Jean Picard, dit l'abbé Picard, né le à La Flèche et mort le à Paris, est un géodésien et un astronome français.

Il est considéré comme le fondateur de la géodésie moderne : en effet, il est le premier à mesurer un arc de un degré de méridien terrestre par triangulation avec des instruments munis de lunettes astronomiques à réticule. Il en déduit le rayon de la Terre, supposée sphérique, avec une exactitude jusque-là inégalée. Ses travaux portent aussi sur la recherche d'un étalon de longueur universel et le nivellement pour alimenter en eau les fontaines du château de Versailles.

En astronomie, il effectue de nombreuses observations et mesures - sur le terrain, pour la géographie et la future carte de France triangulée dont il sera l'initiateur - et à l'Observatoire, en astronomie pure. Il met en place une nouvelle méthode pour déterminer les coordonnées équatoriales des astres par leur passage au méridien, publie des éphémérides ; à ce titre Picard est considéré comme étant à l'origine du développement de l'astronomie de précision.

Accessoirement, il s'intéresse aussi à la gnomonique et à la dioptrique.

Biographie vignette|Le collège Henri IV ; au pied de la porte principale, sur la droite, deux boutiques. L'une a abrité la librairie Picard. Né en 1620 à La Flèche où son père est libraire, il effectue des études dites classiques jusqu'au niveau PhilosophieLe cycle de Philosophie dure trois ans : une année de Logique, puis une autre de Physique et pour terminer une année de Mathématiques. au Collège Henri IV des Jésuites de la ville. Là, il a pu être initié à l'astronomie, en classe de Mathématiques, par le père Jean De Riennes ; après le cycle de Philosophie, il y a peut-être aussi suivi des cours de théologiePour la biographie de Jean Picard avant 1666, voir les travaux de Guy Picolet dans .

En 1645, à 25 ans, on le retrouve installé à Paris. Il y observe, avec Gassendi qu'il seconde, l'éclipse de soleil du ; ils observeront d'autres évènements astronomiques (éclipses de Lune, occultation de Jupiter par la Lune) dans les années 1646-1647. Gassendi dit de son assistant qu'il est « très studieux et très instruit ». Picard suit aussi les cours de Gassendi au Collège royalVoir G. Picolet dans ..

En 1650, il est diplômé maître ès arts de l'Université de Paris, et il est probablement ordonné prêtre la même année ; il sera prieur de RilléDelambre note simplement qu'il y est nommé prêtre et prieur ; Picolet précise qu'il s'agit du prieuré de saint Loup de Rillé ; il en serait devenu le prieur entre 1661 et 1675, en Indre-et-Loire, à une trentaine de kilomètres de La Flèche où il est né.

En 1652, le huit avril, il est le seul à observer, en France, une éclipse de Soleil, au collège de Navarre, avec un grand sextant (en 1667 Picard avait son sextant personnel ; était-ce le même ?).

À cette époque, il semble voyager beaucoup : en France, en Europe : Italie, Allemagne, Hollande ; il apprend le flamand et l'italien. Il se confirme aussi qu'il entame une carrière d'astronome d'observation : observation d'une éclipse partielle de Soleil le , observation d'une tache solaire le 13 et de la même année, nombreuses observations entre 1661 et 1665Voir G. Picolet dans ..

En 1663, il est le confident du sulfureux « abbé de Richelieu »« l'abbé de Richelieu » : Emmanuel Joseph de Vignerot du Plessis de Richelieu, (1639-1665) est de la famille du cardinal de Richelieu. ; en novembre et décembre de cette même année, on retrouve Picard à Bordeaux, il semble être interdit de séjour à Paris, peut-être à cause de sa fréquentation du jeune abbé de Richelieu. François Bonneau, seigneur du Verdus, à qui l'on doit ces informations écrit à propos du caractère de Jean Picard : « c'est un bel esprit, esprit libre et désabusé et profond dans les sciences ». Dans le même sens, trois ans plus tard, en , en visite à l'académie de physique de Caen, une touche de description de notre personnage « dans son visage mélancolique, a un esprit subtil et pénétrant ». « Abbé de cour », toujours d'après le seigneur du Verdus, Picard perçoit des bénéfices - ceux des prieurés de Rillé et Brion (Maine-et-Loire), et ceux de deux petites chapelles vers la Flèche - qui s'élèvent à environ mille livres « qui lui permettent de vivre bien »Voir G. Picolet dans ..

vignette|350 px|Visite fictive de Louis XIV à l'Académie des Sciences (click [agrandir/Plus de détails] pour afficher les personnages).

En 1666-1667, c'est la fin de la période obscure de Picard. Il devient l'un des vingt-et-un premiers membres de l'Académie royale des Sciences, peu de temps après sa fondation.

En 1667-1668, il travaille avec Adrien Auzout à l'application des lunettes aux instruments pour mesurer les angles et à la mise au point du micromètre à fil mobile. Picard sera le premier à mettre en œuvre ces instruments (quart de cercle mobile, secteur, niveau) qui améliorent de beaucoup l'exactitude des mesures.

Le , M. Auzout, Buot, Frénicle de Bessy, Picard, Richer vont tracer, sur une pierre, une ligne méridienne à l'emplacement du futur « Uranoscope » ou Observatoire de Paris ..

En 1668-1669, l'Académie le charge de la mesure de l'arc de méridien entre Paris et Amiens. Ses mesures par triangulation le conduiront à un résultat de ≈ 111,1 km pour un degré de latitude, ce qui donne un rayon terrestre de km, le rayon actuellement mesuré étant de km.

Toujours en 1669, désormais connu, il use de son crédit auprès de Colbert pour attirer en France Jean-Dominique Cassini qui deviendra directeur de l'Observatoire de Paris en 1671.

En 1671, Picard part au Danemark faire le relèvement de l'observatoire de Tycho Brahe, sur l'île de Hven. Cette mission géodésique doit permettre de localiser Hven par rapport à Paris, et ainsi, d'exploiter les tables astronomiques de Tycho. Sur place il rencontre l'astronome Rømer avec lequel il va travailler, et il l'invite à l'accompagner lors de son retour à Paris ; ce sera son collaborateur pendant dix ans.

vignette|De g. à d. : Picard ? La Hire ? et Cassini.

De 1672 à 1681, suivant ordre du Roi, il effectue - avec parfois La Hire, et en relation avec Cassini - des observations astronomiques en différents ports et villes du royaume. Les résultats de ces observations serviront à La Hire pour établir la célèbre Carte de France corrigée par Ordre du Roy.

En 1673, il vient s'installer à l'ObservatoireIl logera au premier étage, à l'est de la grande salle de la méridienne (d'après Cassini IV, dans ses mémoires publiés en 1810, p. 58) ; voir aussi l'illustration dans la section Gnomonique, mais il se trouve souvent absent : en plus des coordonnées géographiques des villes de France qu'il détermine, il est occupé par des travaux de nivellement autour du château de Versailles. Néanmoins, il effectue des observations régulières à l'Observatoire, puis dans sa maison située à deux pas., et il travaille sans relâche jusqu'en 1681, date à laquelle il n'est plus trop en état d'exécuter par lui-même les grands projets qu'il avait fait agréer à Colbert.

En 1682, le , le Roi vient visiter l'Observatoire ; le lendemain, Cassini, Picard et La Hire feront leur rapport à l'Académie. Le Roi semble entièrement satisfait des explications, des instruments et des nouvelles observations… Quelque six mois plus tard, l'abbé mourra, laissant à La Hire le soin de poursuivre l'œuvre communeD'après et surtout .

Travaux de géodésie et de géographie vignette|300px|Détail de la carte de Vivier (éd. 1706), avec la base de Picard et un triangle de sa méridienne.

En 1668, Colbert avise l'Académie qu'il « désirait que l'on travaillât à faire des Cartes géographiques de la France plus exactes que celles qui y ont été faites jusqu'ici »Registres de l’Académie des Sciences, III p. 25, cité par L. Gallois, Annales de Géographie, Année 1909, Volume 18, Numéro 99, p. 197., et charge la Compagnie de définir le processus de mise en œuvre.

Après consultation de Guillaume Sanson, le , elle décide de faire dresser une carte des environs de ParisVoir la Carte particulière des environs de Paris…, BnF, Gallica, accès en ligne. par David du Vivier sous le contrôle de Roberval et de Picard. qui « doivent prescrire au sieur Vivier les lieux où il doit aller pour prendre les angles de position et la manière dont il les doit prendre ».

L'instrument utilisé est un cercle spécial de () de diamètre avec alidades, pinnules et boussole. Deux mois plus tard, les résultats sont mitigés ; voir les sources : ..

vignette|left|120 px|Le quart de cercle de Picard (1671).vignette|centre|120 px|Cercle à alidades (sans boussole).

Sur ces entre-faits, le , Picard présente à l'Académie. un grand quart de cercle avec lunette astronomique et réticule dont la résolution angulaire est bien meilleure (de l'ordre de 5" dit-il). Quelque temps plus tard, il va alors poursuivre, ou plutôt reprendre la triangulation envisagée, avec de grands triangles mesurés avec ce nouvel instrument muni de deux lunettes ; il laissera à l'équipe de Vivier - qu'il conseillera - le détail d'une triangulation secondaire effectuée avec son cercle originel de ..

La méridienne « Paris-Amiens » vignette|gauche|120 px|Mesure de la base. Commencée fin 1668, la campagne de triangulation va durer jusqu'à . Armé principalement de nouveaux instruments géodésiques (quart de cercle mobile, secteur), l'abbé commence par mesurer une base de entre le moulin de Villejuif et le pavillon de Juvisy, puis il mesure treize triangles entre Malvoisine et Sourdon.…

Le , à Mareil, accompagné de Cassini et de Richer, ils vérifient les travaux entrepris et mesurent différents angles ; il est alors envisagé de poursuivre les grands triangles et les mesures astronomiques…

Finalement, les résultats seront exceptionnels : pour la longueur du degré, la différence sera inférieure à entre ses résultats-propres et ceux de Delambre qui, en 1795, effectuera une même mesure avec un instrument bien plus exact, le cercle répétiteur.

Un étalon de longueur universel 120 px|vignette|gauche|Toise : droite (A), pliante (D) et lieu de conservation de la toise-étalon (en B).

Pour mesurer la base de la méridienne, Picard va prendre une toise de référence identique à la toise-étalon du Châtelet nouvellement remise en état.

vignette|L'héritier de la Toise, le Mètre, au 36 rue de Vaugirard, à Paris ; remarquer le talon gauche.

Avant la mesure de la méridienne, en , confrontés à des différences de longueur entre les toises de l'Académie et la toise-étalon du Grand Châtelet, Auzout, Delanoye et Picard, vont les mesurer systématiquement. et constater leurs écarts de longueur. L'étalon original du Châtelet sera alors remis en état en 1668 et pris comme référence. Mais Picard n'oubliera pas cet épisode de confrontation entre étalons, et pour sa base, « de peur qu'il n'arrive [malheur] à notre Toise comme à toutes les mesures anciennes dont il ne reste plus que le nom, nous l'attacherons à un original, lequel étant tiré de la nature même doit être invariable et universel.»