vignette|Présentation des figurines, dogū et masques, Jōmon Récent, v. 2000, du site d'Isedōtai, Kitaakita, Préfecture d'Akita. Nord du Japon..

Les sont des statuettes énigmatiques de la réalisées par des populations Jōmon, chasseurs-cueilleurs sédentaires de l'ancien Japon. Elles sont toujours en terre cuite, et avec des caractères physiques « féminins » même si leur stylisation les rend très peu perceptibles. Ce sont des céramiques de la période Jōmon, pour la plupart du Jōmon Moyen jusqu'au Jōmon Final (de 3000 à 400/300 AEC), mais des dogū plus anciens existent aussi, bien plus rares. Selon les régions et l'époque certaines formes se sont imposées, qui constituent des types : ainsi les formes différentes que l'on rencontre dans les musées appartiennent à certains de ces types, dont on peut rencontrer d'autres exemplaires, similaires mais non identiques, dans le même lieu et ailleurs. Les dogū se présentent très souvent debout et de face, jambes bien marquées (parfois très longues, parfois très grosses) et parfois aussi ne possèdent pas de jambes. Elles possèdent généralement des bras relativement petits et pour quelques groupes très connus, des yeux globuleux, parfois fendus d'un simple trait, comme des « yeux de grenouille » ou comme des « grains de café ». D'autres, très proches formellement s'en distinguent encore par les yeux en « lunettes de neige »Lunettes à neige préhistorique inuit, vers 1200 : sur Canadian Museum of History.. Certaines statuettes sont couvertes de graphismes aux formes géométriques complexes.

Le contexte de leur découverte laisse supposer qu'elles ont toutes été utilisées lors de cérémonies diverses, et pas seulement en rapport avec les enterrements, mais rien ne permet d'aller plus loin, quant à leur usage ou leurs fonctions et encore moins leur(s) « signification(s) ».

Premières figurations humaines Au Paléolithique supérieur les premières figurations humaines, en pierre, sont extrêmement raresMasayuki Harada, Les dogū dans l'univers de Jōmon in .. Dès le Jōmon naissant des représentations humaines sont réalisées sur galets ; elles sont toutes féminisées par des incisions portées après un polissage. L'une de ces représentations a été découverte sur l'amas coquillier de Kamikuroiwa.

La découverte des dogū Premières découvertes Environ 20 000 figurines, de type dogū, ont été découvertes, pour l'essentiel depuis l'ère Meiji et la fondation de la Société d'anthropologie de Tokyo en 1884 ; la revue de cette société en fait état dès la fin du Masayuki Harada in ..

En France à la fin des années 1920, c'est un jeune archéologue japonais, Nakaya Jiujirō (1902-1936), qui est le premier à introduire les dogu comme sujet permettant de classifier les productions de la culture Jōmon sur la base des formes, des décors et du lieu de leur réalisation. Grâce à quoi et avec un travail identique sur les poteries, il construisit les bases d'une véritable connaissance disciplinaire de la Préhistoire japonaise en Europe..

Au Japon, réapparue dès les années 1940, la passion de la fouille archéologique n'a pas cessé et n'a fait que s'amplififier considérablement dans les années 1990. L’archéologie japonaise, fondée sur le principe de prévention en archéologie, demeure, depuis cette époque, l’une des plus actives au monde. La découverte de la "Vénus Jōmon", en 1986 a relancé l'intéret pour les dogū dans un grand mouvement populaire. Les chantiers archéologiques génèrent, en effet, un véritable enthousiasme grâce à leur couverture médiatique locale et nationale, et avec des expositions très visitées : ainsi, Jōmon. 10 000 Years of Prehistoric Art in Japan organisée en 2018 par le musée national de Tokyo et où les dogū tenaient une belle placeExtraits du catalogue : , a attiré une foule de visiteurs.

Leur état au moment de la découverte, leur statut ensuite Ces statuettes ont été très rarement déposées en parfait état, comme la "Vénus Jōmon", enterrée dans un petit trou sur la place de l'ancien village, ou comme celles qui ont été placées comme elle dans un creux, mais sous une ou deux grosses pierres. En effet, la plupart d'entre elles ont été brisées - dans un contexte rituel, probablement. Les restaurateurs parviennent à recoller les morceaux trouvés sur place, souvent en grand nombre comme sur un lieu consacré à ce rituel. Cependant, sur le site de Shakado la figurine avait été cassée en deux et les fragments jetés à 300 mètres l'un de l'autre, ce qui laisse supposer un rite, ou un acte totalement différent. Certaines n'avaient perdu qu'un membre, comme le dogū de Kamegaoka, pour d'autres il ne restait plus que le tronc. Elles ont pu, aussi, être déposées sans être brisées, mais comme la « Déesse masquée », placée sur le côté, qui s'est cassé ensuite. Ce type de statuette de plus de 30 cm est extrêmement rare, la hauteur moyenne étant d'environ 15 à 20 centimètres à partir du Jōmon Moyen. Elles sont, sauf mention contraire, en terre cuite pleine, sinon montées en creux.

Les plus belles d'entre elles, en raison de leur style, sont devenues Trésor national du Japon, comme la « Vénus Jōmon » du site de Tanabatake (Chino, Nagano) du Jōmon Moyen, retrouvée en 1985, enfouie volontairement et couchée sur le côté droit. Pour une figurine si ancienne elle avait un aspect assez naturaliste, mais avec des hanches très larges et rondes, des seins indiqués mais petits, le triangle publien sous forme d'un hexagone à bords courbes et la chevelure, les yeux, le nez, la bouche et le nombil indiqués clairement. Elle a, d’abord, été désignée comme faisant partie des (maizō bunkazai) et, ensuite, la première à avoir été désignée comme (kokuhō) le 15 juin 1995, le premier chef-d’œuvre Jōmon doté de ce privilège. Si le succès de cette première statuette naturaliste a été immense, jusqu'à représenter une part de l’identité japonaise, la découverte ultérieure de statuettes plus surprenantes en a un peu terni l’image, comme la « Déesse masquée » découverte en 2000 et exposée dans la même salle du même musée, à Chino. Un grand nombre de dogū ayant été, par ailleurs, classés comme « biens culturels importants ».

Lieux de découverte Une terre volcanique : En raison de l'acidité du terrain volcanique du Japon - sauf quelques exceptions - tous les éléments organiques, comme les os, ont disparu du contexte, ce qui limite considérablement toute possibilité d'interprétation - comme celle de dogū qui auraient été découverts dans des « sépultures ... sans ossement ». Par contre, les exceptions peuvent concerner de petites régions calcaires et les sites, ou des objets enfouis dans des lacs.

Lieux : Ces figurines anthropomorphes ont été découvertes dans tout le Japon sauf dans les îles du sud-ouest, l'archipel Okinawa. Les régions concernées sont, du sud au nord : Kyūshū, Chūgoku, Kinki, Tōkai, Chūbu, Kantō, Tōhoku, et Hokkaidō. Les régions de l'est et du nord en ont produit un plus grand nombre. Les figurines les plus complexes et de plus grande taille apparaissent vers 3000 dans le centre, dans la région du Chūbu, et se multiplient ensuite dans cette région et jusqu’au nord, en Hokkaidō..

Sur les côtes du Japon, dans Kyūshū et Kinki, des figurines sous forme de troncs en terre cuite aux seins bien indiqués ont été souvent découvertes dans des amas coquilliersLa diversité des figurines en argile de Yamagata dans l'amas coquiller de Shiizuka : les figurines d'argile de Yamagata sont dans la région du Kanto - , en particulier près de l'actuelle Kasumiga et au milieu de la période du Jōmon Final - ont une tête en forme de triangle : Mais dans tous les cas elles étaient comme "enterrées", souvent démembrées, brisées.

Lieux de découverte au Jōmon Moyen : Concernant les sites des périodes Jōmon les plus riches en figurines, c'est avec celles du Jōmon Moyen (autour de 2500) que le nombre des dogū s’accroît considérablement. À cette période, dans les villages, on a trouvé dans les habitations Jōmon, des monticules qui correspondraient à d’anciens autels privés destinés à accueillir ces statuettes. Concernant les dogū en croix du site de Sannai Maruyama (essentiellement du Jōmon Moyen), plus de 1 800 fragments de figurines en céramique y ont été découverts, notamment autour des monticules de terre qui servaient, semble-t-il, de lieu de culte, plus que sur tout autre site Jōmon.

Un lieu de découverte au Jōmon Final : Dans certains cas la figurine a été enterrée dans une petite fosse, et placée sous une pierre : c'est le site de Sugisawa, Préfecture de Yamagata, du Jōmon FinalSous une pierre : .

Quantité par site : Les sites qui avaient de très nombreuses figurines sont très rares (par exemple le site de Shakado, préfecture de Yamanashi qui en conservait plus de 800) ; chaque village ayant son propre caractère.

Périodes Les dogū et les autres productions : étant donnée la grande diversité des types de ces statuettes, localement et sur des périodes variables, on parle d'ensembles chrono-culturels à l'intérieurs desquels ce ne sont pas seulement les types des statuettes qui forment un tout mais aussi toutes les formes produites dans cette "région" ancienne : la poterie, mais plus généralement, aussi, toutes les terres cuites et la pierre travaillée. Et si la poterie Jōmon a été d'abord caractérisée par l'usage d'un décor à base d'empreintes de cordes, ce motif n'est pas constant. Pour chaque ensemble chrono-culturel, il semble d'ailleurs exister Laurent Nespoulos dans ..

Jōmon naissant et Jōmon Archaïque

Les toutes premières figurines dogū, modelées mais de faible relief, apparaissent au cours de la seconde moitié du Jōmon naissant (v. 14000 – 9500) ; de quelques centimètres, le travail se résume à l'évocation du tronc, on n'en a découvert que trois. C'est le cas de l'une d'elles, sur le site de Kayumi Jiri (préfecture de Mie) : sa poitrine en cône indique une figure féminine. Puis au cours de la première moitié du Jōmon Archaïque (9500-5000) les dogū actuellement découverts se concentrent sur le torse et peuvent être déposés avec des vases à décor d'empreintes de cordelette. Pour le Jōmon Archaïque on en dénombre une soixantaine. La production de dogū plats se poursuit, mais reste rare, malgré un assez grand nombre encore, au Jōmon Moyen, comme ceux de Sannai Maruyama. Leurs tailles sont variées mais petites par rapport aux autres types, à partir du Jōmon Moyen.

La figurine de Kayumi Jiri : En 1996 cette figurine en terre cuite a été découverte, cassée en deux (la tête séparée du corps), et datée environ 11 000 (c'est encore la plus ancienne en 2025). Elle se trouvait sur le site de Kayumi Ijiri, préfecture de Mie, région du KansaiBonne image du dogū du site de Kayumi Ijiri sur le site de la Préfecture de Mie . Dès 1998, Christine Shimizu évoque plusieurs des plus anciennes figurines, provenant de la région du Kantō : dans l'amas coquillier (kaizuka). de Hanawadai (préfecture d'Ibaraki) et dans celui de Tokizaki (préfecture de Chiba).

Jōmon Moyen

Au Jōmon Moyen des têtes, identifiables, apparaissent, sur des corps plats, les bras en croix, puis ce sont des figurines, entièrement en trois dimensions, qui peuvent tenir debout comme la « Déesse Jōmon », et assez hautes : cette « Déesse Jōmon » mesure 47 cm. L'argile utilisée lui donne une couleur rougeâtre très pale. Le visage semble volontairement "effacé" quoique des trous pourraient évoquer les yeux et les oreilles d'un visage qui regarderait vers le ciel. L'empreinte de corde pourrait avoir été utilisée. En 1992 elle avait été découverte en cinq fragmentsSite de Nishinomae à Funagata-cho, préfecture de Yamagata, nord Honshū., puis reconstituée. Cette appellation, « Déesse Jōmon », repose sur des critères esthétiques, uniquement : la conception artistique qui déforme et reforme le corps de la femme à l'extrême et la beauté du résultatCritères esthétiques : .