thumb|upright=1.7|Sarcophage des Muses, , musée du Louvre.

Dans la mythologie grecque, les Muses (grec ) sont les neuf filles de Zeus et de Mnémosyne qui président aux arts libéraux.

Mélété, Aédé et Mnémé sont les muses béotiennes dites originales, et Calliope, Clio, Érato, Euterpe, Melpomène, Polymnie, Terpsichore, Thalie et Uranie sont les neuf muses olympiennes. Un trio tardif de muses dites les jeunes muses, filles d'Apollon (Céphisso, Apollonis, et Borysthénis) complète l'ensemble des muses.

Étymologie S'il est établi que leur nom (sing. []) reflète un ancien *montya, l'étymologie de cette dernière forme reste incertaine. Une hypothèse fait dériver le terme de la racine indo-européenne *men- / *mon- présente dans et dans . Mnémosyne dérivant du grec , cela ferait des Muses, les Filles de la MémoirePierre Chantraine, La formation des noms en grec ancien, Paris, 1933, 98 ; voir aussi Ulrich von Wilamowitz-Moellendorff, Der Glaube der Hellenen, Berlin, 1931-1932, I, 252.. Tandis qu'une autre hypothèse propose de rattacher le mot à la racine *mont- du latin mons (« montagne »)Jean Haudry, Courtisanes, Journal Asiatique, 303.2, 2015, et faire d'elles, primitivement, les nymphes des monts Olympe ou Hélicon. Toutefois, la racine grecque se retrouve dans des mots tels que () ou ().

Il est aussi possible que le mot ne soit pas d'origine indo-européenneRobert Beekes, s.v. μοῦσαμ Etymological Dictionary of Greek, Boston, Brill, 2010, p. 973.

Mythes de l’antiquité au contemporain

Mythes antiques Les Muses apparaissent dans la Théogonie du poète grec Hésiode. Elles font l'objet d'un prologue qui est dédié à leur rencontre avec le poète sur le mont Hélicon. Dans ce prologue, Hésiode, venu faire paître son troupeau sur le mont Hélicon, aurait entendu les Muses pendant leurs rituels sacrés. C'est à ce moment qu'elles l'auraient doté de sa qualité de poète, et l'auraient chargé d'accomplir une mission sacrée : celle de conter leur Histoire et celle des dieux olympiens. Selon lui, elles sont les filles de Zeus et de Mnémosyne.

Dans l’Odyssée, Homère invoque une Muse, sans doute Calliope, peut-être Érato, pour raconter le retour d'Ulysse à Ithaque après la fin de la guerre de Troie :

Mais dans l’Iliade, où il narre un épisode de la guerre de Troie, il invoque une déesse :

À l'origine (selon Pausanias), elles étaient trois : Aédé (le « chant », la « voix »), Mélété (la « méditation ») et Mnémé (la « mémoire »), vénérées dans la région de Béotie sur le Mont Hélicon. Ensemble, elles représentent les prérequis de l'art poétique dans la pratique du culte. Les plus anciennes, seraient filles d'Ouranos et les plus nouvelles étaient filles de Zeus. Une autre généalogie plus rare est qu’elles sont les filles d’Harmonia (la fille d’Aphrodite et d’Ares), ce qui contredit le mythe dans lequel elles dansaient aux noces d’Harmonia et de Cadmus.

À Delphes, elles portent le nom des trois premières cordes d'une lyre : Aiguë (Nété), Médiane (Mésé) et Grave (Hypaté).

Cicéron dans La Nature des dieux en compte quatre : Thelxinoé « qui touche le cœur », Aédé « le chant », Arché « le commencement » et Mélété « la réflexion »Annie Collognat, Au bonheur des dieux : Petit dictionnaire de mythologie grecque, 2015...

Plutarque donne Polymathie comme une des trois Muses célébrées originellement à SicyonePlutarque, Moralia avec une traduction en anglais par Frank Cole Babbitt. Cambridge, MA. Harvard University Press. London. William Heinemann Ltd. 1936. Online version sur la Perseus Digital Library. Texte en grec.

La tradition leur attribuait deux résidences : une sur le mont Parnasse, l'autre sur l'Hélicon.

C'est Platon (dans Ion) vers 401 av. J.-C., puis les néo-platoniciens, qui font des neuf Muses les médiatrices entre le dieu et le poète ou tout créateur intellectuel, d'après la conception de l'art selon laquelle le poète est possédé, transi par le dieu. De l'âge présocratique à l'âge classique, leurs attributs ont évolué. Nom usuelRacineDomaineCalliope, « qui a une belle voix »poésie épiqueClio, « qui est célèbre »histoireÉrato, « l'aimable »poésie lyrique et érotiqueEuterpe, « la toute réjouissante »musiqueMelpomène, « la chanteuse »tragédie et chantPolymnie, « celle qui dit de nombreux hymnes »rhétorique, éloquenceTerpsichore, « la danseuse qui réjouit le cœur »danseThalie, « la florissante, l'abondante »comédieUranie, « la céleste »astronomie

Les Muses sont parfois abusivement assimilées aux Piérides, en référence à la Piéride, une région de Thrace dont elles sont originaires..

Contrairement à une croyance répandue, il n'y a pas de lien direct entre les Muses de la mythologie grecque et la définition des arts dits traditionnels. Ainsi, le philosophe Hegel, dans son Esthétique, n'en dénombre que cinq : architecture, sculpture, peinture, musique et poésie.

Mythes contemporains Dans les Daphnéides — récit « la Marche d’Alexandre », passage le jugement des Muses. Est énoncé que les Muses après avoir passé trop de temps auprès des mortelles. On finit par être corrompus par l’hubris du monde mortel. Melpomène, Uranie et Terpsichore, malades de la corruption, tentèrent dans un instant de folie de tuer la déesse Ani, épouse d’Apollon, lorsqu’elle était dans son incarnation mortelle (Atélaïs).

Cette dernière les démasqua avant le drame. Elles furent jugées et furent sauvées par leurs sœurs qui refusèrent qu’elles subissent une sentence terrible, en partageant leur jugement. Le conseil olympien eut alors pitié d’elle et eut comme châtiment de réaliser 13 travaux en une révolution solaire. Dans tout le monde hellénistique, dont les pays conquis par Alexandre le Grand. Chaque travail est choisi par la déesse Ani et les enfants d’Aphrodite (victimes indirectement), sous les conseils de différentes divinités. Les travaux hors monde grec, se trouvant dans les pays conquis, sont donnés par les seigneurs des déités des cultes de chacun (Égypte et Inde).

Certains de leurs travaux finirent par être des circonstances favorables pour Alexandre le Grand dans sa conquête et permirent de promouvoir plus facilement le culte hellénique sur les territoires conquis. Dans le 12ᵉ travail, elles ont aussi été sur le camp de l’armée d’Alexandre pour réconforter les soldats après les affrontements.

Toujours dans Daphnéides — récit « l’âge romain ». Apollo (Phébus-Apulu), la forme latine du dieu Apollon, est le père des trois jeunes muses — les Apollonides — qu’il a eues avec Eréus, une autre incarnation de la déesse Ani. +Noms usuelsRacineDomainesKéphisso ou Céphisso : Keph- « sommet »renommé et influenceApollonisἈπολλωνίς / Apollōnís « d'Apollon »inspiration divineBorysthénisΒορυσθενίς / Borysthénis : is- « provenance de- »coopération À la différence des jeunes Charites, elles agissent sous l’influence de leur père et dans les domaines des autres muses. Elles sont des personnifications d’énergies, qui influencent les travaux/créations des dévots et prêtres du dieu Apollon. .

Attributs thumb|Trois muses sur un bas-relief de Mantinée attribué à l'atelier de Praxitèle.

Les Muses sont facilement identifiables dans l'art, notamment quand elles sont au nombre de neuf et accompagnées d'Apollon. Cependant, leurs différents attributs permettent aussi de les reconnaître dans des représentations isolées. Calliope : couronne d'or, livre, rouleau, trompette, guirlandes, poème épique ; Clio : couronne de laurier, cygne, livre qui a pour titre Thucydide., tablette et stylet, quelquefois trompetteEustache Le Sueur, Les Muses - Clio, Euterpe et Thalie, vers 1652-1655., parfois le globe terrestre, la guitare, la clepsydre et un plectre ; Érato : couronne de myrte et de rose, tambourin, lyre, viole, cygne, archet, tourterelle, flèches dorées ; Euterpe : flûte simple ou aulos, hautbois double, et un autre instrument de musique (trompette), couronne de fleurs, cygne ; Melpomène : cor, couronne de pampre de vigne, épée, masque tragique, sceptre à ses pieds, chaussée d'un cothurne, poignard ensanglanté ; Polymnie : couronne de perles, de fleurs ou de pierreries, orgue, couleur blanche, sceptre, rouleau sur lequel est écrit le mot latin suadere « persuader » ; Terpsichore : couronne de guirlande, instrument de musique à cordes (viole, lyre, harpe, par exemple) ; Thalie : couronne de lierre, instrument de musique (souvent viole), masque comique, rouleau, chaussée de brodequins, clairon ou porte-voix ; Uranie : robe azur, compas, couronne d'étoiles, globeIrène Aghion, Claire Barbillon, François Lissarrague, Héros et dieux de l'Antiquité. Guide iconographique, Paris, Flammarion, 1994, 195-196., instruments de mathématiques.

Culte Pausanias, dans Description de la Grèce, indique que les Thespiens organisent des fêtes et des jeux en l'honneur des Muses.

Les Muses avaient plusieurs temples et lieux saints dans la Grèce antique, leurs deux lieux de culte principaux étant le Mont Hélicon en Béotie et la Piérie, en Macédoine. Strabon a écrit :

Phrase mnémotechnique La phrase suivante permet de se rappeler les neuf sœurs, dans l'ordre « Clio, Euterpe, Thalie, Melpomène, Terpsichore, Érato, Polymnie, Uranie, Calliope »Alain Lieury, Une mémoire d'éléphant ? Vrais trucs et fausses astuces, Paris, Dunod, 2011 ; voir aussi Alain Lieury, Le livre de la mémoire, Paris, Dunod, 2013, 14. :

Postérité vignette|droite|Minerve venant trouver les Muses sur le mont Hélicon, par Jacques Stella en 1635-1640. La poétesse grecque Sappho de Lesbos, qui vécut au , a été surnommée dans une épigramme anonyme (attribuée sans doute faussement à Platon).

La littérature romaine a été influencée par les Grecs dès une période relativement ancienne. On trouve ainsi des modèles grecs dans la poésie romaine, comme l'invocation des Muses, rendues par les Camènes Camenae ou les Pieridae indigènes..

Sources (, 3, 1-4). (, 21, 54). (, 4 ; , 43). (passim). (Apollon, v. 189 ; Hermès, v. 430). (, 19, 4 ; , 9, 29 ; , 29, 1-6). Daphne, Daphnéïdes (récit oraux).

Notes et références

Annexes

Bibliographie

I. Aghion, C. Barbillon, F. Lissarrague, Héros et Dieux de l'Antiquité, Flammarion, Paris, 1994. Évelyne Saëz, Les Muses. Entre 1850 et 1950, des femmes d'exception, Collection Beaux Arts, Ouest France, 2014, 120 p. . Sidy Diop, L'énonciation homérique et la pratique de l'invocation à la Muse, , Circe, 2011 .

Articles connexes Égérie

Liens externes Les Muses, dossier sur Musagora (réalisé par un groupe d'enseignants). Exposition de la BnF : Homère et les Muses. Ca. images des Muses dans le Warburg Institute Iconographic Database.

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