Le Kh-55 (en russe Х-55) désignation OTAN AS-15 , aussi désigné RKV-500, est un missile de croisière soviétique aéroporté conçu par le bureau d'études MKB Raduga. Il a une portée de près de et peut emporter des ogives nucléaires. Le Kh-55 est lancé exclusivement à partir de bombardiers et a donné naissance à de nombreuses versions armées conventionnellement, principalement destinées à un usage tactique, telles les Kh-65SE et Kh-SD. Il apparaît cependant que seules les Kh-101 et Kh-555 ont été admises au service.
Le Kh-55 ne fut pas la base de développement du missile RK-55 Granat lancé depuis les sous-marins ou les postes terrestres (OTAN : SS-N-21 et SSC-X-4 ).
Développement À la fin des années 1960, l'étude menée par l'institut GosNIIAS (Institut des recherches scientifiques et des systèmes aéronautiques de l’État) conclut qu'il serait plus efficace de déployer un grand nombre de petits missiles de croisière subsoniques que les bien plus coûteux missiles supersoniques, qui étaient alors privilégiés par les autorités militaires..
En 1971, les travaux commencèrent sur la conception d'un missile de croisière aéroporté, avec un premier vol de tests effectué en 1976. D'autres tests suivirent en 1978 et quelques exemplaires furent installés sur un bombardier Tu-95MS en 1984. L'apparition de l'ALCM au cours de l'année donna une impulsion supplémentaire au programme, l'armée de l'air soviétique faisant alors part, dès le mois de , d'un besoin rapide d'un missile de croisière aéroporté.
Il apparut alors trois versions de ce missile : la Kh-55 (en , ), aussi connue sous la désignation de RKV-500. Désignée par l'OTAN , elle entra en service le .. Elle fut rapidement suivie par la Kh-55OK (Izdeliye-124), à guidage optique, et quelques années plus tard, en 1987, par la Kh-55SM (en , ), désignée par l'OTAN et disposant d'une portée supérieure. Cette amélioration fut possible grâce à l'ajout d'une paire de réservoirs conformes autour du fuselage, qui augmentèrent la masse du missile à près de mais portèrent son autonomie à près de lorsqu'il était équipé de sa charge nucléaire de . La version navale de ce missile fut désignée RKV-500B.
À la fin des années 1980, d'autres travaux furent effectués pour un missile de remplacement, emportant au choix une charge conventionnelle (Kh-101) ou nucléaire (Kh-102) et étant doté d'une plus grande furtivité. Ils furent conçus par Igor Seleznyev, ingénieur chez Raduga. L'importance de posséder des missiles en tant que augmenta significativement, à un moment où la quantité de bombardiers à missiles de croisière commençait à diminuer, vers le début des années 1990. L'abandon du projet ambitieux de missile à statoréacteur Kh-90, causé par le traité INF en 1987, amena les soviétiques à repenser sérieusement à améliorer le Kh-55, en particulier pour atteindre la précision requise de moins de , nécessaire pour pouvoir détruire efficacement des cibles en n'employant qu'une charge conventionnelle. Le premier vol du Kh-101 eut lieu en 1998, et ses tests d'évaluation commencèrent en 2000.
Après la fin de la guerre froide et les traités de non-prolifération restreignant le déploiement de missiles nucléaires à longue portée, les Russes firent de nombreux efforts pour développer des versions tactiques du Kh-55, dotées de charges conventionnelles. Une première version fit apparition, la Kh-65SE, dévoilée en 1992 lors du salon aéronautique de Moscou. Dérivée du Kh-55 et d'une portée limitée à , elle permet aux Russes de respecter les prescriptions indiquées dans les accords SALT-II, qui désignent chaque appareil emportant des missiles d'une portée supérieure à comme étant stratégiques. Ces accords stipulent cependant que le nombre d'appareils de ce type est strictement contrôlé et ne doit pas dépasser un certain nombre. Une version à échelle 1 de ce missile fut présentée pour la première fois en 1993 (en février à Abou Dabi et septembre à Joukovski et Nijni Novgorod). Les missiles en exposition ne différaient pas vraiment des anciennes versions, sauf en ce qui concernait leur portée, affichée à lorsqu'ils étaient lancés à basse altitude et lorsqu'ils étaient lancés d'une altitude élevée. Le Kh-65 était destiné à l'emploi contre des cibles de grande dimension, d'une surface équivalente radar supérieure) , en particulier des bâtiments de guerre en environnement d'interférences électroniques sévères. Il fut testé en vol pour la première fois le et fut utilisé en exercice au-dessus de la mer Noire du 17 au de la même année.
Il fut suivi par le Kh-SD, une version tactique du Kh-101 destinée à l'exportation, d'une portée de , puis finalement, en mars 2000 il fut rapporté que les forces russes avaient testé un nouveau missile doté d'une charge conventionnelle. Il s'agissait du Kh-555, développé à partir du Kh-55 original, doté d'une portée de . Le Kh-555 est supposé être entré en service en 2004, bien que les premières images du missiles ne furent visibles qu'en 2007.
Un document russe de 1995 suggéra qu'une usine de production complète avait été transférée à Shanghai, pour le développement d'un missile nucléaire de croisière. Initialement, il fut pensé qu'il serait basé sur le Kh-15, de de portée, mais il apparaît désormais clairement que le missile transféré vers la Chine était bel et bien un Kh-55.
Caractéristiques et comparaisons La famille de missiles Kh-55 ressemble sous de nombreux aspects au missile américain BGM-109 Tomahawk., utilisant un corps cylindrique doté d'ailes de sustentation escamotables à grand allongement, de gouvernes de queue dépliables et d'un turboréacteur en position ventrale, la navigation étant effectuée grâce à un système de suivi de terrain avancé de type TERCOM (en ) assisté par un système de navigation inertielle. Le TERCOM emploie un radar et des images digitales stockées dans sa mémoire pour atteindre sa cible avec un degré de précision très élevé. L'ordinateur de bord du missile emploie un filtre Kalman et compare des images digitales que contient sa mémoire avec ce que détecte son radar altimétrique. Le nom du système de guidage du Kh-55 est Sprut ou BSU-55. Les Tomahawks américains accédèrent plus tard à la technologie DSMAC (Digital Scene Matching Area Correlator) et GPS. Les soviétiques ont également eu accès à la technologie DSMAC, mais il reste impossible de savoir si elle a été réellement intégrée au missile Kh-55. Le Kh-65 est lui guidé par une plateforme inertielle et navigue à basse altitude. Lorsqu'il arrive à proximité de la cible, il grimpe à une altitude plus élevée et son radar actif s'active pour détecter la cible et passer en phase d'attaque finale. Le Kh-555 emploie également une unité de navigation inertielle, mais cette fois couplée à un récepteur GPS. D'après son constructeur, il serait en mesure de pénétrer les systèmes de défense aérienne ou contre les missiles balistiques..
La différence la plus remarquable entre le Tomahawk et le missile Kh-55 est l'emplacement du moteur. Le Williams F107-WR-100 du missile américain est enfermé dans la queue du missile et aspire l'air par une entrée ventrale, alors que l'unité R95-300 à double flux qui propulse le Kh-55 est disposée dans une nacelle qui est enfermée à l'arrière du fuselage et qui se déploie via une porte ventrale une fois le lancement effectué. Dérivé d'un autre moteur conçu pendant la mise au point du projet, l'Omsk AMKB TVD-50, le R95 est une pièce de technologie très importante du missile, car elle est compacte tout en étant très efficace et économe en carburant. Il correspond exactement à ce que nécessitent des systèmes comme les missiles de croisière ou les avions sans pilote. La poussée produite par ce moteur varie entre , avec une masse à vide de , une consommation spécifique de 0,65, une longueur de et un diamètre de .
Le Tomahawk utilise un assemblage de queue à quatre stabilisateurs, dont deux accusant un dièdre négatif léger, tandis que le Kh-55 n'utilise que trois surfaces, de tailles plus importantes et dotées d'un dièdre négatif plus prononcé, configuration qui a d'ailleurs été adoptée depuis par le RGM/UGM-109E Tomahawk . Une autre différence notable entre les deux missiles vient de l'avant du fuselage, qui est symétrique sur le Tomahawk et d'une forme plus complexe sur le missile chinois. Le fuselage cylindrique est assez similaire, avec un diamètre de pour le Tomahawk et de 52 pour le Kh-55, mais, tandis que les dernières évolutions du Tomahawk avaient un nez de type , destiné à réduire la signature radar du missile, le Kh-55 conserve son nez en ogive habituel. Les masses sont également assez proches, avec pour le Tomahawk et pour le Kh-55.
Si le Kh-55 original possède un moteur , qui se déploie sous le fuselage lors du lancement, le Kh-65SE était doté d'un moteur externe fixe, alors que le Kh-SD disposait d'un moteur interne. Les versions récentes de production du missile sont équipées d'une version plus puissante du moteur de départ, le TRDD-50A, de fabrication russe et produisant une poussée de ..
Seize exemplaires du Kh-55 peuvent être emportés par un Tu-95MS Bear-H ou Tu-95MS16 (Tu-95MSM) équipé d'un lanceur rotatif MKU-6-5 (6 missiles) et des pylônes d'emport externes (10 missiles). Il peut également être emporté par un Tu-142M Bear-F et le Kh-55SM est emporté par le Tu-160 Blackjack. Le Kh-55 fut également testé sur le Tu-22M Backfire. La version tactique Kh-SD était prévue pour être employée par le Tu-95MS (14 missiles) et le Tu-22M (8 missiles). Le Kh-101 devrait être emporté par le Tu-160 (12 missiles), le Tu-95MS16 (8 missiles), le Tu-22M3/5 (4 missiles) et le chasseur-bombardier Su-34 (2 missiles).
Engagements vignette|upright=1.25|Un Tu-160 de l'aviation à long rayon d'action russe largue un missile de croisière Kh-101, version furtive du Kh-55, en , lors de l'intervention militaire de la Russie en Syrie.
Le , l'intervention militaire de la Russie en Syrie voit le baptême du feu du Tupolev Tu-160 et du Tu-95MS qui utilise entre autres depuis des Kh-101..
Le missile est utilisé lors de l'invasion de l'Ukraine par la Russie en 2022 à plusieurs reprises.
Stock ukrainien et transactions douteuses
La fin de la guerre froide laisse l'Ukraine avec en stock., faisant partie de l'armement de 19 Tu-160 du de bombardiers de Priluki et de 25 Tu-95MS du de bombardiers lourds d'Uzin-Shepelovka.. Il fut rapporté que l'Ukraine réclama trois milliards de dollars pour renvoyer les avions et leurs missiles vers la Russie. En octobre 1999, un compromis fut trouvé, et la Russie accepta de payer de dollars pour récupérer onze appareils et , alors que le reste serait envoyé à la destruction, en suivant un programme de désarmement mis au point par les États-Unis. Pourtant, en mars 2005, le procureur général ukrainien Svyatoslav Piskun affirma qu'en juin 2001 douze missiles Kh-55 avaient été exportés vers l'Iran, pour un marché dont la valeur serait de de dollars.. Six autres missiles avaient été également exportés vers la Chine, en avril 2000.