Le royaume lagide ou ptolémaïque (en grec ancien : ) est un royaume hellénistique situé en Égypte et dirigé par la dynastie lagide issue du général macédonien Ptolémée, fils de Lagos (d'où l'appellation « lagide »), de 323 à Considéré comme le plus puissant et le plus riche des royaumes hellénistiques, il établit une véritable thalassocratie en Méditerranée orientale pour atteindre son apogée sous le règne de . Son principal adversaire est le royaume séleucide contre lequel il lutte durant les guerres de Syrie. Les Lagides interviennent régulièrement dans les affaires de la Grèce afin de faire face aux ambitions des Antigonides. À partir du , le royaume doit faire face à des mouvements de sédition qui entament l'autorité royale. La défaite de et de Marc Antoine face à Octave à la bataille d'Actium en 31 av. J.-C. marque la fin de la dynastie ptolémaïque et de l'Égypte pharaonique, mais aussi, pour les historiens modernes, de l'époque hellénistique.
Le fonctionnement interne du royaume, ainsi que ses institutions politiques et économiques, sont les mieux connus de l'époque hellénistique grâce aux nombreuses trouvailles papyrologiques et archéologiques.
Histoire Formation de la royauté lagide vignette|Buste de , Musée du Louvre.
La dynastie lagide se place dans la continuité d'Alexandre le Grand, roi de Macédoine, qui se fait proclamer pharaon en 331 à l'issue de la conquête de l'Égypte. Alexandre s'est rendu dans l'oasis de Siwa où il rencontre l'oracle de Zeus Ammon qui le confirme comme descendant du dieu Amon. Cette sentence, conforme aux traditions égyptiennes, est très largement exploitée par la propagande du conquérant. Il ordonne par ailleurs la construction d'Alexandrie.
Ptolémée, l'un des proches officiers d'Alexandre, est désigné satrape d'Égypte lors des accords de Babylone en 323. Incarnant les Expression de l'historien helléniste Paul Goukowsky. désireuses de s'affranchir du pouvoir central, Ptolémée s'oppose immédiatement au chiliarque Perdiccas. Il s'empare de la Cyrénaïque et noue des relations avec des roitelets de Chypre. Surtout, il fait exécuter Cléomène de Naucratis, l'administrateur grec de Basse-Égypte, sous le prétexte d'un enrichissement personnel, et prend possession de ses trésors. Enfin, vers 322, il est censé avoir « détourné » le convoi funéraire qui doit conduire la dépouille sacrée d'Alexandre de Babylone vraisemblablement jusqu'en MacédoineDiodore, , 26-28 ; Pausanias, , 6, 3 ; Photios, Bibliothèque, , 92, 70 b.. Ce détournement a une haute portée symbolique ; pour autant, les historiens modernes ne s'accordent pas tous sur sa réalité, sachant que les sources antiques ne sont guère précises au sujet du lieu où doit être ensevelie la dépouille d'Alexandre. Peut-être les Diadoques ont-ils tacitement convenu que celle-ci serait moins dangereuse politiquement à Memphis qu'en Macédoine.
Perdiccas réagit début 321 en s'avançant avec l'armée royale en direction de l'Égypte. Mais la frontière orientale étant bien défendue, il échoue à faire traverser le Nil à son armée et périt assassiné par ses officiers. Par la suite, Ptolémée, en stratège prudent, prend part aux guerres des Diadoques en luttant contre Antigone le Borgne et son fils Démétrios.
Vers 305, Ptolémée se proclame roi (basileus) d'Égypte pour les Grecs et les Égyptiens, après la disparition de son suzerain théorique, Alexandre , et la proclamation royale des Antigonides. C'est son fils et successeur, , qui le premier aurait reçu le titre de pharaon des prêtres égyptiens. Le couronnement pharaonique n'est explicitement attesté qu'à partir de en 196 grâce à la pierre de Rosette. Pour autant, il paraît probable que les Lagides aient reçu déjà avant lui les sacrements pharaoniques, comme le laisse supposer l'instauration du culte royal dans les temples égyptiens dès 260.
Caractéristiques des Lagides vignette|Octodrachme d'or à l'effigie d' Philadelphe, sœur et épouse de .
Comme chez les premiers pharaons, la dynastie est marquée à partir de par les mariages consanguins (notamment entre frère et sœur), bien qu'ils ne soient pas la règle. Des unions matrimoniales sont parfois conclues avec les Séleucides, comme celle de Bérénice, fille de , avec , de Syra, fille d', avec , ou de Cléopâtre Théa, fille de et de sa sœur-épouse , avec trois rois séleucides successifs. Les crimes familiaux constituent une sorte de règle successoraleL'un deux est celui commis par qui fait dépecer le corps de son propre fils, Ptolémée Memphitès, âgé de treize ans, et envoyer dans une caisse les morceaux à sa mère.. Les rois et reines n'en portent pas moins des épithètes bienveillantes, parfois d'essence divine : , , ; ou bien des hommages familiaux renvoient à d'autres parents : , .. Selon la coutume ptolémaïque, une reine ne peut théoriquement régner seule ; elle est nominalement mariée à son frère cadet comme dans le cas de au début de son règne.
Malgré les querelles intestines, la dynastie lagide contribue au rayonnement de l'Égypte durant l'époque hellénistique en initiant une synthèse entre la culture grecque et le monde égyptien traditionnel. En témoignent la naissance du culte syncrétique de Sérapis et le renouveau des divinités égyptiennes.
Les sources contemporaines décrivent un certain nombre de membres de la dynastie lagide comme étant obèses, tandis que les sculptures et les monnaies révèlent des yeux proéminents et des cous gonflés. La maladie de Basedow pourrait expliquer le cou gonflé et la proéminence des yeux (exophtalmie), mais il est peu probable qu'elle puisse se produire dans le cas d'une obésité morbide. Compte tenu de la nature familiale de ces pathologies, les membres de la dynastie ont probablement souffert d'une affection fibrotique multiorganique, telle que la maladie de Erdheim-Chester, ou d'une fibrosclérose multifocale familiale où la thyroïdite, l'obésité et l'exophtalmie se déclarent simultanément..
Empire lagide au vignette|redresse=2|Les royaumes des Diadoques en 301 av. J.-C.
et ses successeurs immédiats reprennent à leur compte la politique des pharaons égyptiens, qui consiste à former un « glacis protecteur » autour de la vallée du Nil : ils établissent leur domination sur le littoral d'Asie Mineure (Ionie, Carie, Lycie, Pamphylie, etc.), sur la Cyrénaïque, sur la Syrie-Phénicie (future Cœlé-Syrie) et enfin sur Chypre.
Dans la première partie du règne de , les Antigonides sont le principal adversaire dans le contexte des guerres des Diadoques. En 312, il remporte la bataille de Gaza contre Démétrios ; mais cette victoire ne suffit pas pour occuper la Syrie. Il faut attendre la bataille d'Ipsos (301), à laquelle Ptolémée n'a pas participé, pour que la Syrie devienne lagide. Chypre, base de la puissance navale des Ptolémées, est l'objet d'une lutte intense avec les Antigonides, ces derniers parvenant à la mettre sous tutelle entre 306 et 294.
La dynastie lutte ensuite contre les Séleucides au travers des six guerres de Syrie (274 à 168) pour la domination de la Syrie-Phénicie (ou Cœlé-Syrie). L'empire lagide connait son apogée sous , vainqueur des Séleucides à l'issue de la troisième guerre de Syrie (246 à 241). En 217, durant une quatrième guerre, le jeune défait à la bataille de Raphia ; mais en 195, parvient à prendre possession de la Cœlé-Syrie. Enfin, remporte la sixième guerre de Syrie (170-168) ; il s'empare de Péluse, de Chypre et assiège même Alexandrie ; en dépit de ces défaites égyptiennes, la dynastie lagide est sauvée par une intervention romaine.
À la fin du , le royaume connait de graves troubles intérieursPolybe (, 12) évoque la et l' de cette guerre civile., conséquence notamment d'une hausse de la fiscalité servant à financer l'armée. De plus, le pouvoir royal commence à s'« égyptianiser » : pour la première fois, un souverain de la dynastie lagide reçoit les honneurs égyptiens complets, ce qui devient la norme et est transmis aux autres pharaons. Une stèle commémorant la victoire de Raphia donne en effet à la titulature pharaonique complète (et traduite en grec).
Les Lagides s'engagent dans une moindre mesure contre les Antigonides de Macédoine, afin de limiter leur influence en Grèce et surtout de réduire leur force navale qui se développe avec Antigone Gonatas. apporte en vain un soutien militaire à Athènes et à Sparte durant la guerre chrémonidéenne (268-262)Ce conflit est la seule intervention militaire directe des Lagides en Grèce continentale.. Cet échec pousse les Lagides à privilégier désormais la voie diplomatique : ils apportent une aide financière aux adversaires des Macédoniens, comme la Ligue achéenne, la Ligue étolienne ou Sparte sous le règne de . Les rapports avec Athènes sont étroits, la cité se voyant garantir sa neutralité entre 229 et 200. Les Ptolémée reçoivent ainsi de grands honneurs avec l'instauration d'un culte royal, de la tribu de Ptolémaïs et du dème de Bérénicidai.
Thalassocratie lagide Les premiers souverains lagides manifestent l'ambition d'établir une thalassocratie en Méditerranée orientale et en mer Rouge, grâce à une flotte puissante, leurs navires étant alors les plus grands jamais construits. La possession de bases navales en Syrie-Phénicie (la future Cœlé-Syrie) et à Chypre leur assure la maîtrise des mers. L'Égypte étant dépourvue de bois, il est aussi indispensable pour eux de contrôler la Syrie-Phénicie, riche en ressources forestières. Grâce à leurs protectorats sur le littoral méridional d'Asie Mineure et dans les Cyclades, dont la Ligue des Nésiotes (ou confédération des Insulaires) sous leur tutelle jusque vers 250, ils peuvent contrôler les voies maritimes vers la mer Égée et protéger leurs exportations de blé vers la Grèce. Les principales bases navales égéennes sont Itanos en Crète, Théra dans les Cyclades, Méthana dans le Péloponnèse, Maronée et Ainos en Thrace. Les trois premières sont réunies au sein d'une même région militaire ; les bases de Thrace doivent permettre le contrôle des détroits hellespontiques, voire de se rapprocher de l'aire d'influence des Antigonides.
L'occupation des Cyclades s'effectue au début du aux dépens de Démétrios Poliorcète lui-même, plus qu'elle ne semble dirigée contre le royaume de Macédoine dont les Lagides auraient cherché à réduire l'influence. Certes, les Cyclades servent de bases pour des interventions en Grèce, comme celle qui vise à libérer Athènes du Poliorcète en 286, mais les Lagides n'ont jamais véritablement usé de toutes leurs forces pour lutter contre les Macédoniens, que ce soit durant la guerre chrémonidéenne contre Antigone Gonatas qui voit la défaite des Lagides à la bataille de Cos contre la flotte antigonide, ou plus encore durant la guerre cléomènique qui voit l'abandon de Sparte par les Lagides en 223. La réduction de la menace maritime macédonienne reste la priorité des Lagides, davantage que la lutte contre les Antigonides en Grèce continentale. intervient dans la guerre chrémonidéenne (née d'une coalition entre Athènes et Sparte) dès lors qu'Antigone constitue une flotte assez importante pour mettre en danger la suprématie maritime de l'Égypte.
Le dessein des premiers Lagides semble bien avoir été d'empêcher la formation d'un « empire » entre l'Europe et l'Asie. Les disparitions rapprochées de Démétrios , de Lysimaque et de font disparaître pour un temps cette menace. Après , la politique extérieure se tourne vers l'Orient séleucide, marquant une baisse d'intérêt pour les affaires d'Europe. C'est ce que prouve la perte des possessions égéennes, dont Délos, après la guerre chrémonidéenne.