Pierre Demers, né le à Deal dans le Kent et mort le « Le scientifique Pierre Demers n'est plus », sur ici.radio-canada.ca, 30 janvier 2017, est un physicien et inventeur québécois.
Biographie
Jeunesse
Pierre Demers est né en 1914 pendant un voyage de ses parents en Europe. Sa mère, Blanche Legris (1883), était fille d'un médecin canadien français installé à Arctic, au Rhode Island (États-Unis). Son père, Alfred Demers (1876), était fils d'un homme d'affaires de Montréal (Pierre Demers, 1837) et petit-fils du premier forgeron de Pointe-Claire (Pierre Dunmas dit Demers, 1806).
Bien avant 1914, Alfred Demers avait vendu à ses frères sa part de la quincaillerie familiale P. Demers et fils, rue Notre-Dame à Montréal, pour devenir un florissant investisseur en bourse et en immobilier. Grand admirateur de la culture française, il part s'installer à demeure en France en 1914, mais doit s'arrêter en Angleterre à cause des troubles liés au déclenchement de la Première Guerre mondiale. C'est donc à Deal (Kent, Royaume-Uni) que naît Pierre Demers le .
Pierre Demers fait ses études primaires dans trois écoles françaises : Institut Gavignet, rue Motte-Picquet, Paris ; collège municipal de Cannes, Le Cannet ; collège Bourdaloue, Grasse.
Les Demers reviennent à Montréal à temps pour que Pierre entreprenne son cours classique à Montréal, qu'il débute au collège Sainte-Marie à partir de 1925 et qu'il termine au tout nouveau collège Jean-de-Brébeuf entre 1928 et 1933.
Un esprit scientifique précoce Pierre Demers commence ses activités de nature scientifique bien avant l'université avec quelques articles et conférences (notammentConférence sur l’air, CKAC, 21 janvier 1931). Durant les étés de 1932 à 1934, à la suite d'un stage de recherche à la Station de biologie marine de l’Université Laval à Trois-Pistoles sous la direction de Alexandre Vachon, il étudie notamment la reproduction des crevettes. Il note la petite taille de tous les mâles et la grande taille des femelles, précédant ainsi la découverte de leur changement de sexe à un an. Ces travaux menèrent à ses premières communications aux et congrès de l'ACFASNote préliminaire sur les crevettes de l’estuaire du Saint-Laurent, de l’ACFAS, Univ. de Montréal, 20 au 22 octobre 1935Note sur la tourbière de Trois-Pistoles, de l’ACFAS, Univ. Laval, Québec, 7 au 9 octobre 1934..
Il en profite pour herboriser et rapporte plusieurs spécimens à son maître-à-penser, le Frère Marie-Victorin, notamment un potamot de Robbins qui suscita un ajout à la Flore laurentienne. alors en rédaction.
De 1933 à 1938, Pierre Demers fréquente la Faculté des sciences de l'université de Montréal comme étudiant et chercheur. Il obtient plusieurs diplômes, notamment sous la direction de Léon Lortie : 1935 : licence ès sciences physiques ; 1936 : licence ès sciences mathématiques ; 1936 : maîtrise ès sciences (chimie). Grâce à une bourse d'études du Québec (qu'il partage avec un autre co-boursier), Pierre Demers part pour Paris en 1938 afin d'étudier à l'École normale supérieure où il est admis sur recommandation de Léon Lortie et d'Edmond Buron. Il y deviendra le premier étranger à obtenir le titre d'agrégé de l'université de France (sciences physiques). Il deviendra l'ami de Jean SchiltzPierre Demers, La naissance de l'énergie atomique, Congrès du Comité des travaux historiques et scientifiques à Québec du 2 au 6 juin 2008, sur le site de Pierre Demers, page 3.. Par la suite, à l'automne 1939, il entre au Laboratoire de synthèse atomique du Collège de France, dirigé par Frédéric Joliot-Curie. Ses travaux sont encadrés par Joliot-Curie et Hans von Halban et il y côtoie des conférenciers tels que Lew Kowarski, Paul Langevin, Francis Perrin et Pierre Süe.
Chercheur, professeur, docteur Forcé de quitter Paris à l'arrivée des Allemands en 1940Pierre Demers, La naissance de l'énergie atomique, Congrès du Comité des travaux historiques et scientifiques à Québec du 2 au 6 juin 2008, sur le site de Pierre Demers., Pierre Demers revient au Québec via le Portugal et trouve un emploi au laboratoire de recherche et développement de la à Belœil. Il y utilise et perfectionne des techniques de spectroscopie Détermination quantitative du plomb et du fer dans le cupro-nickel par une méthode spectroscopique ; un calculateur nouveau pour la spectroscopie quantitative, , conférence au Laboratoire de R-D CIL à Beloeil, 26, décembre 1942.
Pierre Demers reprend ses travaux sur la physique fondamentale lorsqu'il est engagé comme chercheur à Énergie atomique du Canada à Montréal et à Chalk River où il fait des mesures sur les neutrons lents et rapides. Ses travaux contribuent, à son insu, au projet Manhattan« Un physicien montréalais de 101 ans témoin du siècle nucléaire », sur ici.radio-canada.ca, 7 janvier 2017. Son apport consiste notamment dans l'amélioration des techniques d'ionographie corpusculaire (voir § « Ionographie » ci-dessous).
C'est ensuite comme professeur en exercice de l'université de Montréal que Pierre Demers termine ses recherches de 1947 à 1950, année où il obtient son doctorat d'État de la Faculté des sciences de Paris et acquiert le titre de docteur ès sciences physiques avec mention très honorable. Le jury devant lequel il défend sa thèse est constitué de Pierre Victor Auger, Jean Cabannes, Pierre Grivet et Yves Rocard. Il devient alors professeur titulaire, poste qu'il occupe jusqu'à sa mise à la retraite en 1980.
De 1947 à 1980, Pierre Demers enseigne la physique à des milliers d'étudiants au baccalauréat et à des dizaines d'étudiants en maîtrise et en doctorat. Il enseigne notamment à Hubert Reeves, qui lui consacre quelques pages dans son autobiographieHubert Reeves, Je n'aurai pas le temps, Paris, Éditions du Seuil, avril 2008, 348 , présentation en ligne) et aux doctorants Roger Mathieu et .
Pierre Demers est le second Canadien français à obtenir un doctorat en physique après Christian Lapointe, dirigé par Franco Rasetti à l'université Laval.
Outre de multiples cours de langue, Pierre Demers s'est perfectionné à l'université Cornell à Ithaca lors de cours d'été comme boursier de l'Acfas en 1937, au MIT pour un stage d'études en spectroscopie avec, notamment, le , à l'université Goethe à Francfort pendant une année sabbatique en 1970-1971 sous la direction de , le Laboratoire d'ionographie du CNRS à Strasbourg-Cronenbourg pendant la même année sous la direction de Pierre Cüer« Pierre Cüer », sur le site de l'IPHC et finalement à l'Institut polytechnique Rensselaer pour un stage d'études sur la couleur notamment avec le Fred W. Billmeyer « Fred W. Billmeyer », sur osa-opn.org en 1978.
Ionographie
Même s'il s'intéresse à l'astronomiePierre Demers, Essai sur l’astronomie, Revue scientifique et littéraire, réf. Claude Hurtubise, , 12-14, février 1930, à la biologiePierre Demers, Note sur la tourbière de Trois-Pistoles, Annales de l'Acfas 1, 147, 1935Pierre Demers, Note préliminaire sur les crevettes de l’estuaire du Saint- Laurent, Annales de l'Acfas, 2, 73, 1936 et aux mathématiquesPierre Demers, (Les Génies de Poincaré et le principe de Carnot), , Physical Review, 63, 221, 1943, c'est l'ionographie corpusculaire qui est au cœur des trente-cinq premières années de la carrière de Pierre Demers. Cette technique, qui utilise des émulsions photographiques pour saisir l'effet de collisions de particules à haute énergie, s'appuie sur la chimie et permet des progrès importants dans l'étude de l'infiniment petit. Pierre Demers apprend et développe déjà cette technique au laboratoire de synthèse atomique du Collège de France en 1939 et 1940.
Il est appelé à participer au laboratoire nucléaire canadien pendant la Seconde Guerre mondiale. Le laboratoire de Montréal regroupe plusieurs scientifiques français et britanniques ayant fui l’Europe devant la menace allemande. Sous la supervision directe du physicien britannique Alan Nunn May, il ..
Pierre Demers perfectionne cette technique à la caractérisation de la série « 4n + 1 » d'isotope fissile, aussi connue comme le cycle du combustible nucléaire au thorium. Cette caractérisation a ensuite permis la production d'uranium 233 pur, un des premiers carburants nucléaires George C. Lawrence, « », sur ieee.ca, 11.. Pierre Demers est le seul physicien canadien français à participer aux recherches nucléaires du projet Manhattan. Cependant, le lien qui existait entre le laboratoire canadien, le projet américain et la première bombe était initialement inconnu de Pierre Demers et de plusieurs autres membres de la même équipe..
« Le but de mes travaux ne m’était absolument pas connu. J’ai été tenu dans l’ignorance », a dit M. Demers en de nombreuses occasions. Il en tenait responsable le Ministre des Munitions et des Approvisionnements de l'époque, C. D. Howe, qui aurait personnellement envoyé les copies des rapports canadiens aux responsables américains du projet Manhattan. Il faut noter que le Royaume-Uni, les États-Unis et le Canada avaient une entente secrète rendant cette collaboration tout à fait légitime à la suite de l'Accord de Québec.
Après la guerre, Pierre Demers devient professeur de physique à l'université de Montréal. Il y poursuit ses travaux de recherche sur l'ionographie corpusculaire et en particulier sur l'ionographie en couleur qu'il réalise grâce à des émulsions de bromure d'argentPierre Demers et Ivan Batthyany, Dimensions des grains de bromure d'argent dans les émulsions ionographiques, Journal of canadian physics, 39, 608-9, 1961. Il travaille notamment à l'étude du rayonnement cosmique et solaire en poursuivant à la fois l'amélioration des techniques expérimentales(Notamment) Pierre Demers, Ishfaq Ahmad et Joseph Demers, Émulsions ionographiques chargées avec de la poudre de diamant, Acfas, , université d'Ottawa, Ontario, 6–8 novembre 1964. et l'approfondissement de la connaissance(Notamment) Pierre Demers, Wladimir Paskievici et Ivan Batthyany, Nouveau mode d'analyse des traces ionographiques basé sur l'application des intégrales de Fourier et du modèle optique, PC III, PUM, 387-390, 1964.. De 1946 à 1975, Pierre Demers multiplie les publications, les directions de thèses, les collaborations, les stages internationaux et les conférences sur le sujet (voir plus de deux cents entrées bibliographiques sur l'ionographie dans la Bibliographie interactiveBibliographie interactive).
Le développement des capteurs magnétiques et numériques pour les accélérateurs de particules, en particulier les accélérateurs à cible fixe, rend graduellement désuète l'ionographie corpusculaire au cours des années 1970. Pierre Demers se concentre alors sur d'autres méthodes et d'autres sujets de recherche, notamment la perception colorée et le système du québécium.
Littérature et arts plastiques Pierre Demers publie deux recueils de poésie : Nuits et Jours en 1943Pierre Demers, Nuits et Jours, poèmes en prose, pseudonyme Pierre d'Oïl, Éditions Bernard Valiquette, Montréal, 208, 1943, Image de la couverture et extraits sur le site de Pierre Demers ; Sonnets pour Noël et le Carnaval en 1962Sonnets pour Noël et le Carnaval, Beauchemin et PUM, 108, 1962. Il réalise également plusieurs tableaux, sculptures et installations, qui n'ont été exposées qu'à sa résidence.
Centre d'études prospectives du Québec (CEPQ)