Le Festival international de la jeunesse francophone, mieux connu sous le nom de SuperfrancofêteÉgalement orthographié « SuperFrancoFête » et « Super Franco Fête »., est un événement culturel et sportif qui s'est déroulé à Québec du 13 au . Rassemblant plus de 25 pays, il a été co-organisé par l’Agence de coopération culturelle et technique (ancêtre de l'Organisation internationale de la Francophonie) et les gouvernements du Québec et du Canada.

La Superfrancofête a mis en vedette de nombreux athlètes et artistes de renommée internationale, provenant d’une multitude de pays et de disciplines. L'événement a été notamment marqué par son spectacle d'ouverture à grand déploiement, réunissant pour la première fois sur scène Félix Leclerc, Gilles Vigneault et Robert Charlebois.

Ce festival a permis de créer des liens entre les citoyens de la communauté francophone internationale, attirant plus de 1 248 850 visiteurs sur ses différents sites. Par son envergure sans précédent et sa programmation novatrice pour l'époque, la Superfrancofête est l'une des fêtes populaires les plus marquantes de l'histoire de la capitale québécoise.

Genèse Contexte international À la suite de la fondation de l'Agence de coopération culturelle et technique (ACCT) lors de la Conférence de Niamey en mars 1970, le gouvernement du Canada cherche par différents moyens à resserrer ses liens avec les autres États francophones du monde, en particulier ceux d'Europe et d'Afrique. Agissant comme un prolongement international de la politique de bilinguisme fédéral, l'action du Canada au sein de la Francophonie se décline sous diverses formes : programmes d'aide au développement, participation dans les institutions francophones et soutien aux organismes francophones publics et privés de ses collaborateursMichel de Goumois, « Le Canada et la Francophonie », Institut québécois des hautes études internationales, vol. 5, no 2, 1974, p. 355. Consulté le 2 février 2024..

Dès la première Conférence générale de l'ACCT tenue à Ottawa en , le gouvernement du Canada indique son intention de jouer un rôle plus important auprès des pays de langue française« M. Trudeau lance un appel aux "absents" de la francophonie », Le Devoir, 12 octobre 1971, p. 6. Consulté le 4 février 2024.. Depuis les années 1960, le Québec avait pu jouir d'un rayonnement sans précédent sur la scène internationale en tant que seul État francophone d'Amérique du Nord (en particulier à la suite de l'adoption de la doctrine Gérin-Lajoie et de la visite du général de Gaulle à l'été 1967)Paul Gérin-Lajoie, Combats d'un révolutionnaire tranquille : propos et confidences, Montréal, CEC, 1989, p. 319.. Rompant avec la vieille tradition de politique étrangère du Canada accordant la priorité au monde anglo-saxon (et reléguant au second rang les relations avec les États francophones), le Québec avait ainsi pris le soin d'établir ses propres relations, notamment avec le gouvernement de la France, afin de négocier ses ententes en fonction de ses intérêts propresClaude Morin, L'art de l'impossible : la diplomatie québécoise depuis 1960, Montréal, Éditions du Boréal, 1987, p. 21-27.. Le gouvernement fédéral s'opposant à toute forme de relations particulières entre le Québec et des pays étrangers, le premier ministre Pierre Elliott Trudeau avait donc choisi de redonner au gouvernement d'Ottawa le rôle prépondérant dans le domaine des échanges culturels et des relations internationales« Le Québec se sentira moins seul au monde - Cloutier », La Presse, 12 octobre 1971, cahier A, p. 1 et 6. Consulté le 4 février 2024.. vignette|Pierre Elliott Trudeau, premier ministre du Canada (1968-1979, 1980-1984).vignette|Robert Bourassa, premier ministre du Québec (1970-1976, 1985-1994).Ainsi, afin de resserrer les liens entre les pays francophones, en , l'ACCT annonce la tenue d'un grand festival sportif et culturel à l'été 1974Pierre Bellemare, « Grande première mondiale à Québec dans 2 ans (1974) », L'Action-Québec, 1er mars 1972, p. 13. Consulté le 5 février 2024.Louis-Bernard Robitaille, « À Paris, L'Allier cherche surtout à mieux faire connaître le Québec », La Presse, 22 décembre 1972, cahier C, p. 1. Consulté le 5 février 2024.. Malgré une certaine réticence de la part des gouvernements de Robert Bourassa et de Pierre Elliott Trudeau – tous deux redoutant que l'événement serve de tribune aux sympathisants de la souveraineté du Québec –, la ville de Québec est choisie pour cette première mondiale. Appelé à l'origine les « Grands Jeux de la Francophonie », le festival vise à rassembler des compétitions d'athlétisme ainsi qu'à attirer des artistes pour offrir des spectacles et des œuvres représentatives de toutes les cultures des pays membres de l'ACCT. Dirigé par Pierre Lefrançois, l'événement a pour but de mettre en valeur « les sports et les formes d'expression culturelle typiquement régionaux que connaissent peu ou mal les Nord-AméricainsMichel Roy, « Les Grands Jeux de la Francophonie à Québec », Le Devoir, 6 mars 1973, p. 18. Consulté le 4 février 2024. ».

Contexte politique Malgré l'annonce de la tenue du festival, les tensions sociales et politiques sont vives. Au Québec, le gouvernement de Robert Bourassa est fortement contesté. Quelques mois après son arrivée au pouvoir, le Québec se retrouve plongé dans la crise d'Octobre. Au cours des événements, le ministre du Travail Pierre Laporte et l'attaché commercial britannique James Cross sont enlevés par des membres du Front de libération du Québec (FLQ). En réaction, le gouvernement fédéral invoque la Loi sur les mesures de guerre afin de combattre les ravisseurs felquistes mais aussi de neutraliser l'ensemble du mouvement souverainiste. Cette décision controversée avait mené à une forte polarisation de la population, se divisant désormais entre fédéralistes et indépendantistesLouis Fournier, F.L.Q. Histoire d'un mouvement clandestin, Montréal, VLB éditeur, 2020, .

Cependant, la fin de cette crise n'avait pas apaisé les tensions. Dès 1971, les problèmes se poursuivent avec plusieurs grèves importantes (notamment celle de La Presse) qui culminent avec le Front commun de 1972. Appuyés par les trois grandes centrales syndicales de l'époque (CSN, FTQ et CEQ), plus de 200 000 employés de la fonction publique et parapublique décident de se mettre en grève pour protester contre les conditions de travail offertes par l'État québécoisJacques Rouillard, Le syndicalisme québécois : deux siècles d'histoire, Montréal, Éditions du Boréal, 2004, .. Si leur but principal était d'améliorer leurs propres conditions, leur action visait, par un effet d'entraînement, à améliorer aussi les conditions de travail de l'ensemble des salariés de la société. Après avoir défié un ordre d'un tribunal leur interdisant de prendre part à la contestation, les trois chefs syndicaux Louis Laberge (CSN), Marcel Pepin (FTQ) et Yvon Charbonneau (CEQ) avaient été emprisonnés par décision du gouvernement Bourassa, ce qui a encore une fois alimenté la controverseGérard Hébert,« Les relations du travail au Québec : bilan des années 1970 », Relations industrielles, vol. 36, no 4, 1981, p. 715-747. Consulté le 5 février 2024..

Malgré la fin du Front commun, une série de démissions et de scandales de corruption visent aussi le gouvernement Bourassa. Cherchant à reprendre en main son leadership et déjouer les partis d'opposition, à l'automne 1973, le premier ministre déclenche des élections anticipées. Le chef libéral se présente comme le partisan de l'ordre, de la stabilité et de la prospérité économiqueMichel Roy, « Bourassa insistera sur la "qualité de la vie" », Le Devoir, 27 septembre 1973, p. 1. Consulté le 5 février 2024.. Toutefois, l'élection se joue surtout entre le Parti libéral et le Parti québécois dirigé par René Lévesque, sur les questions de justice sociale et d'avenir politique du Québec. Au terme de cette campagne marquée par une très grande polarisation, le Parti libéral est réélu avec le résultat historique de 102 députés sur 110Michel Roy, « Les libéraux comptent maintenant 102 députés », Le Devoir, 31 octobre 1973, p. 1. Consulté le 5 février 2024..

Alors que le festival de la Francophonie approche, à l'été 1974, le gouvernement Bourassa présente le projet de loi 22Presse canadienne, « La menace de grève demeure », Montréal-Matin, 11 août 1974, cahier 1, p. 34. Consulté le 28 janvier 2024.. Cette loi devant, en principe, faire du français la langue officielle du Québec servait également à ménager les droits individuels des Québécois anglophones, notamment en matière de langue de travail et d'enseignement. Plutôt que d'unir les deux groupes linguistiques, le gouvernement réussit plutôt à mécontenter à la fois les francophones (jugeant la loi trop laxiste) et les anglophones (jugeant la loi trop restrictive)Jacques Dumais, « 16,000 personnes manifestent dans le calme; le MQF veut miner la loi 22 de l'intérieur », Le Soleil, 21 octobre 1974, cahier A, p. 1 et 6. Consulté le 9 février 2024..

Toutes ces tensions s'inscrivent enfin dans un contexte marqué par la crise économique et la hausse du chômage provoquées par le premier choc pétrolier, ainsi que par les événements de l'actualité internationale où la plupart des élites politiques d'Occident se font ouvertement contester, souvent avec violence : en France avec les groupes d'extrême-gauche révolutionnaire partisans d'une action directe, en Italie avec les attentats des Brigades rouges, en Allemagne de l'Ouest avec la bande à Baader, et aux États-Unis avec le scandale du WatergatePierre B. Berthelot, Duplessis est encore en vie, Éditions du Septentrion, 2021, p. 99-101..

Contexte socioculturel

Tout au long des années 1960 et 1970, le Québec connaît une effervescence culturelle sans précédent. La Révolution tranquille ayant amené bon nombre de réformes et de remises en question sur la société québécoise traditionnelle, elle avait aussi été accompagnée par une émergence de mouvements artistiques dans tous les domaines d'expression. Ceux-ci avaient été particulièrement apparents lors de l'Expo 67 à Montréal. Cet événement avait permis aux Québécois de s'ouvrir sur le monde, mais également de faire découvrir le Québec à l'extérieur de ses frontières, avec sa culture et sa situation sociopolitique. D'autres événements tels que L'Osstidcho en 1968, la Nuit de la poésie en 1970, la « Messe des morts » du groupe Offenbach à l’oratoire Saint-Joseph en 1972 et le premier Festival de musique traditionnelle du Québec en 1973 avaient eu un retentissement considérable au sein de la société« Le 4 octobre, une "grande nuit" du son des Français d'Amérique », Le Jour, 19 septembre 1974, p. 13. Consulté le 2 février 2024.« Spectacles 1974-1975 », La Presse, 28 septembre 1974, cahier E, p. 1. Consulté le 2 février 2024..

Dans ce contexte, les spectacles de musique prennent une signification nouvelle en tant qu'expérience de masse. Ce genre de grand rassemblement puise également ses racines dans la montée d'un nationalisme plus revendicateur, reflétant les aspirations nouvelles d'une société éprise d'un désir d'émancipation collectiveCes spectacles en tant qu'expériences de masse à portée politique sont nombreux au courant de la décennie : on peut également inclure le spectacle de la Saint-Jean Baptiste sur le mont Royal, le 24 juin 1975; le spectacle du 21 juin 1976, Une fois Cinq, avec Gilles Vigneault, Claude Léveillée, Jean-Pierre Ferland, Yvon Deschamps et Robert Charlebois, présenté au Parc du Bois-de-Coulonge, à Québec, devant plus de 150 000 personnes, et présenté deux jours plus tard à Montréal devant plus de 300 000 personnes..