La Shoah en Belgique recouvre les persécutions, les déportations et l'extermination subies par les Juifs durant la Seconde Guerre mondiale en Belgique. Elle débute avec les premières ordonnances allemandes promulguées dès 1940, l'instauration de l'Association des Juifs en Belgique en , l'imposition du port de l'étoile juive, en , la mise en place d'un camp de rassemblement à la Caserne Dossin en et le départ des convois de la déportation des Juifs de Belgique d' à . Plus de Juifs résidant sur le territoire belge et le nord de la France furent ainsi déportés vers Auschwitz. Seuls 1650 d'entre eux survivront à cet enfer concentrationnaire. Après la guerre, certains criminels de guerre nazis sont jugés. La responsabilité de l'administration et des forces de l'ordre est étudiée. Un rapport est commandité par le Sénat, il débouche en 2007 sur le rapport du CEGES intitulé : La Belgique docile. Le gouvernement belge présentera officiellement ses excuses à la communauté juive en 2002, elles seront réitérées après le rapport, en 2012.

Situation dans les premières heures de l'occupation Durant l'entre-deux-guerres, la Belgique connait un important afflux de réfugiés juifs fuyant les politiques anti-juives mises en place en Europe et singulièrement en Allemagne. À l'aube du conflit, la communauté juive compte entre et . Une bonne moitié se retrouve à Anvers, un tiers à Bruxelles et le reste sur Liège et Charleroi, la plupart issue d'une immigration récente. La communauté juive de Belgique représente à cette époque une petite minorité. En 1940, le Gouvernement belge est en exil à Londres. Il met en place une haute instance administrative, le Comité des Secrétaires-généraux qui sera l'interlocuteur principal de la Militärverwaltung mise en place en Belgique et dans le Nord de la France par l'occupant. Les directives sont claires, il ne pourrait être question pour l'administration belge de prendre ses distances par rapport à la seconde conférence de La Haye, de 1907, en se compromettant dans la collaboration visant par exemple à aider l'occupant dans la mise en œuvre de ses ordonnances anti-juives.

Sous le joug nazi

290px|vignette|droite|Administration militaire de la Belgique et du Nord de la France. vignette|Liste des objectifs de la conférence de Wannsee Au début de 1941, les Allemands remanient l'administration belge et placent à certains postes-clefs des individus proches des thèses nazies issus du mouvement Rex ou du VNV. Gérard Romsée se voit ainsi confier le ministère de l'intérieur. Lui-même favorisera la nomination de bourgmestres pro-nazis, placera à la tête de la police un Emiel Van Coppenolle tout dévoué à l'occupant. Le gouvernement en exil le dénonce mais aucune directive claire ou désaveu du Comité des Secrétaires-généraux ne verra le jour. Si bien qu'en 1942, l'administration belge n'est plus en mesure de refuser d'appliquer les directives percolant depuis la Militärverwaltung. Elle met ainsi en place l'Office national du travail, prendra part aux Werbestellen et se compromet ainsi dans la mise sur pied du STO.

Parallèlement, en , l'occupant met en place l'Association des Juifs en Belgique (AJB), entité équivalente au Judenrat, et lui impose, entre autres choses, de constituer des registres reprenant des listes familiales de l'ensemble des Juifs résidant sur le territoire. L'affiliation était payante et obligatoire. C'est également l'AJB qui enverra les convocations pour le travail obligatoire (pour la déportation à Auschwitz en réalité). Lorsque le nombre de personnes se présentant spontanément au Camp de rassemblement de Malines diminua drastiquement, ils envoyèrent également des courriers de menace qui expliquaient les conséquences fâcheuses d'une non-présentation. Le , l'un des directeurs de l'AJB, Robert Holzinger, est tué par balle en pleine rue et le bureau de l'AJB est incendié par la résistance juive. L'attentat fut revendiqué par le Drapeau rouge en ces termes : Maxime Steinberg, La Persécution Des Juifs en Belgique (1940-1945), Éditions Complexe, 2004 - 316 pages.

En , certains membres de l'AJB prennent leurs distances avec celle-ci et participent à la fondation d'un organe clandestin de résistance : le Comité de défense des Juifs (CDJ). Ce comité œuvra pour aider les Juifs à prendre le parti de la clandestinité, à ne pas répondre aux demandes allemandes et participa au sauvetage de milliers d'enfants en les plaçant dans des familles d'accueil ou des institutions d'hébergement. Pour remplir cette mission, Le CDJ disposait de l'appui de l'Œuvre nationale de l'enfance et d'un important réseau catholique. En , trois résistants proches du CDJ et du Groupe G attaquent le convoi du 19 avril 1943. Le CDJ sera également à l'origine de la mission confiée à Victor Martin qui se rendit à Auschwitz sous couvert d'un voyage d'étude et revint en avec des informations sans ambiguïté quant au sort réservé aux Convois de la déportation des Juifs de BelgiqueBernard Suchecky, résistances juives à l'anéantissement, Luc Pire, Bruxelles, 2007 .

Les Allemands abandonnèrent le stratagème des convocations pour le travail obligatoire en et procédèrent alors à des arrestations de masse dans le cadre de rafles de grande envergure. Des SS flamands et des policiers belges prirent part aux trois rafles que connut Anvers. En revanche, grâce à Jules Coelst, la police bruxelloise ne prendra pas part à la rafle de .

Mise en place de la solution finale en Belgique Dès 1940, l'occupant promulgue une série d'ordonnances, 17 au total, relatives aux Juifs en Belgique. Les ordonnances allemandes 290px|vignette|droite|Ordonnance du 290px|vignette|gauche|Ordonnance du 180px|vignette|droite|, imposition du port de l'étoile jaune en Belgique. : Les deux premières ordonnances allemandes relatives aux Juifs visent à définir la judaïcité des individus. Sont ainsi réputés être juifs, les personnes ayant au moins trois grands-parents sont juifs. Ceux qui ont deux grands-parents juifs mais qui adhèrent au culte et ont épousé un Juif sont également considérés comme Juifs. L'ordonnance impose également aux Juifs de s'inscrire sur des registres des Juifs tenus par les communes (ou par le commissaire d'arrondissement pour les communes de moins de ) pour le au plus tard. Elle impose aux entreprises juives de se faire enregistrer comme telle et d'apposer un écriteau "entreprise juive" sur les établissements hôteliers et de restauration, pour le . Enfin, elle impose à certains professionnels de cesser leur activité au plus tard le . Il s'agit des métiers liés à l'enseignement, à la presse écrite ou radiophonique, au barreau ou à la fonction publique. Louis Braffort s'oppose à la transmission de listes d'avocats Juifs. Avec le président de la cour de cassation et le procureur général, il adresse un courrier sans ambiguïté au gouverneur militaire, le général von Falkenhausen : La Libre Belgique, Christian Laporte, Louis Braffort, le symbole, 28 décembre 2011. De 1940 à 1944, Louis Braffort n'enverra pas moins de 25 protestations. La Libre Belgique, Christian Laporte, Avocats juifs, de l’interdiction à la Résistance, 28 janvier 2010. . Louis Braffort est assassiné par trois rexistes et son corps sans vie est découvert le .

Les administrations communales belges ne commenceront à réagir à l'ordonnance qu'après avoir reçu les instructions du Ministère de l'Intérieur et de la Santé publique datée du . Les administrations communales s'indignent pour la plupart. Certaines communes, comme Saint-Josse-ten-Noode en appellent aux articles 151 et 152 du code pénal punissant tout , de quinze jours à un an d’emprisonnement. Les communes, conscientes du caractère illégal et non-constitutionnel de ces injonctions, n'auront cependant d'autre choix que de s'y conformer sous la contrainte pour certaines ou avec zèle pour d'autres, comme à Anvers où Leo Delwaide prendra très précocement des mesures pour satisfaire à l'ordonnanceLa Belgique docile, rapport final du CEGES à la demande du Sénat, pp. 270 et sq.. vignette|Carte d'identité de Suzanne van Dantzig, marquée au tampon rouge Sur l'ensemble du territoire, les listes sont donc établies, transmises à l'occupant et un cadre administratif pour leur tenue à jour mis en place. Des affiches sont apposées dans les communes invitant les ressortissants juifs à se signaler auprès des administrations communales ou services des étrangers en vue de procéder à leur inscription sur le registre des Juifs. Chaque inscrit voit apposé sur sa carte d'identité un cachet en lettres rouges : . D'autres directives viendront préciser les tâches à accomplir par les administrations. Notamment, l'établissement d'une fiche individuelle en double exemplaire pour chaque Juif de plus de quinze ans. Le , Gérard Romsée précise qu'en cas de déménagement, un document doit être transmis à l'administration de la commune d'arrivée mais également transmis à la SIPO-SD, avenue Louise à Bruxelles.

Certains fonctionnaires s'opposent à l'occupant. En juillet 1941, à la demande du commissaire de police de Bruxelles, le procureur du roi Lucien Van Beirs lui répond courageusement dans un courrier que selon lui, il n'appartient pas à la police belge de procéder à des arrestations pour le compte de l'occupant qui, au sens de la loi belge, ne constitue pas une autorité légitime pouvant valablement ordonner de telles arrestations. Il précise enfin que tout fonctionnaire qui, sans contrainte physique ou morale, satisferait de telles demandes, se rendrait coupable d'arrestations illégales et arbitraires. Il sera arrêté le puis, une seconde fois le , avec d'autres magistrats, et déporté au camp de concentration de Buchenwald. Il est libéré par les Américains le .

L'Association des Juifs en Belgique adressera également les convocations à Malines, enjoignant ses ressortissants de se présenter spontanément à la caserne Dossin pour le prétendu "travail obligatoire"; pour la déportation en fait. Lorsque, sous l'action de la résistance juive, ils cessèrent de se présenter spontanément à la caserne, des rafles et des arrestations domiciliaires furent organisées. La police communale d'Anvers prit ainsi part à l'arrestation de nombreux Juifs à leur domicile et leur acheminement à la Caserne Général-Dossin à Malines, en vue de leur déportation vers Auschwitz.

: Cette ordonnances concernent les mesures économiques relatives aux Juifs. Elle étend les dispositions relatives aux entreprises. Ce sont désormais l'ensemble des entreprises juives qui doivent faire figurer sur leurs enseignes, en-têtes et cachets: "entreprise juive". : Ordonnance portant limitation à la libre circulation des Juifs. Un couvre-feu leur est imposé de 20 heures à 7 heures du matin. Il ne leur est désormais plus loisible que de résider à Anvers, Bruxelles, Charleroi et Liège. : Instauration de l'AJB

: L'AJB se voit confier l'organisation de l'enseignement. Il est désormais interdit aux enfants juifs de fréquenter des écoles non-juives. : Interdiction des voyages à l'étranger. Ordonnances des , , : détérioration des conditions de mise au travail des Juifs. Instauration du STO. Du au 2252 travailleurs juifs obligatoires sont déportés par 7 convois dans les camps de l'Organisation TodtLa déportation des Juifs de Belgique, Centre d'Action Laïque, 2015. : Confiscation des avoirs au profit du Reich allemand. : Imposition du port de l'étoile de David. : Interdiction de pratiquer une profession en lien avec l'art de guérir (médecin, infirmier, sage-femme, mais aussi vétérinaire). Les ordonnances des , et sont relatives à la spoliation des biens détenus par les JuifsLa Belgique docile, rapport du CEGES à la demande du Sénat, 1114 p.. vignette|290px|gauche|Liste familiale établie par l'AJB en 1942

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