vignette|270px|droite|Bordel dans le camp de concentration de Gusen, en Autriche. Durant la Seconde Guerre mondiale, l'Allemagne nazie crée des bordels dans les camps de concentration (en ) pour inciter les prisonniers à collaborer. Mais ces établissements sont utilisés principalement par des kapos, c'est-à-dire des prisonniers, généralement de droit commun, utilisés dans l'encadrement des autres prisonniers. Les détenus ordinaires, sans le sou et émaciés, sont généralement trop affaiblis et se méfient de l'attention du régime SS. Finalement, les bordels des camps n'augmentent pas notablement les niveaux de productivité de travail des prisonniers, mais créent à la place un marché pour les coupons de paiement parmi les personnalités du camp. Les femmes contraintes à se prostituer dans ces bordels viennent principalement du camp de concentration de Ravensbrück, sauf pour Auschwitz, qui emploie ses propres prisonnières. Le nombre de femmes détenues forcées de se prostituer dans l'ensemble des bordels militaires allemands durant la Seconde Guerre mondiale est estimé à au moins .

Histoire et fonctionnement

Le premier bordel de camp est créé à Mauthausen-Gusen en 1942. Après le , un bordel existe aussi à Auschwitz et à partir du à Buchenwald. Celui de Neuengamme est établi au début de 1944, Dachau, en , Dora-Mittelbau à la fin de l'été 1944 et Oranienburg-Sachsenhausen, le Christl Wickert : Tabu Lagerbordell, Eschebach/Jacobeit/Wenk: Gedächtnis und Geschlecht - 2002, S. 44. Les dates sont contradictoires pour ce qui concerne le bordel du camp de Flossenbürg : une source affirme l'été 1943 Heinz Heger, Die Männer mit dem rosa Winkel, ed., 2001, tandis qu'une autre indique qu'il n'a pas été ouvert avant le . L'ouvrage de Sylvie Gaffard et Léo Tristan, Les Bibelfotscher et le nazisme (1933-1945), publié chez Michel Reynaud en 1990, indique page 183 que le bordel du camp de Flossenburg a été installé pendant l'été 1943.

Les bordels sont habituellement des baraques entourées de fils barbelés avec de petites chambres individuelles prévues pour 20 prisonnières, contrôlées par une surveillante (en allemand ). Les prostituées sont remplacées fréquemment, en raison de leur épuisement et des maladies puis elles sont généralement envoyées vers la mort plus tard. Les maisons closes sont ouvertes uniquement le soir. Les prisonniers mâles juifs ne peuvent être clients. Ceux qui peuvent être clients, aryens uniquement, doivent pointer pour une journée spécifique et payer deux reichsmark pour vingt minutes de prestation, selon un calendrier prédéterminé. Les femmes sont attribuées aux clients par un SS masculin. Le marché des coupons-prix est systématiquement accaparé par les criminels de droit commun qui portent des triangles verts (d'où l’appellation hommes verts). Une photo, d'authenticité toutefois controversée Qui était la pute du camp ? - Tom Segev - Haaretz.com - 13 janvier 2011, a été utilisée comme preuve que, dans quelques-unes des maisons closes, des femmes ont été tatouées sur la poitrine avec l'inscription Feld-Hure (en ) Melissa Kuntz : The Forgotten Photographs: The Work of Paul Goldman from 1943-1961 - 2007 - American Jewish Museum - Voir Photographie d'une internée avec un tatouage sur la poitrine publiée par le Jerusalem Post] - Une photo exposée au American Jewish Museum - 10 janvier 2011. Certaines d'entre elles subissent des stérilisations forcées ainsi que des avortements forcés, entraînant souvent leur mort.

Le sujet de la prostitution dans les camps est abordé dans les mémoires de survivants, et ce, dès la fin de la guerre. En effet, Eugen Kogon, survivant du camp de Buchenwald, a publié un ouvrage en 1947 où le sujet des bordels concentrationnaires est abordé. Odd Nansen a publié son expérience à Sachsenhausen en 1949. Ensuite, il fallut attendre jusqu'en 1972, lorsque la première édition du livre de Heinz Heger est publiée, afin d'avoir d'autres publications sur ce thème. Cependant, le sujet reste largement tabou dans les études sur le nazisme jusqu'au milieu des années 1990, lorsque les nouvelles publications de chercheuses brisent le silenceChrista Schulz, "Weibliche Häftlinge aus Ravensbrück in Bordellen der Männerkonzentrationslager" (Les prisonnières de Ravensbrück dans les bordels des camps de concentration pour hommes). Ce silence historiographique s'explique de différentes façons et certains historiens, dont Robert Sommer et Christl Wickert traitent du sujet.

Parfois, les SS incitent les femmes à se prostituer en leur promettant un meilleur traitement ou la réduction de leur peine. Cela provoque la colère ou la jalousie chez certaines détenues. Nina Michailovna, une prisonnière russe, a déclaré : .

Il ne semble pas que des Juives aient été employées comme prostituées dans les camps.

Les prisonniers homosexuels et les bordels de camps En complément à l'utilisation des bordels de camps comme un moyen de contrôle des détenus, afin d'encourager la collaboration et prévenir les émeutes et les évasions, Heinrich Himmler les destine à être utilisés comme un moyen d'enseigner aux prisonniers au triangle rose , c'est-à-dire comme thérapie de conversion à leur homosexualité. Heger affirme que Himmler a ordonné que tous les prisonniers homosexuels fassent des visites obligatoires aux bordels des camps, une fois par semaine, comme un moyen de les guérir de leur attirance pour le même sexe.

Références culturelles Les bordels des camps de concentration allemands ont été mis en scène dans des films de type Nazisploitation, dans les années 1970 tels que Ilsa, la louve des SS, Des filles pour le bourreau, Love Camp 7, Horreurs nazies et Nazi Love Camp 27. Il existe aussi des exemples, dans la littérature de fiction israélienne, sur le sujet, avec par exemple, Yehiel De-Nur, alias K. Tzetnik, sous le titre La Maison des poupées mais aussi le genre Schultzes Hündin - Taz.de. L'écrivain tchèque Arnošt Lustig a écrit Elle avait les yeux verts., qui raconte l'histoire d'une jeune juive de 15 ans contrainte à se prostituer dans un bordel de camp allemand durant la Seconde Guerre mondiale.

Documentaires Caroline von der Tann, Maren Niemeyer, Das große Schweigen. Bordelle im KZ. (Le grand silence. Les maisons closes dans les camps de concentration), Dokumentation, Deutschland, 1995. Andrea Oster, Diese verfluchten Stunden am Abend. Die Häftlingsbordelle im KZ (Ces heures maudites dans la soirée - Prisonnière dans un bordel des camps de concentration), Documentaire, Makido film, Autriche, 2012 - Original le sur 3sat

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Références

Sources

(documentation).

Articles connexes Bordels militaires allemands durant la Seconde Guerre mondiale Femmes de réconfort

Liens externes Verein Die Aussteller »Süddeutsche Zeitung« am 9. Oktober 2008: Himmlers Zwangsprostitierte „NS-Zeit: Gepäppelt und verbraucht“, Die Zeit, 20. Juli 2006, „In Mauthausen ist die erste Ausstellung über Bordelle in den Konzentrationslagern zu sehen.“

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