Armand Ménard, dit Dranem (anacyclique de son nom), est un chanteur et fantaisiste français, né le rue du Château-Landon dans le et mort le à la clinique de l'Alma dans le Archives de Paris , acte de décès , année 1935 (page 14/21).

Son répertoire de chansons à l'humour incongru et souvent scabreux a fait de lui une vedette singulière et très populaire du café-concert.

Biographie

Des débuts difficiles

Après s'être heurté pendant trois ans à des refus de la part des cafés-concerts, Dranem est engagé pour quinze jours à lElectric-Concert du Champ de Mars comme comique troupier « genre Polin ». Il y débute le . En juillet de la même année, il devient permanent au Concert de L'Époque au 10 du boulevard Beaumarchais et y participe à plusieurs concerts, revues et pièces de théâtre. Il y retrouve Dorfeuil qui le met en scène dans Nos Pioupious et finit par l'engager dans un autre des établissements qu'il dirige : Le Concert-parisien au 10 rue de l'Échiquier dans le . Dranem y débute le . Il se produira pour la fin de saison et la pause estivale au Divan Japonais avant de reprendre la saison suivante au Concert-parisien avec notamment Mayol comme partenaire Depuis 1895, outre ses permanences, Dranem se produit régulièrement dans plusieurs concerts et spectacles ponctuels et acquiert une certaine reconnaissance de la critique parisienne.

Le succès

vignette|redresse|gauche|Dranem en 1908. Un jour de 1896, au Carreau du Temple, il s'achète une petite veste étriquée, un pantalon trop large et trop court, jaune rayé de vert, d'énormes godasses sans lacets et un petit chapeau bizarre. Le soir même, il abandonne son costume de comique troupier et revêt cet étrange accoutrement. Les joues et le nez maquillés de rouge, il entre en scène en courant, comme poursuivi. Il s'arrête devant le trou du souffleur et chante les yeux fermés, qu'il n'ouvre que pour simuler la frayeur de débiter pareilles incongruités. C'est un triomphe. Le genre Dranem est né.

En 1900, il se produit à l'Eldorado, le temple du café-concert. Il y restera plus de vingt ans.

Au lendemain de leur création, tout Paris reprend ses « scies » : Le Fils d'un gniaf, J'ai deux quetschiers dans mon jardin, Les P'tits Pois, Pétronille, tu sens la menthe, Le Trou de mon quai, Les Fruits cuits… Il excelle aussi dans le monologue comique.

Dranem enchaîne tournée sur tournée, en province et à l'étranger.

En 1905 il enregistre douze phonoscènes réalisées par Alice Guy.

Il fut un des membres fondateurs de l'APGA (association phonique des grands artistes) en 1906.

Les intellectuels ne boudent pas ce favori du public populaire : en 1910, l'exigeant metteur en scène Antoine lui fait jouer Le Médecin malgré lui, de Molière, à l'Odéon.

En 1911, il fonde la maison de retraite de Ris-Orangis par la création d'une fondation pour les anciens du spectacle dans le château de Ris ; elle est inaugurée par le président Armand Fallières.

Pendant la Première Guerre mondiale, il chante dans les hôpitaux et fait ses adieux au tour de chant à l'Eldorado le .

Il partage l'affiche avec Maurice Chevalier dans Là-Haut et brille dans de nombreuses comédies musicales écrites par Albert Willemetz.

Dranem fait aussi beaucoup de radio. Dans une de ses émissions, en chef de cuisine, il aura pour marmitons les duettistes Charles et Johnny.

Début 1920, la popularité de Dranem est telle que les journaux s'emparent du moindre fait divers le concernant. Pour preuve, celui que constitue la demande faite par son ex-épouse le et rejetée le 14 par le juge aux affaires familiales d'une revalorisation de 500 à 1500Frs de la pension alimentaire que Dranem lui verse, au fondement qu'il vient d'acquérir une nouvelle voiture pour un montant de 75 000 Frs! Il est titré dans la presse et de manière comique Dranem, sa femme et sa voiture à 75000 Frs!, Mme Dranem et la vie chère ou encore Du danger d'acheter une Auto.

C'est également à cette époque que Dranem symbolise tant l'archétype du pitre qu'il sert d'argument à des chroniques journalistiques diverses dont une d'André Laphin qui le fait l'alter-ego de Bergson alors en poste à la Sorbonne. Elle conduira Georges de La Fouchardière à une réponse envolée à son collègue le dans L'œuvre où le père du Bouif moque la comparaison en la poussant à l'extrême.

Le succès rencontré par Tramel dans Le Crime du Bouif de Georges de La Fouchardière à l'Eldorado puis en tournée depuis février le pousse à produire sa propre tournée de la pièce. La première a lieu le au Théâtre municipal d'Amiens.

En 1923, Dranem est fait chevalier de la Légion d'honneur et rencontre sa seconde épouse, Suzette O'Nil.

En 1924, il publie un roman, Une riche nature.

Il meurt le , à l'âge de , en pleine gloire alors qu'il vient d'être fait officier de la Légion d'honneur. Ultimes volontés : Défense donc de lui rendre visite sur son lit de mort et de suivre ses funérailles.

À sa demande, il est enterré dans le parc de Ris-Orangis, avec son épouse.

Quelques chansons

thumb|La Vigne aux moineaux.

Les P'tits Pois (son plus grand succès - vendus en 1904) Mon cœur est un compartiment dans l'opérette PLM (1925) Le Trou de mon quai (1928) La Bourra : idylle auvergnate (1910) La Cacahuetera (parodie de La Violetera) Pétronille, tu sens la menthe La Vigne aux moineaux V'l'à l'rétameur ! La Jambe en bois On ne me comprend pas Le Plombier rigolo Raymonde J'en suis un La Chanson du doge Henri, pourquoi n'aimes-tu pas les femmes (1929)

Sa discographie est abondante, il enregistre chez APGA, Pathé Frères et aussi chez Gramophone. On compte ainsi (soit ) dans le catalogue Pathé 1926. Certains de ses disques Pathé sont des enregistrements effectués chez AGPA entre 1906 et 1909.

Opérettes

Théâtre 1894, Nos Pioupious de Dorfeuil, Guillermaud et Duharnois, au Concert de l'Epoque, octobre 1894, La Chaste Suzanne de Fernand Beissier et Henry Cieutat, au Concert de l'Epoque, octobre 1894, La Sainte-Eulalie de Fernand Beissier et Henry de Gorsse, au Concert de l'Epoque, novembre 1896, La Veuve Pinchon, comédie vaudeville au Concert-Parisien, mars 1896, Casque en fer, à La Girondine du Théâtre Saint Paul, Bordeaux, octobre ... 1921, Le Crime du Bouif de Georges de La Fouchardière puis en tournée.

Filmographie Phonoscènes thumb|L'Enfant du cordonnier. () Allumeur Marche (paroles de R. Champigny et Louis Bénech, musique de Désiré Berniaux, ca1907)Cf. medihal-00577251. () Le Trou de mon quai () Valsons () V'la retameur () Les P'tits Pois () L'Enfant du cordonnier () Être légume () Le Cucurbitacée () Le Boléro cosmopolite () Bonsoir, M'sieurs, dames () Le Vrai Jiu-jitsu (paroles de Paul Briollet et Géo Fabri, musique de Charles d'Orvict, 1905)Datation Martin Pénet, . () Five O'Clock Tea d'Alice Guy

Autres

Anecdotes

Dranem avait baptisé son petit chapeau de scène du nom de Poupoute. Parmi les admirateurs de Dranem, citons Maurice Chevalier, Jacques Fabbri, Paul Léautaud, André Breton, Raymond Queneau, ou Boris Vian. Et il est fort probable que Bourvil, Boby Lapointe et Coluche se soient inspirés de son répertoire et de son personnage. Le critique Francisque Sarcey le considérait comme un « idiot de génie ». Au plus fort de son succès, Dranem sera beaucoup copié : ses imitateurs s'appellent Bertin, Tinmar, Darier, Bastian ou même Dalila Rives, surnommée « le Dranem féminin ». Maurice Chevalier débuta au music-hall en imitant Ouvrard père et Dranem, sur dutempsdescerisesauxfeuillesmortes.net. Dranem eut tant de succès qu'on a même fait des bonbonnières et des statuettes-souvenirs en régule à son effigie. « Comment Dranem peut-il avoir le toupet de débiter devant un public hilare les inepties de son répertoire ? La bêtise volontaire poussée à ce point confine au génie. » Boris Vian Dranem est le premier à chanter à la radio une chanson publicitaire pour les Galeries Barbès : La chanson du bonhomme Ambois. Et dans les années 1950, les Galeries Barbès ont continué à en faire leur refrain publicitaire dans leur émission sur Radio Luxembourg, mais sans les paroles de Dranem.

Pour approfondir

Iconographie Photo de presse de Dranem défilant à la Fête des Caf'conc' (sur Gallica) La Bibliothèque nationale de France conserve un Portrait de Dranem, encre de Chine de Marcel Chassard. « Portrait de Dranem par Poulbot », Les Hommes du Jour, , .

Liens externes Dranem sur le site L'encyclopédie multimédia de la comédie musicale théâtrale en France (1918-1944). Plus de 400 enregistrements de Dranem sur la Phonobase

Notes et références

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