'est pas plus un nationalisme qu'un conservatisme : c'est le garant de la cohésion sociale, un catalyseur d'énergie ». Il se justifierait par les « risques » de la mondialisation : « délocalisations, fuite de nos cerveaux, perte de la maîtrise ou déstabilisation de nos entreprises petites ou grandes ».