Lhistoire de Vérone s'étend de l'installation du premier habitat, probablement néolithique, sur le mont Saint-Pierre, jusqu'à nos jours. Les monuments, les rues, les ponts et les places de la ville témoignent de cette histoire ancienne, ainsi que le sous-sol qui recèle les ruines et les traces des antiques civilisations.

C'est pendant la période romaine que Vérone se développe jusqu'à devenir une des villes les plus importantes du nord de l'Italie, ce qu'elle restera dans les siècles suivants. Après le déclin de l'Empire romain d'Occident, elle est à plusieurs reprises la capitale de différents royaumes barbares. Située au débouché du Val d'Adige, sur la route qui relie l'Empire à la péninsule, Vérone sera profondément marquée par la double influence romaine et barbare.

Au Moyen Âge tardif, la ville devient une commune indépendante, souvent bouleversée par les luttes sanglantes que se livrent les familles guelfes et gibelines, les premières menées par les Sambonifacio, et les secondes par les Montecchi, puis par les Della Scala (également connus en Italie sous le nom de Scaliger). C'est sous la domination de ces derniers que s'opère le passage du régime de « Commune » à celui de « Signoria ».

La famille Della Scala est l'acteur central de l'histoire de Vérone pendant un siècle (1277-1387), jusqu'au moment où, en 1388, la ville perd son indépendance et, en l'espace de quelques années, se retrouve sous le joug de la famille Visconti (1387) et de la Maison de Carrare, puis, en 1405 sous celui de Venise.

En 1796, la fin de la république de Venise marque le début des dominations étrangères, tout d'abord française, puis autrichienne : Vérone n'est intégrée au nouveau royaume d'Italie qu'en 1866.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, la ville est, à partir de 1943, une des capitales de la république de Salò et le siège du bureau de l'administration nazie chargé de la déportation des Juifs d'Italie. En partie détruite par les bombardements alliés, elle fait l'objet, dans la période de l'après-guerre, d'un important programme de reconstruction et de modernisation.

Fondation Le site qui voit naître Vérone est un choix naturel : surplombant les bords de l'Adige menacés par des crues annuelles, aisément défendable contre les attaques extérieures, le mont Saint Pierre commande le débouché du val d'Adige, principale voie de communication avec les populations d'Europe du Nord.

Préhistoire C'est probablement dès le Néolithique qu'un habitat s'installe dans la zone méridionale du mont Saint Pierre, à proximité d'un des rares gués sur l'Adige et des collines où les habitants peuvent rapidement trouver refuge. Vers la fin du Néolithique () des groupes nomades venus du Midi de la France se fixent à l'endroit où s'élève aujourd'hui le château Saint Pierre, sur le mont éponyme et y construisent des cabanes de pierre, à l'abri des inondations périodiques de l'Adige..

Dès les premiers siècles du , se diffuse la culture des vases à embouchures carrées, au style géométrique et linéaire, dont le décor va évoluer vers des méandres spiralés..

La zone du mont Saint Pierre est une zone riche d'artefacts où ont été retrouvés les restes des maisons qui formaient le village antique.. Avec le temps, le village se développe et attire des populations variées, comme les Terramares à l'Âge du bronze. Au même endroit, à l'Âge du fer, on trouve des traces de nombreuses populations protohistoriques.

Protohistoire

La Vénétie est épargnée par l'invasion des Gaulois, qui, venant de l'Ouest, occupent la plaine du Pô en plusieurs vagues successives. Les Vénètes et les Gaulois n'en entretiennent pas moins des relations d'échanges. À Vérone, la situation est différente, car des Aulerques Cénomans parviennent jusqu'aux rives de l'Adige où on retrouve des traces d'artisanat celte. Il est probable que le village qui va devenir Vérone est alors habité à la fois par les Cénomans et par des Paléovénètes..

Les historiens latins attribuent les origines de Vérone aux Euganéens, aux Rhètes, aux Paléovénètes, aux Étrusques ou aux Gaulois Cénomans. Polybe affirme qu'à son époque (), la population vénète était encore très présente sur place. Il est vrai que l'occupation vénète est bien documentée, en particulier autour du mont Saint Pierre, ce qui conforte l'hypothèse des origines vénètes de la ville.. C'est Pline l'Ancien qui propose la théorie des Rhètes (dont on retrouve de nombreuses céramiques dans les parages) et des Euganéens. L'hypothèse gauloise est soutenue par Tite-Live..

Vérone romaine Premiers contacts avec la république romaine

Avant d'être latinisée, la région de Vérone est peuplée de Paléovénètes et de Cénomans. La présence vénète était sans doute plus importante à Vérone même, comme en témoignent de nombreuses découvertes archéologiques. Au , la Cispadanie est habitée par de nombreuses populations belliqueuses. Pour obtenir de l'aide, les Romains se tournent vers les Paléovénètes, qu'ils considèrent comme leur étant apparentés. Une légende rapporte en effet qu'Anténor et les , survivants de la guerre de Troie, s'étaient installés en Vénétie, d'où ils avaient chassé les Euganéens.. Caton l'Ancien affirme ainsi : « Venetos Troiana stirpe ortos ».

Les premiers contacts documentés entre Rome et Vérone remontent au Ils furent d'emblée amicaux et se traduisirent par des alliances. En 283 av. J.-C., le Sénat romain passe un pacte avec les Paléovénètes et les Cénomans pour contenir les invasions gauloises. Mais les liens sont probablement plus anciens. En , quand les Gaulois de Brennus envahissent Rome, c'est peut-être une manœuvre de diversion des Paléovénètes qui oblige les envahisseurs à négocier avec les Romains..

En 225 av. J.-C. les Romains dépêchent des ambassadeurs auprès des Paléovénètes et des Cénomans pour sceller une alliance contre les Boïens et les Insubres, qui menacent alors les frontières de Rome. Étant donné leurs rapports d'amitié, les Cénomans acceptent l'installation d'un camp romain au sommet du mont Saint Pierre, afin de contrôler les environs. Pendant la deuxième guerre punique tandis que toutes les autres populations gauloises prennent le parti de Carthage, les Cénomans et les Paléovénètes se rangent aux côtés des Romains.. À la fin du conflit, Rome reçoit à nouveau leur soutien dans sa conquête de la Gaule cisalpine, où elle soumet les Gaulois et les Ligures.

En 174 av. J.-C., une fois soumise la Gaule cisalpine et entamée une nouvelle phase de la colonisation de la plaine du Pô, l'importance stratégique de Vérone commence à apparaître. Le Sénat romain demande alors aux Cénomans et aux Paléovénètes l'autorisation d'étendre le castrum fortifié, tandis que colons romains et populations indigènes posent les bases d'une ville nouvelle dans la boucle de l'Adige. À la fin de la troisième guerre punique Vérone se trouve sur des voies de communication vitales, comme la via Postumia (148 av. J.-C.), qui part de Gênes pour arriver à Aquilée après avoir traversé toute la plaine du Pô. Il est probable qu'à cette époque, les Paléovénètes sont liés au Romains par des liens d'amicitia, tandis que les Cénomans le sont par le foedus, un mode de relation surtout utilisé dans les États hellénistiques pour garantir la neutralité, l'alliance n'étant réservée qu'à des cas exceptionnels..

Vérone est encore alliée à Rome, entre la fin du et le début du , contre les envahisseurs Teutons et CimbresÀ ne pas confondre, comme le firent les historiens de la Renaissance, avec les « Tzimber » du qui repeuplent la Lessinia au Moyen Âge tardif..

Res publica Veronensium

En 89 av. J.-C., le droit latin est étendu à la Gaule cisalpine par la lex Pompeia de Transpadanis, portée par le consul Pompeo Strabone. Les localités italiques préexistantes, comme Vérone, obtiennent le statut de colonia latina mais ne subissent pas l'implantation de colons romains..

Grâce à Jules César, Vérone obtient, en 49 av. J.-C. (comme le reste de la Gaule Transpadane), la citoyenneté romaine et, à travers la Lex Roscia, se voit attribuer le rang de municipium. Elle est désormais gouvernée par ses propres magistratsLes noms des quatre premiers magistrats sont gravés sur la Porta Leoni : P. Valerius, Q. Caecilius, Q. Servilius, P. Cornelius . et ses citoyens jouissent de droits et de privilèges, tout comme les citoyens romains. Vérone se voit concéder un domaine cultivable de (la province actuelle de Vérone s'étend sur un territoire de ). La localité peut alors s'enorgueillir du titre de Res publica Veronensium..

Pendant la période républicaine, Vérone est rarement impliquée directement dans les sanglantes guerres civiles (49-), ce qui lui permet de se développer. Son économie s'enrichit grâce à la culture de la vigne et de l'olivier, l'élevage des chevaux et d'ovins, la production de laine. L'artisanat et le commerce connaissent un essor important.

La ville, dont le centre s'est alors déplacé dans la boucle de l'Adige, commence à s'étendre et à se moderniser. Un nouveau pont, le Pons lapideus (pont de pierre), est construit à l'emplacement du gué primitif en remplacement du pont de bois qui enjambait l'Adige. Il est bientôt doublé, en aval, par le ponte Postumio, sur lequel on fait passer la voie éponyme. Les palissades sont remplacées par des murs, dans lesquels sont percées des portes (dont la Porta Leoni et la Porta Borsari, encore visibles aujourd'hui).

L'époque impériale Sous le règle d'Auguste, la fonction stratégique de Vérone s'amplifie : elle est utilisée par les légions romaines comme base d'opérations, en particulier après la conquête de la Rhétie et de la Vendélicie (15 av. J.-C.). L'extension de l'Empire vers le nord, l'importance du , en tant que liaison avec le reste de l'Europe, et la position stratégique de Vérone, justifient la construction de la via Claudia Augusta, qui conduit d'OstigliaDans la province de Mantoue. au col du Brenner et jusqu'à l'Autriche actuelle. Auguste ayant réorganisé la péninsule en onze régions, Vérone est incorporée à la Regio X Venetia et Histria, qui rassemblait des Gaulois Cénomans, des Rhètes, des Euganéens, des Vénètes, des Carnes et des Istriens..

Pendant cette période, Vérone profite d'une grande prospérité qui entraîne une nouvelle phase de développement. Les portes de la ville, bâties en briques, sont revêtues de parements de calcaire blanc. On construit des thermes ainsi que le théâtre, au pied du mont Saint Pierre. Sous l'empereur Claude, sont construites la via Claudia Augusta, la via Gallica (qui arrive de Milan et se raccorde à la via Postumia et au ), tandis que d'autres voies de circulation sont remises en état.

Avec l'avènement de Vespasien et de la dynastie des Flaviens (69), prend fin la longue période de paix dont a bénéficié Vérone. Lors de la guerre entre Vitellius et Vespasien, ce dernier choisit la cité comme forteresse, en raison des campagnes ouvertes dont elle est entourée et où il peut faire manœuvrer sa cavalerie. C'est sous Vespasien que la ville atteindra le summum de sa splendeur et de sa prospérité. Pour lui, Vérone est un endroit stratégique. Il peut, en l'occupant, empêcher la descente de Vitellius vers l'Italie. Par bonheur pour la ville, la mutinerie d'une des légions de Vitellius écarte la guerre.

La conquête de Vérone, colonie prospère et prestigieuse, est utilisée pour alimenter la propagande. La ville s'étant étendue au-delà de ses murailles primitives, de nouvelles fortifications sont édifiées pour la protéger. Un fossé défensif, creusé au sud de la ville, dérive le cours de l'Adigetto (il sera utilisé jusqu'au Moyen Âge).

Au , la ville dépasse les habitants. Pour les distraire, les édiles font édifier les Arènes, capables, de par leurs dimensions, d'accueillir toute la population de la ville.. L'importance de l'ouvrage impose de le construire en-dehors de l'enceinte de la cité. Mais à cette époque, l'extension vers le nord des frontières de l'Empire rend les fortifications superflues.